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Siège En Cisjordanie Révèle Inertie De L’Armée Israélienne

Depuis plus d'une semaine, un petit groupe de colons assiège des maisons à Qusra près de Naplouse. L'armée israélienne multiplie les déplacements sans parvenir à lever le blocus. Les images de soldats priant aux côtés des assiégeants soulèvent de graves questions sur...

Depuis plus d’une semaine, un village de Cisjordanie vit au rythme d’un blocus imposé par un petit groupe de colons. À Qusra, près de Naplouse, des maisons se retrouvent isolées, privées d’approvisionnement en vivres. L’armée israélienne, souvent présentée comme la plus puissante de la région, multiplie les interventions sans parvenir à lever ce siège. Ce constat soulève une question troublante : pourquoi une force militaire aussi structurée semble-t-elle paralysée face à une poignée d’individus ?

Un blocus qui dure et des réactions insuffisantes

Le scénario se répète depuis plusieurs jours. Quelques colons ont installé un dispositif de pression autour de habitations palestiniennes. Ils bloquent les accès, empêchent l’arrivée de nourriture et de biens de première nécessité. Des observateurs sur place décrivent une situation de tension permanente. Les habitants assiégés se retrouvent coupés du monde, dans une forme de confinement forcé.

L’armée a dépêché des soldats à plusieurs reprises. Des tentes ont été démantelées. Un Israélien a été arrêté. Pourtant, le dispositif de pression continue. Lundi encore, des images transmises par un habitant assiégé montrent des colons revenus sur les lieux. On les voit serrer la main de membres des forces israéliennes et discuter calmement avec eux. Ces scènes contrastent fortement avec l’idée d’une intervention ferme.

Washington a demandé à son allié d’intervenir. L’un des Palestiniens concernés détient la nationalité américaine. Cette pression diplomatique n’a pas suffi à faire évoluer la situation de manière décisive. Les condamnations se multiplient, en Israël comme à l’étranger. Elles restent, pour l’instant, sans effet concret sur le terrain.

Des images qui dérangent

Certaines séquences filmées ont particulièrement choqué. Des soldats ont été surpris en train de prier aux côtés des colons. L’armée a rapidement annoncé des mesures disciplinaires. Cette réaction montre que la hiérarchie a conscience du problème d’image. Elle n’efface pas le sentiment d’un manque de distance entre ceux qui sont censés faire respecter l’ordre et ceux qui le perturbent.

Ces moments de proximité visible alimentent les critiques. Ils donnent l’impression que la ligne de séparation entre force de l’ordre et population coloniale s’estompe. Pour beaucoup d’observateurs, ce n’est pas un accident isolé. Cela s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis des années.

Le poids du soutien politique

Nimrod Novik, ancien conseiller de l’ex-Premier ministre Shimon Peres, résume la situation avec une formule claire. Selon lui, le soutien du gouvernement aux colons radicaux place l’armée dans une situation impossible. Les militaires doivent choisir entre deux options incompatibles.

L’armée est contrainte de choisir entre agir sur la base de son jugement professionnel et de son devoir, qui exige l’application de mesures sévères contre les colons violents, ou se conformer à la politique gouvernementale, qui offre à ces terroristes un soutien politique et des ressources.

Le résultat de cette contradiction, toujours selon Novik, se traduit par une paralysie. Les exceptions restent rares. Elles interviennent seulement lorsque les faits atteignent une gravité particulière ou lorsqu’une pression américaine s’exerce de manière insistante. Le reste du temps, l’inertie domine.

Cette analyse rejoint le constat dressé par de nombreux observateurs de longue date. L’armée israélienne se montre souvent hésitante lorsqu’il s’agit d’empêcher des violences commises contre des Palestiniens. Cette attitude trouve son origine dans le soutien affiché par le gouvernement et dans l’influence croissante de l’idéologie coloniale au sein même des rangs militaires.

Une occupation structurée pour favoriser certains

Depuis 1967, Israël occupe la Cisjordanie. Plus de 500 000 Israéliens y vivent aujourd’hui dans des colonies considérées comme illégales au regard du droit international. Ils cohabitent avec près de trois millions de Palestiniens. La construction de ces implantations a atteint des niveaux historiques sous le gouvernement actuel. Plusieurs ministres applaudissent ouvertement la création d’avant-postes, même lorsqu’ils sont illégaux selon le droit israélien. Certains appellent explicitement à l’annexion du territoire.

Nadav Weiman, ancien tireur d’élite devenu dirigeant de l’organisation Breaking the Silence, décrit un mécanisme profondément ancré. Pour un soldat, il est presque impossible de faire respecter la loi face à des colons violents. En revanche, il est très facile d’imposer ce que l’on veut aux Palestiniens. Les consignes restent souvent floues. Les soldats sont invités à s’en remettre à la police, les colons étant des citoyens israéliens.

En 22 ans de collecte de témoignages de soldats en Cisjordanie, je peux vous dire que dans la majorité des unités, rien n’est dit aux soldats sur ce qu’ils peuvent faire vis-à-vis des colons.

Cette absence d’instructions claires crée un vide. Face à des situations de tension, les militaires improvisent ou s’effacent. Le résultat est une protection de fait pour les auteurs de violences provenant des colonies.

Des frontières de plus en plus floues

Les réticences à agir ne viennent pas seulement des consignes politiques. Elles trouvent aussi leur source dans le rapprochement entre colons et soldats. Un nombre croissant de colons intègre les rangs d’officiers après avoir fréquenté des académies prémilitaires aux positions idéologiques radicales. Le commandant militaire de la Cisjordanie, le général Avi Bluth, a lui-même fréquenté l’académie Bnei David, située dans la colonie d’Eli.

Après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, l’armée a mobilisé des milliers de réservistes issus des colonies. Ces hommes ont intégré des unités de défense régionale. Leur mission officielle consiste à sécuriser leurs propres communautés en Cisjordanie. Selon l’organisation Yesh Din, environ 7 000 colons ont été armés et intégrés à ces unités au début de la guerre. Certains laissent faire les attaques de colons. D’autres y participent directement.

Même si beaucoup ne sont plus actifs aujourd’hui, l’armée leur a permis de conserver armes à feu et uniformes. Cette décision favorise les confusions. Des actes de violence peuvent être commis par des personnes portant des tenues militaires sans être des soldats en mission. La distinction devient de plus en plus difficile à établir pour les habitants palestiniens comme pour les observateurs extérieurs.

Un plan de transfert de responsabilités

Dans le sillage du siège de Qusra, le ministre de la Défense Israël Katz a chargé l’armée de préparer un plan. L’idée consiste à transférer à la police le maintien de l’ordre dans les colonies de Cisjordanie occupée. Une telle mesure représenterait une étape supplémentaire vers une forme d’annexion de fait. Elle confirmerait que la responsabilité de la sécurité dans ces zones bascule progressivement hors du cadre militaire classique.

Les observateurs restent sceptiques quant à la volonté réelle du gouvernement de sévir contre les colons violents. Les élections législatives sont prévues le 27 octobre. Dans ce contexte, toute action ferme risquerait de coûter cher politiquement. La prudence l’emporte donc, au détriment de l’application stricte de la loi.

Nimrod Novik tire une conclusion préoccupante. Si la violence des colons se poursuit sans frein, il serait étonnant qu’elle n’entraîne pas un embrasement sanglant majeur. Le risque d’escalade reste présent à chaque incident prolongé.

Une inertie documentée depuis longtemps

Le siège de Qusra n’est pas un cas isolé. Il illustre une tendance observée depuis des années. Les forces armées interviennent rarement de manière décisive lorsque des colons s’en prennent à des Palestiniens. Les arrestations restent exceptionnelles. Les démantèlements de structures illégales sont souvent partiels ou temporaires. Les colons reviennent rapidement sur les lieux.

Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. Le soutien politique affiché au plus haut niveau donne un sentiment d’impunité. L’idéologie coloniale gagne du terrain au sein de l’institution militaire. Les frontières entre civils armés et soldats deviennent poreuses. Les consignes opérationnelles restent volontiers imprécises.

Dans ce contexte, un petit groupe peut tenir tête pendant des jours à une armée réputée pour sa puissance. Le paradoxe n’est qu’apparent. Il révèle que la question n’est pas celle des moyens disponibles, mais celle de la volonté politique et institutionnelle de les utiliser.

Les conséquences pour les habitants

Pour les familles assiégées à Qusra, les jours s’écoulent dans l’angoisse et la privation. L’accès à la nourriture devient un combat quotidien. Les déplacements sont limités ou impossibles. L’incertitude quant à la durée du blocus pèse lourdement. Chaque intervention de l’armée nourrit un espoir rapidement déçu lorsque les colons réapparaissent.

Ces situations créent un climat de peur durable. Elles renforcent le sentiment que la protection de la loi ne s’applique pas de la même manière selon l’origine des personnes en cause. Pour les Palestiniens, la présence militaire symbolise souvent davantage un instrument de contrôle qu’une garantie de sécurité.

Les témoignages recueillis au fil des années par des organisations locales et internationales dressent un tableau cohérent. Les actes de violence de colons se multiplient dans certaines périodes. Les réponses institutionnelles restent en deçà de ce que la gravité des faits pourrait exiger. Le siège de Qusra s’inscrit dans cette continuité.

Le rôle des unités de défense régionale

La mobilisation de réservistes issus des colonies après octobre 2023 a accentué certains problèmes. Ces unités de défense régionale ont reçu pour mission de protéger les implantations. Dans la pratique, leur composition et leur proximité avec les communautés qu’elles sont censées défendre ont créé des zones grises.

Yesh Din a documenté le fait que plusieurs milliers de colons ont été armés dans ce cadre. Même après la fin de leur période d’activité intense, beaucoup ont conservé leurs armes et, dans certains cas, des éléments d’uniforme. Cette situation facilite les confusions d’identité. Elle permet aussi à des individus de se prévaloir d’une légitimité militaire lorsqu’ils agissent en dehors de tout cadre officiel.

Le maintien de ces pratiques après la phase la plus aiguë du conflit pose question. Il montre que la séparation entre forces de sécurité régulières et population coloniale armée n’est plus aussi nette qu’elle pourrait l’être. Cette porosité contribue à la difficulté d’intervenir de manière claire et impartiale.

Une logique d’annexion progressive

Le plan évoqué par le ministre de la Défense s’inscrit dans une dynamique plus large. Transférer le maintien de l’ordre dans les colonies à la police revient à traiter ces zones comme des territoires sous administration civile israélienne pleine et entière. Cela rapproche de fait le statut de ces implantations de celui d’un territoire annexé, même sans proclamation officielle.

Plusieurs ministres du gouvernement actuel ont déjà exprimé leur soutien à l’annexion. La construction de colonies a atteint des records. Les avant-postes illégaux même selon le droit israélien reçoivent parfois un appui politique ouvert. Dans ce climat, l’idée de faire respecter strictement la loi aux colons violents apparaît secondaire.

Les échéances électorales renforcent cette prudence. Aucun acteur politique majeur ne semble disposé à s’aliéner une base électorale attachée aux colonies. La violence de certains groupes peut donc se poursuivre avec une relative impunité, tant qu’elle ne franchit pas un seuil trop visible ou trop coûteux diplomatiquement.

Le poids de l’idéologie dans les rangs

L’influence des académies prémilitaires radicales sur le recrutement des officiers constitue un facteur structurel. Des jeunes issus des colonies ou proches de ces milieux y reçoivent une formation idéologique avant d’intégrer l’armée. Une fois devenus cadres, ils portent avec eux une vision particulière de la Cisjordanie et de la place des Palestiniens.

Le parcours du général Avi Bluth illustre cette proximité. Sa fréquentation de l’académie Bnei David, située dans une colonie, n’est pas un détail anodin. Elle symbolise le lien entre certains cercles militaires et le projet colonial. Lorsque des soldats prient aux côtés de colons ou discutent amicalement avec eux en pleine opération, cela s’inscrit dans un continuum plus large.

Nadav Weiman insiste sur le fait que, dans la majorité des unités, aucune instruction précise n’est donnée concernant les interactions avec les colons. Cette absence laisse place à l’improvisation et aux affinités personnelles. Elle explique en partie pourquoi l’application de la loi reste si inégale.

Les limites des pressions internationales

Même lorsque Washington intervient, les résultats restent limités. La nationalité américaine d’un des assiégés a conduit à une demande officielle d’intervention. L’armée a multiplié les déplacements de soldats. Des gestes ont été accomplis, comme le démantèlement de tentes ou une arrestation. Le siège, pourtant, a perduré.

Cette résistance aux pressions extérieures montre la solidité du soutien politique interne. Elle indique aussi que l’armée calcule soigneusement les coûts et les bénéfices de chaque action. Intervenir trop fermement contre des colons peut créer des tensions internes ou des réactions politiques. Laisser faire comporte d’autres risques, mais ceux-ci semblent souvent jugés plus acceptables.

Les condamnations internationales et israéliennes se multiplient. Elles peinent à se traduire en changements concrets sur le terrain. Le fossé entre les déclarations et les actes reste large.

Un risque d’escalade permanent

Nimrod Novik met en garde contre les conséquences d’une poursuite de la violence coloniale. Un embrasement sanglant majeur n’est pas exclu si les incidents se multiplient sans réponse appropriée. Chaque siège prolongé, chaque attaque non sanctionnée, chaque humiliation publique contribue à un climat de tension explosive.

La Cisjordanie reste un espace fragile. Les populations y cohabitent dans un déséquilibre de pouvoir manifeste. Lorsque la force chargée de maintenir un minimum d’ordre apparaît partial ou paralysée, le risque de dérapage augmente. Le siège de Qusra, par sa durée et sa médiatisation, concentre ces dangers.

Les observateurs qui suivent la région depuis des décennies notent une intensité accrue de certains phénomènes. La combinaison d’un gouvernement favorable aux colonies, d’une armée travaillée par l’idéologie coloniale et d’une population de colons armés crée un mélange particulièrement instable.

La paralysie comme mode de gestion

Au final, l’inertie de l’armée face au siège de Qusra n’apparaît pas comme un simple dysfonctionnement. Elle reflète une forme de gestion de la réalité coloniale. Agir de manière systématique contre les colons violents entrerait en contradiction avec la ligne politique dominante. Ne rien faire expose à des critiques et à des risques d’escalade. La solution intermédiaire consiste souvent à multiplier les gestes visibles sans transformer la situation de fond.

Les soldats se retrouvent ainsi dans une position inconfortable. Ils reçoivent l’ordre d’intervenir, mais dans un cadre qui limite fortement l’efficacité de leur action. Les images de discussions amicales ou de prières communes illustrent cette ambiguïté. Elles montrent que, sur le terrain, les relations ne sont pas purement hiérarchiques ou disciplinaires.

Cette paralysie relative a des effets concrets. Elle permet à un petit groupe de maintenir un blocus pendant plus d’une semaine. Elle envoie un message aux habitants de Qusra et, au-delà, à l’ensemble de la population palestinienne de Cisjordanie. Elle confirme aussi aux colons les plus radicaux que les marges de manœuvre restent importantes.

Ce que révèle l’épisode de Qusra

Le siège en cours près de Naplouse concentre plusieurs tendances de fond. Il montre la difficulté de l’armée à se distancier d’une population coloniale qu’elle est censée contrôler. Il illustre le poids du soutien politique dans les décisions opérationnelles. Il met en lumière les conséquences de la porosité croissante entre soldats et colons.

Les déclarations de Nimrod Novik et de Nadav Weiman convergent sur l’essentiel. L’institution militaire se trouve prise dans une contradiction structurelle. Son devoir professionnel pousse à l’application égale de la loi. La réalité politique et idéologique pousse dans une autre direction. Le résultat est une forme d’impuissance sélective.

Dans ce contexte, les appels internationaux et les gestes symboliques de l’armée peinent à changer la donne. Le blocus de Qusra continue de symboliser une situation où la puissance militaire n’équivaut pas nécessairement à la capacité d’imposer l’ordre lorsque celui-ci contredit les orientations politiques dominantes.

Les prochains jours diront si une intervention plus résolue finit par lever le siège. Ils diront aussi si cet épisode reste un cas isolé ou s’il annonce une nouvelle phase d’intensification des tensions en Cisjordanie. Pour l’heure, l’image d’une armée puissante confrontée à un petit groupe de colons qu’elle ne parvient pas à déloger reste l’élément le plus frappant de cette affaire.

La durée de ce blocus interroge. Elle force à reconsidérer les récits habituels sur la capacité de contrôle de l’armée israélienne en Cisjordanie. Elle montre que, dans certains cas, la volonté politique de protéger les colons l’emporte sur d’autres considérations. Elle rappelle aussi que les habitants palestiniens paient le prix de ces contradictions au quotidien, à travers des privations, des peurs et un sentiment d’abandon face à la loi.

Alors que les élections approchent et que le plan de transfert de responsabilités est en préparation, le siège de Qusra restera sans doute un exemple éclairant. Il concentre en un seul lieu et en quelques jours les tensions, les ambiguïtés et les risques qui caractérisent la situation en Cisjordanie occupée. L’inaction relative de l’armée face à un petit groupe de colons n’est pas une simple anecdote. C’est le symptôme d’un système dans lequel certaines formes de violence trouvent plus facilement un espace que d’autres.

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