Et si demain votre plateforme de paiements d’entreprise devenait aussi un gardien officiel de bitcoins et d’autres cryptomonnaies ? C’est exactement le pari que vient de lancer Ramp. Le 16 octobre 2026, la fintech a déposé une demande de charte de banque de confiance nationale auprès de l’Office of the Comptroller of the Currency. L’objectif est clair : proposer la garde d’actifs numériques et la gestion fiduciaire d’investissements sous un cadre réglementaire fédéral unique.
Une demande qui s’inscrit dans une vague de fond
Le 19 octobre, Ramp a officialisé sa démarche. La structure envisagée s’appellerait Ramp National Trust Bank. Elle ne prendrait pas de dépôts et n’accorderait aucun prêt commercial. Elle se concentrerait uniquement sur les activités fiduciaires et la custody d’actifs numériques. Cette distinction est importante. Elle permet d’éviter le statut de banque classique tout en bénéficiant d’une supervision fédérale.
Aujourd’hui, Ramp gère déjà plus de 5 milliards de dollars de soldes clients répartis entre comptes courants et comptes d’investissement. Ces fonds transitent par des partenaires distincts. Les dépôts à vue passent par First Internet Bank of Indiana, une institution membre de la FDIC. Les investissements sont gérés via Ramp Advisory LLC, avec Moment Advisors pour la construction des portefeuilles et Apex Clearing Corporation pour l’exécution et la custody traditionnelle. Aucun de ces produits n’est actuellement orienté crypto.
La future banque de confiance ne modifierait pas ces arrangements existants. Elle viendrait simplement compléter l’offre en ajoutant une brique digitale sous le même toit réglementaire fédéral. Pour les entreprises clientes, cela pourrait signifier une simplification administrative et une plus grande cohérence dans la gestion de leurs liquidités, y compris les actifs numériques.
Pourquoi une charte de trust bank plutôt qu’une banque classique ?
Le statut de national trust bank offre plusieurs avantages stratégiques. Il permet d’opérer sous une seule autorité de tutelle, l’OCC, sans avoir à gérer les contraintes liées à la collecte de dépôts ou à l’octroi de crédits. Les exigences en capital et en gouvernance restent élevées, mais le modèle est plus souple pour les activités de conservation et de gestion fiduciaire.
Dans le monde de la crypto, cette approche séduit de plus en plus d’acteurs. Plusieurs sociétés ont déjà emprunté le même chemin. Rain a déposé sa demande le 5 octobre pour une structure qui viserait la custody d’actifs numériques, la gestion des réserves de stablecoins et des activités liées, toujours sans dépôts ni prêts. Payward, maison mère de Kraken, a quant à elle soumis son dossier dès le mois de mai. Zerohash a présenté une version révisée de sa demande en août après un premier refus.
L’OCC a déjà accordé des approbations conditionnelles à des noms connus comme Ripple, BitGo, Paxos ou Fidelity Digital Assets. Ces décisions montrent que le régulateur est ouvert à l’intégration d’activités crypto dans le périmètre des institutions fiduciaires nationales, à condition que les risques soient maîtrisés.
Ce que la future banque pourrait concrètement proposer
Pour l’instant, Ramp reste prudent dans ses déclarations. La société n’a pas précisé quels actifs numériques seraient supportés ni si les services seraient réservés à ses clients entreprises actuels ou ouverts à d’autres institutions. Elle n’a pas non plus annoncé de date de lancement. Tout dépendra du calendrier d’examen de l’OCC.
On peut toutefois imaginer plusieurs scénarios. La garde pure et simple de cryptomonnaies pour le compte de sociétés. La gestion fiduciaire de portefeuilles intégrant des actifs numériques. Peut-être même, à terme, des services autour des stablecoins, à condition que le cadre réglementaire le permette. Le GENIUS Act, récemment évoqué dans d’autres dossiers, ouvre la voie à l’émission de stablecoins de paiement sous certaines conditions.
L’intérêt pour les entreprises est évident. Avoir un interlocuteur unique pour les paiements traditionnels, la gestion de trésorerie et la custody crypto réduirait les frictions. Cela faciliterait aussi la conformité, un point souvent délicat pour les directions financières qui s’aventurent dans l’univers des actifs numériques.
Un contexte concurrentiel et juridique tendu
La vague de demandes de chartes de trust bank ne se déroule pas dans un calme olympien. Le 2 octobre, l’Independent Community Bankers of America a engagé une action en justice contre l’OCC. L’association conteste la légalité de la règle de chartering de 2026 et de la lettre interprétative n° 1176. Selon elle, le régulateur dépasse ses pouvoirs en autorisant des trust banks à mener des activités hors du strict cadre fiduciaire traditionnel.
Les banquiers communautaires craignent une confusion pour les consommateurs. Ils estiment que des structures qui détiennent des actifs numériques sous charte fédérale pourraient laisser croire à une protection équivalente à celle des banques classiques, alors que les règles de capital et de supervision diffèrent. Ils demandent au tribunal d’invalider le cadre actuel.
De son côté, l’OCC défend sa position. Dans sa règle de mars 2026, l’agence rappelle que les national trust banks ont historiquement pu exercer certaines activités non fiduciaires, notamment la custody et le safekeeping. Elle considère que sa réglementation clarifie un pouvoir existant plutôt qu’elle n’en crée un nouveau.
Cette bataille juridique n’implique pas directement Ramp. Elle crée néanmoins une incertitude sur le long terme. Si le tribunal donnait raison aux banques communautaires, le modèle même des trust banks crypto pourrait être remis en question. Pour l’instant, les dossiers continuent d’être examinés.
Ramp, une fintech en pleine accélération
L’annonce de la demande de charte arrive dans un contexte de forte croissance pour Ramp. Mi-octobre, les cofondateurs Eric Glyman et Karim Atiyeh ont indiqué que la société atteignait une valorisation de 60 milliards de dollars. Elle sert désormais 85 000 entreprises. Le chiffre d’affaires annualisé dépasse les 2 milliards de dollars et le cash-flow est positif. Les clients économiseraient plus d’un milliard de dollars chaque mois grâce à la plateforme.
Ces chiffres illustrent la solidité du modèle. Ramp a su se positionner comme un outil complet de gestion des dépenses, des cartes d’entreprise et des paiements. L’ajout d’une offre de custody digitale s’inscrit dans la logique d’extension progressive vers la gestion de trésorerie et d’actifs.
La société insiste sur le fait que sa future trust bank travaillera en complément de ses partenaires bancaires actuels, et non en remplacement. Cette approche progressive rassure. Elle montre que Ramp ne cherche pas à bouleverser du jour au lendemain son écosystème existant, mais à l’enrichir.
Le processus d’examen de l’OCC, une étape exigeante
Obtenir une charte nationale n’est jamais une formalité. L’OCC examine de près le plan d’affaires, l’équipe dirigeante, les ressources financières, la gouvernance et les dispositifs de conformité. Une période de consultation publique de 30 jours peut être ouverte après publication de l’avis. Le régulateur peut imposer des conditions supplémentaires avant d’accorder une autorisation définitive.
Pour Ramp, cela signifie que le chemin est encore long. Même si le dossier a été déposé le 16 octobre, rien ne garantit un calendrier rapide. Les précédents montrent que les délais varient fortement selon la complexité du projet et les éventuels commentaires reçus.
En mai 2025, l’OCC avait déjà clarifié sa position sur la custody et l’exécution de services crypto par les banques nationales. Les établissements peuvent acheter et vendre des actifs détenus en custody sur instruction du client et externaliser certains services, sous réserve d’une gestion rigoureuse des risques. Cette doctrine offre un cadre de référence aux candidats actuels.
Les implications pour le marché de la custody digitale
Si plusieurs fintechs et acteurs crypto obtiennent leur charte, le paysage de la custody pourrait évoluer rapidement. Aujourd’hui, la garde d’actifs numériques reste dominée par des pure players spécialisés ou par des banques traditionnelles qui avancent avec prudence. L’arrivée de trust banks purement fiduciaire et crypto-natives sous supervision fédérale pourrait accélérer l’adoption institutionnelle.
Pour les entreprises, l’avantage serait double. D’un côté, une supervision claire et un cadre juridique plus prévisible. De l’autre, la possibilité de centraliser davantage leurs services financiers auprès d’un même prestataire. Dans un environnement où la conformité et la traçabilité sont devenues critiques, cette évolution n’est pas anodine.
Il faudra toutefois surveiller les conditions imposées par l’OCC. Capital minimum, exigences de gouvernance, règles de ségrégation des actifs, dispositifs de cybersécurité : autant de points qui détermineront la solidité réelle de ces nouvelles structures.
Une tendance de fond qui dépasse Ramp
Le mouvement engagé par Ramp, Rain, Payward et Zerohash n’est pas isolé. Il reflète une volonté plus large de l’écosystème crypto de s’ancrer durablement dans le système financier traditionnel. Après des années d’innovation souvent hors cadre, de nombreux acteurs cherchent désormais la légitimité réglementaire.
Cette quête de charte fédérale s’explique aussi par la fragmentation actuelle des régimes étatiques. Une autorisation nationale permet d’opérer sur l’ensemble du territoire américain avec une plus grande clarté. Elle facilite également les discussions avec les partenaires bancaires et les grands clients institutionnels, souvent exigeants sur la qualité de la supervision.
Dans le même temps, les banques communautaires continuent de défendre leur pré carré. Elles craignent que l’ouverture trop large des chartes de trust bank ne crée une concurrence asymétrique. Le contentieux en cours pourrait donc influencer non seulement le dossier de Ramp, mais l’ensemble de la stratégie de l’OCC en matière de crypto.
Ce que les entreprises doivent retenir dès maintenant
Pour les directions financières et les trésoriers, l’annonce de Ramp est un signal. La garde d’actifs numériques sous supervision fédérale devient progressivement une réalité accessible. Même si les services ne sont pas encore opérationnels, le simple fait que des acteurs majeurs de la fintech s’engagent dans cette voie montre que le sujet gagne en maturité.
Il est encore trop tôt pour prendre des décisions concrètes. Mais il devient pertinent de suivre de près l’évolution de ces dossiers. Les entreprises qui anticipent dès aujourd’hui leurs besoins en custody et en conformité seront mieux armées le jour où les offres se multiplieront.
Ramp n’a pas encore précisé si ses futurs services seraient limités à sa base de clients existante. Dans un premier temps, il est probable que la priorité soit donnée aux entreprises déjà utilisatrices de la plateforme. Une ouverture progressive vers d’autres institutions reste cependant envisageable une fois le cadre stabilisé.
Les questions qui restent en suspens
Plusieurs points restent à clarifier. Quels actifs numériques seront réellement supportés ? Bitcoin et Ethereum seulement, ou un éventail plus large incluant des stablecoins et des tokens institutionnels ? Comment sera organisée la ségrégation des actifs clients ? Quels niveaux de capital et d’assurance seront exigés ?
La réponse à ces questions dépendra largement des conditions que l’OCC imposera. Les précédents montrent que le régulateur peut être exigeant sur la solidité opérationnelle et la gestion des risques. Les candidats doivent démontrer qu’ils disposent des systèmes, des équipes et des contrôles nécessaires.
Autre inconnue : le calendrier. Entre le dépôt du dossier, la période de consultation publique éventuelle et l’éventuelle approbation conditionnelle, plusieurs mois peuvent s’écouler. Dans certains cas, le processus s’étire sur plus d’un an.
Un enjeu de confiance pour l’ensemble du secteur
Au-delà du cas Ramp, c’est la question de la confiance qui est posée. Les entreprises et les investisseurs institutionnels veulent des solutions de custody robustes, supervisées et juridiquement claires. Les scandales et les faillites du passé ont laissé des traces. Une charte fédérale ne résout pas tout, mais elle apporte un niveau de crédibilité supplémentaire.
Si plusieurs acteurs obtiennent leur agrément dans les mois ou années à venir, le marché de la custody pourrait se structurer autour d’un noyau d’institutions fiduciaires nationales. Cela renforcerait la séparation entre les activités spéculatives et les services de conservation pure. Une distinction essentielle pour l’adoption de long terme.
En attendant, Ramp a franchi une étape symbolique. En déposant sa demande, la société montre qu’elle prend au sérieux l’intégration des actifs numériques dans son offre. Reste à voir si le régulateur suivra et à quelles conditions.
Le dossier est désormais entre les mains de l’OCC. Les prochains mois diront si la vision de Ramp National Trust Bank se concrétise ou si le chemin vers la custody fédérale reste encore long et semé d’embûches juridiques.
Dans un secteur en pleine mutation, chaque nouvelle demande de charte est un test. Un test pour le régulateur, pour les acteurs de la crypto et pour les banques traditionnelles. Ramp vient de se positionner clairement dans cette course. L’issue déterminera en partie la forme que prendra la finance digitale américaine dans les années à venir.
Les entreprises qui suivent ces évolutions de près ne perdent pas leur temps. Elles se préparent à un environnement où la frontière entre banque traditionnelle, fintech et custody crypto s’estompe progressivement. Et dans ce nouveau paysage, la supervision fédérale pourrait bien devenir le sésame le plus recherché.









