Actualités

Procès des Viols en Série : La Société Doit Changer de Regard

Le procès des viols en série en France met en lumière une société qui banalise les agressions sexuelles. Gisèle Pelicot, victime de son mari pendant 10 ans, lance un cri d'alarme et demande un changement de regard sur le viol. Retour sur un procès hors norme qui secoue la France...

C’est un procès fleuve qui secoue actuellement la France. Depuis le 2 septembre, la cour criminelle de Vaucluse à Avignon juge un dossier hors norme : 51 hommes sont accusés d’avoir violé Gisèle Pelicot pendant une décennie, avec la complicité de son mari Dominique Pelicot. Face à l’ampleur de l’affaire et la banalisation des agressions sexuelles qu’elle révèle, la victime lance un cri d’alarme : « Il est temps qu’on change de regard sur le viol ».

Un couple en apparence ordinaire

Gisèle et Dominique Pelicot formaient un couple marié depuis 50 ans. Rien ne laissait présager l’horreur vécue par Gisèle en privé. « Absolument rien ne m’a mis la puce à l’oreille ! », martèle-t-elle à la barre, se défendant d’avoir été « sous emprise » ou « manipulée » par son mari. Pourtant, pendant 10 ans, Dominique Pelicot l’a assommée d’anxiolytiques avant de la livrer à des dizaines d’hommes recrutés sur Internet pour assouvir ses fantasmes.

Plus de 200 viols en 10 ans

L’enquête a révélé l’ampleur effarante des faits : plus de 200 viols auraient été commis, dont la moitié par Dominique Pelicot lui-même. Certains hommes sont revenus jusqu’à six fois, à l’invitation du mari. Des vidéos glaçantes projetées devant la cour montrent Gisèle Pelicot inerte pendant les agressions. Pourtant, la plupart des accusés assurent avoir cru participer à un scénario libertin.

Des accusés dans le déni

Malgré les preuves accablantes, beaucoup d’accusés minimisent leurs actes. « J’étais téléguidé », « Je ne réfléchis plus », « Je ne savais pas que je réalisais quelque chose de malsain », peut-on entendre à la barre. Un accusé va jusqu’à dire « un doigt, c’est pas un viol ». Des propos intolérables pour Gisèle Pelicot. « J’ai vu défiler des individus qui nient le viol. Ils ont violé ! Qu’ils s’interrogent ! », s’insurge-t-elle.

J’ai envie de dire à ces hommes : à quel moment quand vous pénétrez dans cette chambre Mme Pelicot vous a donné le consentement ? À quel moment face à ce corps inerte vous prenez conscience ?

Gisèle Pelicot, victime

Une société qui banalise le viol

Pour Gisèle Pelicot, ce procès est celui d’une « société machiste et patriarcale qui banalise les agressions sexuelles ». Elle pointe du doigt la lâcheté collective qui a permis ces viols en série.

Depuis le début de ce procès, j’ai entendu beaucoup de choses, c’était inaudible… J’ai beaucoup de mal face à cette banalité.

Gisèle Pelicot

Son calvaire est emblématique des violences faites aux femmes, encore trop souvent passées sous silence. « J’ai perdu 10 ans de ma vie que je ne rattraperai jamais. Jamais cette cicatrice ne se refermera ! », confie-t-elle avec émotion.

La difficile quête de justice

Les 51 accusés, âgés de 26 à 74 ans, risquent jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle pour viols aggravés. Très peu ont présenté de réelles excuses à leur victime. Dominique Pelicot, décrit comme le « chef d’orchestre », peine à expliquer cette dérive qui s’est accélérée avec les années.

Le verdict est attendu au plus tard le 20 décembre, après 3 mois de procès et une semaine de délibéré. Au-delà de la condamnation des coupables, Gisèle Pelicot espère que cette affaire provoquera une prise de conscience collective.

Il est temps qu’on change de regard sur le viol. Ce procès doit servir d’électrochoc.

Gisèle Pelicot

Un procès pour faire évoluer les mentalités

L’affaire Pelicot illustre la culture du viol encore prégnante dans notre société. Le déni des agresseurs, la loi du silence, la banalisation des violences sexuelles… Autant de mécanismes qui entravent la libération de la parole des victimes et leur quête de justice.

Mais ce procès hors norme pourrait marquer un tournant. En brisant le tabou, en pointant les dysfonctionnements, en appelant à un sursaut collectif, il ouvre la voie à une meilleure prise en compte des violences sexuelles.

Des associations saluent le courage de Gisèle Pelicot et son combat pour faire reconnaître le statut de victime. Des voix s’élèvent pour réclamer un meilleur accompagnement des victimes, une formation des professionnels, des campagnes de sensibilisation, un durcissement des sanctions…

L’onde de choc provoquée par ce dossier hors norme pourrait faire bouger les lignes et contribuer à faire reculer le fléau des violences sexuelles. Le procès Pelicot restera celui d’une prise de conscience salutaire pour construire une société plus juste et égalitaire, où le consentement sera la règle absolue.

Le chemin sera encore long, mais l’espoir d’un profond changement des mentalités est permis. C’est tout le sens du cri du cœur de Gisèle Pelicot, devenue malgré elle une figure du combat féministe : « Il est temps qu’on change de regard sur le viol ».

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.