Comment raconter une audience où l’accusé dit tout reconnaître et, dans le même souffle, n’arrive presque jamais à dire ce qu’il a fait ? Lundi, un animateur du périscolaire parisien comparait pour agressions sexuelles sur neuf enfants âgés de six à neuf ans. Il affirme regretter. Il dit avoir honte. Il reconnaît les faits. Puis les phrases se brisent. Les souvenirs manquent. Les explications aussi. Le tribunal se retrouve face à un homme qui demande pardon sans pouvoir relater le détail de ce qu’on lui reproche.
Un Quatrième Procès Dans Un Scandale Qui Dure
Ce dossier n’arrive pas isolé. Il s’agit du quatrième animateur jugé depuis le mois de mai dans l’affaire qui agite depuis des mois le périscolaire de la capitale. Ces activités, organisées dans les écoles en marge des temps d’enseignement, sont devenues le théâtre d’une série de procédures. Parmi les trois audiences déjà tenues, on compte une condamnation et deux relaxes. Le calendrier de celle-ci n’est pas anodin : l’audience se tient à la veille de la rentrée scolaire.
Depuis le début de l’année 2026, 132 animateurs ont été suspendus. Parmi eux, 52 l’ont été pour des suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, y voit un caractère systémique. Le chiffre, tel qu’il est avancé, donne la mesure d’une crise de confiance qui dépasse un seul prévenu et une seule école.
Repères issus de l’audience
Neuf enfants concernés, de 6 à 9 ans.
Faits situés entre septembre 2022 et janvier 2024.
École primaire du 15e arrondissement de Paris.
Peine encourue : 10 ans d’emprisonnement.
Contrôle judiciaire depuis mars 2026.
Le Portrait D Un Prévenu Au Visage Masqué
Michaël M. a 38 ans. Le tribunal le voit chétif, légèrement voûté dans un costume bleu, coiffé d’un catogan. Son visage est masqué en raison de problèmes pulmonaires. L’image contrastée : un homme de petite prestance physique, présenté comme marié, père d’une fille unique aujourd’hui âgée de 13 ans, et dont l’épouse l’a décrit au cours de l’enquête comme tendre et attentionné.
Les faits qui lui sont reprochés se seraient déroulés entre septembre 2022 et janvier 2024, dans une école primaire du 15e arrondissement de Paris. Le déclencheur officiel est daté. Le 12 janvier 2024, une mère dépose plainte. Sa fille de six ans a raconté que l’animateur lui avait touché les fesses à deux reprises. À partir de cette première parole, l’enquête identifie d’autres enfants susceptibles d’avoir été victimes du même animateur.
Des fillettes décrivent des attouchements sur les fesses ou sur le sexe, à diverses occasions, dans le préau ou lors d’une sortie scolaire. Le président du tribunal souligne un mode opératoire souvent semblable. Les experts, de leur côté, ont jugé la plupart des déclarations des enfants vraisemblables, ou sans signe d’affabulation. Ce point pèse dans la salle : la parole des enfants n’est pas présentée comme fantaisiste par ceux qui l’ont examinée.
Des Regrets Prononcés D Une Voix Atone
En garde à vue, au mois de mars, Michaël M. avait reconnu les faits. À la barre, la reconnaissance revient, mais dans une tonalité presque éteinte. Il déclare, d’une voix atone, qu’il est désolé de tout ce qu’il a fait. Il demande pardon à toutes les victimes et à leurs familles. Il dit regretter énormément tout ce qui s’est passé.
Je suis désolé de tout ce que j’ai fait, je demande pardon à toutes les victimes et leurs familles. Je regrette énormément tout ce qui s’est passé.
Le président, les avocats et le procureur l’interrogent longuement. Les réponses commencent souvent par de grands silences. Quand il parle de lui-même, les mots reviennent : honte, regrets, dégoût de lui-même. Quand on le ramène aux gestes, aux lieux, aux enfants, la formule se répète. Il ne se souvient pas. Il l’ignore. Il ne se l’explique pas.
Cette contradiction devient le centre de l’audience. Reconnaître et ne pas se souvenir. Admettre et ne pas raconter. Demander pardon et rester incapable de poser des mots précis sur ce que les enfants ont décrit. Le tribunal n’entend pas un récit circonstancié de la part de l’accusé. Il entend une contrition générale, puis un blanc.
Quand Une Photo Ne Réveille Presque Rien
Carine Durrieu Diebolt, avocate d’une partie civile, lui présente la photo d’une de ses petites victimes présumées. Il répond que cela lui dit vaguement quelque chose. Questionné sur les faits eux-mêmes, il répond que cela ne lui rappelle rien. Le décalage est immédiat. Un visage éveille une lueur incertaine. Le geste reproché, lui, reste hors de portée de sa mémoire déclarée.
Constance Dewavrin, une autre avocate, s’agace de cette posture. Elle lui dit, en substance, qu’il reconnaît les faits mais qu’il ne s’en souvient pas, et qu’il doit comprendre que cela peut poser problème. La remarque résume l’embarras de l’audience. Une reconnaissance sans souvenir n’éclaire pas le tribunal. Elle le laisse avec des paroles d’enfants d’un côté, et un accusé qui refuse d’inventer des souvenirs qu’il dit ne pas avoir.
Je ne remets pas en doute la parole des enfants. Si elles le disent, c’est que ça a dû arriver. Par contre, je ne peux pas inventer des souvenirs que je n’ai pas.
La phrase mérite d’être lue lentement. Michaël M. ne conteste pas ce que les enfants ont dit. Il en déduit même que les faits ont dû se produire. En même temps, il se tient à distance de toute reconstruction. Il ne veut pas, dit-il, fabriquer une mémoire. Pour les parties civiles, cette position peut sembler une reconnaissance trop commode, trop floue, trop peu incarnée.
Une Application, Des Zones D Ombre
Le prévenu peine aussi à éclaircir les raisons pour lesquelles il a utilisé, en 2025, une application appelée Teleguard. Il affirme avoir voulu y traquer et signaler des pédophiles. L’explication est donnée. Elle ne lève pas toutes les questions. L’audience retient surtout qu’il ne parvient pas à rendre ce choix pleinement lisible.
Ce détail s’ajoute à une série de zones grises. L’homme dit reconnaître. L’homme dit ne pas se souvenir. L’homme dit avoir voulu signaler des pédophiles. L’homme est décrit comme tendre par son épouse. Ces éléments coexistent sans se fondre en un récit unique. Le tribunal doit les tenir ensemble, sans que l’accusé ne les relie lui-même de façon nette.
Le Foyer, La Mère, La Petite-Fille
Michaël M. est père d’une fille unique, aujourd’hui âgée de 13 ans. Il est marié. Sa femme l’a décrit, au cours de l’enquête, comme tendre et attentionné. Ce portrait familial entre dans le dossier comme un contrepoint. Il ne gomme pas les accusations. Il montre seulement l’image que certains proches ont donnée de lui avant, ou pendant, la procédure.
Un autre élément familial apparaît. La mère de Michaël M. a elle-même été suspectée d’agression sexuelle sur sa petite-fille, en lui touchant les fesses. L’enquête a été classée sans suite. Le fait est mentionné. Il n’est pas présenté comme une preuve contre le fils. Il appartient néanmoins au paysage du dossier, aux récits qui circulent autour de cette famille.
Depuis son inculpation, Michaël M. a vu un psychologue à deux reprises. Il affirme que ces séances l’ont aidé et qu’il pense pouvoir avancer. Selon lui, elles lui ont permis de se rendre compte de la gravité des faits, ainsi que de se rendre compte qu’il a été victime plus jeune. L’argument est posé à la barre. Il n’emporte pas l’adhésion de tous ceux qui l’écoutent.
Les séances de psy m’ont permis de me rendre compte de la gravité des faits ainsi que de me rendre compte que j’ai été victime plus jeune.
La Parole D Un Père Qui Attend Une Décision
Ces arguments n’ont pas convaincu le père d’une des victimes présumées. Il relève, calmement, que lorsque l’on pose à l’accusé des questions précises qui peuvent l’incriminer, il ne se souvient plus. Ce père attend que les faits soient reconnus et qu’il y ait une décision à la hauteur de ce qui s’est passé. Sa phrase fixe une exigence simple : pas seulement des regrets généraux, une reconnaissance claire et une réponse judiciaire proportionnée.
Placé sous contrôle judiciaire depuis mars 2026, Michaël M. encourt dix ans d’emprisonnement. L’audience ne clôt pas encore le débat public autour du périscolaire parisien. Elle en constitue une nouvelle séquence, à un moment où les écoles s’apprêtent à rouvrir et où les familles mesurent autrement le sens du mot confiance.
Le Périscolaire Comme Espace De Vigilance
Le périscolaire n’est pas un détail administratif. C’est le temps où les enfants restent dans l’école sans être en classe. Cantine, études, ateliers, sorties : autant de moments où des adultes encadrent des groupes, souvent jeunes, parfois très jeunes. Dans ce dossier, les lieux cités sont concrets. Le préau. Une sortie scolaire. Des gestes décrits comme furtifs, répétés, ciblés.
Le président insiste sur un mode opératoire souvent identique. Cette observation judiciaire donne une cohérence aux récits. Elle ne dit pas à elle seule la vérité judiciaire finale. Elle indique toutefois que les paroles recueillies ne sont pas apparues comme une collection de souvenirs épars et incompatibles. Les experts ont parlé de vraisemblance. Ils n’ont pas retenu, pour la plupart des déclarations, de signe d’affabulation.
Depuis le début de 2026, le nombre de suspensions — 132 au total, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes — a été présenté comme le révélateur d’un problème plus large. Le mot « systémique », employé par Emmanuel Grégoire, oriente le regard vers l’organisation, le recrutement, le signalement, le suivi. L’audience de Michaël M. reste celle d’un homme. Le contexte, lui, est collectif.
Reconnaître Sans Raconter
Le nœud de l’audience tient dans une phrase presque banale et pourtant décisive : reconnaître les faits sans s’en souvenir. Dans une salle d’audience, cette position crée un malaise durable. Elle peut être lue comme une forme d’aveu. Elle peut aussi être lue comme une manière de ne jamais entrer dans le détail. Les avocates le font sentir. Le père d’une enfant le formule autrement. L’accusé s’y tient.
Il dit sa honte. Il dit son dégoût de lui-même. Il dit qu’il ne remet pas en doute la parole des enfants. Il refuse d’inventer des souvenirs. Cette dernière précaution, présentée comme une exigence de sincérité, laisse les questions sans réponse. Où. Combien de fois. Dans quelles circonstances exactes. Avec quelle intention. Autant de points que les silences ne tranchent pas.
La photo montrée à la barre illustre ce flottement. Un visage lui dit vaguement quelque chose. Les faits associés à ce visage ne lui rappellent rien. Entre la reconnaissance globale et l’amnésie particulière, l’audience avance par à-coups. Les silences durent. Les formules se répètent. Le tribunal, lui, doit décider à partir de ce matériau incomplet du côté de l’accusé, et jugé crédible du côté de nombreux enfants.
Une Rentrée Dans L Ombre D Une Audience
Que l’audience ait lieu à la veille de la rentrée n’est pas qu’un hasard de calendrier. C’est le moment où les parents confient à nouveau leurs enfants à l’école, y compris pour les temps périscolaires. Le scandale des mois précédents a déjà produit des suspensions massives. Il a déjà produit des procès. Une condamnation. Deux relaxes. Puis ce quatrième dossier, avec neuf enfants cités.
Le prévenu encourt dix ans d’emprisonnement. Il est sous contrôle judiciaire depuis mars 2026. Ces données juridiques encadrent l’attente des familles. Elles ne disent pas encore l’issue. Elles disent seulement la gravité que la loi attache aux faits reprochés, et la contrainte déjà imposée à l’homme qui comparaît masqué, voûté, le verbe rare dès que l’on quitte le registre du pardon.
Au fil de l’audience, les mêmes mots reviennent comme un refrain brisé. Désolé. Pardon. Honte. Regrets. Puis : je ne me souviens pas. Je l’ignore. Je ne me l’explique pas. Entre ces deux séries, il y a le vide que le tribunal est chargé d’interpréter. Les enfants, eux, ont parlé du préau, d’une sortie, de gestes sur les fesses ou sur le sexe. Les experts ont trouvé ces récits vraisemblables.
Ce Que L Audience Donne À Voir
Elle donne à voir un homme de 38 ans, père, marié, décrit comme tendre par son épouse, et poursuivi pour des agressions sexuelles sur neuf enfants. Elle donne à voir une première plainte, le 12 janvier 2024, celle d’une mère dont la fille de six ans a parlé de deux attouchements aux fesses. Elle donne à voir une enquête qui élargit le cercle des enfants concernés.
Elle donne aussi à voir une mère de l’accusé un temps suspectée, pour un geste sur les fesses de sa petite-fille, avant un classement sans suite. Elle donne à voir deux séances chez un psychologue, dont l’accusé tire l’idée qu’il a compris la gravité des faits et qu’il a lui-même été victime plus jeune. Elle donne enfin à voir un père de victime présumée qui refuse de s’en tenir à cette psychologie de dernière minute.
Ce que retient l’audience
Une reconnaissance générale. Une mémoire presque absente. Des déclarations d’enfants jugées vraisemblables. Un contexte de suspensions nombreuses dans le périscolaire parisien. Une rentrée qui commence le lendemain.
Les Mots Qui Restent En Suspens
Il « regrette », a « honte » et « reconnaît les faits », mais ne se souvient quasiment de rien ni ne peut s’expliquer. Cette formule, qui résume l’audience, n’est pas un effet de style. C’est le constat dressé à partir de ce qui s’est dit à la barre. Les regrets sont là. Les souvenirs, non. Les explications, non plus.
Dans un dossier où neuf enfants de six à neuf ans sont concernés, ce silence n’est pas un détail psychologique anecdotique. Il devient un enjeu judiciaire. Peut-on tenir pour suffisante une reconnaissance qui s’arrête au seuil du souvenir ? Les avocates le contestent dans la manière même de questionner. Le père d’une enfant le dit autrement : dès que la question peut incriminer, la mémoire se dérobe.
Michaël M. répond qu’il ne peut pas inventer des souvenirs qu’il n’a pas. Il ajoute qu’il ne remet pas en doute la parole des enfants et que, si elles le disent, c’est que cela a dû arriver. Cette concession est large. Elle reste abstraite. Elle ne décrit pas un geste. Elle n’ancre pas un lieu. Elle n’assume pas une scène. Elle pose seulement que la parole enfantine doit être crue, tout en tenant l’accusé à l’écart du récit.
Un Homme, Neuf Enfants, Une Institution
Le procès d’un animateur n’épuise pas la question du périscolaire parisien. Les 132 suspensions depuis le début de 2026, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes, dessinent une crise plus vaste. Le mot systémique, attribué au nouveau maire de Paris, invite à regarder au-delà d’un seul costume bleu et d’un seul catogan.
Pour autant, l’audience de lundi reste celle de Michaël M. Pas d’autre nom à la barre. Pas d’autre visage masqué pour problèmes pulmonaires. Pas d’autre voix atone pour dire pardon puis se taire. Les neuf enfants ont entre six et neuf ans. Les faits sont situés entre septembre 2022 et janvier 2024. L’école est dans le 15e arrondissement. Ces coordonnées suffisent à ancrer le dossier dans une réalité précise.
Le quatrième procès depuis mai s’inscrit après une condamnation et deux relaxes. Cette succession rappelle que chaque affaire est jugée pour elle-même. Elle rappelle aussi que le public, lui, perçoit une série. Le périscolaire est devenu un sujet de défiance. L’audience de lundi n’efface pas cette défiance. Elle l’alimente d’images nouvelles : les silences, la photo à peine reconnue, l’application Teleguard mal expliquée, le psychologue vu deux fois.
Ce Que Les Familles Viennent Chercher
Le père déjà cité ne demande pas seulement des regrets. Il attend que les faits soient reconnus et qu’une décision soit à la hauteur de ce qui s’est passé. Cette attente n’est pas juridique au sens étroit. Elle est morale autant que judiciaire. Elle suppose un accusé qui ne s’arrête pas au bord du souvenir. Elle suppose une réponse qui ne se dilue pas dans les formules toutes faites de la honte.
Les avocates de parties civiles travaillent précisément cette zone. L’une montre une photo. L’autre souligne l’incohérence d’une reconnaissance sans mémoire. Le prévenu répond dans le même registre, encore et encore. Il est désolé. Il a honte. Il ne se souvient pas. Le tribunal entend donc deux langues à la fois : celle du pardon et celle de l’oubli déclaré.
Entre ces deux langues, les déclarations des enfants occupent une place centrale. Attouchements sur les fesses. Attouchements sur le sexe. Préau. Sortie scolaire. Mode opératoire souvent le même. Vraisemblance retenue par les experts. Absence de signe d’affabulation pour la plupart des récits. C’est sur cette base que l’enquête s’est élargie après la plainte du 12 janvier 2024.
La Gravité Affirmée, Le Détail Absent
Michaël M. dit que les séances chez le psychologue lui ont permis de comprendre la gravité des faits. Comprendre la gravité, ce n’est pas encore relater les faits. Le tribunal peut entendre une prise de conscience tardive. Il peut aussi y voir une stratégie de présentation. Le texte de l’audience ne tranche pas à la place des juges. Il enregistre seulement que l’accusé mobilise ces séances pour dire qu’il avance.
Il mobilise aussi une souffrance ancienne. Il affirme s’être rendu compte qu’il a été victime plus jeune. Cet élément est énoncé. Il n’est pas développé dans le récit public de l’audience au-delà de cette affirmation. Il s’ajoute à la liste des phrases qui cherchent à éclairer l’homme sans éclairer les gestes reprochés.
Le contrôle judiciaire en cours depuis mars 2026 rappelle que la procédure n’a pas commencé lundi. Elle a déjà contraint le prévenu. L’inculpation a déjà eu lieu. Les deux rendez-vous chez le psychologue se situent après. La reconnaissance en garde à vue, au mois de mars, précède la reconnaissance à la barre, plus pâle, plus entrecoupée de silences.
Une Crise De Confiance Qui Déborde Le Prétoire
Le périscolaire parisien est devenu, en quelques mois, un sujet politique autant que judiciaire. Les suspensions par dizaines, les suspicions de violences sexuelles ou sexistes pour 52 animateurs, le mot systémique prononcé par le nouveau maire : tout cela encadre l’audience sans la remplacer. Lundi, il s’agit encore de neuf enfants, d’un animateur, d’une école du 15e.
Pourtant, chaque détail de la salle renvoie à une inquiétude plus large. Un visage masqué. Un costume bleu. Un catogan. Une voix atone. Des parents qui écoutent un homme dire qu’il ne se souvient pas. Des avocates qui cherchent à faire advenir un récit. Un président qui relève un mode opératoire. Des experts qui parlent de vraisemblance. Autant de fragments d’une même tension : comment protéger des enfants de six à neuf ans dans des temps scolaires qui ne sont plus tout à fait la classe ?
La question reste ouverte à l’issue de la description de l’audience. Le tribunal n’a pas encore rendu, dans ce compte rendu, la décision attendue par le père qui veut une réponse à la hauteur. L’homme encourt dix ans. Les faits s’étalent de 2022 à 2024. La plainte initiale date du 12 janvier 2024. Tout le reste est affaire de preuves, de paroles, de silences.
Reprendre Les Faits Sans Les Broder
Reprenons, une dernière fois, ce qui est établi dans le récit de l’audience. Un animateur du périscolaire parisien est jugé lundi pour agressions sexuelles sur neuf enfants de six à neuf ans. Il est le quatrième animateur jugé depuis mai dans ce scandale. Une condamnation et deux relaxes ont déjà été prononcées dans cette série. L’audience a lieu à la veille de la rentrée.
Depuis le début de 2026, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Emmanuel Grégoire parle d’un caractère systémique. Michaël M., 38 ans, comparaît chétif, voûté, en costume bleu, le visage masqué pour des problèmes pulmonaires. Les faits visés vont de septembre 2022 à janvier 2024, dans une école primaire du 15e arrondissement.
Tout part de la plainte d’une mère, le 12 janvier 2024. Sa fille de six ans a parlé de deux attouchements aux fesses. L’enquête trouve d’autres enfants. Des fillettes décrivent des attouchements sur les fesses ou sur le sexe, dans le préau ou lors d’une sortie. Le président parle d’un mode opératoire souvent identique. Les experts jugent la plupart des déclarations vraisemblables, sans signe d’affabulation.
En garde à vue, en mars, l’homme avait reconnu. À la barre, il s’excuse, demande pardon, dit regretter énormément. Puis il se tait longtemps. Honte, regrets, dégoût de lui-même. Sur les faits : pas de souvenir, pas d’explication. Une photo lui dit vaguement quelque chose. Les faits associés, rien. Il ne conteste pas les enfants. Il refuse d’inventer une mémoire. Il s’explique mal sur Teleguard en 2025. Il est père d’une fille de 13 ans. Son épouse l’a dit tendre et attentionné. Sa mère a été suspectée puis l’enquête a été classée sans suite. Deux séances chez un psychologue. Conscience de la gravité. Conscience d’avoir été victime plus jeune. Un père de victime présumée n’est pas convaincu. Dix ans encourus. Contrôle judiciaire depuis mars 2026.
Voilà le dossier tel qu’il apparaît à l’audience. Rien de plus. Rien de moins. Autour de ces faits, les silences occupent autant de place que les phrases. C’est précisément ce déséquilibre que le tribunal est appelé à peser, pendant que la capitale s’apprête à renvoyer ses enfants à l’école, y compris dans ces temps périscolaires devenus, en quelques mois, le symbole d’une confiance abîmée.









