Qui aurait imaginé qu’à moins d’un an de l’ouverture officielle de la course à l’Élysée, les lignes de fracture au sein de la droite et du centre se dessinent déjà avec une telle netteté ? Alors que les Français commencent à peine à digérer les derniers soubresauts de la législature, Marc Fesneau, figure incontournable du MoDem et président de son groupe à l’Assemblée nationale, vient de poser un jalon majeur. Il appelle de ses vœux une primaire large, allant des sociaux-démocrates jusqu’à la droite républicaine, mais il trace en même temps une frontière claire : David Lisnard n’y a pas sa place. L’accusation est frontale. Selon le député, le maire de Cannes préparerait un rapprochement avec ce qu’il nomme sans détour « l’extrême droite ». Une formule qui résonne comme un coup de tonnerre dans le petit monde politique parisien et qui mérite d’être analysée sous toutes ses coutures.
Un appel à l’unité qui trace déjà des frontières
Dans le paysage politique français actuel, l’idée d’une candidature unique issue d’une primaire n’est pas nouvelle. Elle revient régulièrement comme un mantra destiné à éviter l’éparpillement des voix au premier tour. Marc Fesneau s’inscrit dans cette logique, mais il y ajoute une dimension particulière. Pour lui, le périmètre doit regrouper les forces allant des sociaux-démocrates jusqu’à la droite républicaine traditionnelle. C’est une vision large, volontairement inclusive, qui cherche à rassembler au-delà des clivages habituels de la majorité sortante. Pourtant, cette ouverture s’accompagne immédiatement d’une exclusion nette. David Lisnard, maire de Cannes et personnalité de plus en plus audible sur la scène nationale, se voit refuser l’entrée dans ce dispositif.
Cette position n’est pas anodine. Elle révèle les tensions profondes qui traversent l’espace politique situé entre le centre et la droite. Fesneau ne se contente pas d’un simple désaccord stratégique. Il met en cause les prises de position du maire cannois, notamment celles concernant un éventuel second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Dans ce scénario, certains responsables de droite ont laissé entendre qu’ils pourraient envisager des alliances ou des neutralités ambiguës. Fesneau y voit le signe d’un glissement dangereux. Pour lui, accepter Lisnard dans une primaire reviendrait à légitimer une forme de porosité avec des forces qu’il considère comme incompatibles avec les valeurs républicaines qu’il défend.
Le contexte d’une droite en quête de clarifications
La droite française n’a jamais été un monolithe. Depuis plusieurs années, elle oscille entre tentations de recentrage et tentations de radicalisation. David Lisnard incarne une partie de ce débat. Maire d’une ville méditerranéenne dynamique, il a construit une image de gestionnaire pragmatique, attaché aux questions économiques et sécuritaires. Il plaide de son côté pour une grande primaire ouverte de la droite, sans les restrictions que pose Fesneau. Cette divergence de méthode n’est pas secondaire. Elle touche à la définition même de ce que doit être le camp républicain en 2027.
Lisnard, loin de se laisser caricaturer, multiplie les critiques à l’égard du programme économique du Rassemblement national. Il insiste sur les divergences de fond concernant la dette, la fiscalité des entreprises ou encore la politique monétaire. Ces prises de position lui permettent de se démarquer et de se présenter comme un homme de droite classique, attaché à l’orthodoxie budgétaire. Pourtant, pour Fesneau, cela ne suffit pas. L’accusation d’alliance avec « l’extrême droite » repose sur d’autres éléments, notamment des déclarations relatives à un éventuel duel final entre les extrêmes. Dans ce cas de figure, certains responsables ont laissé planer le doute sur leur attitude. Fesneau refuse toute ambiguïté.
Cette polémique intervient à un moment où plusieurs personnalités tentent de structurer le débat. Gabriel Attal, de son côté, plaide également pour une candidature unique issue d’une primaire. L’idée d’éviter la dispersion des voix progressistes et centristes revient comme un leitmotiv. En parallèle, l’entourage de Raphaël Glucksmann a fait savoir qu’il ne souhaitait pas s’inscrire dans un tel dispositif. Les lignes de fracture ne se situent donc pas uniquement entre Fesneau et Lisnard. Elles traversent l’ensemble de l’échiquier situé à gauche de la droite radicale et à droite de la gauche radicale.
Les arguments de Marc Fesneau sous la loupe
Qu’est-ce qui motive exactement le président du groupe MoDem ? D’abord, une préoccupation stratégique. Dans un scrutin présidentiel, le premier tour est souvent le moment où se jouent les dynamiques de long terme. Une offre trop fragmentée risque de faire le jeu des candidatures les plus polarisantes. En appelant à une primaire large, Fesneau cherche à créer un espace de discussion et de légitimation d’un candidat capable de rassembler au-delà de son camp d’origine. Mais cette largeur a des limites. Pour lui, ces limites passent par le refus de toute compromission avec des forces qu’il situe hors du champ républicain classique.
L’accusation formulée contre David Lisnard s’appuie sur une lecture particulière des déclarations publiques du maire de Cannes. Lorsque certains responsables évoquent un second tour Marine Le Pen contre Jean-Luc Mélenchon, la question du report de voix ou de l’attitude à adopter devient centrale. Fesneau interprète les positions de Lisnard comme une forme de relativisme dangereux. Il refuse que la primaire qu’il appelle de ses vœux puisse servir de tremplin à une personnalité qu’il soupçonne de préparer des alliances de circonstance. Cette position est clairement assumée et ne laisse guère de place au dialogue immédiat.
On peut y voir une tentative de préserver l’identité du centre et de la droite modérée. Depuis plusieurs années, le spectre d’une droitisation de l’ensemble du champ politique hante certains responsables. En excluant préventivement Lisnard, Fesneau envoie un signal fort à ses propres troupes et à l’opinion. Il dit en substance : nous sommes prêts à élargir le périmètre, mais pas à n’importe quel prix et pas avec n’importe qui. Cette ligne de conduite mérite d’être confrontée aux réalités du terrain. Les électeurs de droite classique sont-ils prêts à suivre une telle logique d’exclusion ? Rien n’est moins sûr.
La réponse implicite de David Lisnard
David Lisnard, de son côté, ne reste pas inactif. Sans nécessairement répondre point par point aux accusations, il continue de défendre l’idée d’une grande primaire ouverte de la droite. Cette formule est différente de celle de Fesneau. Elle ne mentionne pas explicitement les sociaux-démocrates et se concentre davantage sur le rassemblement des sensibilités de droite. Dans le même temps, le maire de Cannes multiplie les critiques à l’égard du programme économique du Rassemblement national. Il pointe les incohérences, les risques inflationnistes ou encore les difficultés de financement de certaines propositions. Cette posture lui permet de se positionner comme un homme de droite responsable, attaché à la crédibilité économique.
Il est intéressant de noter que cette critique du RN n’empêche pas Fesneau de maintenir son veto. Pour le président du groupe MoDem, le problème ne se situe pas uniquement sur le terrain économique. Il touche à des questions de valeurs et de stratégie électorale plus larges. L’attitude face à un éventuel second tour polarisé devient le critère discriminant. Dans cette optique, toute déclaration ambiguë est interprétée comme un signe de faiblesse ou de calcul. Lisnard, en défendant une primaire large de la droite, cherche au contraire à éviter que le débat ne se réduise à une opposition binaire entre le centre et les extrêmes.
Cette divergence de méthode révèle deux conceptions de la politique. D’un côté, une approche qui privilégie la pureté idéologique et le refus de toute zone grise. De l’autre, une approche plus pragmatique qui cherche à maximiser le rassemblement en acceptant des différences internes. Les deux logiques ont leurs forces et leurs faiblesses. La première peut apparaître comme un garant de cohérence, mais elle risque d’isoler une partie de l’électorat. La seconde peut sembler plus inclusive, mais elle expose à des critiques de confusion ou de manque de clarté.
Gabriel Attal et la question de la candidature unique
Gabriel Attal n’est pas en reste dans ce débat. Il plaide lui aussi pour une candidature unique issue d’une primaire. Cette position s’inscrit dans une logique de rationalisation de l’offre politique. Dans un système présidentiel où le premier tour peut rapidement tourner à la dispersion, l’idée d’un candidat unique capable de porter les couleurs d’un large spectre centristes et sociaux-démocrates revient régulièrement. Attal, par son parcours et son style, incarne une génération qui cherche à dépasser les anciennes divisions. Son soutien à l’idée de primaire renforce le sentiment que le sujet est désormais incontournable.
Pourtant, même au sein de cet espace, les réticences existent. L’entourage de Raphaël Glucksmann a clairement indiqué ne pas souhaiter participer à un tel exercice. Cette position n’est pas anodine. Elle montre que la primaire, même élargie, ne fait pas l’unanimité. Certains préfèrent conserver leur autonomie et construire leur propre dynamique. D’autres craignent que le format de la primaire ne favorise les personnalités les plus médiatiques au détriment des projets de fond. Ces hésitations compliquent la tâche de ceux qui, comme Fesneau ou Attal, appellent à l’unité.
Le débat sur la primaire devient ainsi un révélateur des tensions internes. Qui doit y participer ? Selon quelles règles ? Avec quel périmètre idéologique ? Les réponses à ces questions conditionnent largement la capacité du centre et de la droite modérée à peser en 2027. En excluant d’emblée David Lisnard, Marc Fesneau tranche une partie de ces interrogations, mais il en ouvre d’autres. Comment convaincre les électeurs de droite classique de se rallier à une offre qui les laisse volontairement de côté ? Comment éviter que l’exclusion ne se transforme en facteur de division supplémentaire ?
Les enjeux stratégiques pour 2027
À moins d’un an des premières manœuvres sérieuses en vue de l’élection présidentielle, chaque déclaration prend une dimension particulière. La primaire n’est plus seulement un outil technique de sélection. Elle devient un enjeu de positionnement idéologique. En définissant un périmètre allant des sociaux-démocrates à la droite républicaine, Fesneau tente de créer un espace central large. En excluant Lisnard, il cherche à protéger cet espace de ce qu’il considère comme des tentations de dérive. Cette stratégie comporte des risques. Elle peut apparaître comme exclusive aux yeux d’une partie de l’électorat qui se reconnaît davantage dans les positions du maire de Cannes.
Le scénario d’un second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon hante les esprits. Dans un tel cas de figure, les consignes de vote et les attitudes des responsables deviennent déterminantes. Fesneau refuse toute ambiguïté. Pour lui, la clarté doit primer. Cette exigence le conduit à surveiller de près les déclarations de ses homologues de droite. Lisnard, en multipliant les critiques économiques contre le RN, tente de se prémunir contre les accusations de complaisance. Pourtant, cela ne suffit pas à lever le veto. Le critère retenu par Fesneau dépasse le simple programme économique. Il touche à une conception plus large de l’arc républicain.
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres moments de clarification dans l’histoire politique récente. Chaque camp, à un moment ou à un autre, a dû définir ses frontières. La difficulté, aujourd’hui, réside dans le fait que les frontières elles-mêmes sont devenues poreuses. Les électeurs circulent d’un espace à l’autre avec une fluidité croissante. Les responsables politiques, eux, restent souvent prisonniers de grilles de lecture plus rigides. Le débat entre Fesneau et Lisnard illustre parfaitement cette tension entre fluidité électorale et rigidité partisane.
Les conséquences possibles sur le paysage politique
Si la position de Marc Fesneau venait à s’imposer, elle pourrait accélérer une recomposition. Une primaire limitée aux sociaux-démocrates et à la droite républicaine « pure » laisserait de côté une partie des sensibilités de droite. Ces sensibilités pourraient alors chercher d’autres voies, soit en se rapprochant d’autres candidatures, soit en construisant leur propre offre. À l’inverse, si la logique de Lisnard l’emportait, le périmètre serait plus large, mais au prix d’une possible dilution des messages. Les deux options comportent des avantages et des inconvénients. Aucune n’est exempte de risques.
Dans le même temps, la position de l’entourage de Raphaël Glucksmann rappelle que même au sein de l’espace progressiste, l’unité n’est pas acquise. Certains préfèrent construire leur propre dynamique plutôt que de s’inscrire dans un processus collectif qu’ils jugent trop contraignant ou trop centré. Cette fragmentation relative complique encore davantage la tâche de ceux qui appellent à une candidature unique. Elle montre que les appels à l’unité se heurtent souvent aux réalités des ambitions personnelles et des différences de projet.
Gabriel Attal, en plaidant pour une primaire, tente de dépasser ces clivages. Sa position est intéressante car elle se situe à l’intersection de plusieurs sensibilités. Elle pourrait servir de point d’appui pour un rassemblement plus large. Pourtant, même dans ce cas, la question de David Lisnard resterait posée. Fesneau a déjà tracé sa ligne rouge. Attal, pour l’instant, n’a pas explicitement tranché sur ce point précis. Le débat reste donc ouvert et susceptible d’évoluer au gré des déclarations et des sondages.
Une accusation qui pèse lourd
Accuser un responsable politique de préparer une alliance avec « l’extrême droite » n’est jamais anodin. Dans le contexte français, cette formule porte une charge symbolique particulière. Elle renvoie à des débats anciens sur le front républicain, les cordons sanitaires et les frontières de l’acceptable. En l’employant à l’encontre de David Lisnard, Marc Fesneau place la barre très haut. Il transforme un désaccord stratégique en question de principe. Cette montée en puissance du discours a des conséquences. Elle polarise davantage le débat et rend plus difficile toute forme de compromis ultérieur.
Lisnard, en multipliant les critiques contre le programme économique du RN, tente de démontrer qu’il n’existe aucune complaisance de sa part. Il insiste sur les divergences de fond. Cette stratégie de différenciation est classique. Elle vise à montrer que l’on peut être de droite sans pour autant rejoindre les positions du Rassemblement national. Pour Fesneau, cela ne suffit pas. Le critère retenu dépasse le programme. Il touche à l’attitude face à un éventuel second tour polarisé et à la capacité à maintenir une distance claire avec les extrêmes.
Cette divergence de critères explique en grande partie l’impasse actuelle. Tant que les deux hommes n’auront pas clarifié ce qu’ils entendent exactement par « alliance » ou par « proximité », le malentendu risque de perdurer. Les électeurs, eux, jugeront sur pièces. Ils observeront les actes plus que les mots. Dans les mois qui viennent, chaque déclaration, chaque interview, chaque positionnement sera scruté à l’aune de cette polémique. Le débat sur la primaire 2027 est déjà devenu un test de crédibilité pour l’ensemble des acteurs concernés.
Le poids des déclarations sur le second tour
Le scénario d’un second tour Marine Le Pen contre Jean-Luc Mélenchon n’est plus purement hypothétique dans les esprits de nombreux responsables. Les sondages passés ont montré que cette configuration, bien que minoritaire, restait possible dans certaines conditions. Face à cette éventualité, les attitudes divergent. Certains plaident pour un front républicain systématique. D’autres refusent de donner des consignes trop précises par avance. D’autres encore laissent entendre que le choix pourrait dépendre du contexte. C’est dans cette zone grise que se situe une partie du débat actuel.
Marc Fesneau refuse cette zone grise. Pour lui, la clarté doit être totale. Toute déclaration qui pourrait être interprétée comme une ouverture, même conditionnelle, est considérée comme problématique. David Lisnard, de son côté, semble privilégier une approche plus contextuelle. Cette différence de méthode devient le cœur de la polémique. Elle explique pourquoi Fesneau estime que Lisnard n’a pas sa place dans la primaire qu’il appelle de ses vœux. Elle explique aussi pourquoi Lisnard continue de défendre une primaire ouverte de la droite, sans les restrictions posées par le président du groupe MoDem.
Cette question du second tour n’est pas seulement technique. Elle touche à la conception même de la démocratie et du choix électoral. Certains estiment qu’il faut toujours faire barrage à l’extrême droite, quel que soit l’adversaire. D’autres considèrent que les électeurs doivent rester libres de leur arbitrage et que les consignes trop rigides peuvent produire des effets contre-productifs. Le débat entre Fesneau et Lisnard est aussi, en profondeur, un débat sur ces conceptions. Il dépasse largement les personnes concernées et touche à des questions de fond sur le fonctionnement de la vie politique française.
Vers une recomposition durable ?
Au-delà de la polémique immédiate, le débat ouvert par Marc Fesneau pose la question d’une éventuelle recomposition durable du paysage politique. Si la primaire qu’il appelle de ses vœux venait à se concrétiser avec le périmètre qu’il défend, elle pourrait créer un nouvel espace central élargi. Cet espace regrouperait des sensibilités sociales-démocrates et de droite républicaine autour d’un projet commun. Dans le même temps, les sensibilités de droite plus marquées pourraient se retrouver en dehors de ce dispositif et chercher d’autres voies. Cette évolution n’est pas encore écrite, mais elle devient plausible.
À l’inverse, si la logique de David Lisnard l’emportait, la primaire serait plus large à droite et potentiellement plus restrictive du côté social-démocrate. Les équilibres seraient différents. Les messages portés par le candidat unique pourraient également évoluer. Dans les deux cas, le résultat final dépendrait largement de la capacité des acteurs à dépasser leurs divergences et à construire un projet cohérent. Pour l’instant, les positions restent éloignées. Le veto de Fesneau contre Lisnard constitue un obstacle majeur à tout rassemblement immédiat.
Gabriel Attal, en plaidant pour une candidature unique, tente de maintenir une porte ouverte. Sa position pourrait servir de pont entre les différentes sensibilités. Pourtant, tant que la question de Lisnard ne sera pas tranchée de manière claire, les tensions resteront vives. L’entourage de Raphaël Glucksmann, en refusant de participer, rappelle quant à lui que même au sein de l’espace progressiste, l’unité n’est pas automatique. Ces multiples réticences montrent que la route vers une primaire large et consensuelle reste semée d’embûches.
Les leçons d’une polémique précoce
Il est encore tôt dans le calendrier électoral. Pourtant, les positions se cristallisent déjà. Cette précocité a des avantages et des inconvénients. D’un côté, elle permet de clarifier les lignes et d’éviter les ambiguïtés de dernière minute. De l’autre, elle risque de figer des oppositions qui auraient pu évoluer avec le temps. Marc Fesneau a choisi de fixer sa position très tôt. En excluant David Lisnard dès maintenant, il envoie un signal fort, mais il se prive aussi d’une éventuelle flexibilité future. Cette rigidité peut être interprétée comme un signe de conviction. Elle peut aussi apparaître comme un manque d’ouverture.
Les électeurs, eux, n’ont pas encore tranché. Ils observeront la capacité des uns et des autres à proposer des projets concrets, à répondre aux préoccupations du quotidien et à incarner une forme de crédibilité. La polémique sur la primaire et sur les alliances éventuelles restera un élément du débat, mais elle ne sera pas le seul. Les questions économiques, sécuritaires, sociales et internationales pèseront lourdement. Dans ce contexte, chaque responsable devra démontrer que sa vision de la primaire n’est pas seulement un outil de positionnement, mais un moyen de mieux servir l’intérêt général.
La déclaration de Marc Fesneau restera longtemps dans les mémoires comme un moment de clarification. Elle a le mérite de poser clairement les termes du débat. Elle a aussi le défaut de polariser davantage un espace politique déjà fragmenté. Dans les semaines et les mois qui viennent, on verra si d’autres responsables rejoignent sa position ou s’ils tentent de construire des ponts. On verra aussi comment David Lisnard réagit sur le fond et s’il parvient à lever les soupçons qui pèsent sur lui. Pour l’instant, le veto est clair. La primaire large des sociaux-démocrates à la droite républicaine, telle que la conçoit Fesneau, se fera sans le maire de Cannes.
Un débat qui dépasse les personnes
Au fond, cette polémique dépasse largement Marc Fesneau et David Lisnard. Elle pose la question de la nature du rassemblement politique en 2027. Faut-il privilégier la largeur au risque de la confusion, ou la pureté au risque de l’isolement ? Faut-il accepter des zones grises pour maximiser les chances de victoire, ou maintenir des lignes rouges même si cela coûte des voix ? Ces questions ne sont pas nouvelles, mais elles se posent avec une acuité particulière dans le contexte actuel. Les réponses qui seront apportées conditionneront largement la forme de l’offre politique dans un an.
Les Français, de leur côté, attendent des projets plus que des polémiques. Ils veulent savoir comment les responsables entendent répondre aux défis de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la sécurité, de la transition écologique ou encore de la place de la France dans le monde. Dans ce cadre, le débat sur la primaire et sur les exclusions éventuelles ne peut être qu’un élément parmi d’autres. Il ne doit pas occulter l’essentiel. Pourtant, il révèle des divergences de fond qui méritent d’être confrontées. En tranchant si clairement, Marc Fesneau a forcé le débat. C’est déjà un premier résultat.
La suite dépendra de la capacité des uns et des autres à dépasser les postures et à construire des alternatives crédibles. Si la primaire large se concrétise dans les termes voulus par Fesneau, elle devra démontrer qu’elle est capable de rassembler suffisamment de forces pour peser. Si elle échoue, d’autres formules émergeront. Dans tous les cas, le veto contre David Lisnard restera un point de repère. Il marque une ligne de partage nette entre deux conceptions de la droite et du centre. Cette ligne de partage continuera de structurer les débats dans les mois qui viennent.
Regards croisés sur l’avenir immédiat
Alors que le calendrier politique s’accélère, chaque prise de position devient un investissement pour l’avenir. Marc Fesneau a choisi de placer haut la barre de l’exigence républicaine telle qu’il la conçoit. David Lisnard continue de défendre une vision plus inclusive de la droite. Gabriel Attal plaide pour l’unité sans forcément trancher sur tous les points de friction. L’entourage de Raphaël Glucksmann maintient sa distance. Ces positions multiples dessinent un paysage complexe, où les alliances ne sont jamais définitives et où les lignes peuvent encore bouger.
Dans ce contexte, la déclaration de Fesneau a le mérite de la clarté. Elle force chacun à se positionner. Elle empêche les zones d’ombre de perdurer trop longtemps. Elle a aussi le défaut de rigidifier des oppositions qui auraient pu rester fluides. Le temps dira si cette rigidité était nécessaire ou contre-productive. Pour l’instant, elle structure le débat. Elle place David Lisnard dans une position délicate : celle de devoir démontrer, preuves à l’appui, que les accusations portées contre lui sont infondées. Elle place aussi les autres responsables face à un choix : rejoindre le veto ou tenter de construire des ponts.
La primaire 2027 n’est pas encore organisée. Elle n’a même pas de règles précises. Pourtant, elle occupe déjà les esprits. C’est le signe que la course à l’Élysée a bel et bien commencé, même si les Français n’en ont pas encore pleinement conscience. Dans les mois qui viennent, d’autres déclarations viendront préciser les contours de ce débat. D’autres exclusions ou inclusions seront annoncées. Le périmètre se dessinera progressivement. Pour l’heure, une chose est certaine : Marc Fesneau a tracé une frontière. David Lisnard se trouve de l’autre côté. Et cette frontière pourrait bien conditionner une partie de l’offre politique de 2027.
Au final, cette polémique précoce révèle les tensions profondes qui traversent l’espace situé entre le centre et la droite. Elle montre que l’unité n’est jamais un acquis et qu’elle se construit au prix de choix parfois douloureux. Elle rappelle aussi que les mots ont un poids et que les accusations d’alliance avec l’extrême droite ne se lancent pas à la légère. Dans un pays où la polarisation progresse, chaque frontière tracée a des conséquences. Marc Fesneau l’a bien compris. En excluant David Lisnard de sa vision de la primaire, il a choisi son camp et fixé ses priorités. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits ou si elle finira par isoler davantage encore un espace politique déjà en quête de repères.
Les prochains mois seront décisifs. Les prises de position se multiplieront. Les sondages viendront affiner les rapports de force. Les projets se préciseront. Dans ce contexte mouvant, le veto de Fesneau contre Lisnard restera un point de fixation. Il continuera d’alimenter les discussions, les analyses et les spéculations. Il servira de référence pour juger de la cohérence des uns et des autres. Et il rappellera, à chaque étape, que derrière les appels à l’unité se cachent souvent des divergences de fond que rien ne permet encore de surmonter complètement.
La politique française entre dans une phase de clarification. Les lignes se dessinent plus nettement. Les alliances se préparent dans les coulisses. Les discours se radicalisent parfois. Dans ce climat, la déclaration de Marc Fesneau apparaît comme un moment de vérité. Elle force le débat. Elle oblige chacun à se positionner. Elle montre que la route vers 2027 sera longue, semée d’embûches et riche en rebondissements. Et elle laisse entrevoir que la question de la primaire, loin d’être purement technique, est déjà devenue un enjeu idéologique majeur.
Pour les observateurs attentifs, ce débat n’est que le début d’une longue série. D’autres personnalités entreront dans la danse. D’autres lignes rouges seront tracées. D’autres exclusions seront annoncées. Le périmètre de la primaire, s’il se concrétise, évoluera probablement. Mais le signal envoyé par Fesneau restera. Il aura marqué les esprits. Il aura placé David Lisnard dans une situation particulière. Et il aura rappelé que, dans la politique française contemporaine, les frontières entre les camps restent un sujet de passion et de division. Une passion et une division qui, à n’en pas douter, accompagneront le pays jusqu’au scrutin de 2027.









