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Prêts Curve Finance En Hausse De 68% Au Troisième Trimestre

Alors que le secteur du prêt DeFi reste en dessous de ses niveaux de fin 2025, Curve Finance affiche une croissance spectaculaire de 68% de ses prêts actifs. Ce qui se cache derrière cette performance surprenante risque de redéfinir les règles du jeu pour les prochains mois...

Et si l’un des protocoles les plus discrets de la finance décentralisée venait de réaliser l’une des plus belles performances du troisième trimestre 2026 ? Pendant que le marché global du prêt DeFi continue de peiner à retrouver ses niveaux de fin 2025, Curve Finance affiche une progression de 68 % de ses prêts actifs. Un chiffre qui force le respect et qui soulève immédiatement une question simple : comment un acteur peut-il accélérer aussi fort alors que le reste du secteur reste à la traîne ?

Une croissance qui tranche avec le reste du marché

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre le 30 juin et le 30 septembre 2026, les prêts actifs sur Curve sont passés de 42,18 millions de dollars à 70,9 millions de dollars. Non seulement le protocole a largement dépassé le solde de fin 2025, fixé autour de 69 millions, mais il l’a fait dans un environnement où le secteur dans son ensemble reste en retrait. À la fin du mois de septembre, l’ensemble des prêts actifs en DeFi plafonnait à 32,8 milliards de dollars, soit environ 13 % en dessous du total enregistré à la clôture de l’année précédente.

Cette divergence n’est pas anodine. Elle révèle une réalité de plus en plus claire : le capital ne se répartit plus de manière uniforme. Il migre vers les protocoles capables d’offrir quelque chose de plus que du simple crédit. Et c’est précisément là que Curve a frappé fort.

LlamaLend v2, le véritable moteur de la hausse

Selon les données internes du protocole, environ 84 % de l’augmentation nette de la dette de prêt au cours du trimestre est attribuable à LlamaLend v2. Cette nouvelle version a d’abord été déployée sur Optimism en juin, puis sur le mainnet Ethereum en juillet. Le mois d’août s’est révélé particulièrement dynamique, porté par des marchés construits autour de stablecoins générateurs de rendement comme sreUSD, sfrxUSD et syrupUSDC.

L’idée derrière LlamaLend v2 est simple mais puissante : permettre aux emprunteurs d’accéder à de la liquidité sans renoncer aux revenus produits par leur collatéral. Dans un marché où chaque point de rendement compte, cette possibilité change radicalement la donne. Les utilisateurs n’ont plus à choisir entre garder leur exposition à un actif productif et obtenir un prêt. Ils peuvent désormais faire les deux simultanément.

« Le prêt DeFi se redresse de façon inégale. Le capital se dirige vers les endroits où les actifs peuvent continuer à générer du rendement tout en servant de collatéral. »

— Équipe Curve Finance

Cette phrase résume parfaitement la stratégie adoptée. Au lieu de forcer les utilisateurs à sacrifier leur yield, Curve leur propose de le conserver. Résultat : les marchés construits autour d’actifs productifs ont attiré une part disproportionnée des nouveaux prêts.

Des marchés plus souples et plus ouverts

L’une des évolutions majeures de LlamaLend v2 réside dans la disparition de l’obligation d’inclure crvUSD comme collatéral ou comme actif emprunté. Désormais, les émetteurs de tokens peuvent créer des marchés autour d’autres actifs supportés et participer aux frais générés par ces marchés. Cette flexibilité a ouvert la porte à une nouvelle génération de paires de prêt beaucoup plus adaptées aux besoins réels des utilisateurs.

Lors du déploiement initial sur Optimism, trois marchés isolés avaient été introduits : ETH contre wstETH, wstETH contre USDC, et WBTC contre USDC. Les plafonds d’emprunt étaient initialement fixés à zéro, ce qui permettait aux dépôts de commencer avant que la gouvernance n’approuve l’ouverture des emprunts. Chaque marché dispose de ses propres paramètres : collatéral distinct, oracles de prix spécifiques, limites de dette et paramètres de risque individualisés.

Pour les fournisseurs de liquidité, la possibilité de déposer des tokens de pool tout en continuant à percevoir les frais de trading représente un avantage non négligeable. Le cadre est également conçu pour accueillir d’autres actifs générateurs de revenus, comme les tokens de vault ou les tokens principaux utilisés dans les stratégies de rendement fixe.

Un marché de tokens LP bientôt en discussion

En regardant vers le quatrième trimestre, l’équipe de Curve souligne que la demande des émetteurs d’actifs justifie le lancement de nouveaux marchés LlamaLend v2. Parmi les propositions déjà identifiées figure un marché acceptant comme collatéral un token de fournisseur de liquidité reUSD/sfrxUSD.

Concrètement, les détenteurs pourraient emprunter contre leurs tokens LP sans avoir à retirer leurs actifs du pool sous-jacent. Ils conserveraient ainsi leur position dans le pool tout en obtenant de la liquidité. Cette proposition reste soumise à un vote de la DAO Curve, mais elle illustre parfaitement la direction prise par le protocole : maximiser l’utilité des positions existantes sans forcer les utilisateurs à les démanteler.

En plus des revenus déjà générés par le collatéral, les emprunteurs peuvent recevoir des incitations en CRV. Les émetteurs d’actifs jouent également un rôle actif en orientant des récompenses vers certains marchés afin de les rendre plus attractifs. Cette dynamique crée un cercle vertueux où les émetteurs, les emprunteurs et le protocole trouvent chacun leur intérêt.

Attention aux aspects fiscaux des récompenses

Pour les participants situés aux États-Unis, il est important de rappeler que les revenus sous forme d’actifs numériques sont imposables. Les autorités fiscales exigent que les contribuables conservent des registres précis des montants reçus et de leur valeur en dollars au moment de la réception. Toute personne qui reçoit des tokens à titre de récompense ou de prime doit répondre « oui » à la question relative aux actifs numériques figurant sur sa déclaration fédérale.

La distinction est claire : le simple fait de détenir des actifs numériques n’est pas traité de la même manière que le fait de recevoir des récompenses ou de céder des tokens. Toutes les transactions applicables doivent être déclarées, qu’elles génèrent ou non une plus-value ou une moins-value imposable. Ce point mérite d’être souligné car les incitations en CRV, aussi attractives soient-elles, entraînent des obligations déclaratives.

Des liquidations plus progressives grâce à LLAMMA

L’un des points forts techniques de LlamaLend réside dans son mécanisme de liquidation. Contrairement aux systèmes classiques qui s’appuient sur un prix unique de déclenchement, Curve utilise une fourchette de liquidation. Les emprunteurs choisissent eux-mêmes leur levier ainsi que la largeur de la zone sur laquelle le collatéral se convertit progressivement en actif emprunté.

Concrètement, une baisse brutale des prix n’entraîne pas nécessairement la clôture immédiate de l’intégralité de la position. Le collatéral est liquidé de manière graduelle, ce qui laisse davantage de marge de manœuvre aux emprunteurs et réduit le risque de liquidation totale en cas de mouvement de marché violent mais temporaire.

Ce mécanisme, baptisé LLAMMA, dépend toutefois fortement de l’exécution des transactions sur Ethereum. Dans une analyse publiée début octobre, l’équipe a souligné que des arbitrages moins chers et plus rapides pourraient aider le système à suivre plus fidèlement les prix de marché pendant que le collatéral traverse sa zone de liquidation.

Les vérifications effectuées sur le mainnet montrent qu’une transaction d’emprunt à effet de levier consomme environ 1,84 million de gaz, contre seulement 125 000 pour un simple swap de stablecoin. Pendant les périodes de forte volatilité, les emprunteurs, les liquidateurs et les mises à jour d’oracles se disputent le même espace dans les blocs. Une capacité supplémentaire pourrait donc faciliter l’inclusion des transactions, même si certaines modifications de tarification des opérations d’état risquent d’augmenter les besoins en gaz pour certaines activités.

Une gouvernance qui se structure autour de la gestion des risques

Le troisième trimestre a également été marqué par une décision importante de la DAO Curve. Un nouveau prestataire de gestion des risques a été désigné pour superviser crvUSD et LlamaLend. Le vote du 2 septembre a confié à yRisk un mandat de douze mois portant sur l’examen des collatéraux, la liquidité, la conception des oracles, les risques de concentration et les risques liés à la gouvernance.

Dans le cadre de cet arrangement, yRisk peut recommander des plafonds de dette, des paramètres de marché et d’autres contrôles. La gouvernance de Curve et son DAO d’urgence conservent toutefois le dernier mot. Les conditions de financement approuvées prévoient le versement de 125 000 frxUSD et de 568 181 CRV via deux flux de vesting distincts et révocables d’une durée d’un an.

Cette professionnalisation de la gestion des risques arrive à un moment clé. Avec la multiplication des marchés isolés et l’ouverture à de nouveaux types de collatéraux, la capacité à évaluer correctement les risques devient un avantage concurrentiel majeur. Les protocoles qui sauront allier innovation et prudence seront ceux qui attireront durablement le capital institutionnel et les utilisateurs avertis.

Pourquoi cette performance compte vraiment

La hausse de 68 % des prêts actifs sur Curve n’est pas qu’un chiffre isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large de différenciation au sein de la finance décentralisée. Pendant que certains protocoles peinent à retrouver leurs niveaux d’activité de 2025, d’autres réussissent à créer de la valeur en répondant à un besoin précis : permettre aux utilisateurs de mobiliser leur capital sans renoncer aux revenus qu’il génère.

Cette approche du « collatéral productif » n’est pas nouvelle en soi, mais Curve l’a poussée plus loin en l’intégrant nativement dans l’architecture de LlamaLend v2. Les résultats du troisième trimestre montrent que le marché réagit positivement à cette proposition. Les volumes se concentrent là où l’utilité est la plus élevée, et non nécessairement là où les rendements affichés sont les plus agressifs.

Pour les émetteurs de tokens, la possibilité de créer leurs propres marchés et de partager les frais représente également une opportunité intéressante. Elle transforme les protocoles de prêt en véritables plateformes ouvertes, capables d’attirer une diversité croissante d’actifs et d’acteurs. Cette ouverture pourrait, à terme, renforcer la résilience de l’écosystème en réduisant la dépendance à un nombre limité de collatéraux dominants.

Les défis qui restent à relever

Malgré ces avancées, plusieurs points de vigilance subsistent. Le premier concerne la dépendance à l’infrastructure sous-jacente. Les performances du mécanisme LLAMMA sont étroitement liées à la capacité d’Ethereum à traiter rapidement et à moindre coût les transactions d’arbitrage et de liquidation. Toute dégradation des conditions de réseau pourrait affecter l’efficacité du système.

Le deuxième défi porte sur la gestion des risques liés aux nouveaux types de collatéraux. Les tokens de pool, les vault tokens et les actifs générateurs de rendement introduisent des couches de complexité supplémentaires. Une évaluation rigoureuse des risques de liquidité, de concentration et d’oracle reste indispensable pour éviter les mauvaises surprises.

Enfin, la concurrence ne dort pas. D’autres protocoles de prêt travaillent également sur des solutions permettant de conserver le yield du collatéral. La capacité de Curve à maintenir son avance dépendra de la vitesse à laquelle elle pourra déployer de nouveaux marchés, de la qualité de son exécution technique et de la confiance que la communauté continuera d’accorder à sa gouvernance.

Un signal fort pour l’ensemble de la DeFi

Au-delà des chiffres de Curve, cette performance envoie un message clair à l’ensemble du secteur. Le prêt décentralisé n’est pas condamné à stagner. Il peut retrouver de la dynamique dès lors qu’il propose des innovations réellement utiles aux utilisateurs. Le collatéral productif, les marchés isolés, les liquidations progressives et une gouvernance structurée autour de la gestion des risques forment un ensemble cohérent qui répond à des besoins concrets.

Le fait que Curve ait réussi à dépasser ses niveaux de fin 2025 alors que le marché global reste en dessous de cette barre montre que la différenciation fonctionne. Les utilisateurs et les émetteurs votent avec leurs actifs. Ils choisissent les protocoles qui leur permettent de faire plus avec le même capital.

Dans les mois qui viennent, l’attention se portera naturellement sur le vote de la DAO concernant le marché de tokens LP reUSD/sfrxUSD, ainsi que sur les prochains déploiements de LlamaLend v2. Si ces initiatives confirment la tendance observée au troisième trimestre, Curve pourrait bien s’imposer comme l’un des acteurs les plus dynamiques du prêt décentralisé en 2026.

La leçon est claire : dans un environnement où le capital est sélectif, seuls les protocoles capables d’offrir une utilité réelle et mesurable réussissent à attirer durablement les flux. Curve vient d’en apporter une démonstration concrète. Reste à voir si le reste du marché saura s’inspirer de cette approche ou s’il continuera de traîner derrière.

En définitive, la hausse de 68 % des prêts actifs sur Curve Finance au troisième trimestre 2026 n’est pas qu’une statistique de plus. C’est le signe tangible d’une évolution en cours dans la manière dont les utilisateurs et les émetteurs conçoivent le prêt décentralisé. Un prêt qui ne se contente plus d’immobiliser du collatéral, mais qui cherche à en maximiser l’utilité à chaque instant. Et c’est probablement cette vision qui explique pourquoi, alors que le secteur peine encore à retrouver ses niveaux de 2025, Curve, lui, a déjà pris de l’avance.

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