Quelque 8,7 millions d’électeurs se préparent à départager les candidats à la présidentielle de jeudi en Zambie, un pays d’Afrique australe enclavé qui avait marqué les esprits par une transition démocratique pacifique en 2021. Pourtant, le principal candidat de l’opposition, Brian Mundubile, ne cache plus ses inquiétudes. Dans un entretien exclusif, il accuse le gouvernement d’avoir entravé sa campagne et affirme que le processus en cours ne peut déboucher que sur un scrutin ni libre ni transparent. Cette déclaration, prononcée à Lusaka, la capitale, intervient à quelques jours seulement du vote et bouleverse le scénario d’une réélection sans grande opposition du président sortant.
Un processus électoral déjà contesté avant le jour du vote
Brian Mundubile, avocat de formation âgé de 55 ans, se présente comme le principal rival de Hakainde Hichilema, 64 ans, qui brigue un second mandat à la tête de ce pays deuxième producteur de cuivre du continent. Le président du parti NRPUP ne mâche pas ses mots. « Une élection, c’est un processus, pas un événement. Et le processus par lequel nous venons de passer ne peut déboucher que sur une et une seule conclusion : l’élection ne sera ni libre, ni équitable », affirme-t-il.
Ces propos, tenus mercredi à Lusaka, résonnent avec force dans un contexte où la mémoire de la transition de 2021 reste encore vive. À l’époque, le pays avait réussi un changement de pouvoir pacifique après la défaite du Front Patriotique. Aujourd’hui, le même homme qui a servi comme ministre sous cette précédente majorité se retrouve face à celui qui l’avait battu. La boucle semble bouclée, mais les conditions de la compétition ont changé.
Une entrée tardive dans la course et un parti peu connu
Mundubile n’est entré dans la course à la présidentielle qu’en mai. Il s’est imposé à la tête d’une coalition nouvellement formée de partis d’opposition. Ce mouvement a bousculé le scénario d’une réélection sans coup férir du président sortant et de son Parti uni pour le développement national. Pourtant, le temps a manqué. L’avocat n’a disposé que de peu de semaines pour asseoir sa notoriété et convaincre les électeurs, qui élisent aussi leur Parlement, de voter pour une formation dont le nom reste à peine connu.
Cette situation place le candidat dans une position délicate. Sans renier son héritage, il doit se distancier du bilan de l’ex-président Edgar Lungu, au pouvoir entre 2015 et 2021. Les électeurs, échaudés par cette période, attendent des garanties. Or, le nouveau parti s’appuie en grande partie sur la base politique de l’ancien Front Patriotique, au pouvoir de 2011 à 2021. Le défi consiste donc à transformer un héritage contesté en promesse de renouveau.
Des restrictions de campagne dénoncées avec force
Le principal grief de Mundubile porte sur les conditions de campagne. « Nous n’avons pas pu mener campagne librement. On nous a refusé des permis de voler quand notre rival disposait de trois hélicoptères et pouvait participer à six meetings par jour », accuse l’opposant au visage carré et au front dégarni. Il ajoute un élément personnel lourd de sens : « Je n’ai plus mon passeport depuis quatre mois et mes téléphones ont été confisqués. »
Ces accusations s’inscrivent dans un cadre réglementaire strict. Les quatorze candidats à la présidentielle ont eu le droit de se rendre une fois, pendant cinq jours maximum, dans chacune des dix provinces du pays de 22 millions d’habitants. Cette mesure, selon la police et la Commission électorale zambienne, visait à éviter les affrontements entre partisans rivaux. Dans les faits, elle a limité la capacité de projection des candidats de l’opposition.
Mundubile dénonce également des interférences répétées. « Nous avons eu des interférences de la police à chaque étape. Nous avons été confrontés à la violence de l’UPND et quand bien même, la commission électorale s’est montrée incapable d’agir et de suspendre leur campagne. » Sa propre campagne a été suspendue pendant un mois sur ordre de la Commission électorale, arguant de violences de ses partisans. Cette asymétrie dans le traitement des incidents nourrit le sentiment d’un déséquilibre structurel.
Le bilan économique du président sortant sous le regard critique
Le gouvernement de Hakainde Hichilema est crédité d’avoir sorti le pays de la crise de la dette et d’avoir renoué avec la croissance économique. Pourtant, de nombreux Zambiens se plaignent de n’en voir aucun effet sur leurs conditions de vie. Plus de 70 % de la population vit avec moins de trois dollars par jour, selon les données disponibles, et le taux de chômage officiel avoisine les 10 %. Ces chiffres dessinent un contraste saisissant entre les indicateurs macroéconomiques et le quotidien des habitants.
Face à ce constat, Mundubile pose une opposition claire. « Le président s’est concentré sur le secteur privé et sur les intérêts étrangers. Nous nous concentrons sur les Zambiens. » Il précise toutefois sa position : « Nous avons l’intention de protéger les intérêts des étrangers et les investisseurs. Mais cela doit être une situation gagnant-gagnant. » Cette formulation cherche à rassurer les partenaires internationaux tout en s’adressant prioritairement aux citoyens ordinaires.
L’héritage du Front Patriotique entre défense et distanciation
Selon les analystes, Mundubile est contraint de marcher sur une ligne de crête. Il doit, sans renier son passé, se démarquer des années Lungu. Dans l’entretien, il assume une position nuancée. « Le PF a été chassé du pouvoir mais pas parce qu’il aurait échoué dans tous les domaines », explique-t-il, citant les routes, aéroports et autres infrastructures construites entre 2011 et 2021. Puis il ajoute : « Le PF a fait des erreurs. Nous en avons tiré les leçons. »
Cette rhétorique vise à récupérer une partie de l’électorat qui avait sanctionné l’ancien parti au pouvoir tout en valorisant les réalisations concrètes encore visibles dans le paysage zambien. Les infrastructures restent un argument tangible dans un pays où les besoins en développement restent immenses. En même temps, reconnaître les erreurs permet de se présenter comme capable d’apprentissage et de correction.
Un test démocratique pour un pays encore jeune dans l’alternance
La présidentielle de jeudi constitue un nouveau test pour la Zambie. Le pays avait réussi en 2021 une transition démocratique pacifique qui avait été saluée bien au-delà de ses frontières. Le retour d’un acteur de l’ancienne majorité face au vainqueur de l’époque redonne une dimension particulière au scrutin. Les 8,7 millions d’électeurs appelés aux urnes ne choisissent pas seulement un président et un Parlement. Ils tranchent aussi sur la solidité des institutions et sur la capacité du système à garantir une compétition équitable.
Dans ce contexte, les accusations de Mundubile prennent une importance particulière. Elles ne portent pas uniquement sur des incidents isolés. Elles remettent en cause le processus dans son ensemble. En affirmant qu’une élection est un processus et non un événement, le candidat de l’opposition invite à regarder l’ensemble de la séquence : accès aux moyens de transport, autorisations de réunion, traitement des incidents de violence, confiscation de documents personnels et de téléphones. Chaque élément s’additionne pour former le tableau d’ensemble qu’il juge déséquilibré.
Les conditions matérielles de la campagne sous la loupe
La question des hélicoptères illustre de manière concrète le fossé dénoncé. Disposer de trois appareils permet de multiplier les meetings et de couvrir un territoire vaste en peu de temps. Se voir refuser des permis de voler limite drastiquement la capacité à atteindre les électeurs des provinces éloignées. Dans un pays enclavé de 22 millions d’habitants répartis sur dix provinces, la mobilité aérienne n’est pas un luxe. Elle constitue un outil de campagne décisif.
La limitation à cinq jours maximum par province pour chaque candidat a été présentée comme une mesure de prévention des affrontements. Elle a toutefois pour effet de compresser le temps de présence sur le terrain. Pour un candidat entré tardivement dans la course et à la tête d’un parti encore peu connu, cette contrainte pèse doublement. Le temps nécessaire pour faire connaître un nom et un programme se trouve mécaniquement réduit.
La Commission électorale au centre des critiques
Mundubile reproche à la Commission électorale zambienne de n’avoir pas su ou voulu agir de manière équilibrée. Sa propre campagne a été suspendue pendant un mois pour des faits de violence attribués à ses partisans. Dans le même temps, il estime que les incidents impliquant l’UPND n’ont pas donné lieu aux mêmes conséquences. Cette perception d’un traitement différencié alimente la défiance.
Dans tout processus électoral, le rôle de l’instance chargée d’organiser le scrutin est central. Sa crédibilité repose sur la capacité à appliquer les règles de façon identique à tous les acteurs. Lorsque cette crédibilité est contestée par l’un des principaux candidats, le scrutin lui-même se trouve placé sous tension avant même l’ouverture des bureaux de vote.
Les enjeux économiques au cœur du débat politique
La sortie de la crise de la dette et le retour de la croissance constituent des réussites revendiquées par le camp du président sortant. Ces avancées macroéconomiques n’ont toutefois pas encore produit les effets attendus sur le niveau de vie de la majorité de la population. Le chiffre de plus de 70 % de Zambiens vivant avec moins de trois dollars par jour reste un indicateur brutal de la réalité sociale. Le chômage officiel autour de 10 % ne capture qu’une partie du sous-emploi et de la précarité.
Dans ce contexte, le discours de Mundubile qui oppose concentration sur le secteur privé et les intérêts étrangers d’un côté, concentration sur les Zambiens de l’autre, cherche à polariser le débat. La promesse d’une situation gagnant-gagnant avec les investisseurs vise à éviter l’accusation de repli. Elle tente de conjuguer attractivité économique et priorité donnée aux citoyens. Cette ligne de crête est classique dans les pays en développement qui cherchent à attirer les capitaux tout en répondant aux attentes populaires.
La mémoire des infrastructures et le poids de l’histoire récente
En citant les routes, aéroports et autres infrastructures construites entre 2011 et 2021, Mundubile active un argument tangible. Ces réalisations restent visibles et utilisables. Elles constituent un capital politique que l’opposition tente de réactiver. En même temps, reconnaître que le Front Patriotique a fait des erreurs et en a tiré les leçons permet de se présenter comme capable d’évolution. Cette double stratégie – valoriser le positif, assumer le négatif – est une tentative de reconstruction de confiance.
L’électorat zambien a déjà montré en 2021 qu’il savait sanctionner un pouvoir sortant. Le même électorat pourrait, en 2024, juger à nouveau. Le souvenir de la transition pacifique de 2021 reste un atout pour le pays. Il place cependant la barre haut : toute contestation du processus risque d’être mesurée à l’aune de ce précédent réussi.
Un scrutin sous haute tension à l’approche de jeudi
À quelques jours du vote, les déclarations de Brian Mundubile placent le débat sur le terrain de la légitimité du processus lui-même. En affirmant qu’une seule conclusion est possible – celle d’un scrutin ni libre ni équitable – il fixe un cadre d’interprétation avant même le dépouillement. Cette posture crée une pression sur les institutions et sur le déroulement du jour J.
Les électeurs, eux, devront trancher. Ils le feront dans un pays où les conditions de vie restent difficiles pour la grande majorité, où le chômage et la pauvreté de masse persistent malgré les progrès macroéconomiques, et où la mémoire des alternances récentes reste vive. Le principal opposant a choisi de densifier ses critiques sur les obstacles de campagne, les interférences de la police, la confiscation de son passeport et de ses téléphones, et le traitement asymétrique des incidents de violence.
Ces éléments, réunis, forment le socle de sa contestation. Ils ne portent pas sur le programme économique ou social en premier lieu, même si ce dernier est présent. Ils portent sur la capacité même du système à garantir une compétition loyale. Dans une démocratie, cette question est fondamentale. Elle détermine si le résultat, quel qu’il soit, pourra être accepté comme l’expression de la volonté populaire ou s’il sera d’emblée contesté.
Les dimensions personnelles de la candidature
Brian Mundubile n’est pas un inconnu de la scène politique zambienne. Avocat de formation, ancien ministre de la précédente majorité, il connaît les arcanes du pouvoir. Son âge, 55 ans, le place dans une génération intermédiaire entre le président sortant de 64 ans et des figures plus jeunes. Son apparence, visage carré et front dégarni, a été relevée comme un élément d’identification visuelle dans les descriptions.
Le fait qu’il n’ait plus son passeport depuis quatre mois et que ses téléphones aient été confisqués ajoute une dimension personnelle aux critiques. Ces mesures, quelles qu’en soient les justifications administratives, limitent concrètement la capacité d’un candidat à se déplacer et à communiquer. Dans une campagne moderne, la perte de moyens de communication est un handicap majeur.
La coalition d’opposition et le défi de la notoriété
La coalition nouvellement formée que dirige Mundubile a eu le mérite de regrouper des forces d’opposition. Elle a ainsi évité l’éparpillement qui aurait pu favoriser encore davantage le président sortant. Toutefois, le nom du parti NRPUP reste peu connu. Faire connaître une formation politique en quelques mois seulement constitue un défi colossal, surtout lorsque les conditions de campagne sont restreintes.
Le temps imparti pour sillonner les dix provinces, limité à cinq jours maximum chacune, n’a pas permis de compenser ce déficit de notoriété. Les électeurs qui élisent aussi leur Parlement devront se prononcer sur des listes et des programmes qu’ils n’ont peut-être pas eu le temps de découvrir pleinement. Cette situation nourrit le sentiment d’une compétition inégale.
Les enjeux pour la suite de la démocratie zambienne
Au-delà du résultat de jeudi, c’est la solidité du cadre démocratique qui est en jeu. La Zambie avait montré en 2021 qu’une alternance pacifique était possible. Le test de 2024 consiste à vérifier si cette capacité se maintient dans un contexte où l’opposition dénonce des entraves structurelles. Les accusations de Mundubile, si elles trouvent un écho dans une partie de la population, pourraient peser sur la perception du scrutin, quel que soit le vainqueur.
Le président sortant, de son côté, peut s’appuyer sur le bilan de la gestion de la dette et du retour de la croissance. Ces arguments pèsent dans un pays où la stabilité macroéconomique reste un enjeu majeur. Pourtant, le décalage entre ces réussites et la réalité quotidienne de plus de 70 % de la population vivant avec moins de trois dollars par jour reste un point de tension. C’est sur ce terrain que l’opposition tente de se positionner en affirmant se concentrer sur les Zambiens.
Une parole d’opposition qui fixe le cadre avant le vote
En choisissant de s’exprimer à quelques jours du scrutin, Brian Mundubile a volontairement placé ses critiques au centre de l’attention. L’entretien accordé mercredi à Lusaka n’est pas une simple déclaration de campagne. C’est une prise de position sur la nature même du processus. En répétant qu’une élection est un processus et non un événement, il invite à juger l’ensemble de la séquence et non seulement le jour du vote.
Cette approche a des implications. Elle signifie que, pour une partie de l’opposition, le résultat ne pourra être pleinement accepté que si les conditions préalables sont jugées satisfaisantes. Or, selon Mundubile, ces conditions ne le sont pas. Les refus de permis de voler, les interférences policières, la suspension d’un mois de sa campagne, la confiscation de documents et de téléphones forment, à ses yeux, un ensemble qui ne peut déboucher que sur un scrutin ni libre ni équitable.
Les 8,7 millions d’électeurs appelés à se prononcer jeudi auront donc à trancher dans un climat déjà marqué par la défiance. Le pays, deuxième producteur de cuivre du continent, enclavé en Afrique australe, se retrouve une nouvelle fois au centre d’un test démocratique. La transition pacifique de 2021 avait ouvert une page. La manière dont se déroulera et sera accepté le scrutin de 2024 écrira la suite de cette histoire.
Brian Mundubile a posé ses conditions et exprimé ses doutes. Le président sortant Hakainde Hichilema brigue un second mandat en s’appuyant sur un bilan économique contrasté. Les électeurs, eux, devront faire un choix. Ce choix s’inscrira dans un contexte où les questions de liberté de campagne, de transparence du processus et d’équité des conditions ont été placées au premier plan par le principal candidat de l’opposition. L’issue du scrutin dira si ces doutes auront été partagés ou non par une majorité de Zambiens.
Dans les heures qui viennent, l’attention se portera sur le déroulement concret du vote, sur la présence des observateurs, sur la fluidité des opérations et sur la manière dont les résultats seront communiqués. Mais pour Brian Mundubile, le jugement est déjà en partie formé. Le processus, tel qu’il l’a vécu, ne peut selon lui déboucher que sur une conclusion : celle d’une élection qui ne sera ni libre ni équitable. Cette affirmation, forte et répétée, restera comme l’une des marques de cette campagne zambienne.
Le pays de 22 millions d’habitants se prépare donc à un moment crucial. Les provinces, les villes, les zones rurales, les électeurs urbains et ceux des campagnes minière s’apprêtent à exprimer leur choix. Derrière les chiffres et les programmes, c’est aussi la confiance dans les institutions qui se joue. Les accusations portées par le principal opposant ont le mérite de mettre cette question au centre du débat public. Elles obligent à regarder au-delà du simple résultat des urnes pour s’interroger sur les conditions dans lesquelles ce résultat aura été produit.
Ainsi se présente, à la veille du scrutin, le paysage politique zambien. Un président sortant qui revendique d’avoir redressé l’économie après la crise de la dette. Un principal rival qui dénonce un processus faussé et revendique de se concentrer sur les Zambiens tout en protégeant les intérêts des investisseurs dans une logique gagnant-gagnant. Une Commission électorale contestée dans sa capacité à garantir l’équité. Des restrictions de campagne justifiées par le souci d’éviter les affrontements mais perçues comme asymétriques. Et 8,7 millions d’électeurs appelés à trancher dans ce contexte tendu.
La suite appartiendra aux urnes. Mais le débat sur la nature du processus, lui, est déjà engagé. Brian Mundubile l’a ouvert avec des mots clairs et des accusations précises. Il reste maintenant à voir comment ces paroles résonneront le jour du vote et dans les jours qui suivront. Pour un pays qui avait réussi une transition démocratique pacifique il y a trois ans, l’enjeu dépasse largement le sort d’un homme ou d’un parti. Il touche à la solidité même du contrat démocratique.









