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Présidentielle Costa Rica : Laura Fernández Favorite sur la Sécurité

Dimanche, les Costariciens votent pour leur président. Laura Fernández domine largement les sondages grâce à son discours ultra-ferme contre la criminalité galopante. Mais ses rivaux dénoncent un risque autoritaire... Va-t-elle l'emporter dès le premier tour ?
Le Costa Rica, ce pays d’Amérique centrale souvent célébré pour sa paix, sa nature luxuriante et sa démocratie stable, se trouve à un tournant décisif. Dimanche 1er février 2026, plus de 3,7 millions d’électeurs se rendent aux urnes pour choisir leur président et renouveler leur assemblée législative. Au cœur des préoccupations : une vague de violence liée au trafic de drogue qui ébranle l’image idyllique du pays. Une candidate conservatrice émerge clairement en tête des sondages, promettant une fermeté sans compromis face à la criminalité.

Une élection sous le signe de la sécurité

Le scrutin présidentiel costaricien attire l’attention bien au-delà des frontières nationales. Longtemps considéré comme un oasis de stabilité en Amérique latine, le Costa Rica fait face à une réalité nouvelle et inquiétante : l’arrivée massive du narcotrafic transforme certaines zones en théâtres de violence. Les habitants, habitués à une vie tranquille, expriment leur ras-le-bol face à l’insécurité croissante.

Dans ce contexte tendu, la favorite des sondages incarne l’espoir d’un retour à l’ordre pour beaucoup. Âgée de 39 ans, cette politologue issue du milieu conservateur porte les couleurs du parti au pouvoir. Elle se positionne comme la continuatrice logique des politiques actuelles, tout en accentuant le discours sur la sécurité.

Son ascension rapide s’explique par une conjoncture favorable : une popularité héritée du président sortant, une opposition fragmentée et une préoccupation majeure des citoyens centrée sur la criminalité. Les enquêtes d’opinion la placent largement en tête, avec des intentions de vote flirtant avec les 44 %, selon les derniers relevés universitaires.

Le profil de la candidate favorite

Née dans une province côtière du Pacifique, mère d’une petite fille de trois ans, elle a construit sa carrière autour des politiques publiques. Spécialiste des questions économiques et sociales, elle se définit comme libérale sur le plan économique et conservatrice sur les valeurs sociétales. Ancienne ministre, elle a occupé des postes clés au gouvernement, ce qui lui confère une légitimité auprès des partisans du pouvoir en place.

Son discours résonne particulièrement auprès d’une population fatiguée par l’insécurité quotidienne. Elle promet de poursuivre et d’intensifier les efforts contre le crime organisé, en s’inspirant de modèles régionaux jugés efficaces. Sa campagne s’est conclue sur une note triomphale, avec des déclarations ambitieuses sur une victoire dès le premier tour et une majorité confortable au parlement.

Nous allons gagner dès le premier tour, et nous allons le faire avec 40 députés !

Cette assurance reflète la confiance que lui accordent ses soutiens. Pour éviter un second tour prévu le 5 avril, elle doit franchir la barre des 40 % des voix valides. Les sondages récents indiquent qu’elle est en mesure d’y parvenir, même si une part significative d’électeurs reste indécise.

La montée en puissance du trafic de drogue

Le Costa Rica, traditionnellement épargné par les violences extrêmes, connaît une dégradation rapide de la situation sécuritaire. Le taux d’homicides a atteint un niveau historique sous l’administration actuelle, culminant à 17 pour 100 000 habitants. Les autorités lient la majorité de ces meurtres au trafic international de stupéfiants.

Le pays est devenu une plaque tournante logistique pour les cartels. Cocaine et autres substances transitent par ses ports, aéroports et côtes, avant d’être exportées vers l’Amérique du Nord. Cette position stratégique attire les organisations criminelles, qui s’implantent durablement et génèrent des conflits territoriaux sanglants.

Dans les quartiers populaires de la capitale, comme Alajuelita, les résidents vivent sous la menace permanente. Vols, vente de drogue dans les rues, fusillades : ces phénomènes autrefois marginaux deviennent quotidiens. Une habitante témoigne de cette réalité brute :

Il y a beaucoup de vols ici, beaucoup de jeunes qui vendent de la drogue.

Cette colère populaire alimente le succès des discours sécuritaires. Les électeurs cherchent des solutions radicales, prêtes à soutenir des mesures fortes pour restaurer la paix.

Un programme axé sur la fermeté sécuritaire

La candidate met la sécurité au centre de son projet. Elle propose plusieurs mesures concrètes pour enrayer la spirale de violence :

  • Finaliser la construction d’une méga-prison inspirée des modèles salvadoriens, destinée à isoler les membres de gangs.
  • Alourdir les peines pour les infractions liées au narcotrafic.
  • Instaurer l’état d’urgence dans les zones les plus touchées par la violence.

Ces propositions s’inspirent ouvertement du président salvadorien, admiré pour ses résultats en matière de réduction de la criminalité. Elle défend l’idée que des outils exceptionnels sont nécessaires face à une menace extraordinaire.

Parallèlement, elle critique les blocages institutionnels actuels, accusant le système judiciaire de favoriser l’impunité. Son objectif : réformer en profondeur pour permettre une action plus décisive contre les criminels.

Les critiques et les craintes d’autoritarisme

L’opposition ne reste pas silencieuse. Les rivaux accusent la favorite de vouloir importer un modèle autoritaire, au risque de fragiliser les institutions démocratiques. Ils pointent du doigt les risques d’abus liés à des mesures comme l’état d’urgence ou la construction de prisons massives.

On ne devrait pas emprisonner les gens parce qu’ils ont des tatouages.

Ce commentaire d’un candidat social-démocrate illustre les reproches récurrents : une approche jugée discriminatoire et excessive. D’autres voix de gauche dénoncent une tentative d’imposer une « démocratie douteuse », où le pouvoir exécutif dominerait sans contre-pouvoirs efficaces.

Certains analystes estiment que le président sortant conserverait une influence importante en coulisses, même après son mandat. Cette perspective alimente les débats sur la concentration du pouvoir.

Une opposition fragmentée face à la vague conservatrice

Avec une vingtaine de candidats en lice, l’opposition peine à se fédérer. Le principal rival social-démocrate stagne sous les 10 % dans les sondages. D’autres figures, issues de la gauche ou du centre, obtiennent des scores marginaux. Cette dispersion profite à la candidate en tête.

Les partis traditionnels, autrefois dominants, souffrent d’une perte de crédibilité. Les électeurs expriment une défiance envers les élites politiques établies, accusées de privilèges et d’inefficacité. Cette colère s’exprime par un rejet des anciennes formations et un soutien aux discours anti-système.

Le contexte socio-économique en toile de fond

Au-delà de la sécurité, d’autres enjeux pèsent sur le vote. Le pays a connu une réduction de la pauvreté, passant de 18 % en 2024 à 15,2 % en 2025. Cependant, les inégalités restent marquées, avec un indice de Gini plaçant le Costa Rica parmi les nations les plus inégalitaires d’Amérique latine.

Le coût de la vie élevé, deuxième plus haut de la région après l’Uruguay, pèse sur les ménages modestes. Les coupes dans les programmes sociaux, réalisées pour stabiliser les finances publiques, ont généré du mécontentement. Ces frustrations se mêlent à l’inquiétude sécuritaire pour façonner les choix électoraux.

Les analystes soulignent un dilemme fondamental : comment lutter efficacement contre la violence sans sacrifier les garanties démocratiques ? Une chercheuse universitaire met en garde :

Réduire la violence peut exiger moins de contrôles, moins de contre-pouvoirs et moins de garanties.

Cette tension traverse le débat électoral, opposant les partisans d’une main de fer aux défenseurs des équilibres institutionnels.

Un enjeu régional pour la droite latino-américaine

Une victoire de la candidate conservatrice renforcerait la vague droitière en Amérique latine. Des succès récents au Chili, en Bolivie, au Pérou et au Honduras illustrent ce mouvement. Le Costa Rica pourrait consolider cette tendance, en prolongeant un mandat populiste de droite.

Les bureaux de vote ouvrent à 6 heures locales (12 heures GMT) et ferment douze heures plus tard. Les premiers résultats sont attendus vers 21 heures (3 heures GMT le lendemain). L’enjeu est de taille pour l’avenir démocratique et sécuritaire du pays.

Ce scrutin marque un moment charnière. Entre aspiration à l’ordre et préservation des libertés, les Costariciens choisissent leur voie. La favorite, portée par la peur du crime et la lassitude politique, semble en position idéale pour l’emporter. Reste à savoir si elle franchira seule la ligne d’arrivée ou si un second tour viendra redistribuer les cartes. L’avenir du Costa Rica se joue ce dimanche.

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