Au petit matin du 1er octobre, plusieurs habitants de Porto-Vecchio ont découvert la statue de la Sainte Vierge couchée au sol, au rond-point du Stabiacciu, à l’entrée de la ville. La scène, visible depuis la route, a immédiatement suscité l’incompréhension, puis la colère. Quelques heures plus tard, deux hommes étaient placés en garde à vue. Le lendemain, le parquet confirmait des poursuites pour dégradations graves en réunion et pour exhibition sexuelle, ainsi qu’une mesure rare dans ce type d’affaire : l’interdiction de paraître en Corse, avec départ immédiat, jusqu’à l’audience du 16 novembre. Entre le geste de la nuit et la décision judiciaire du vendredi, toute une ville a cherché à comprendre ce qui s’était réellement passé, et ce que la justice entendait en faire.
Une nuit au rond-point du Stabiacciu et une ville qui se réveille devant les débris
Le rond-point du Stabiacciu n’est pas un simple carrefour. Il marque l’entrée de Porto-Vecchio pour qui arrive du nord, et la statue de la Vierge y tenait une place visible, presque familière. Elle appartenait à la paroisse. La municipalité, de son côté, veillait à l’entretien de l’espace public. Cette double appartenance explique pourquoi deux plaintes distinctes ont été déposées à la gendarmerie : l’une par la paroisse, l’autre par la mairie. Le préjudice n’est donc pas seulement symbolique. Il est aussi matériel, et il engage deux personnes morales qui n’ont pas la même fonction, mais qui se retrouvent liées par le même objet détruit.
Le commandant en second de la compagnie de gendarmerie a confirmé, dès les premières heures, que la statue avait été dégradée dans la nuit et qu’une enquête était ouverte pour établir le déroulé exact et identifier les auteurs. Cette formulation, prudente, laissait encore place à plusieurs hypothèses : accident, vandalisme isolé, geste préparé. Les éléments recueillis dans la journée ont rapidement orienté les investigations vers deux hommes contrôlés à environ deux cents mètres des faits, vers trois heures du matin. Ils faisaient du stop au milieu de la route. Ils étaient fortement alcoolisés. Ils se montraient peu coopératifs et affirmaient n’avoir rien fait.
Ce contrôle nocturne est devenu le point de départ du dossier. Deux cents mètres, ce n’est pas une distance anodine sur un rond-point périphérique à trois heures du matin. Un automobiliste qui s’arrête, ou une patrouille qui passe, peut croiser des personnes encore marquées par ce qu’elles viennent de faire, ou simplement par l’alcool. Les enquêteurs ont ensuite rapproché ce contrôle des constatations sur la statue, des témoignages et, selon plusieurs sources concordantes, d’images qui ont circulé. Le qualificatif retenu plus tard par le parquet, celui d’exhibition sexuelle, indique que les faits reprochés ne se limitent pas à un renversement ou à des coups portés sur la pierre.
Repères de la journée
Découverte de la statue à terre au matin du 1er octobre. Contrôle des deux hommes vers 3 heures, à environ 200 mètres. Garde à vue dans la journée. Déferrement le vendredi devant le parquet d’Ajaccio. Audience correctionnelle fixée au 16 novembre. Départ immédiat de Corse sous contrôle judiciaire.
Ce que les premiers constats permettent de dire, et ce qu’ils laissent encore ouvert
Une statue renversée n’est pas, à elle seule, la preuve d’une intention. Le vent, un véhicule, un choc malheureux peuvent expliquer un basculement. Ici, le contexte décrit par les autorités et par les habitants va dans un autre sens. La dégradation est qualifiée de grave. Elle est reprochée en réunion, c’est-à-dire à plusieurs. Elle vise nommément la statue de la Vierge Marie, au préjudice de la paroisse et de la mairie. S’y ajoute l’exhibition sexuelle. Cette seconde qualification change la nature du récit public. Elle suggère un geste dirigé contre la figure représentée, et non un simple dégât collatéral d’une nuit d’ivresse.
Il faut pourtant distinguer ce qui est établi au stade de la poursuite et ce qui sera tranché à l’audience. Une convocation par procès-verbal devant le tribunal correctionnel n’est pas une condamnation. Les deux hommes sont présumés innocents jusqu’au jugement. Leur version, leurs éventuels aveux, les expertises sur la statue, les images et les témoignages seront examinés le 16 novembre. D’ici là, le contrôle judiciaire organise leur éloignement. La procureure a justifié cette mesure par le très fort retentissement local et par la proximité de l’audience : éloigner les mis en cause doit permettre, selon elle, de juger l’affaire plus sereinement.
Cette logique est compréhensible pour une petite ville où le rond-point est un passage quotidien. Elle n’efface pas les questions que se posent les habitants. Qui a filmé ? Qui a diffusé ? La vidéo a-t-elle été prise par les auteurs eux-mêmes, par un témoin, ou par un tiers de passage ? Le dossier devra le dire. En attendant, la circulation d’images non censurées a amplifié l’émotion bien au-delà de Porto-Vecchio. Ce qui aurait pu rester un fait divers local est devenu, en quelques heures, un sujet discuté dans toute l’île, puis sur le continent.
Deux profils, deux villes de naissance, un même contrat saisonnier
Les investigations ont permis d’en savoir davantage sur les deux hommes. Ils sont âgés de 21 et 23 ans. L’un est né à Toulouse, l’autre à Medellín, en Colombie. Tous deux étaient venus à Porto-Vecchio dans le cadre de contrats saisonniers dans l’hôtellerie et la restauration. Ce détail compte. La saison touristique corse attire chaque année une main-d’œuvre jeune, mobile, souvent logée à proximité des établissements, parfois peu ancrée dans la vie locale. Leur présence sur l’île n’avait donc rien d’exceptionnel. C’est leur nuit du 30 septembre au 1er octobre qui l’est devenue.
Le passé judiciaire des deux mis en cause a été précisé par la procureure. L’un est connu pour une infraction de conduite sans permis. L’autre a été condamné pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, à deux reprises, ainsi que pour deux délits routiers. Ces antécédents ne prouvent rien sur la nuit du Stabiacciu. Ils éclairent toutefois le cadre dans lequel le parquet a apprécié le contrôle judiciaire. Un casier, même modeste, pèse dans l’évaluation du risque de réitération et dans le choix des obligations imposées avant l’audience.
Rien, dans les éléments publics, ne permet d’affirmer un mobile religieux organisé, une revendication politique ou une préméditation de longue date. L’alcool est mentionné de façon insistante : ils étaient fortement alcoolisés au moment du contrôle. L’ébriété peut expliquer une perte de contrôle. Elle n’excuse pas, en droit, une dégradation grave ni une exhibition sexuelle. Elle peut en revanche influencer la manière dont le tribunal appréciera l’intention, la conscience des actes et la personnalité des prévenus. C’est précisément le rôle de l’audience du 16 novembre.
Ce contrôle judiciaire induit un départ immédiat de Corse pour les deux prévenus. Cet éloignement et la proximité de la date d’audience devront permettre de juger sereinement cette affaire, qui a engendré un très fort retentissement au plan local.
La formule de la procureure Fanny Floquet résume la stratégie du parquet. Il ne s’agit pas d’une détention provisoire. Les deux hommes ont été déférés, puis convoqués par procès-verbal. Ils restent libres, mais sous contraintes. L’interdiction de paraître en Corse est la plus visible. S’y ajoute l’obligation de se présenter régulièrement au commissariat de leur département de résidence. Le message adressé à la population locale est clair : les mis en cause ne resteront pas sur l’île dans l’attente du jugement.
Pourquoi l’éloignement immédiat a été préféré à d’autres mesures
Le contrôle judiciaire est un outil souple. Il peut imposer un pointage, une interdiction de contact, une obligation de soins, une limitation de déplacement. Ici, le choix le plus commenté est géographique. Interdire la Corse entière, et non seulement Porto-Vecchio, revient à traiter l’île comme un seul espace de tension. La procureure lie explicitement cette décision au retentissement local. Une affaire qui reste confinée à un rond-point peut se gérer autrement. Une affaire qui rassemble plus d’une centaine de personnes devant la gendarmerie, qui déplace une célébration religieuse et qui circule en vidéo appelle, aux yeux du parquet, une mise à distance.
Le départ immédiat a aussi une fonction pratique. Attendre quelques jours aurait laissé les deux hommes sur place, dans une ville où la statue brisée était encore dans toutes les conversations. Le risque n’était pas seulement juridique. Il était aussi d’ordre public. Des rassemblements spontanés, des prises à partie, des tensions entre saisonniers et habitants : rien de tout cela n’est décrit comme ayant dégénéré, mais le parquet a visiblement voulu couper court. La date du 16 novembre, relativement proche, rend l’éloignement supportable du point de vue de la procédure. Les prévenus n’ont pas à attendre des mois loin de l’île avant de savoir ce qui leur est reproché devant le juge.
Pour les employeurs saisonniers, la conséquence est immédiate. Un contrat en cours s’interrompt de fait si le salarié doit quitter le territoire. Le droit du travail et le contrôle judiciaire ne se superposent pas toujours proprement. Rien n’indique, dans les éléments connus, comment les établissements concernés ont réagi. On peut seulement noter que la fin de saison, début octobre, rend cet éloignement moins disruptif qu’en plein mois d’août. Le calendrier judiciaire et le calendrier touristique se croisent ici par hasard.
La qualification retenue : dégradations graves et exhibition sexuelle
Les poursuites visent deux infractions. La première est la dégradation grave en réunion de la statue, au préjudice de la paroisse et de la mairie. La circonstance de réunion alourdit en général la réponse pénale, parce qu’elle traduit une action concertée ou, à tout le moins, commune. La seconde est l’exhibition sexuelle. Ce chef n’est pas accessoire dans la perception publique. C’est lui qui a transformé un vandalisme en scène vécue comme une profanation. Simuler un acte sexuel sur une statue de la Vierge n’est pas, pour les croyants, un dégât comme un autre. C’est une atteinte à une figure centrale du culte, placée à l’entrée de la ville.
Le droit français protège les biens, y compris lorsqu’ils ont une destination cultuelle. Il réprime aussi l’exhibition sexuelle imposée au regard d’autrui. Le cumul des deux qualifications permet au tribunal de regarder à la fois le préjudice matériel et le caractère du geste. Il n’existe pas, dans les poursuites annoncées, de chef distinct de provocation à la haine religieuse. L’association AGRIF a toutefois annoncé son intention de déposer plainte avec constitution de partie civile, en qualifiant les faits de profanation anti-chrétienne. Cette démarche, si elle est reçue, ajoutera une voix au procès sans modifier, à elle seule, les chefs déjà retenus par le parquet.
La distinction importe. Une partie civile peut demander réparation. Elle peut aussi porter un récit. Elle ne dirige pas l’action publique. Le 16 novembre, ce sont les deux chefs annoncés qui structureront les débats, sauf requalification ou supplément d’information d’ici là. Les habitants qui ont vu la statue à terre attendront surtout une réponse lisible : qui a fait quoi, avec quelle intention, et quelle sanction en découle.
Le maire, la paroisse et deux manières de répondre au même choc
Le maire de Porto-Vecchio a indiqué que la statue détruite serait remplacée dans les plus brefs délais, conformément aux traditions, aux souhaits des Porto-Vecchiais et à la volonté politique de la municipalité. Cette phrase est à la fois pratique et symbolique. Pratique, parce qu’un rond-point d’entrée de ville ne peut pas rester durablement marqué par un socle vide. Symbolique, parce que remplacer vite, c’est refuser que le geste de la nuit devienne l’image durable du lieu. La nouvelle statue ne sera pas l’ancienne. Elle en tiendra la place.
La paroisse, propriétaire de l’œuvre, a engagé ses propres démarches pour porter plainte. Elle a surtout appelé à l’apaisement. Le rendez-vous fixé le jeudi à 17 h 30 sur le rond-point lui-même, pour marquer le début du mois du rosaire, a été exceptionnellement déplacé sur les lieux des faits. Ce choix est rare. D’ordinaire, le mois du rosaire se vit dans l’église, dans les chapelles, parfois dans les processions. Le tenir au Stabiacciu, quelques heures après la découverte de la statue à terre, transforme un calendrier liturgique en réponse publique. Ce n’est pas une manifestation politique. C’est une occupation paisible de l’espace blessé.
Les deux réponses se complètent sans se confondre. La mairie parle de remplacement, de traditions, de volonté politique. La paroisse parle d’apaisement et de prière sur place. Aucune des deux n’a appelé à identifier publiquement les auteurs avant la justice. Le rassemblement devant la gendarmerie, lui, est né d’un appel citoyen sur les réseaux. Plus d’une centaine de personnes s’y sont retrouvées en début d’après-midi. Ce chiffre, pour une ville de la taille de Porto-Vecchio, signale une émotion réelle, pas une foule de circonstance.
| Acteur | Démarche connue | Message public |
|---|---|---|
| Mairie | Plainte, remplacement annoncé | Traditions et volonté politique |
| Paroisse | Plainte, propriétaire de la statue | Apaisement, rosaire sur le rond-point |
| Parquet | Poursuites et contrôle judiciaire | Départ immédiat, audience le 16 novembre |
| Habitants | Rassemblement devant la gendarmerie | Plus de cent personnes en début d’après-midi |
Ce que la vidéo a changé dans la perception de l’affaire
Sans images, l’affaire serait restée un vandalisme de nuit, grave mais abstrait pour qui n’habite pas à proximité. Avec une vidéo diffusée dès le 1er octobre, le geste est devenu visible. Des comptes ont relayé une séquence présentée comme non censurée, montrant les deux individus et la statue. Cette diffusion a un double effet. Elle documente. Elle blesse aussi, parce qu’elle répète la scène à chaque lecture. Pour une partie des croyants, regarder n’est pas neutre. Pour les enquêteurs, l’image peut devenir une pièce, à condition d’en établir l’origine, l’intégrité et le lien avec les personnes poursuivies.
Le droit à l’image et la présomption d’innocence ne disparaissent pas parce qu’une séquence circule. Identifier des visages sur un réseau ne vaut pas jugement. C’est pourtant ainsi qu’une partie du public a « résolu » l’affaire avant même la fin de la garde à vue. Le parquet, en communiquant sur les poursuites et sur le contrôle judiciaire, a repris la main sur le récit officiel. Il n’a pas décrit le contenu de la vidéo. Il a nommé les infractions. Cette sobriété est habituelle. Elle laisse au tribunal le soin de qualifier ce que les images montrent vraiment.
On peut regretter la vitesse de circulation sans nier l’émotion qu’elle a provoquée. Une statue de la Vierge n’est pas un mobilier urbain interchangeable pour celles et ceux qui s’y arrêtent. La voir associée à un simulacre sexuel a été vécu comme une humiliation collective, pas seulement comme un dégât. C’est cette humiliation, plus que le coût de remplacement, qui explique le rassemblement, le déplacement du rosaire et l’écho au-delà de la ville.
Porto-Vecchio, une entrée de ville et une mémoire visible
Porto-Vecchio vit du passage. L’été, la ville gonfle. L’automne, elle reprend une taille plus lisible. Le rond-point du Stabiacciu est l’un de ces seuils où le visiteur comprend qu’il arrive. Y placer une Vierge, c’est inscrire une référence chrétienne dans le paysage quotidien, y compris pour ceux qui ne franchissent jamais la porte de l’église. Ce choix n’est pas neutre. Il dit quelque chose de l’histoire locale, des missions, des ex-voto, des processions qui ont longtemps structuré le calendrier corse. Il dit aussi que le religieux n’est pas cantonné aux bâtiments cultuels.
Détruire cette statue, ou la mettre en scène de façon obscène, touche donc à la fois un bien et un repère. Les habitants qui se sont rendus à la gendarmerie ne défendaient pas seulement une sculpture. Ils défendaient l’idée que l’entrée de leur ville ne peut pas être le théâtre d’un geste perçu comme une moquerie. Le maire a parlé de traditions et de souhaits des Porto-Vecchiais. La formule est large. Elle inclut des croyants pratiquants, des attachés à l’héritage, et des habitants qui n’iraient pas à la messe mais qui refusent ce type d’acte sur un symbole local.
Le remplacement annoncé ne clôturera pas le débat. Une statue neuve rappellera l’ancienne. Pendant quelques années, les conducteurs qui passent le rond-point sauront pourquoi celle-ci est récente. La mémoire d’un lieu se construit aussi par ce genre de rupture. Le 16 novembre dira quelle réponse pénale accompagne cette mémoire. D’ici là, le socle vide, ou la statue déjà remplacée si les délais sont tenus, restera le signe visible de la nuit du 1er octobre.
Saisonniers, alcool et nuit : le cadre factuel, sans roman
Il est tentant de bâtir un récit autour de deux jeunes hommes, l’un né à Toulouse, l’autre à Medellín, employés pour la saison, alcoolisés à trois heures du matin, faisant du stop à deux cents mètres d’une statue brisée. Ce récit existe déjà dans les conversations. Il doit rester à sa place. Les faits publics sont les suivants. Ils étaient en contrats saisonniers dans l’hôtellerie-restauration. Ils ont été contrôlés dans cet état et à cet endroit. Ils ont nié. Ils ont été placés en garde à vue, puis convoqués. L’un a un antécédent de conduite sans permis. L’autre a deux condamnations liées aux stupéfiants et deux délits routiers. Rien de plus n’est établi sur leur soirée, leur logement, leurs collègues ou leurs intentions déclarées.
L’alcool est le seul élément de contexte comportemental rendu public au moment du contrôle. Il éclaire l’état des personnes, pas le mobile. Une nuit de beuverie peut déraper en dégradation. Elle peut aussi servir de décor à un geste déjà orienté. Seule l’audience, et éventuellement les auditions déjà menées en garde à vue, permettra de trancher. Jusque-là, présenter les deux hommes comme les porteurs d’un projet anti-chrétien organisé serait aller au-delà du dossier connu. Présenter les faits comme un accident serait tout aussi infidèle aux qualifications retenues.
Le lieu de naissance de l’un d’eux, Medellín, a été relevé parce qu’il figure dans les éléments d’identité. Il ne constitue pas, à lui seul, une explication. Des saisonniers viennent de nombreuses villes françaises et étrangères. Le droit pénal ne distingue pas l’origine pour qualifier une dégradation ou une exhibition. L’association qui a annoncé une constitution de partie civile met, elle, l’accent sur le caractère anti-chrétien. Ce sont deux grilles de lecture. Le tribunal travaillera avec les faits, les images et les textes, pas avec les origines.
Ce que le 16 novembre devra éclaircir
L’audience correctionnelle d’Ajaccio aura plusieurs questions simples à trancher, même si les réponses seront techniques. Les deux hommes sont-ils bien les auteurs des dégradations ? Ont-ils agi ensemble, au sens de la réunion ? L’exhibition sexuelle est-elle caractérisée par les images et les témoignages ? Quel préjudice matériel retenir pour la paroisse et pour la mairie ? Quelle peine, éventuellement assortie d’obligations, répondre à des faits commis en état d’ébriété par deux jeunes majeurs, dont l’un a déjà été condamné ?
Le contrôle judiciaire actuel prendra fin avec le jugement, ou sera aménagé si l’affaire est renvoyée. L’interdiction de Corse n’est pas une peine. C’est une mesure d’attente. Si les prévenus sont relaxés, elle aura néanmoins produit ses effets : un départ, une interruption de saison, une exposition publique. Si ils sont condamnés, elle aura servi de transition vers une sanction. Cette asymétrie est le lot de toute mesure provisoire. Elle se justifie, selon le parquet, par le retentissement et par la date proche.
Les parties civiles éventuelles pourront demander le remboursement de la statue, des frais de remise en état, et un préjudice moral. Le maire a déjà annoncé le remplacement. La paroisse, propriétaire, est la mieux placée pour chiffrer la perte de l’œuvre d’origine. Une copie n’a pas la même valeur qu’une statue ancienne, si tel était le cas. Les éléments publics ne précisent ni l’âge, ni l’auteur, ni le coût de la statue détruite. Ce silence sera comblé au dossier, pas dans les conversations de rond-point.
L’apaisement demandé, et la colère qui a quand même pris la rue
Appeler à l’apaisement n’empêche pas le rassemblement. La paroisse a fixé un horaire de prière. Des habitants ont, de leur côté, répondu à un appel citoyen devant la gendarmerie. Les deux mouvements ne s’opposent pas forcément. L’un occupe le lieu du dégât. L’autre occupe le lieu de l’enquête. Ensemble, ils disent que la ville n’a pas voulu laisser passer la nuit sans réponse visible. Le chiffre de plus d’une centaine de personnes, en début d’après-midi un jour de semaine, montre que l’émotion a dépassé le cercle des seuls pratiquants habituels.
Cette visibilité a sans doute pesé dans la décision d’éloignement. Une procureure qui parle de « très fort retentissement au plan local » ne vise pas seulement les réseaux. Elle vise aussi la rue, la gendarmerie, le rond-point occupé à 17 h 30. Juger sereinement, dans ce contexte, suppose que les prévenus ne croisent pas chaque jour les personnes qui ont vu la statue à terre. L’interdiction de paraître est une manière de séparer les temps : le temps de l’émotion, le temps de l’audience.
Reste à savoir si cette séparation suffira. Les images continuent de circuler indépendamment de la présence physique des mis en cause. Le débat sur le respect des symboles chrétiens, sur la saison touristique, sur l’alcool et sur la réponse pénale ne s’arrêtera pas au départ du bateau ou de l’avion. Il se déplacera. Le 16 novembre le ramènera dans une salle d’audience, avec des règles que la rue n’a pas.
Une affaire locale, un écho qui dépasse le golfe
Porto-Vecchio n’est pas la première ville à voir un objet religieux dégradé. Elle est, cette fois, celle où le geste a été filmé, où les auteurs présumés ont été interpellés dans la foulée, et où la justice a choisi un éloignement immédiat. Cette combinaison explique l’écho. Un fait divers sans image reste souvent dans la rubrique locale. Un fait divers avec statue, vidéo et mesure spectaculaire voyage. Les habitants, eux, vivront la suite de façon plus concrète : un rond-point, une statue à remplacer, une audience à suivre, des saisonniers qui ne reviendront pas avant le jugement.
Le mois du rosaire, commencé sur le lieu même des faits, donne à cette suite une couleur particulière. Octobre n’est pas un mois neutre dans le calendrier catholique. Le choisir pour une célébration déplacée, c’est lier la réparation symbolique au rythme ordinaire de la paroisse, plutôt qu’à une cérémonie exceptionnelle inventée pour l’occasion. La ville, de son côté, promet un remplacement rapide. Les deux calendriers, liturgique et municipal, avancent pendant que la procédure suit le sien.
D’ici au 16 novembre, les deux hommes devront pointer dans leur département de résidence. Ils ne pourront pas revenir en Corse. La statue, elle, aura peut-être déjà retrouvé une forme sur le rond-point du Stabiacciu. Entre ces deux mouvements, l’un d’éloignement, l’autre de remplacement, Porto-Vecchio tente de refermer la nuit sans faire comme si elle n’avait pas eu lieu. C’est toute la difficulté d’une affaire qui mêle pierre brisée, images qui circulent, et une ville qui se reconnaît dans ce qu’on a mis à terre à son entrée.
Ce que l’on sait, ce que l’on attend encore
On sait que la statue a été découverte à terre le matin du 1er octobre. On sait que deux hommes de 21 et 23 ans, nés à Toulouse et à Medellín, ont été contrôlés vers trois heures, à environ deux cents mètres, en état d’alcoolisation avancée, peu coopératifs, niant les faits. On sait qu’ils travaillaient en saison dans l’hôtellerie et la restauration. On sait qu’ils sont poursuivis pour dégradations graves en réunion et pour exhibition sexuelle, convoqués le 16 novembre, et interdits de paraître en Corse avec départ immédiat. On sait que la mairie remplacera la statue, que la paroisse a appelé à l’apaisement, et que plus de cent personnes se sont rassemblées devant la gendarmerie.
On ne sait pas encore ce que les intéressés ont déclaré en garde à vue au-delà des dénégations initiales. On ne sait pas le détail des images retenues au dossier. On ne sait pas le coût ni l’ancienneté de la statue. On ne sait pas si d’autres personnes étaient présentes cette nuit-là. Ces zones d’ombre ne sont pas des mystères à combler par l’imagination. Elles sont le périmètre normal d’une information judiciaire encore jeune. Les remplir trop vite, c’est prendre le risque de figer un récit que l’audience devra justement mettre à l’épreuve.
En attendant, le rond-point du Stabiacciu reste le centre de gravité de l’affaire. C’est là que la statue a été mise à terre. C’est là que la paroisse a donné rendez-vous. C’est de là que part, pour beaucoup d’habitants, le sentiment qu’un seuil de la ville a été franchi. La justice a répondu par des poursuites et par un éloignement. La suite se joue à Ajaccio, le 16 novembre, loin du golfe, mais pas loin des regards qui, ce matin-là, se sont arrêtés sur une Vierge couchée au bord de la route.









