Le Pérou traverse une nouvelle tempête politique qui pourrait bien marquer un tournant décisif dans son histoire récente. Imaginez un pays où les présidents se succèdent à un rythme effréné, où chaque mandat semble plus fragile que le précédent. Cette fois, c’est José Jeri, à peine installé depuis quelques mois comme président par intérim, qui se retrouve au cœur d’une procédure de destitution imminente.
La tension est palpable à Lima en ce mois de février. Les couloirs du Congrès bruissent de rumeurs, les médias diffusent en boucle les derniers développements judiciaires, et la population observe, partagée entre lassitude et inquiétude. Mardi prochain, les députés se réuniront en session extraordinaire pour décider du sort du chef de l’État actuel. Un vote qui pourrait précipiter le pays dans une énième crise institutionnelle.
Une procédure de destitution sous haute tension
La motion de destitution contre José Jeri a recueilli les 78 signatures nécessaires pour être débattue. Ce seuil, souvent difficile à atteindre dans un Parlement fragmenté, a été franchi grâce à une alliance improbable entre une partie de la gauche et plusieurs formations de droite. Les motifs invoqués sont graves : inconduite fonctionnelle et manque d’aptitude manifeste pour diriger le pays.
Le président du Parlement par intérim, Fernando Rospigliosi, a officialisé vendredi la tenue de cette session plénière exceptionnelle. Cette annonce a immédiatement relancé les spéculations sur l’issue du vote. Si la destitution est prononcée, Jeri perdra immédiatement ses fonctions et le Parlement devra élire dans l’urgence un nouveau président de la Chambre, qui deviendra automatiquement le nouveau chef de l’État intérimaire.
Le parcours inattendu de José Jeri au pouvoir
Âgé de seulement 39 ans, José Jeri incarne une génération politique nouvelle au Pérou. Il était président du Parlement lorsqu’il a été propulsé à la tête de l’État le 10 octobre dernier. Ce passage éclair du perchoir présidentiel à la présidence de la République illustre parfaitement la mécanique de succession en vigueur dans le pays : en cas de vacance, c’est le chef du législatif qui assure l’intérim.
Il succède ainsi à Dina Boluarte, elle-même destituée après des mois de manifestations massives contre l’explosion de l’insécurité. Jeri doit normalement rester en poste jusqu’en juillet 2026, date à laquelle le vainqueur de l’élection présidentielle du 12 avril prendra ses fonctions. Mais ce calendrier semble aujourd’hui très compromis.
Septième président depuis 2016, Jeri arrive dans un contexte où la stabilité institutionnelle paraît presque un concept étranger. Chaque nouveau locataire du palais présidentiel doit composer avec un Congrès hostile, une opinion publique épuisée et des enquêtes judiciaires qui surgissent régulièrement.
Les enquêtes judiciaires qui fragilisent le président
José Jeri fait face à deux procédures distinctes ouvertes par le parquet. La plus récente, annoncée vendredi, porte sur un présumé trafic d’influence aggravé. Les enquêteurs cherchent à déterminer si le chef de l’État a exercé des pressions indues pour favoriser certaines nominations au sein du gouvernement entre octobre et janvier.
Un programme d’investigation télévisé a révélé que cinq jeunes femmes avaient été recrutées dans le cabinet présidentiel et au ministère de l’Environnement après avoir rencontré personnellement José Jeri entre octobre et novembre. Ces informations ont déclenché une onde de choc dans l’opinion publique et parmi les parlementaires.
« Il s’agit de vérifier si des influences indues ont été exercées dans des nominations intervenues au sein du gouvernement »
Extrait du communiqué du parquet
Le président est convoqué à être entendu par la justice le 2 mars. Il bénéficie pour l’instant de l’immunité liée à sa fonction, mais une destitution ferait immédiatement tomber cette protection.
Une première affaire déjà très médiatisée
Avant même cette nouvelle enquête, José Jeri était déjà visé depuis janvier par une procédure pour parrainage illégal d’intérêts. Celle-ci fait suite à une rencontre secrète avec un homme d’affaires chinois aux intérêts économiques importants dans le pays.
Des images diffusées par plusieurs médias montraient le président entrant de nuit dans un restaurant, le visage en partie caché sous une capuche. Ces vidéos ont largement circulé et alimenté les soupçons de conflits d’intérêts. Entendu par une commission parlementaire sur cette affaire, Jeri avait fermement dénoncé l’existence d’un complot visant à le contraindre à démissionner.
Ces deux dossiers judiciaires cumulés renforcent considérablement la pression sur le chef de l’État. Ils offrent aux partisans de la destitution des arguments solides pour justifier leur démarche auprès de l’opinion publique.
Un contexte de violence et d’insécurité record
Le Pérou connaît depuis deux ans une dégradation spectaculaire de la situation sécuritaire. Le nombre de plaintes pour extorsion a été multiplié par plus de dix en seulement deux ans, passant de 2 396 à plus de 25 000 en 2025. Cette explosion de la criminalité organisée touche particulièrement les grandes villes et les zones commerciales.
Cette vague d’insécurité a provoqué des manifestations massives dans tout le pays. Les Péruviens sont descendus dans la rue par dizaines de milliers pour exiger des mesures efficaces contre la criminalité. C’est précisément cette colère populaire qui avait conduit à la destitution de la précédente présidente.
- Explosion des extorsions : + de 25 000 plaintes en 2025
- Manifestations massives contre l’insécurité
- Perte de confiance dans les institutions
- Demande croissante de résultats concrets
José Jeri avait fait de la lutte contre l’insécurité l’un de ses chevaux de bataille. Mais les résultats tardent à se matérialiser, et beaucoup reprochent au gouvernement actuel de ne pas agir avec suffisamment de fermeté face aux réseaux criminels.
Les alliances politiques instables au Congrès
Le Parlement péruvien reste profondément fragmenté. Aucune force politique ne dispose d’une majorité claire. Cette situation oblige chaque président à négocier en permanence pour faire passer ses projets de loi et éviter les motions de censure ou de destitution.
José Jeri, figure identifiée à la droite politique, bénéficie traditionnellement du soutien d’une partie de ce camp. Pourtant, certains partis de droite ont rejoint l’opposition de gauche pour soutenir la motion actuelle. Ce revirement illustre la volatilité des alliances au Pérou.
Les observateurs s’accordent à dire que l’issue du vote de mardi dépendra largement des tractations de dernière minute. Promesses de postes, menaces voilées, pressions économiques : toutes les méthodes sont utilisées dans ce jeu politique impitoyable.
Quelles conséquences en cas de destitution ?
Si les députés votent la destitution de José Jeri, le pays entrera dans une nouvelle phase d’incertitude. Le Parlement devra immédiatement élire un nouveau président de la Chambre. Cette personne deviendra automatiquement présidente ou président par intérim jusqu’à l’élection de juillet 2026.
Cette succession rapide poserait plusieurs problèmes majeurs :
- Perte de continuité dans la gestion de la crise sécuritaire
- Risque de paralysie institutionnelle prolongée
- Nouvelle période d’instabilité politique
- Possible découragement des investisseurs étrangers
- Érosion supplémentaire de la confiance des citoyens dans les institutions
Le Pérou risque ainsi de s’enfoncer encore davantage dans le cycle vicieux qui le caractérise depuis près d’une décennie : destitution, intérim fragile, nouvelles élections, instabilité persistante.
Le regard de la communauté internationale
Les partenaires internationaux du Pérou observent la situation avec une inquiétude croissante. Les institutions financières multilatérales, les gouvernements étrangers et les agences de notation suivent de près l’évolution de la crise politique.
Une destitution supplémentaire risquerait de renforcer l’image d’un pays incapable de stabiliser ses institutions. Cela pourrait avoir des répercussions sur les investissements étrangers, l’aide internationale et la coopération régionale en matière de sécurité.
Certains analystes estiment que le Pérou pourrait bientôt rejoindre le club très fermé des nations latino-américaines en « crise institutionnelle chronique », aux côtés du Venezuela ou de la Bolivie dans certaines périodes.
Vers une élection présidentielle anticipée ?
Face à l’accumulation des crises, certains acteurs politiques et une partie de la société civile appellent à une refonte complète du calendrier électoral. L’idée d’avancer l’élection présidentielle du 12 avril fait son chemin dans certains cercles.
Cette solution permettrait théoriquement de sortir plus rapidement de l’impasse actuelle. Cependant, elle pose d’énormes défis logistiques et juridiques. Organiser une élection présidentielle en quelques mois requerrait une mobilisation exceptionnelle des institutions et un consensus politique quasi impossible à obtenir dans le climat actuel.
Pour l’instant, le scénario le plus probable reste celui d’une poursuite de l’intérim jusqu’en juillet 2026, avec ou sans José Jeri à la tête de l’État. Mais chaque jour qui passe rend cette perspective plus incertaine.
La population face à l’instabilité chronique
Les Péruviens assistent à ce nouveau chapitre avec un mélange de résignation et d’exaspération. Après des années de bouleversements politiques, beaucoup ont perdu confiance dans la classe dirigeante dans son ensemble.
Les préoccupations quotidiennes – sécurité, pouvoir d’achat, accès aux services publics – passent largement avant les querelles institutionnelles. Pourtant, ces mêmes problèmes sont directement affectés par l’instabilité politique qui paralyse les réformes nécessaires.
Dans les quartiers populaires, on entend souvent la même question : « Quand est-ce que cela va enfin s’arrêter ? » La réponse, malheureusement, semble encore hors de portée.
Un système politique à bout de souffle ?
Certains observateurs estiment que le Pérou se trouve face à une crise systémique plus profonde que de simples luttes de pouvoir conjoncturelles. La fragmentation des partis, le bicaméralisme supprimé puis rétabli, la faible légitimité des institutions, l’influence excessive des lobbies économiques : tous ces facteurs contribuent à l’instabilité chronique.
Des voix s’élèvent pour demander une réforme constitutionnelle en profondeur. Mais là encore, le consensus nécessaire pour lancer un tel processus fait défaut. Le pays semble pris dans une boucle dont il peine à sortir.
Le cas de José Jeri n’est que le symptôme le plus visible d’un mal beaucoup plus profond qui ronge la démocratie péruvienne depuis plusieurs années.
Conclusion : un pays à la croisée des chemins
Mardi prochain pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire récente du Pérou. La destitution ou le maintien de José Jeri ne résoudra pas, à elle seule, les problèmes structurels du pays. Mais elle enverra un signal fort sur la capacité ou l’incapacité des institutions à surmonter leurs divisions.
Quelle que soit l’issue du vote, le Pérou reste confronté à des défis immenses : restaurer la sécurité, relancer l’économie, reconstruire la confiance dans les institutions, préparer sereinement l’élection de 2026. Autant de chantiers qui exigent stabilité et consensus, deux denrées particulièrement rares dans le paysage politique actuel.
Le monde observe, le pays retient son souffle. Les prochains jours seront décisifs pour l’avenir immédiat du Pérou.
Points clés à retenir
- Débat de destitution de José Jeri prévu mardi au Congrès
- Deux enquêtes judiciaires en cours : trafic d’influence et parrainage illégal
- Septième président depuis 2016
- Explosion des extorsions : + de 25 000 plaintes en 2025
- Intérim normalement jusqu’en juillet 2026
Le Pérou continue d’écrire l’une des pages les plus tumultueuses de son histoire démocratique contemporaine. Reste à savoir si cette nouvelle crise marquera le fond de la vague ou simplement un épisode de plus dans une longue série d’instabilités.









