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Noël Godin Roi De L’Attentat Pâtissier S’Éteint À 80 Ans

Noël Godin, le roi de l'attentat pâtissier, s'est éteint à 80 ans. De Marguerite Duras à BHL, ses tartes ont marqué l'histoire. Mais ce qui l'attendait après son premier coup en 1969...

Imaginez un homme armé d’une simple tarte à la crème, prêt à transformer le sérieux en farce absolue. C’est ainsi que Noël Godin a passé plus d’un demi-siècle à bousculer les egos des plus vaniteux. Dimanche dernier, ce comique belge, surnommé le roi de l’attentat pâtissier, a tiré sa révérence à l’âge de 80 ans, exactement 57 ans après son tout premier coup d’éclat. Ami proche de la bande du Groland, ce pays imaginaire cher à une célèbre chaîne française, il incarnait une forme pure de surréalisme belge, déterminé à regarder la réalité en farce.

Un parcours unique dans le surréalisme pâtissier

Noël Godin n’était pas un humoriste ordinaire. Journaliste de cinéma et expert du jet de tarte, il avait reçu des journalistes chez lui à Bruxelles en 2021 pour retracer son chemin hors du commun. Son approche relevait d’un pacifisme burlesque, agressif dans l’intention mais jamais dans la violence physique. Il affirmait ne jamais répondre aux coups, veillant avec ses complices à ne blesser que l’ego de ses cibles.

Son double fictif, Georges Le Gloupier, tirait son nom du cri de ralliement « Gloup gloup ! ». Ce personnage est né dans l’imagination fertile de Godin, qui s’amusait à répandre des faux dans une revue belge de cinéma. Ces inventions ont parfois basculé dans le réel de façon spectaculaire.

La première victime : Marguerite Duras en 1969

Avant même Jean-Luc Godard ou Nicolas Sarkozy, que Godin n’a pas personnellement entartés mais a confié à des complices, c’est Marguerite Duras qui a ouvert le bal. L’histoire commence dans le monde des idées. Godin invente dans sa revue qu’il a entarté le cinéaste Robert Bresson. Dans un numéro suivant, il imagine que Duras décide de venger Bresson en entartant Le Gloupier sur la terrasse du Flore à Paris.

Piqué au vif, Godin saisit l’occasion d’une visite de la romancière en Belgique. Le 11 novembre 1969, une tarte à la crème s’écrase réellement sur elle. Ce passage du faux au réel marque le début officiel de sa carrière d’entarteur. Une anecdote qui résume parfaitement sa méthode : transformer la fiction en acte concret pour dénoncer la vanité.

« Elle le surprend sur la terrasse du Flore à Paris et l’entarte ». Cette phrase inventée est devenue réalité grâce à la détermination de Godin.

Bernard-Henri Lévy, la cible préférée

Parmi toutes ses victimes, Bernard-Henri Lévy occupait une place à part. Godin confiait en 2021 l’avoir entarté huit fois personnellement, sans compter les imitateurs à travers le monde. « À vrai dire quand il ne sera plus là, je serai désemparé », avait-il déclaré avec une pointe d’humour noir.

En 1995, à l’aéroport de Nice, il réalise un coup double en atteignant aussi Arielle Dombasle, l’épouse de son meilleur ennemi. La scène tourne au pugilat : pendant que BHL l’étrangle, elle le martèle de coups de sac. Godin reste fidèle à son principe. Il ne répond jamais aux coups. Avec ses complices, il cultive un pacifisme burlesque, un pacifisme agressif évidemment, mais qui ne fait de bobos qu’à l’ego des victimes.

On n’est pas des mercenaires.

Cette phrase résume sa philosophie. Celui qui se revendiquait du mouvement anarcho-situationniste a toujours refusé les attentats pâtissiers sur commande, y compris contre de l’argent. Au festival de Cannes, on lui a proposé beaucoup de sous pour Sharon Stone et Catherine Deneuve. Refus catégorique de cet admirateur du cinéma de Jacques Demy et des Demoiselles de Rochefort.

Les trahisons et les plus beaux coups

Certains des plus beaux coups ont été perpétrés grâce à des trahisons dans l’entourage des cibles. Godin n’agissait jamais seul. Son réseau de complices permettait d’approcher des personnalités protégées. Cette organisation informelle a donné naissance à une véritable internationale pâtissière.

Après l’entartage de Bill Gates à Bruxelles en 1998, des mouvements similaires ont fleuri. Le mouvement Taart aux Pays-Bas, les BBB (Biotic Baking Brigade) aux États-Unis, les Entartistes au Canada ont suivi son exemple. Aujourd’hui, les enfarineurs et les Liliths, anciennes Femen belges, sévissent dans le même esprit.

Illustration savoureuse : Godin racontait que déguisées en policiers, les féministes ont arrêté en 2014 le petit Jésus de la célèbre crèche de Noël de la Grand-Place de Bruxelles parce qu’il n’avait pas de papiers.

Les entartages rêvés qui ne se sont jamais réalisés

Godin avait encore des rêves. « Nous rêvons d’avoir Macron et tous les candidats à la présidentielle française », avait-il confié. L’objectif ? Entarter le principe même de la politique manipulatrice. Malgré la prière de sa mère – « Fiston, entarte qui tu veux mais surtout pas le pape » – il n’hésitait pas à ajouter le pape François à sa liste des possibles. Ce dernier est décédé l’an dernier sans jamais avoir été victime de l’entarteur.

Ces ambitions non réalisées montrent la cohérence de sa démarche. Il ne visait pas n’importe qui. Ses cibles étaient choisies pour leur vanité perçue ou leur position de pouvoir. Le geste pâtissier devenait un acte politique et philosophique déguisé en farce.

Quand la crème peut coûter cher

Noël Godin a été poursuivi en justice par l’ex-ministre Jean-Pierre Chevènement après un entartage à Paris pendant la campagne présidentielle de 2002. Condamné à une amende pour violences volontaires par préméditation, il a fait appel mais a été poursuivi jusqu’en cassation. L’affaire lui a coûté cher, surtout en frais d’avocat.

Mais la solidarité a joué. Une « gloup gloup party » de solidarité à Bruxelles a réuni un millier de personnes. Les people ont apporté des cadeaux : l’acteur Benoît Poelvoorde a offert le script original du film C’est arrivé près de chez vous, la chanteuse Lio sa petite culotte bateau qui est partie très haut aux enchères. « Le soir même on avait la somme nécessaire. Un nouveau conte de fée ! »

Cette anecdote illustre parfaitement l’esprit de communauté qui entourait Godin. Son action n’était pas isolée. Elle s’inscrivait dans un réseau d’amis, de complices et d’admirateurs prêts à soutenir la cause.

La sécurité renforcée face aux entarteurs

Ces dernières années, les entarteurs ont été confrontés au durcissement des mesures de sécurité. Mourir pour un lancer de gâteau ? « On a fait très très gaffe », reconnaissait Godin. Lors d’un meeting anti-Bush à Bruxelles dans les années 2000, il lance un appel aux malades dans un état grave, du cancer ou d’autres saloperies : « Pourquoi ne pas vous offrir une mort inouïe, soit vous réussissez l’entartage de Bush et passez dans la légende, soit on vous perce de balles et on lit dans la presse mondiale que des condamnés à mort se sont fait héroïquement mitrailler au centre de Bruxelles ».

Cette déclaration, à la fois provocante et sombre, montre la conscience que Godin avait des risques croissants. Le monde avait changé. Les personnalités étaient mieux protégées. Les gestes autrefois considérés comme de simples farces étaient désormais traités avec une sévérité accrue.

L’héritage d’un anarcho-situationniste

Noël Godin laisse derrière lui bien plus que des souvenirs de tartes écrasées. Il a incarné une forme de résistance humoristique à la vanité et au pouvoir. Son surréalisme belge a inspiré des générations d’activistes qui utilisent la farce comme arme politique. Des enfarineurs aux collectifs féministes, son influence se fait encore sentir.

Il regardait la réalité en farce, comme il le disait lui-même. Dans un monde où le sérieux est souvent de mise, son approche rappelait que le rire peut être une forme de critique sociale puissante. Ses attentats pâtissiers n’étaient jamais gratuits. Ils ciblaient ceux qu’il jugeait trop pompeux, trop convaincus de leur importance.

  • 1969 : Première tarte sur Marguerite Duras
  • 1995 : Double coup contre BHL et Arielle Dombasle
  • 1998 : Entartage de Bill Gates à Bruxelles
  • 2002 : Affaire Chevènement et condamnation

Cette chronologie partielle montre l’ampleur de son action sur plusieurs décennies. Chaque geste s’inscrivait dans une continuité. Il ne s’agissait pas d’actes isolés mais d’une œuvre cohérente de dénonciation par le rire.

Un pacifisme agressif assumé

Godin insistait sur la nature pacifique de ses actions. Aucun de ses complices n’était censé blesser physiquement. L’objectif était purement symbolique. La tarte à la crème, symbole de la gourmandise et de l’enfance, devenait un outil de subversion. Elle rabaissait le puissant au rang d’humain ordinaire, couvert de crème et de ridicule.

Cette méthode a fait école. À travers le monde, des groupes ont repris le flambeau. L’internationale pâtissière n’est pas qu’une boutade. Elle existe bel et bien, avec des variations locales adaptées aux contextes culturels. Aux États-Unis, en Europe ou au Canada, le geste reste le même : une tarte, un ego, un message.

Dans ses dernières années, Godin observait ces héritiers avec bienveillance. Il savait que son temps d’action active diminuait, mais l’esprit survivait. Les Liliths et les enfarineurs prouvaient que la farce politique avait encore un avenir.

Bruxelles, berceau de l’entarteur

Bruxelles a toujours été le centre névralgique de ses activités. C’est là qu’il a vécu, qu’il a reçu les journalistes en 2021, et que se sont déroulées plusieurs de ses actions les plus mémorables. La ville, avec son humour particulier et son héritage surréaliste, offrait le terreau parfait pour un personnage comme lui.

Ami de la bande du Groland, il évoluait dans un univers où la fiction et la réalité se mêlaient constamment. Ce n’est pas un hasard si son premier coup est né d’une invention journalistique. Tout chez Godin était construction, mise en scène, théâtre de rue déguisé en attentat pâtissier.

Sa disparition laisse un vide dans ce petit monde de l’humour subversif. Qui reprendra le flambeau avec la même constance, la même philosophie ? Les imitateurs existent, mais aucun n’a atteint la stature de celui qui a transformé une simple tarte en symbole de résistance.

La philosophie derrière la tarte

Au-delà du geste, Godin défendait une vision du monde. Regarder la réalité en farce, c’était refuser de prendre au sérieux les postures et les discours pompeux. Dans une société où les personnalités publiques cultivent leur image avec soin, la tarte à la crème agit comme un révélateur. Elle met à nu la fragilité de l’ego.

Il ne choisissait pas ses cibles au hasard. Les vaniteux, les donneurs de leçons, les figures de pouvoir trop convaincues de leur importance. Chaque entartage était une leçon de modestie forcée. Et s’il refusait les commandes payantes, c’était pour préserver la pureté de l’acte. Pas de mercenaires, seulement des militants de la farce.

Cette pureté a un prix. Les poursuites judiciaires, les risques physiques, les mesures de sécurité toujours plus strictes. Godin a payé de sa poche et de sa liberté relative pour continuer. La gloup gloup party de 2002 montre pourtant que son combat n’était pas solitaire. Une communauté entière était prête à le soutenir.

Un héritage qui continue de faire rire

Aujourd’hui, alors que Noël Godin n’est plus, son influence perdure. Les gestes d’enfarinage ou d’entartage contemporains portent encore sa marque. Ils rappellent que l’humour peut être une forme d’engagement. Dans un monde saturé d’images et de communications soignées, un simple dessert peut encore faire basculer le récit.

Godin a prouvé pendant 57 ans qu’il était possible de rester fidèle à une idée absurde et pourtant profondément politique. De Marguerite Duras à Bill Gates, de BHL aux rêves non réalisés sur les candidats présidentiels, son parcours forme une longue chaîne de farces calculées.

Il laisse derrière lui une leçon simple : parfois, la meilleure façon de dénoncer le sérieux excessif est de le couvrir de crème. Et si demain d’autres prennent le relais, c’est que le surréalisme belge a encore de beaux jours devant lui. Noël Godin, roi de l’attentat pâtissier, a regardé la réalité en farce jusqu’au bout. Son départ marque la fin d’une époque, mais le « Gloup gloup ! » résonne encore.

Dans les rues de Bruxelles comme ailleurs, l’esprit de Georges Le Gloupier continue de planer. Les pomponés et les vaniteux savent désormais qu’une tarte peut surgir à tout moment. C’est peut-être le plus bel héritage qu’un homme comme Godin pouvait laisser : un monde un peu moins sûr de lui-même, et un peu plus prêt à rire de ses propres ridicules.

Sa méthode restera unique. Pas de violence, pas d’argent, seulement de la crème et de la détermination. Un pacifisme agressif qui a marqué l’histoire contemporaine de l’humour engagé. Alors que les mesures de sécurité se renforcent, l’idée d’un attentat pâtissier devient plus difficile, mais l’esprit demeure intact.

Noël Godin a vécu comme il a agi : en refusant le sérieux excessif. Sa disparition à 80 ans clôt un chapitre, mais ouvre la porte à de nouvelles générations d’entarteurs. L’internationale pâtissière qu’il a inspirée continuera sans doute à faire parler d’elle. Et quelque part, on peut imaginer un « Gloup gloup ! » final qui résonne encore dans les esprits de ceux qui ont partagé sa vision.

Le comique belge a transformé une farce en art de vivre et de protester. De ses débuts en 1969 jusqu’à ses derniers rêves d’entartages politiques, il a maintenu le cap. Admirateur de Jacques Demy, ami du Groland, poursuivi mais soutenu, il a traversé les décennies sans jamais renier ses principes. C’est cette constance qui force le respect, même de ceux qui ne partageaient pas ses méthodes.

Dans un paysage médiatique souvent saturé de gravité, Godin apportait une dose nécessaire d’absurde. Ses tartes rappelaient que derrière les costumes et les discours, il y a des êtres humains faillibles. Et que le rire, même forcé par une tarte à la crème, peut être libérateur.

Sa mère lui avait demandé d’épargner le pape. Il a respecté cette prière jusqu’au bout, même s’il en rêvait. Cette anecdote humaine montre l’homme derrière le mythe. Un fils attentif, un militant convaincu, un humoriste intransigeant. Noël Godin était tout cela à la fois.

Alors que le monde apprend sa disparition, on se souvient des images de célébrités couvertes de crème, des poursuites, des fêtes de solidarité. On se souvient surtout d’un homme qui a choisi de vivre selon ses propres règles, loin des conventions. L’attentat pâtissier n’était pas qu’un gag. C’était une déclaration de principe répétée pendant plus d’un demi-siècle.

Bruxelles perd l’un de ses personnages les plus singuliers. Le cinéma, l’humour et le surréalisme belges perdent un de leurs porte-flambeaux. Mais l’esprit de Le Gloupier, lui, ne mourra pas aussi facilement. Tant qu’il y aura des vaniteux et des tartes à la crème, l’héritage de Noël Godin restera vivant.

Il a incarné une résistance joyeuse face aux pomponés de ce monde. Son départ à 80 ans, 57 ans après le premier coup, clôt une boucle presque parfaite. De Duras à Gates, de BHL aux rêves non réalisés, le parcours est complet. Reste maintenant à ceux qui le suivent de continuer à regarder la réalité en farce, comme il l’aurait voulu.

Dans les années à venir, on se souviendra de lui non seulement pour les tartes lancées, mais pour la cohérence d’une vie consacrée à dénoncer la vanité par le rire. Un héritage rare dans le monde de l’humour. Un héritage qui, espérons-le, inspirera encore longtemps ceux qui refusent de prendre le monde trop au sérieux.

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