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Naufrage Au Large De Kyrenia : Six Morts Et Secours En Cours

Parti de Kyrenia avec près de 270 personnes, un bateau a chaviré au large. Six morts sont déjà confirmés, des rescapés choqués rentrent au port, et les recherches continuent. Ce que l’on sait vraiment reste incomplet.

Comment un bateau de croisière parti d’un port habituel peut-il se retrouver, en quelques heures, partiellement immergé au large, avec des passagers en gilets orange et des hélicoptères déjà positionnés à terre ? Dimanche matin, au large des côtes de Chypre du Nord, cette question n’est plus théorique. Un navire parti du port de Kyrenia, aussi appelé Girne, en République turque de Chypre du Nord, autoproclamée, a chaviré alors qu’il transportait près de 270 personnes. Un premier bilan fait état d’au moins six morts. Des dizaines de personnes ont été extraites de l’eau. D’autres restent recherchées. Les causes du naufrage, elles, ne sont pas connues.

Un chavirement au large, un premier bilan encore ouvert

Les faits, tels qu’ils sont rapportés, tiennent en une séquence courte et brutale. Le bateau quitte Kyrenia/Girne. Il transporte un nombre de personnes situé, selon les déclarations, autour de 267 à près de 270. Dans la matinée, il chavire au large. Les autorités locales parlent d’un premier décompte de six personnes décédées. Elles parlent aussi de 172 personnes secourues. Elles affirment que les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent. Rien, dans ces éléments, n’indique encore pourquoi le navire a basculé.

Le Premier ministre de la République turque de Chypre du Nord, Unal Ustel, a annoncé que 172 personnes avaient été sauvées du navire chaviré, que celui-ci transportait 267 personnes, que six personnes avaient perdu la vie, et que les recherches continuaient. Ces chiffres, donnés à chaud, dessinent déjà un écart : entre le total annoncé à bord et le total des personnes dont le sort est officiellement précisé, il reste une marge. Cette marge explique pourquoi le mot « premier bilan » s’impose.

Le Premier ministre de la TRNC Üstel a annoncé que 172 personnes avaient été sauvées du navire qui avait chaviré et qui transportait 267 personnes, que six personnes ont perdu la vie, et que les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent.

L’ambassadeur de Turquie à Nicosie, Ali Murat Başçeri, a également confirmé des décès, sans en préciser le nombre devant une chaîne publique turque. Il a toutefois assuré que « la grande majorité des 259 passagers ont été secourus ». Ici encore, le total cité n’est pas identique à celui avancé par le Premier ministre local. L’écart entre 267 personnes à bord, près de 270 au départ, et 259 passagers évoqués ailleurs, n’est pas expliqué dans les informations disponibles. Il doit être lu comme le signe d’un décompte encore instable, pas comme une contradiction tranchée.

Ce que l’on sait du nombre de personnes à bord

Trois formulations circulent en même temps. La première parle d’un bateau de croisière parti avec près de 270 personnes. La deuxième, attribuée au Premier ministre Unal Ustel, fixe le transport à 267 personnes. La troisième, portée par l’ambassadeur Ali Murat Başçeri, évoque 259 passagers dont la grande majorité aurait été secourue. Aucune de ces formulations n’est accompagnée, dans les éléments transmis, d’une liste nominative, d’une nationalité détaillée des passagers, ni d’une répartition précise entre équipage et voyageurs.

Le ministre de l’Équipement et des Transports de la TRNC, Arıklı, a indiqué que les passagers secourus sont « ramenés au port de Girne afin d’être hospitalisés ». Cette phrase oriente l’attention vers la terre ferme : le port de départ redevient le port d’arrivée des rescapés. Elle ne dit pas combien d’entre eux sont blessés, ni de quelle gravité. Elle dit seulement que l’hospitalisation est prévue comme suite immédiate du sauvetage.

Repères provisoires

Départ : port de Kyrenia/Girne. Moment : dimanche matin. Navire : bateau de croisière. Personnes à bord : près de 270 / 267 selon les déclarations. Décès confirmés dans le premier bilan : au moins six. Personnes secourues selon le Premier ministre : 172. Recherches : en cours. Causes : non connues.

Il faut insister sur ce dernier point, parce qu’il est trop souvent oublié dans le récit d’un naufrage. Les causes du naufrage ne sont pas connues. Ni une avarie mécanique, ni une fausse manœuvre, ni une collision, ni un phénomène météo nommé avec précision n’apparaissent dans le récit officiel disponible. On sait seulement que les images montrent une mer formée par beau temps, un bateau balloté et en partie immergé, des débris à la surface, et des évacuations en cours.

Les images : mer formée, gilets orange, débris

Les séquences diffusées par des chaînes de télévision turques décrivent une scène à la fois claire et confuse. Claire, parce que l’on y voit le bateau, le gîte, l’immersion partielle, les gilets. Confuse, parce qu’un naufrage se lit rarement en une seule image. On y distingue un navire balloté. On y distingue une mer qui n’est pas plate. On y distingue pourtant un beau temps. Cette coexistence — mer formée, ciel qui n’est pas présenté comme une tempête — est l’un des éléments les plus troublants du dossier, précisément parce qu’il n’explique rien à lui seul.

Les passagers évacués apparaissent visiblement choqués. Ils portent tous des gilets de sauvetage oranges, selon ces images. Autour d’eux, de nombreux débris flottent. À terre, de nombreux véhicules de secours et des hélicoptères sont positionnés. Le dispositif n’est donc pas seulement maritime. Il est aussi terrestre, hospitalier, aérien. Le ministère de la Santé local a d’ailleurs précisé que tous les préparatifs nécessaires avaient été effectués afin de permettre une intervention rapide des secours et des services de santé.

Tous les préparatifs nécessaires ont été effectués afin de permettre une intervention rapide des secours et des services de santé.

Le même ministère affirme que toutes les mesures ont été prises, tant au port que dans les hôpitaux publics et privés, afin de pouvoir répondre rapidement aux besoins éventuels. Il insiste être mobilisé « au maximum ». Cette formulation administrative, sèche, contraste avec les visages décrits comme choqués. Elle a pourtant une fonction : signaler que le système local se prépare à recevoir non seulement des rescapés valides, mais aussi des personnes qui devront être hospitalisées dès le retour à Girne.

Du port de Girne à l’hôpital : la chaîne des secours

Le trajet des personnes sauvées n’est pas un détail logistique. Il structure toute la suite de l’événement. Les rescapés ne restent pas en mer. Ils sont ramenés au port de Girne. Ils doivent y être pris en charge. Le ministre Arıklı le dit sans détour : l’objectif immédiat est l’hospitalisation. Le ministère de la Santé, de son côté, place le port et les hôpitaux — publics comme privés — dans le même dispositif. Autrement dit, la crise ne s’arrête pas quand un corps sort de l’eau. Elle se déplace vers les quais, les ambulances, les services d’urgence.

Cette bascule terre-mer explique la présence des véhicules de secours et des hélicoptères à terre. Un sauvetage maritime a besoin d’une rive organisée. Sans cette rive, les personnes extraites du navire chaviré resteraient dans un entre-deux. Les autorités locales insistent donc sur la vitesse d’intervention. Elles ne publient pas, dans les éléments disponibles, le détail des blessures. Elles ne publient pas non plus le nom du navire. Elles ne publient pas l’identité des six personnes mortes. Le récit officiel reste donc un récit de flux : sortir de l’eau, ramener au port, hospitaliser, continuer à chercher.

En mer

Navire en partie immergé, mer formée, débris, évacuations, recherches encore ouvertes.

À terre

Port de Girne, hôpitaux publics et privés, véhicules, hélicoptères, accueil des choqués.

On peut relire le premier bilan à partir de cette chaîne. Six morts, c’est déjà une tragédie fermée pour six familles. Cent soixante-douze personnes sauvées, c’est une opération qui a déjà sorti une grande partie des occupants. Mais tant que les recherches durent, le chiffre des disparus n’est pas un chiffre mort. Il est un chiffre en mouvement. C’est pourquoi insister trop tôt sur un total « définitif » serait infidèle à ce qui a été dit dimanche matin.

Ankara suit, Nicosie-Nord accueille, les recherches continuent

La République turque de Chypre du Nord n’est reconnue que par la Turquie. Cette donnée n’est pas un commentaire politique ajouté après coup : elle est inscrite dans le cadre même de l’événement. Quand un navire chavire au large de ses côtes, le soutien annoncé depuis Ankara n’est pas un ornement. Le vice-président turc Cevdet Yılmaz l’a indiqué sur X : « Nous suivons de près l’incident regrettable survenu, nous fournissons tout le soutien nécessaire aux opérations de recherche et de sauvetage. »

Nous suivons de près l’incident regrettable survenu, nous fournissons tout le soutien nécessaire aux opérations de recherche et de sauvetage.

Cette phrase ne décrit pas le contenu technique du soutien. Elle ne dit pas quels moyens supplémentaires arrivent, ni sous quel délai. Elle dit que l’incident est suivi « de près » et que le soutien aux recherches est présenté comme acquis. Dans un territoire souvent décrit, y compris dans le texte source de cette information, comme pouvant être considéré comme la « 82ème province de Turquie » tant il dépend de son puissant parrain pour sa survie, cette déclaration s’inscrit dans une relation déjà ancienne de dépendance et d’appui.

L’ambassadeur Ali Murat Başçeri, depuis Nicosie, confirme les décès sans chiffre public dans sa prise de parole rapportée, tout en insistant sur le sauvetage de la grande majorité des 259 passagers. Le Premier ministre Unal Ustel, lui, avance six morts et 172 sauvés sur 267 personnes transportées. Les deux voix ne racontent pas deux naufrages différents. Elles racontent le même événement à deux stades de consolidation du décompte. Entre les deux, la mer continue d’être fouillée.

Une visite présidentielle turque déjà prévue sur l’île

Le calendrier politique n’efface pas le naufrage. Il l’encadre. Le président turc Recep Tayyip Erdogan est en principe attendu lundi sur l’île pour une visite officielle à son homologue Tufan Erhurman. Cette visite était programmée depuis longtemps. Il s’agit de sa première visite depuis 2023 et, surtout, depuis l’élection du nouveau président en octobre à la tête de la RTCN. Dimanche, ce rendez-vous n’est plus seulement diplomatique. Il se profile au lendemain immédiat d’un chavirement meurtrier.

Tufan Erhurman a été hospitalisé en juillet après un malaise. Contrairement à son prédécesseur, qui s’alignait sur la position turque prônant deux États distincts à Chypre, M. Erhurman s’est dit favorable durant sa campagne à un État unique de nature fédérale. Ces éléments ne disent rien de la cause du naufrage. Ils disent en revanche dans quel climat politique local l’accident survient : une présidence récente, une ligne différente de la précédente sur le règlement chypriote, une visite turque déjà inscrite à l’agenda, un malaise hospitalier du chef de l’exécutif nord-chypriote quelques semaines plus tôt.

Rien, dans les informations disponibles, n’indique que la visite d’Erdogan soit annulée, maintenue ou adaptée à cause du bateau chaviré. On sait seulement qu’elle était prévue de longue date et qu’elle devait avoir lieu le lendemain du drame. Dans un tel contexte, le « soutien nécessaire » annoncé par le vice-président Yılmaz et la présence annoncée du président turc sur l’île se trouvent, de fait, dans la même fenêtre de temps. Relier les deux n’est pas inventer une décision. C’est constater une coïncidence de calendrier.

Comprendre le territoire où le bateau a quitté le quai

Kyrenia/Girne n’est pas un simple toponyme de départ. C’est un port de la République turque de Chypre du Nord, autoproclamée, reconnue par la seule Turquie. Cette entité a proclamé son indépendance de Chypre en 1983, neuf ans après l’invasion par l’armée turque du nord de l’île, suite à un coup d’État nationaliste chypriote soutenu par la Grèce. Elle occupe environ un tiers de l’île. Ces faits historiques sont ceux qui encadrent l’autorité qui parle aujourd’hui du naufrage, qui mobilise les hôpitaux, qui ramène les rescapés à Girne.

Parfois considérée comme la « 82ème province de Turquie » tant elle dépend de son puissant parrain pour sa survie, la RTCN peut aussi compter sur son soutien, a indiqué le vice-président turc. La formule de la « 82ème province » n’est pas un statut juridique. C’est une manière de dire une dépendance. Dimanche, cette dépendance se traduit par un suivi annoncé des recherches et par la confirmation, depuis l’ambassade à Nicosie, que des personnes sont mortes et que la grande majorité des passagers cités par l’ambassadeur a été secourue.

Le lecteur qui découvre l’événement sans le dossier chypriote en tête doit donc tenir deux fils à la fois. Le premier fil est maritime et humain : un bateau de croisière, des gilets oranges, six morts au moins, 172 personnes sauvées selon le Premier ministre, des recherches ouvertes. Le second fil est politique et territorial : un État autoproclamé, une reconnaissance limitée à la Turquie, une visite présidentielle turque prévue le lendemain, un président local élu en octobre sur une ligne fédérale plutôt que sur celle des deux États distincts.

Fil 1 — l’accident

Chavirement dimanche matin au large, premier bilan de six décès, évacuations vers Girne, causes inconnues.

Fil 2 — le cadre

RTCN autoproclamée en 1983, reconnue par la seule Turquie, soutien annoncé d’Ankara, visite d’Erdogan prévue lundi.

Ce que le premier bilan ne dit pas encore

Un article fidèle aux faits disponibles doit aussi lister les absences. L’identité des victimes n’est pas donnée. L’âge des victimes n’est pas donné. La nationalité des personnes à bord n’est pas détaillée. Le nom du bateau de croisière n’apparaît pas. L’heure exacte du chavirement, au-delà de « dans la matinée », n’est pas fixée. La distance précise par rapport à la côte n’est pas chiffrée. Le nombre exact de disparus n’est pas isolé dans une colonne séparée. Les causes restent inconnues.

Ces silences ne sont pas un vide à remplir par hypothèse. Ils sont le contour réel de l’information au moment du premier bilan. Dire « au moins six morts » plutôt que « seulement six morts » respecte ce contour. Dire que 172 personnes ont été sauvées selon Unal Ustel ne permet pas de conclure que toutes les autres sont mortes ou toutes retrouvées. Dire que la grande majorité des 259 passagers a été secourue, selon l’ambassadeur, ne clôt pas non plus le compte. Les recherches, explicitement, se poursuivent.

Le ministère de la Santé parle de « besoins éventuels ». Cette expression, prudente, laisse ouverte la possibilité de blessures, de chocs, d’hospitalisations multiples, sans les quantifier. Les images parlent de passagers choqués et de gilets portés par tous ceux que l’on voit évacués. Entre la prudence administrative et la sidération visible, il n’y a pas contradiction. Il y a deux langages pour le même instant : celui des communiqués, celui des visages.

Relire les déclarations sans les fusionner trop vite

Quand plusieurs autorités parlent en même temps, la tentation est de fabriquer un chiffre unique. Ici, cette tentation serait une infidélité. Unal Ustel parle de 267 personnes transportées, 172 sauvées, six mortes, recherches en cours. Ali Murat Başçeri confirme des décès sans nombre dans la prise de parole rapportée et évoque 259 passagers dont la grande majorité a été secourue. Le récit d’ouverture parle d’un bateau parti avec près de 270 personnes et d’au moins six morts. Ces trois strates doivent rester visibles.

On peut les présenter ainsi, sans les corriger :

  • Départ annoncé : près de 270 personnes à bord depuis Kyrenia/Girne.
  • Décompte du Premier ministre : 267 personnes transportées, 172 sauvées, six décès, recherches ouvertes.
  • Décompte de l’ambassadeur : décès confirmés, grande majorité des 259 passagers secourue.
  • Suite immédiate : rescapés ramenés au port de Girne pour être hospitalisés.
  • Cause : non connue.

Cette liste n’est pas un verdict. C’est une photographie de paroles officielles. Elle permet au lecteur de voir où l’information est solide — le chavirement, le port de départ, l’existence de morts, l’existence de sauvetages, la poursuite des recherches — et où elle reste fluide — le total exact à bord, le nombre définitif de victimes, le destin de chaque personne non encore comptabilisée dans les 172 sauvetages cités par le Premier ministre.

Le choc des rescapés, au-delà du chiffre

Les images insistent sur un détail répétitif : les gilets sont oranges, ils sont portés, les visages sont marqués. « Passagers choqués » n’est pas une formule décorative. C’est la seule description humaine collective fournie avec les images. Elle ne dit pas ce que chacun a vu dans la coque, dans l’eau, parmi les débris. Elle dit que la sortie du navire n’a pas été une descente de croisière ordinaire. Elle dit que le retour vers Girne n’est pas un retour de promenade.

Un bateau de croisière est conçu, dans l’esprit commun, comme un lieu de loisir. Le mot « croisière » porte une promesse de calme. Le chavirement brise cette promesse sans fournir, pour l’instant, le mécanisme de la rupture. D’où la stupeur particulière de cette scène par beau temps, mer formée, navire en partie immergé. Le contraste entre l’idée d’une sortie en mer et la réalité des hélicoptères à terre travaille déjà le récit public, avant même qu’une enquête n’avance une cause.

Les débris à la surface ajoutent une autre couche. Ils montrent que le navire n’est pas seulement incliné : des objets ont quitté le pont, la coque ou les espaces intérieurs. Ils flottent. Ils signalent un dérangement violent de l’ordre du bateau. Ils ne disent toujours pas pourquoi. Ils disent seulement que l’événement a laissé une trace visible entre le navire et la côte.

Hôpitaux publics et privés : une mobilisation annoncée « au maximum »

Le ministère de la Santé local ne se contente pas d’ouvrir un service. Il affirme que le port, les hôpitaux publics et les hôpitaux privés sont alignés sur la même exigence de rapidité. La mention des établissements privés élargit le filet. Elle suggère que le volume potentiel de prises en charge dépasse le seul recours au public, ou du moins que les autorités ne veulent pas laisser cette hypothèse de côté. « Au maximum » est une formule de saturation volontaire : tout ce qui peut être mobilisé doit l’être.

Cette mobilisation répond à deux publics à la fois. Le premier public, ce sont les personnes déjà sauvées, choquées, peut-être blessées, ramenées à Girne. Le second public, ce sont celles que les recherches pourraient encore ramener, vivantes ou non. Un dispositif hospitalier annoncé « au maximum » prépare les deux. Il ne préjuge pas du bilan final. Il préjuge seulement que le système de santé local refuse d’être pris de court.

Le ministre de l’Équipement et des Transports, en renvoyant les rescapés vers le port puis l’hôpital, ferme la boucle entre transport maritime accidenté et transport terrestre d’urgence. L’Équipement et les Transports, d’un côté ; la Santé, de l’autre. Deux ministères, une même chaîne. Au milieu, les gilets oranges et les véhicules déjà visibles sur les images.

Pourquoi le mot « croisière » pèse dans ce récit

Le navire n’est pas présenté comme un cargo, ni comme une embarcation de fortune. C’est un bateau de croisière. Ce mot oriente l’imaginaire vers des passagers venus pour une sortie, non pour une traversée de survie. Il n’autorise pourtant aucune conclusion sur le niveau de sécurité du bord, le nombre de gilets disponibles au départ, ou la formation de l’équipage. Ces points ne figurent pas dans les informations transmises. On sait seulement que, sur les images d’évacuation, les personnes visibles portent des gilets.

La croisière, ici, est un cadre. Le naufrage en est la rupture. Entre les deux, il n’y a pas encore d’enquête publique détaillée dans les éléments disponibles. D’où l’importance de ne pas transformer le type de navire en explication. Un bateau de croisière peut chavirer pour des raisons qui restent, à cette heure, hors du champ connu. Le texte source le dit sans détour : les causes ne sont pas connues.

Rester fidèle à cette phrase évite deux écueils. Le premier serait d’accuser le temps, alors que le beau temps est mentionné. Le second serait d’accuser le navire, alors qu’aucune avarie n’est établie dans les déclarations. Le seul fait mécanique certain, c’est le résultat : le bateau a chaviré, il est balloté, il est en partie immergé.

Le temps court du dimanche matin

Tout se joue dans une matinée. Le départ depuis Kyrenia/Girne, le chavirement au large, l’alerte, les images, les premiers chiffres, les hélicoptères à terre, les communiqués de santé, la confirmation de décès, l’annonce des 172 personnes sauvées, le message du vice-président turc. La compression horaire explique le caractère encore mobile du bilan. Elle explique aussi le ton des autorités : accélérer les secours, préparer les hôpitaux, ne pas clore les recherches.

Dans ce temps court, chaque phrase officielle sert d’abord à orienter l’action. « 172 sauvées » dit que le sauvetage a déjà un volume. « Six ont perdu la vie » dit que le drame a déjà un prix humain certain. « Les opérations se poursuivent » dit que le volume et le prix peuvent encore changer. « Ramenés au port de Girne afin d’être hospitalisés » dit où doit se porter la logistique. « Mobilisé au maximum » dit aux services de santé qu’il n’est pas l’heure de doser l’effort.

Le lecteur, lui, reçoit ces phrases en même temps que des images de débris. Il doit tenir l’ensemble sans forcer une cohérence artificielle. Un premier bilan n’est pas un rapport d’enquête. C’est une coupe dans un événement qui n’est pas fini.

Lundi, une île déjà sous tension diplomatique

La visite prévue d’Erdogan chez Erhurman n’est pas née du naufrage. Elle vient de plus loin : première venue depuis 2023, première depuis l’élection d’octobre, rencontre avec un président qui a défendu en campagne un État unique de nature fédérale, là où le prédécesseur s’alignait sur la position turque de deux États distincts. Ajouter le chavirement à cette visite, c’est ajouter un deuil collectif possible à une agenda déjà chargé de désaccords structurels sur l’avenir de l’île.

Erhurman a été hospitalisé en juillet après un malaise. Cette information, antérieure au dimanche du bateau, rappelle que le sommet de l’exécutif local a déjà connu un épisode de fragilité physique récente. Elle ne doit pas être tordue en lien de cause à effet avec le navire. Elle appartient au portrait du moment politique. Le moment politique, lui, appartient au cadre dans lequel les communiqués de dimanche sont lus.

La RTCN occupe environ un tiers de l’île. Cette fraction territoriale n’est pas un détail de carte. C’est l’espace d’autorité qui organise le port de Girne, les hôpitaux cités, les recherches au large de ses côtes. Au-delà de cette ligne, le statut international demeure contesté, puisque seule la Turquie reconnaît l’entité proclamée en 1983. Le naufrage n’unifie pas ces lectures diplomatiques. Il impose seulement une priorité immédiate : chercher, soigner, compter.

Ce que l’on peut retenir sans forcer le récit

Au terme de cette lecture, quelques points tiennent. Un bateau de croisière est parti de Kyrenia/Girne. Il a chaviré dimanche matin au large des côtes de Chypre du Nord. Un premier bilan fait état d’au moins six morts. Le Premier ministre Unal Ustel a cité 267 personnes à bord et 172 personnes sauvées, tout en indiquant que les recherches continuaient. L’ambassadeur Ali Murat Başçeri a confirmé des décès et parlé d’une grande majorité de 259 passagers secourus. Les rescapés sont ramenés à Girne pour être hospitalisés. Les hôpitaux publics et privés sont mobilisés. Les causes restent inconnues. Ankara annonce suivre l’incident et fournir le soutien nécessaire aux recherches. Erdogan est en principe attendu lundi pour une visite officielle déjà programmée.

Autour de ces points, tout le reste est description d’images ou rappel du cadre territorial : mer formée par beau temps, navire balloté et en partie immergé, débris, gilets oranges, véhicules et hélicoptères à terre, passagers choqués, proclamation de 1983, invasion de 1974 après le coup d’État soutenu par la Grèce, reconnaissance limitée à la Turquie, formule de la « 82ème province », ligne fédérale d’Erhurman, hospitalisation de juillet, visite depuis 2023.

Il n’est pas nécessaire d’ajouter une cause imaginaire pour que la scène soit grave. Six morts suffisent. Des recherches ouvertes suffisent. Des visages choqués suffisent. Un navire de croisière à demi dans l’eau, au large d’un port d’où l’on part d’ordinaire pour autre chose que le deuil, suffit. Le reste — le pourquoi mécanique, le compte exact, les noms — n’appartient pas encore au premier bilan. Il appartiendra, s’ils sont établis plus tard, à d’autres récits. Celui-ci doit s’arrêter où s’arrêtent les faits transmis.

En attendant, le port de Girne n’est plus seulement un quai de départ. C’est un quai d’accueil pour des personnes sorties d’un bateau qui n’aurait pas dû chavirer ce dimanche-là, par beau temps, dans une mer pourtant formée, sous le regard déjà présent des secours à terre. Les chiffres bougeront peut-être. Les causes, un jour, seront peut-être dites. Pour l’heure, l’information fidèle tient dans cette phrase simple et inachevée : au large de Chypre du Nord, le navire a chaviré, six personnes au moins sont mortes, 172 ont été sauvées selon le Premier ministre, et l’on cherche encore.

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