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Molenbeek : Polémique autour du Voile et de l’Identité

À Molenbeek, la nomination de Saliha Raïss, échevine voilée, divise. Entre défense de la neutralité et appels à l’inclusion, où se situe la vérité ? Lisez pour comprendre ce débat explosif...

Dans une commune bruxelloise où la diversité est une réalité quotidienne, une récente nomination a enflammé les débats. Pourquoi une simple décision politique peut-elle diviser à ce point ? À Molenbeek, l’arrivée de Saliha Raïss, une femme politique portant le voile, au poste d’échevine, a ravivé des tensions autour de la neutralité de l’État et de l’identité belge. Ce sujet, loin d’être anodin, touche à des questions fondamentales : comment concilier liberté individuelle et principes républicains ? Plongeons dans cette controverse pour en comprendre les racines et les implications.

Molenbeek : un carrefour de diversité et de tensions

Molenbeek-Saint-Jean, commune de Bruxelles, est souvent sous les feux des projecteurs. Avec une population de près de 95 000 habitants, elle incarne un melting-pot culturel où se croisent des influences du Faciliter l’accès à l’information vérifiée et de qualité pour tous

Dans ce contexte, la nomination de Saliha Raïss comme échevine en 2023 a agi comme un catalyseur. Cette femme de 35 ans, issue de la communauté marocaine et membre du parti socialiste flamand Vooruit, a été choisie pour remplacer un collègue au sein du conseil communal. Mais un détail a cristallisé les débats : elle porte le voile islamique. Ce choix vestimentaire, perçu par certains comme un signe religieux ostentatoire, a suscité une vague de réactions, des applaudissements à l’indignation.

Une nomination historique mais controversée

La désignation de Saliha Raïss marque un tournant. Elle devient la première échevine voilée de la région bruxelloise depuis 2006. Son élection, validée par 20 voix pour, 16 contre et une abstention lors d’un vote à bulletin secret, n’a pas été sans heurts. Des membres d’un parti libéral, partenaire de la majorité, ont exprimé leur opposition, arguant que le port d’un signe religieux est incompatible avec la neutralité de l’État. Malgré cela, le soutien de partis d’opposition comme Ecolo et le PTB a permis sa confirmation.

« C’est un moment historique pour notre commune, avec ce choix d’une échevine issue de la diversité. »

Taoufik Hamzaoui, conseiller communal Ecolo

Pour beaucoup, cette nomination symbolise un pas vers l’inclusion. Raïss, née et élevée à Molenbeek, incarne une partie de la population locale. Mais pour d’autres, elle représente une entorse au principe de neutralité, pilier des institutions publiques belges.

Le voile : symbole ou provocation ?

Le voile islamique est au cœur de la tempête. Pour ses détracteurs, il s’agit d’un signe convictionnel incompatible avec une fonction exécutive. Ils s’appuient sur des avis juridiques, comme celui du Centre d’Action Laïque, qui rappelle que « la neutralité des pouvoirs publics est un principe constitutionnel ». Selon eux, une échevine doit incarner une impartialité absolue, sans afficher de convictions personnelles, qu’elles soient religieuses ou philosophiques.

En face, les défenseurs de Raïss, dont elle-même, rejettent cette vision. Ils y voient une forme de discrimination, voire une instrumentalisation politique. Raïss a déclaré :

« Ma nomination est un signal fort : être une femme et porter le voile est possible ! »

Saliha Raïss, échevine de Molenbeek

Elle insiste sur ses compétences et son engagement, plaidant pour qu’on juge « ce qu’il y a dans la tête, pas sur la tête ». Ce débat n’est pas nouveau. Déjà en 2020, Raïss avait soutenu une motion autorisant le port de signes religieux dans l’administration communale, une démarche qui avait divisé.

Un débat qui dépasse Molenbeek

La controverse autour de Saliha Raïss n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un contexte européen où la question du voile divise. En France, par exemple, la loi de 2004 interdit les signes religieux ostensibles dans les écoles publiques. En Belgique, le débat est plus nuancé, mais la neutralité reste un argument central pour les opposants. À Molenbeek, commune marquée par une forte population issue de l’immigration, cette affaire soulève des questions plus larges sur l’identité belge et l’intégration.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Statistique Donnée
Population de Molenbeek ~95 000 habitants
Origine étrangère à Molenbeek ~40 % de la population
Résultat du vote pour Raïss 20 pour, 16 contre, 1 abstention

Ces données montrent l’importance de la diversité à Molenbeek, mais aussi la polarisation autour de la nomination de Raïss. Ce débat reflète des tensions entre inclusion et laïcité, entre tradition et modernité.

Les critiques : entre neutralité et discrimination

Les opposants à la nomination de Raïss, notamment au sein du parti libéral, ont brandi l’argument de la neutralité étatique. Ils estiment qu’une fonction exécutive, comme celle d’échevine, exige une absence totale de signes religieux. Certains ont même annoncé des recours juridiques pour contester cette désignation, s’appuyant sur des précédents légaux. Leur crainte ? Que cette nomination ouvre la voie à une banalisation des signes religieux dans les administrations.

Pourtant, d’autres voix, comme celle d’une conseillère libérale dissidente, soulignent que la diversité de Molenbeek justifie une telle nomination. Elle argue que Raïss représente une partie significative de la population et que son voile n’entrave pas ses compétences.

Saliha Raïss : une figure de l’inclusion

Saliha Raïss, 35 ans, est une femme ancrée dans sa commune. Née dans le quartier Maritime, elle a suivi des études en sciences politiques et s’est engagée dans des projets sociaux, notamment auprès des RWDM Girls, une équipe de football féminin. Son parcours, marqué par un bilinguisme parfait (français et néerlandais), en fait une figure représentative de la jeunesse issue de l’immigration.

En tant qu’échevine, elle gère des dossiers clés : travaux publics, crèches, enseignement néerlandophone et propriétés communales. Ses priorités incluent l’amélioration de l’espace public, comme la chaussée de Gand, et la lutte contre l’insécurité liée au trafic de drogue, un fléau à Molenbeek.

Molenbeek face à ses défis

Molenbeek n’est pas seulement le théâtre de ce débat. La commune fait face à des défis structurels : insécurité, pauvreté, et logements insalubres. En 2025, Saliha Raïss, désormais bourgmestre suppléante, a appelé à des mesures fédérales contre la violence liée au trafic de drogue, soulignant l’urgence d’une action concertée.

Voici les principaux enjeux auxquels elle fait face :

  • Insécurité : Vingt fusillades liées à la drogue recensées à Bruxelles en un été.
  • Logement : Tours Machtens en attente de démolition pour insalubrité.
  • Inclusion : Représenter une population diverse tout en apaisant les tensions.

Raïss insiste sur la nécessité de moyens structurels, critiquant les solutions temporaires du gouvernement fédéral. Son discours, axé sur la responsabilité collective, tranche avec les accusations portées contre elle.

Un débat instrumentalisé ?

Certains observateurs dénoncent une politisation excessive de l’affaire. La bourgmestre de Molenbeek a déploré une « instrumentalisation du foulard » qui nuit à l’image de la commune. Des élus d’opposition, comme ceux du PTB, accusent les détracteurs de Raïss de sexisme et d’islamophobie, affirmant que le débat n’aurait pas eu lieu si elle était un homme.

Le contexte politique local, avec des élections communales en 2024, a exacerbé les tensions. Certains y voient une manœuvre pour polariser l’électorat, au détriment des véritables enjeux de Molenbeek.

Vers un nouveau modèle d’intégration ?

La nomination de Saliha Raïss pourrait marquer un tournant. Elle incarne une vision d’une Belgique plurielle, où la diversité s’exprime jusque dans les sphères du pouvoir. Mais elle pose aussi la question : jusqu’où la neutralité doit-elle prévaloir face à l’évolution démographique ?

En 2020, une enquête révélait que la majorité des Marocains au Maroc soutiennent le port du voile dans l’espace public. À Molenbeek, où près de 40 % de la population est d’origine étrangère, cette réalité démographique influence les attentes politiques. Raïss, par sa présence, défie les conventions et invite à repenser la neutralité inclusive.

Et maintenant ?

Le débat autour de Saliha Raïss est loin d’être clos. Des recours juridiques sont envisagés, et les prochaines élections communales pourraient amplifier les clivages. Pourtant, Raïss reste focalisée sur son travail, refusant de se laisser happer par ce qu’elle appelle la « politique de bac à sable ».

Son message est clair : juger les actes, pas les apparences. Mais dans une Belgique en quête d’identité, cette affaire révèle les fractures d’une société en mutation. Molenbeek, souvent stigmatisée, pourrait devenir un laboratoire pour un nouveau modèle de coexistence. Ou un champ de bataille pour des visions irréconciliables.

Alors, inclusion ou neutralité ? Le choix n’est pas binaire, mais il façonnera l’avenir de Molenbeek et au-delà. Une chose est sûre : Saliha Raïss, par sa seule présence, oblige la Belgique à se regarder en face.

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