Imaginez une élection où un seul candidat est autorisé à se présenter. Pas de débat, pas de duel, juste une formalité. C’est exactement ce qui risque d’arriver le 12 décembre prochain à Tachkent, en Ouzbékistan, lors de l’assemblée générale de la Fédération internationale de l’automobile. Pourtant, une jeune pilote suisse de 28 ans a décidé de ne pas laisser passer cela sans combattre devant la justice française.
Ce mercredi 3 décembre 2025, le tribunal judiciaire de Paris a rendu une décision aussi attendue que stratégique. Le juge des référés a refusé de suspendre l’élection à la présidence de la FIA, mais il a renvoyé l’affaire devant les juges du fond. Traduction : l’élection aura bien lieu comme prévu, mais sa validité pourra être contestée, voire annulée, ultérieurement.
Pour Laura Villars, la pilote suisse qui a porté plainte, c’est une demi-victoire. Son avocat, Me Robin Binsard, ne cache pas sa satisfaction : le débat de fond sur la régularité du processus électoral est désormais ouvert.
« Le juge des référés a retenu que ce litige relevait du fond, et nous poursuivrons donc ce procès contre la FIA devant les juges du fond. Une première audience est prévue le 16 février 2026. »
Me Robin Binsard, avocat de Laura Villars
Le règlement électoral de la FIA impose une condition particulièrement restrictive : tout candidat à la présidence doit présenter une liste complète de vice-présidents représentant chaque continent. En Amérique du Sud, une seule personnalité remplit actuellement les critères d’éligibilité… et elle a choisi de soutenir Mohammed Ben Sulayem, le président sortant.
Résultat ? Ni Laura Villars ni Tim Mayer, l’ancien commissaire sportif américain qui souhaitait également se présenter, n’ont pu constituer une liste valide. La voie était donc royale pour l’Émirati, seul candidat en lice.
Cette règle, qui se voulait garante d’une représentation géographique équilibrée, se retourne aujourd’hui contre l’esprit même de la démocratie interne à la FIA.
Arrivé au pouvoir fin 2021 en succédant à Jean Todt, Mohammed Ben Sulayem avait promis transparence et modernisation. Quatre ans plus tard, le bilan apparaît contrasté.
Parmi les épisodes marquants de son mandat :
Ces affaires ont laissé des traces. Beaucoup de membres de la FIA, même parmi ceux qui voteront probablement pour lui le 12 décembre, estiment que le renouvellement du mandat ne doit pas se faire sans débat.
Du côté de la Fédération, on minimise l’impact de la décision judiciaire française.
« Un tribunal français a rendu sa décision le 3 décembre et a confirmé que l’élection à la présidence de la FIA pourrait bien avoir lieu le 12 décembre lors de l’assemblée générale. »
Porte-parole de la FIA
L’instance affirme rester concentrée sur les grands dossiers : sécurité, mobilité durable, développement du sport automobile dans les pays émergents. Mais derrière les communiqués lisses, l’inquiétude est palpable. Un président réélu avec une épée de Damoclès judiciaire au-dessus de la tête commencerait son second mandat dans des conditions délicates.
Plusieurs scénarios sont envisageables :
Techniquement, la justice française a compétence car la FIA, bien que basée à Paris et à Genève, est une association de droit français pour une partie de ses activités. Le précédent existe : en 2021 déjà, des membres avaient saisi les tribunaux français sur des questions de gouvernance.
Cette affaire dépasse largement le simple cas de la FIA. Elle pose la question du contrôle judiciaire des grandes fédérations sportives internationales. Le CIO, l’UEFA, la FIFA : toutes ont leur siège en Suisse ou en France et toutes appliquent des règles internes qui limitent parfois fortement la concurrence électorale.
Si les juges du fond donnent raison à Laura Villars, cela pourrait créer un précédent majeur. Les candidats évincés dans d’autres fédérations pourraient être tentés d’utiliser la même voie.
À 28 ans, la pilote suisse, déjà connue pour son engagement en rallye et pour la parité dans le sport auto, pourrait devenir malgré elle une figure de la démocratisation des instances sportives.
Même en cas de réélection confortable de Mohammed Ben Sulayem, la pression sera forte pour faire évoluer le règlement. Plusieurs pistes circulent déjà dans les couloirs de la FIA :
Ces discussions, qui étaient jusque-là confidentielles, risquent de s’accélérer avec la menace judiciaire.
Le 12 décembre 2025, à Tachkent, les délégués des 146 pays membres de la FIA voteront donc en sachant qu’ils pourraient élire un président… dont le mandat sera immédiatement contesté devant la justice. Rarement une élection sportive n’aura été aussi scrutée, et rarement le résultat n’aura paru aussi incertain malgré l’absence d’adversaire sur le bulletin.
Le sport automobile, habitué aux rebondissements sur la piste, vit peut-être son plus grand suspense… dans les tribunaux et les salles de réunion.
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