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Milei Vise Cinq Journalistes Après Classement Affaire Libra

Le président argentin sort de son silence après le classement de l’affaire Libra. Il nomme cinq journalistes et pose une question explosive : qui va le dédommager pour un an et huit mois d’attaques ? La réponse pourrait secouer le pays.

Qui aurait cru qu’un simple token lancé sur Solana en février 2025 finirait par placer le président argentin face à cinq journalistes et à une question brûlante : qui va le dédommager pour un an, huit mois et neuf jours d’attaques ? Le 23 octobre 2026, Javier Milei a franchi un pas supplémentaire. Après le classement de l’enquête pénale le concernant, il a nommé publiquement ceux qu’il accuse d’avoir orchestré une campagne de désinformation. Le ton est sec, le message clair, et la polarisation un cran plus haut.

Le classement qui change la donne

Tout commence par une décision de justice. Le juge Marcelo Martínez de Giorgi a classé l’affaire. Le procureur Eduardo Taiano avait lui-même demandé cette issue. Aucun des onze mis en cause, dont Javier Milei et sa sœur Karina, n’a même été convoqué pour un interrogatoire formel. Pour le président, ce n’est pas seulement une victoire judiciaire. C’est une réhabilitation.

La procédure reposait sur le lancement et l’effondrement rapide du token LIBRA. Milei avait lui-même relayé le projet sur ses réseaux le jour de sa sortie, en indiquant le site officiel et l’adresse du contrat. Il présentait l’initiative comme privée et destinée à soutenir des entreprises argentines. Quelques heures plus tard, le cours s’effondrait. Des investisseurs perdaient de l’argent. Les plaintes se multipliaient.

Le juge a estimé que la notoriété du président avait certes pu donner de la visibilité au token et inspirer confiance, mais que ces éléments ne suffisaient pas à caractériser une tromperie pénale. L’article 336, alinéa 3, du code de procédure pénale argentin a été invoqué : les faits investigués ne constituent pas une infraction. Fin de partie pour le volet pénal national.

Cinq noms dans le viseur

Dans la foulée du classement, Javier Milei a publié un message sur X. Il y nomme explicitement cinq journalistes : Hugo Alconada Mon, Carlos Pagni, Paulino Rodríguez, Natalia Volosín et Luis Novaresio. Selon lui, ces professionnels ont diffusé des mensonges et mené des opérations contre son gouvernement. Il les accuse d’avoir transformé une enquête en instrument politique.

Le président ne s’arrête pas là. Il cible également un grand groupe de presse, affirmant que sa couverture répondait à une volonté de faire pression sur son administration, notamment sur la question fiscale. Les éléments disponibles ne permettent pas de confirmer cette accusation de manière indépendante. Elle reste donc à l’état de déclaration présidentielle.

« Qui me dédommage maintenant ? » demande Javier Milei, évoquant un an, huit mois et neuf jours de ce qu’il qualifie de mensonges, calomnies et insultes.

Cette phrase résume l’état d’esprit du chef de l’État. Il présente le classement comme une preuve que la vérité a triomphé et que la justice a résisté aux pressions médiatiques et politiques. Lors d’un événement organisé par la Fundación Faro, dirigée par Agustín Laje, il a réitéré sa demande de réparation et parlé d’une tentative de le destituer par des voies institutionnelles.

Ce que révèle le journaliste nommé

Parmi les cinq noms cités, Hugo Alconada Mon a livré l’un des comptes rendus les plus détaillés du classement. Selon lui, certaines mesures d’enquête n’avaient pas été menées à leur terme. Des investisseurs lésés avaient même été écartés en tant que parties civiles. Le travail de traçage sur la blockchain n’a pas pu être achevé, faute d’outils techniques sous licence disponibles pour les enquêteurs. Les réponses des sociétés sollicitées sont restées partielles.

Ces éléments alimentent le débat. Pour les défenseurs du président, le classement confirme l’absence d’infraction. Pour d’autres, comme Pedro Biscay, directeur du Centre de recherche et de prévention de la criminalité économique, la décision apparaît prématurée. Son organisation avait d’ailleurs participé à la procédure en tant qu’amicus curiae et réclame désormais un examen complet.

Le front américain déjà refermé

Pendant que l’Argentine classait son volet pénal, le contentieux américain avait déjà pris fin. Fin septembre 2026, la juge Jennifer L. Rochon a rejeté la class action intentée par des investisseurs. Les plaignants, Omar Hurlock de Brooklyn et Anuj Mehta d’Arlington, agissaient pour eux-mêmes et pour d’autres victimes potentielles. Ils réclamaient plus de 100 millions de dollars.

La décision américaine s’appuie sur des motifs variés selon les défendeurs. Contre les parties liées à Kelsier, les chefs de fraude et de complot n’ont pas prospéré pour défaut de fondement, tandis que d’autres chefs ont été écartés pour absence de juridiction personnelle. Les demandes visant Benjamin Chow et Meteora ont été rejetées pour défaut de cause d’action. Le greffe a été ordonné de clore le dossier.

Quelques semaines plus tôt, en août 2025, le même tribunal avait déjà levé le gel de 57,6 millions de dollars en USDC détenus dans des portefeuilles liés à certaines personnes mises en cause. Le chemin judiciaire américain s’est donc refermé avant même la décision argentine.

La réaction officielle et celle de Karina Milei

La présidence a publié un communiqué célébrant le classement. Elle y décrit la procédure comme une tentative de nuire à l’image du président en année électorale et salue le travail de la justice. Karina Milei, quant à elle, a salué la décision sur les réseaux. Elle a évoqué les dommages causés à la réputation des deux frères et sœur et présenté le jugement comme la preuve que la vérité avait fini par s’imposer.

Ces prises de position officielles renforcent le récit présidentiel : celui d’un homme et d’une équipe injustement ciblés, désormais blanchis, et déterminés à faire reconnaître le préjudice subi. La question de l’indemnisation, posée avec force par Javier Milei, reste pour l’instant sans réponse concrète. Aucune procédure civile engagée n’a encore été annoncée publiquement.

Liberté de la presse et tension politique

Nommer cinq journalistes de cette manière n’est pas anodin. Dans un pays où les relations entre le pouvoir et les médias sont déjà tendues, ce geste ravive les débats sur la liberté d’informer et sur les limites de la critique. Pour les partisans de Milei, il s’agit simplement de désigner ceux qui, selon eux, ont mené une campagne de déstabilisation. Pour ses détracteurs, c’est une manière d’intimider la presse.

Le président a lié la couverture médiatique à des objectifs politiques plus larges, allant jusqu’à évoquer une volonté de fragiliser la présidence par des voies institutionnelles. Ce récit d’une tentative de « coup » médiatique et judiciaire n’est pas nouveau dans sa communication. Il trouve ici un nouvel épisode après le classement de l’affaire LIBRA.

Points clés à retenir

  • Classement de l’enquête pénale argentine le 23 octobre 2026
  • Onze personnes concernées, dont Javier et Karina Milei
  • Cinq journalistes nommément cités par le président
  • Class action américaine déjà rejetée fin septembre
  • Demande de réparation encore sans suite concrète

Le token qui a tout déclenché

Retour en février 2025. Le token LIBRA est lancé sur la blockchain Solana. Javier Milei en fait la promotion le jour même. Le projet se présente comme un outil destiné à soutenir des entreprises argentines. La communication présidentielle lui apporte une visibilité immédiate. Puis le cours s’effondre. Les accusations de manipulation et de tromperie fusent. Les enquêtes s’ouvrent de part et d’autre de l’Atlantique.

Aujourd’hui, plus d’un an et demi plus tard, les deux principaux fronts judiciaires se sont refermés. Reste la bataille de l’opinion et celle de la responsabilité. Milei refuse de considérer l’affaire comme close sur le terrain de la réputation. Sa question « qui me dédommage maintenant ? » résonne comme un avertissement. Elle s’adresse autant aux journalistes nommés qu’à l’ensemble de ceux qu’il juge responsables de la campagne menée contre lui.

Des mesures d’enquête inachevées

Le reportage le plus détaillé sur les conditions du classement souligne plusieurs manques. Le traçage blockchain n’a pas pu être mené à bien faute d’outils adaptés. Certaines sociétés sollicitées n’ont fourni que des réponses partielles. Des investisseurs ont été écartés de la procédure en tant que parties civiles. Ces éléments alimentent le sentiment, chez certains observateurs, que l’enquête n’a pas été poussée jusqu’au bout.

Pour d’autres, ces manques n’enlèvent rien à la solidité de la décision. Le juge a considéré que les faits, tels qu’ils résultaient de l’instruction, ne caractérisaient pas d’infraction pénale. La notoriété d’un président ne suffit pas, en droit, à transformer un relais d’information en tromperie caractérisée. C’est sur ce raisonnement que repose le classement.

Un climat politique déjà tendu

L’affaire LIBRA s’inscrit dans un contexte plus large de confrontation entre le gouvernement et une partie des médias. Javier Milei a toujours cultivé un style direct, parfois frontal, envers ceux qu’il considère comme des adversaires. Le fait de nommer publiquement cinq journalistes s’inscrit dans cette continuité. Il refuse de laisser le dernier mot à ceux qui, selon lui, ont tenté de le déstabiliser.

Lors de l’événement à la Fundación Faro, la présence d’ambassadeurs et de responsables économiques a donné une dimension particulière à ses propos. Le message s’adressait autant à l’opinion argentine qu’à un public international. Le président veut montrer qu’il est sorti renforcé de cette épreuve et qu’il n’entend pas laisser passer ce qu’il considère comme une atteinte à sa dignité et à celle de sa famille.

Quelles suites possibles ?

La question de l’indemnisation reste ouverte. Aucune action civile n’a encore été annoncée. Les journalistes cités n’ont pas tous réagi publiquement de manière détaillée au moment où ces lignes sont écrites. Le débat se poursuit donc sur les réseaux et dans les rédactions. Certains y voient une nouvelle escalade. D’autres estiment que le président est dans son droit de dénoncer ce qu’il juge être des attaques injustifiées.

Sur le plan purement judiciaire, le volet pénal argentin et la class action américaine semblent clos. Reste la possibilité, pour des investisseurs individuels, d’engager d’autres procédures. Mais le signal envoyé par les deux décisions successives est clair : les autorités judiciaires des deux pays n’ont pas retenu d’infractions pénales ou de responsabilités civiles suffisantes pour poursuivre les principaux mis en cause dans le cadre de ces dossiers.

Une affaire emblématique de l’ère crypto

L’épisode LIBRA illustre les zones grises dans lesquelles évoluent encore les cryptomonnaies. Quand un dirigeant politique donne de la visibilité à un token, où s’arrête la simple communication et où commence la responsabilité ? Les tribunaux ont tranché dans ce cas précis en faveur de l’absence d’infraction pénale. Mais le débat public, lui, continue.

Pour les investisseurs qui ont perdu de l’argent, le classement laisse un goût amer. Pour le président argentin, il constitue une victoire. Entre les deux, les journalistes nommés se retrouvent au cœur d’une polémique qui dépasse largement le cadre d’un simple token. C’est toute la question de la relation entre pouvoir, médias et nouvelles technologies qui se trouve posée.

Javier Milei a choisi de ne pas laisser passer ce qu’il considère comme une atteinte à sa réputation. En nommant cinq journalistes et en réclamant une indemnisation, il transforme un classement judiciaire en nouvel épisode de confrontation politique. L’affaire LIBRA n’est peut-être pas terminée. Elle change simplement de terrain.

Dans les semaines qui viennent, il faudra observer si la demande de réparation se traduit par des actes concrets. Il faudra aussi voir comment les professionnels de l’information réagissent à cette mise en cause nominative. En Argentine comme ailleurs, la frontière entre critique légitime et atteinte à la réputation reste un sujet sensible. Le président argentin vient de la remettre au centre du jeu avec une question simple et tranchante : qui va le dédommager ?

Cette question, posée après plus d’un an et huit mois de procédure, résume à elle seule la tension qui traverse désormais le pays. Entre victoire judiciaire et bataille médiatique, Javier Milei refuse de baisser la garde. Et les cinq journalistes qu’il a choisis de nommer se retrouvent, bien malgré eux, au cœur d’un nouvel épisode de la polarisation argentine.

Le token LIBRA a vécu. L’affaire judiciaire aussi, du moins dans ses volets principaux. Mais les séquelles politiques et médiatiques, elles, commencent à peine à se dessiner. Dans un pays où chaque déclaration présidentielle est scrutée, le message du 23 octobre 2026 restera longtemps comme un moment de bascule. Un moment où le chef de l’État a décidé de passer de la défense à l’attaque, non plus contre un token, mais contre ceux qui, selon lui, ont tenté de l’utiliser pour le faire chuter.

Et c’est peut-être là le véritable enjeu de cette séquence. Au-delà du classement, au-delà même des pertes financières des investisseurs, c’est la capacité d’un président à marquer les esprits et à redéfinir le rapport de force avec la presse qui se joue. Javier Milei a choisi son terrain. Il a nommé ses cibles. Il a posé sa question. Reste à savoir qui, s’il y en a, y répondra.

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