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Metaplanet Profite de la Faiblesse du Yen Grâce au Bitcoin

Imaginez emprunter dans une monnaie qui perd de la valeur pour acheter un actif qui explose à la hausse. C’est exactement ce que fait Metaplanet avec le Bitcoin. Grâce à un yen historiquement faible, ses rendements explosent… mais jusqu’où ira cette stratégie ?

Et si la clé pour maximiser ses gains en Bitcoin ne résidait pas seulement dans le timing du marché, mais dans la monnaie utilisée pour financer les achats ? C’est précisément le pari audacieux que semble avoir remporté une entreprise japonaise ces derniers mois. Alors que le Bitcoin flambe à près de 93 000 dollars, certains acteurs tirent un avantage structurel bien plus puissant que les simples hausses de prix.

Dans un contexte où les grandes entreprises américaines accumulent du Bitcoin en émettant de la dette en dollars, une société nippone a choisi une voie radicalement différente. En s’endettant dans une devise qui ne cesse de s’affaiblir, elle transforme chaque yen emprunté en une quantité croissante de BTC au fil du temps. Le résultat ? Un rendement réel qui dépasse largement celui de ses concurrents occidentaux.

Quand la faiblesse d’une monnaie devient un levier stratégique

Depuis plusieurs années, le yen japonais traverse une période de dépréciation marquée. Avec un ratio dette publique / PIB qui dépasse allègrement les 250 %, et une politique monétaire restée ultra-accommodante bien plus longtemps que dans la plupart des autres pays développés, la monnaie nippone a perdu une partie significative de sa valeur face au dollar et face au Bitcoin.

Pour une entreprise qui souhaite accumuler du Bitcoin, cette dynamique change tout. Emprunter en yen, acheter du BTC, puis rembourser plus tard avec des yens encore moins chers, c’est un mécanisme qui ressemble étrangement à un carry trade géant… mais appliqué à la cryptomonnaie reine.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Depuis le début de l’année 2020, le rendement du Bitcoin libellé en dollars avoisine les 1 160 %. Impressionnant, certes. Mais quand on passe au yen, ce même rendement grimpe jusqu’à environ 1 700 %. La différence est colossale et s’explique presque entièrement par la dépréciation de la monnaie japonaise sur la période.

Une entreprise qui a financé ses achats de Bitcoin en yen a donc mécaniquement capturé une plus-value supplémentaire simplement en raison de l’évolution des taux de change. C’est un avantage structurel, pas conjoncturel.

« Plus la monnaie dans laquelle vous vous endettez se déprécie, plus le coût réel de votre dette diminue face à un actif dur comme le Bitcoin. »

Observation d’un analyste crypto

Ce raisonnement, simple en apparence, devient extrêmement puissant lorsqu’il est appliqué à grande échelle et sur plusieurs années.

Une structure de financement taillée pour profiter du yen faible

L’entreprise en question utilise principalement des instruments de financement libellés en yens, notamment des actions préférentielles perpétuelles assorties d’un coupon fixe inférieur à 5 %. Ces obligations, remboursables en yen, voient leur coût réel fondre au fur et à mesure que la monnaie perd de la valeur.

À l’inverse, les sociétés américaines qui adoptent une stratégie similaire doivent généralement émettre de la dette en dollars à des taux bien plus élevés. Leur charge d’intérêt reste donc plus lourde en termes réels, surtout quand le Bitcoin monte fortement.

Le différentiel de coût de financement, combiné à la dépréciation continue du yen, crée un effet d’amplification des gains qui peut devenir spectaculaire sur plusieurs cycles haussiers.

Une accumulation massive qui place l’entreprise dans le top mondial

Au cours de l’année 2025, l’entreprise a accéléré ses achats de Bitcoin de manière impressionnante. Après une acquisition notable au dernier trimestre, ses avoirs ont dépassé les 35 000 BTC, la propulsant au quatrième rang mondial des trésoreries d’entreprises en Bitcoin, derrière seulement quelques géants du secteur.

Cette stratégie n’a pas été sans heurts. Les augmentations de capital nécessaires pour financer les achats ont parfois pesé sur le cours de l’action, et certaines périodes de correction du Bitcoin ont fait apparaître des pertes latentes importantes. Pourtant, sur le long terme, le nombre de Bitcoins par action diluée n’a cessé d’augmenter, signe que la dilution a été plus que compensée par l’accumulation.

Un avantage qui pourrait durer encore longtemps

Les analystes s’accordent à dire que la faiblesse du yen n’est pas un phénomène passager. Avec une dette publique colossale et un vieillissement démographique qui limite les marges de manœuvre budgétaires, le Japon devrait conserver une politique monétaire relativement souple encore plusieurs années.

Tant que cette situation perdure, l’avantage comparatif de financement en yen restera intact. Si le Bitcoin entre dans une nouvelle phase haussière soutenue, l’écart de performance entre les entreprises japonaises et leurs homologues occidentales pourrait encore se creuser.

Quelles leçons pour les autres acteurs du marché ?

Cette expérience japonaise soulève plusieurs questions fascinantes pour l’ensemble de l’écosystème Bitcoin corporate :

  • Le choix de la monnaie d’endettement est-il aussi stratégique que le choix de l’actif lui-même ?
  • Les entreprises situées dans des juridictions à monnaie faible ont-elles un avantage structurel durable ?
  • Faut-il désormais intégrer les prévisions de dépréciation monétaire dans les modèles de valorisation des trésoreries Bitcoin ?

Ces interrogations dépassent largement le cas d’une seule entreprise. Elles interrogent la globalisation même de la stratégie « Bitcoin treasury » popularisée ces dernières années.

Un carry trade 2.0 appliqué au Bitcoin

Historiquement, le carry trade consistait à emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt pour investir dans une devise à taux élevé. Le yen a longtemps servi de monnaie de financement pour ce type d’opérations.

Aujourd’hui, nous assistons à une version modernisée et radicalisée : emprunter en yen pour acheter un actif dont le rendement attendu (en monnaie forte) est extrêmement élevé et dont l’offre est définitivement plafonnée. Le Bitcoin devient alors l’actif idéal pour ce genre de stratégie asymétrique.

Le risque principal reste bien sûr la volatilité du Bitcoin lui-même. Une correction prolongée pourrait mettre sous pression les bilans des entreprises qui ont massivement investi. Mais tant que la tendance de fond reste haussière, le différentiel de devise continue de jouer en faveur des acteurs japonais.

Vers une fragmentation régionale des stratégies Bitcoin corporate ?

Ce cas japonais pourrait préfigurer une divergence croissante entre les différentes régions du monde. Les entreprises basées dans des pays à monnaie faible ou en dépréciation structurelle pourraient adopter des stratégies plus agressives, tandis que celles situées dans des juridictions à devise forte devraient se montrer plus prudentes sur leur levier.

On pourrait même imaginer, à terme, une sorte de « shopping » de juridiction pour les entreprises qui souhaitent maximiser leur exposition au Bitcoin : choisir non seulement le régime fiscal, mais aussi la monnaie d’endettement la plus favorable.

Le Bitcoin comme étalon monétaire régional

Plus profondément, cette histoire illustre une réalité nouvelle : le Bitcoin est en train de devenir un étalon monétaire régional de facto. Sa performance varie énormément selon la monnaie dans laquelle on le mesure, révélant les forces et faiblesses relatives des différentes devises fiat.

Pour les investisseurs japonais, le Bitcoin n’est pas seulement un actif spéculatif ou une réserve de valeur : c’est aussi un formidable outil de couverture contre la dépréciation de leur propre monnaie. Cette fonction de « monnaie anti-yen » pourrait devenir de plus en plus centrale au fur et à mesure que les déséquilibres macroéconomiques japonais s’accentuent.

Conclusion : un cas d’école à suivre de près

Ce qui se joue actuellement au Japon dépasse largement le cadre d’une simple opération financière. C’est une expérience grandeur nature qui teste plusieurs hypothèses simultanément : la viabilité d’une trésorerie Bitcoin corporate, l’impact du choix de la monnaie d’endettement, et l’émergence du Bitcoin comme outil macroéconomique de premier plan.

Quelle que soit l’évolution future du cours du Bitcoin, une chose est déjà claire : les entreprises qui auront su intégrer les dynamiques de change dans leur stratégie d’accumulation sortiront probablement gagnantes sur le long terme. Et pour l’instant, l’avantage semble clairement pencher du côté de celles qui empruntent dans la devise la plus faible du monde développé.

À suivre de très près dans les mois et années à venir.


Article rédigé le 5 janvier 2026 – Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte des risques de perte en capital.

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