Une amélioration notable de la notation souveraine
La nouvelle notation attribuée à l’Ukraine se situe désormais à CCC+, avec une perspective stable. Cela signifie que l’agence considère que le pays n’est plus en défaut sélectif sur sa dette globale. Cette évolution reflète des progrès concrets dans la gestion des engagements financiers, même si le niveau reste hautement spéculatif.
Ce changement n’arrive pas par hasard. Il intervient après des ajustements importants sur certains instruments de dette. Une petite partie des obligations reste techniquement en défaut, mais son poids est minime dans l’ensemble des engagements publics. Selon les analyses, cela concerne des titres émis par une entité publique du secteur énergétique, détenus par une banque étrangère, représentant moins de 1 % de la dette totale.
Cette situation n’empêche plus l’Ukraine d’être perçue comme capable d’honorer la majorité de ses autres paiements. L’agence souligne explicitement que ce reliquat ne devrait pas affecter significativement la volonté ni la capacité du pays à respecter ses obligations principales.
Les raisons derrière cette sortie du défaut
Le principal déclencheur de cette revalorisation tient à la restructuration réussie d’instruments spécifiques liés à la croissance économique. Ces titres, appelés warrants sur le PIB, avaient posé problème suite à un paiement manqué auparavant. Leur échange contre d’autres obligations plus classiques a permis de lever le statut de défaut sur la dette souveraine principale.
Ce mécanisme de restructuration a concerné un volume substantiel, mais les autorités ont obtenu l’accord nécessaire des créanciers. Le résultat : une dette plus prévisible et des échéances mieux alignées sur les capacités actuelles du pays.
Parallèlement, le soutien international reste un pilier essentiel. Sans lui, une telle amélioration serait bien plus difficile à envisager. Les partenaires continuent d’apporter une aide massive, permettant de couvrir une partie importante des besoins budgétaires et militaires.
Le rôle crucial du soutien de l’Union européenne
L’Union européenne a franchi une étape majeure fin décembre en s’accordant sur un prêt exceptionnel de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine pour les années 2026 et 2027. Ce montant vise à financer à la fois le budget de l’État et les efforts de défense.
Sur ces 90 milliards, une large part – environ 60 milliards – sera orientée vers le renforcement des capacités militaires au cours des deux prochaines années. Les 30 milliards restants soutiendront les dépenses budgétaires courantes. Ces fonds arrivent avec des conditions claires : des réformes en matière d’État de droit et de lutte contre la corruption doivent être mises en œuvre.
Le remboursement du principal interviendra uniquement après que des réparations aient été obtenues de la partie responsable du conflit. Quant aux intérêts, estimés à environ trois milliards d’euros par an, ils seront pris en charge directement par le budget européen. Cette structure allège considérablement la pression sur les finances ukrainiennes à court et moyen terme.
« un service de la dette gérable à court terme et un soutien financier international continu, en particulier de la part de l’Union européenne »
Cette citation illustre parfaitement la vision de l’agence : le soutien extérieur est perçu comme fiable et suffisant pour stabiliser la situation dans l’immédiat.
L’appui complémentaire du Fonds monétaire international
En fin d’année dernière, un nouveau programme d’aide a été conclu avec le Fonds monétaire international. Il porte sur plus de huit milliards de dollars étalés sur cinq ans. L’objectif principal est de stabiliser l’économie et de créer les conditions d’une reprise progressive.
Les estimations du FMI mettent en lumière l’ampleur des besoins : un manque de financement de 63 milliards de dollars rien que pour l’exercice fiscal 2026-2027, et un total cumulé de 136,5 milliards pour la période 2026-2029. Ces chiffres montrent à quel point l’aide internationale reste indispensable pour éviter une spirale de crise.
Ces montants colossaux soulignent la dépendance actuelle de l’Ukraine vis-à-vis de ses alliés. Sans ce flux continu, les efforts de stabilisation seraient compromis.
Une perspective stable mais des risques persistants
La perspective stable attachée à la nouvelle note indique que l’agence n’anticipe pas de dégradation immédiate. Cependant, elle met en garde contre une vulnérabilité structurelle. La capacité du pays à honorer ses engagements dépend étroitement de conditions économiques et financières favorables.
Parmi les facteurs déterminants figurent en premier lieu l’évolution du conflit en cours. Toute escalade ou prolongation prolongée pourrait peser lourdement sur les finances publiques. De même, la continuité du soutien des partenaires internationaux est jugée cruciale.
Si ces deux éléments venaient à se dégrader, la note pourrait rapidement être revue à la baisse. L’agence insiste sur le caractère conditionnel de cette amélioration : elle repose sur un équilibre fragile entre aide extérieure et gestion interne.
Impact sur les marchés et la confiance des investisseurs
Cette revalorisation envoie un signal positif aux marchés financiers. Sortir du statut de défaut partiel renforce la crédibilité du pays auprès des créanciers. Même si CCC+ reste une note très spéculative, elle ouvre la porte à une perception moins alarmiste.
Les obligations ukrainiennes pourraient voir leur liquidité s’améliorer légèrement et leurs rendements se détendre marginalement. Cela facilite aussi les discussions futures sur d’éventuelles restructurations ou émissions nouvelles.
Pour les investisseurs, cela représente une opportunité dans un contexte de haut risque-rendement. Mais la prudence reste de mise : le profil reste celui d’un actif très exposé aux aléas géopolitiques.
Contexte économique plus large de l’Ukraine
L’économie ukrainienne traverse une période extrêmement difficile. Le conflit a détruit des infrastructures clés, perturbé les chaînes d’approvisionnement et provoqué une contraction massive du PIB par le passé. Malgré cela, des signes de résilience émergent grâce à l’aide massive reçue.
Les secteurs agricoles et industriels tentent de redémarrer, mais les besoins en reconstruction sont immenses. Les priorités budgétaires oscillent entre maintien des services publics essentiels et investissements dans la défense.
Les réformes exigées par les bailleurs de fonds – lutte anticorruption, renforcement de la gouvernance – visent à créer les bases d’une économie plus solide à long terme. Leur mise en œuvre effective sera scrutée de près.
Perspectives pour les années à venir
À court terme, le service de la dette semble gérable grâce aux flux entrants. Les échéances les plus pressantes sont couvertes par l’aide internationale. Cela donne un répit bienvenu pour consolider les finances publiques.
À moyen terme, tout dépendra de la trajectoire du conflit. Une résolution favorable ouvrirait la voie à une reprise économique plus franche et à une amélioration progressive des notations. À l’inverse, une prolongation indéfinie maintiendrait une pression constante.
Les autorités ukrainiennes doivent jongler entre impératifs sécuritaires et discipline budgétaire. Les réformes conditionnant les aides européennes représentent à la fois un défi et une opportunité pour moderniser le pays.
En conclusion, cette décision de S&P constitue une lueur d’espoir dans un paysage financier sombre. Elle montre que, même dans les circonstances les plus adverses, des progrès sont possibles lorsque le soutien international reste solide et que des ajustements structurels sont réalisés. L’Ukraine continue de naviguer en eaux très troubles, mais cette sortie du défaut marque une étape importante vers une stabilisation relative.









