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Léa Salamé Secoue le Débat sur le RN et les Médias

Léa Salamé a-t-elle vraiment donné raison à son invité en lâchant la phrase choc : « Ils n’avaient pas besoin de CNews pour être au second tour » ? La séquence qui fait débat...

Imaginez un plateau télévisé tard le soir, les lumières tamisées, les regards qui s’accrochent. Une phrase fuse, presque anodine en apparence, et pourtant elle fait l’effet d’une petite bombe dans le paysage audiovisuel français. Samedi 17 janvier 2026, Léa Salamé a lâché, sans détour : « Ils n’avaient pas besoin de CNews pour être au second tour. »

Cette réplique, prononcée avec son calme habituel mais une pointe d’ironie assumée, vient clore un échange particulièrement tendu. Elle résume à elle seule les crispations actuelles autour du rôle des médias dans la vie politique française. Et si les chaînes d’information en continu n’étaient finalement que des symptômes plutôt que des causes ?

Quand une simple phrase révèle beaucoup plus qu’un constat

Le débat portait sur la progression constante du Rassemblement National ces quinze dernières années. Beaucoup d’observateurs aiment pointer du doigt certains médias, certaines plumes, certains plateaux accusés de « normaliser » ou d’amplifier les idées du parti. C’est précisément ce schéma que l’invité du soir cherchait à déconstruire.

Pour lui, accuser les éditorialistes ou les chaînes d’information d’être les principaux responsables de cette ascension relève d’une vision élitiste et déconnectée. Selon cette lecture, les Français ne seraient que des spectateurs passifs manipulés par des discours médiatiques clivants. Une posture que l’intéressé refuse catégoriquement.

« Les gens n’ont pas besoin des journalistes pour être polarisés. Moi tout ce que je fais c’est des constats, des diagnostics. On est beaucoup plus le réceptacle de l’opinion que des marionnettistes qui manipuleraient les Français, qui seraient bêtes. »

Invité de l’émission

C’est dans ce contexte qu’intervient la fameuse réplique de l’animatrice. Une phrase qui, à première vue, semble presque conforter la thèse de son interlocuteur… tout en gardant une distance subtile.

Retour sur le parcours d’une journaliste qui traverse les époques

Pour bien comprendre la portée symbolique de cet échange, il faut resituer Léa Salamé dans son parcours professionnel hors norme. Issue du monde de l’information en continu, elle a connu les grandes heures de la chaîne qui s’appelait encore i-Télé avant sa transformation radicale.

En 2014, elle opère un virage majeur : arrivée sur le service public, d’abord comme polémiste dans une émission culte du samedi soir, puis rapidement à la tête de ses propres rendez-vous. Parallèlement, elle s’impose pendant plusieurs années à la tête d’une matinale radio très écoutée, avant de devoir y renoncer récemment pour se consacrer pleinement à ses nouvelles fonctions télévisuelles.

Aujourd’hui elle incarne un talk-show hebdomadaire en deuxième partie de soirée, un créneau exigeant où se confrontent idées, personnalités et visions du monde parfois radicalement opposées.

Le RN au second tour… bien avant l’ère des chaînes polémiques

Revenons à la phrase qui fait débat. Quand Léa Salamé rappelle que le parti aujourd’hui dirigé par Jordan Bardella et Marine Le Pen a déjà atteint le second tour de la présidentielle en 2017 – et même dès 2002 sous Jean-Marie Le Pen –, elle pose un fait historique incontestable.

À cette époque, les grandes chaînes d’information en continu telles qu’on les connaît aujourd’hui n’existaient tout simplement pas sous leur forme actuelle. Les réseaux sociaux étaient balbutiants. Les algorithmes de recommandation n’existaient pas. Et pourtant, le vote protestataire et/ou identitaire était déjà suffisamment puissant pour propulser un candidat d’extrême droite au second tour.

Ce simple rappel historique vient donc percuter plusieurs narratifs dominants dans le débat public français depuis une décennie :

  • la théorie du « diabolisation médiatique inversée »
  • l’accusation récurrente de « dédiabolisation » orchestrée par certains médias
  • la conviction que sans exposition médiatique massive, le RN serait resté marginal

En glissant cette phrase, l’animatrice ne fait pas que corriger un raccourci historique : elle invite implicitement à repenser les causes profondes du vote RN.

Les véritables moteurs du vote RN selon les différentes écoles

Les chercheurs en science politique s’accordent rarement, mais plusieurs grandes explications coexistent pour comprendre cette dynamique électorale durable :

  1. Le sentiment de déclassement économique et social
  2. La crise de confiance envers les institutions et les partis traditionnels
  3. Les préoccupations sécuritaires et migratoires
  4. Une forme de rejet du « politiquement correct » perçu comme oppressant
  5. La personnalisation réussie autour de figures charismatiques successives

Ces différents facteurs n’excluent pas l’influence médiatique, mais ils la relativisent considérablement. C’est précisément ce que semble suggérer l’échange du samedi soir : les médias accompagnent, amplifient parfois, mais ils ne créent pas ex nihilo un mouvement qui structure la vie politique depuis plus de vingt ans.

Le paradoxe de la polarisation médiatique

Plus on accuse certains médias d’être polarisants, plus on renforce paradoxalement leur importance perçue. C’est tout l’enjeu du débat actuel : en désignant des « coupables » médiatiques, ne finit-on pas par leur attribuer un pouvoir qu’ils n’ont peut-être pas ?

Certains sociologues des médias parlent même d’un « mythe de l’influence médiatique » qui arrange bien des élites politiques et intellectuelles : il est plus confortable d’expliquer un vote massif par la manipulation que par un profond malaise social.

« Moi je crois à l’intelligence des lecteurs. »

L’invité du talk-show

Cette formule résume assez bien l’opposition entre deux visions du peuple : peuple manipulable d’un côté, peuple rationnel et lucide de l’autre. Deux anthropologies politiques qui s’affrontent sans cesse dans le débat français contemporain.

Et maintenant ? Les médias face à leur propre responsabilité

Au-delà de cette séquence devenue virale, la question qui demeure est simple : quel rôle les médias doivent-ils jouer face à la montée des partis dits « populistes » ?

Doivent-ils adopter une posture de vigilance renforcée, quitte à être accusés de parti pris ? Doivent-ils au contraire pratiquer un journalisme plus descriptif, au risque d’être taxés de complaisance ? Existe-t-il un juste milieu possible ?

Ce qui est certain, c’est que la question ne disparaîtra pas de sitôt. À mesure que le paysage politique se recompose, les médias seront inévitablement au cœur des débats sur la démocratie elle-même.

Conclusion : une petite phrase pour un grand débat

Une émission de deuxième partie de soirée, un échange vif mais courtois, une phrase qui claque comme une évidence oubliée. Parfois, il suffit de quelques mots pour rappeler une réalité historique et déplacer le curseur du débat public.

En rappelant que le Rassemblement National était déjà capable d’atteindre le second tour de la présidentielle bien avant l’apparition des grandes chaînes d’information polémiques, Léa Salamé n’a pas seulement marqué un point rhétorique. Elle a peut-être, sans le vouloir, recentré la discussion sur l’essentiel : comprendre les causes profondes d’un mouvement qui structure désormais durablement la vie politique française.

Et ça, c’est déjà beaucoup.

À retenir : La montée du RN ne date pas d’hier, et les explications monocausales (les médias, les réseaux, les éditorialistes…) peinent souvent à rendre compte de la complexité du phénomène électoral français.

Le débat, lui, ne fait que commencer.

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