Face à une situation politique et budgétaire préoccupante, le directeur général du groupe aéronautique Safran tire la sonnette d’alarme. Dans un entretien exclusif accordé à une source proche du dossier, Olivier Andriès juge qu’un « sursaut est nécessaire » pour permettre aux entreprises de jouer pleinement leur rôle dans la réindustrialisation du pays. Mais le projet de loi de finances 2025 semble prendre une direction inquiétante pour la compétitivité française.
Olivier Andriès ne mâche pas ses mots pour décrire l’état actuel de l’économie française :
C’est triste. Le pays a laissé filer la dette publique depuis au moins trente ans. Elle s’est encore accentuée ces dernières années, ce qui n’est pas soutenable.
Nous sommes à un moment où un sursaut est nécessaire. Pour qu’un pays puisse se développer et prospérer au bénéfice de tous, il a besoin des entreprises pour sa réindustrialisation.
Selon le dirigeant, une approche favorable au développement des entreprises est indispensable, tout comme la prise de conscience que la valeur travail est primordiale. Mais les signaux envoyés par le gouvernement ne vont pas forcément dans ce sens.
En effet, le projet de loi de finances 2025, en l’état, apparaît clairement défavorable aux entreprises aux yeux d’Olivier Andriès. Il pointe notamment du doigt le fait que ce PLF « pénalise celles qui investissent et paient » :
Le « Made in France » est pénalisé.
Une situation d’autant plus préoccupante que la dette publique française atteint des niveaux records, fragilisant la position du pays dans un contexte économique international tendu.
Pour le patron de Safran, l’heure n’est plus aux tergiversations mais à l’action résolue en faveur de la réindustrialisation. Cela passe par :
Autant de leviers sur lesquels les pouvoirs publics sont attendus pour créer un environnement propice au rebond industriel français. Car comme le souligne Olivier Andriès :
Pour se réindustrialiser, la France doit s’appuyer sur des champions industriels nationaux, capables d’innover et d’investir sur le long terme. C’est un enjeu de souveraineté et de création d’emplois.
Dans ce contexte délicat, le groupe Safran fait figure de modèle. Malgré la crise du Covid-19 qui a durement touché le secteur aéronautique, l’équipementier a maintenu ses efforts d’investissement et de recrutement :
Une stratégie payante qui permet à Safran de consolider son leadership mondial sur ses marchés et d’être armé pour répondre à la reprise du trafic aérien. Mais pour qu’une dynamique similaire se propage à l’ensemble de l’industrie française, encore faut-il que les entreprises bénéficient d’un cadre incitatif et d’une visibilité suffisante.
À l’heure où se dessine la France de 2030, les choix faits aujourd’hui en matière de politique industrielle seront déterminants. Le patron de Safran appelle de ses vœux un sursaut collectif pour redonner aux entreprises et à l’industrie la place centrale qui doit être la leur dans le redressement économique national.
Mais il est à craindre que le projet de loi de finances 2025, en l’état, ne soit pas à la hauteur de cet enjeu crucial. Au risque de voir s’éloigner un peu plus encore la perspective d’une réindustrialisation vigoureuse du pays, pourtant plus nécessaire que jamais.
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