Laura Fernández : une victoire historique portée par la promesse de sécurité
Les résultats officiels, confirmés par le Tribunal suprême des élections, placent Laura Fernández largement en tête avec environ 49 % des voix, bien au-dessus du seuil des 40 % requis pour l’emporter sans second tour. Son principal adversaire, issu du Parti de la libération nationale, a rapidement reconnu sa défaite. Cette performance marque un tournant : pour la première fois depuis plus d’une décennie, un candidat évite le scrutin de ballottage. Les électeurs ont massivement plébiscité un discours musclé sur la criminalité, dans un contexte où le pays voit ses indices de violence grimper de manière alarmante.
Laura Fernández n’est pas une inconnue sur la scène politique. Elle a occupé des postes clés au sein du gouvernement sortant, notamment à la tête de ministères stratégiques. Proche du président Rodrigo Chaves, elle s’est présentée comme la garante de la continuité de ses politiques. Son style direct, parfois sarcastique, rappelle celui de son mentor. Elle évite les débats stériles et préfère trancher dans le vif, ce qui a séduit une partie importante de l’électorat lassé des compromis traditionnels.
Une campagne centrée sur la lutte contre le crime organisé
Le thème dominant de la campagne a été sans conteste la sécurité. Le Costa Rica, autrefois perçu comme un havre de paix en Amérique latine, fait face depuis plusieurs années à une infiltration croissante des cartels de drogue. Les homicides ont atteint des records, touchant particulièrement certaines zones côtières et urbaines. Face à cette réalité, Laura Fernández a promis des mesures radicales pour reprendre le contrôle.
Parmi ses engagements phares figure l’achèvement d’une prison de haute sécurité, conçue sur le modèle du célèbre centre de confinement du terrorisme salvadorien. Ce projet vise à isoler les criminels les plus dangereux et à briser les réseaux qui opèrent depuis les établissements pénitentiaires. Elle envisage également d’alourdir les peines pour les infractions liées au narcotrafic et d’instaurer des régimes d’exception dans les régions les plus touchées par la violence, permettant une suspension temporaire de certains droits afin de faciliter les opérations des forces de l’ordre.
La sécurité restera l’une des principales priorités de mon gouvernement.
Laura Fernández, lors de sa campagne
Cette approche s’inspire ouvertement du modèle mis en œuvre au Salvador par Nayib Bukele. Le président salvadorien, très populaire dans la région pour avoir drastiquement réduit la violence des gangs, a été l’un des premiers à féliciter la nouvelle présidente élue par un appel téléphonique. Cette proximité idéologique n’est pas passée inaperçue : Fernández a multiplié les références à cette stratégie lors de ses meetings.
Les critiques et les débats autour du « modèle Bukele »
Si cette ligne dure séduit une majorité d’électeurs, elle suscite aussi de vives oppositions. Les détracteurs accusent Fernández d’opportunisme politique, en adoptant un discours populiste pour capitaliser sur la peur collective. Ils pointent les risques pour les droits humains : détentions prolongées sans jugement, possibles abus policiers et érosion des libertés fondamentales. Des organisations internationales ont déjà exprimé leurs préoccupations face à une telle orientation.
Certains anciens dirigeants, dont une ex-présidente du pays, ont qualifié son style de grossier et de copie pâle de celui du président sortant. Ils la présentent comme une simple prolongement de Chaves, voire une marionnette qui permettrait à ce dernier de conserver une influence importante en coulisses. Des rumeurs circulent même sur une possible réforme constitutionnelle pour autoriser une réélection future du sortant, actuellement interdite.
Malgré ces attaques, la candidate a maintenu le cap. Elle insiste sur le fait que la priorité absolue est de restaurer la paix sociale, sans laquelle aucun développement économique ou social n’est possible. Son discours résonne particulièrement dans les zones directement affectées par le crime, où les habitants réclament des actions concrètes plutôt que des promesses vagues.
Un parcours personnel ancré dans des valeurs conservatrices
Née à Puntarenas, une ville portuaire du Pacifique marquée par le trafic de drogue, Laura Fernández a grandi dans un environnement modeste. Fille d’un agriculteur et d’une enseignante, elle évoque souvent son enfance au milieu des animaux de ferme et ses jobs d’été dans la quincaillerie familiale. Ces racines rurales et populaires nourrissent son image d’authenticité.
Spécialiste des politiques publiques, elle se définit comme libérale sur le plan économique et conservatrice sur le plan social. Catholique pratiquante, formée dans un établissement religieux, elle met en avant des valeurs traditionnelles : la famille, le respect de la vie et le refus de certaines évolutions sociétales. Elle déclare ouvertement que son projet ne s’adresse pas à ceux qui soutiennent l’avortement, l’euthanasie ou une vision affaiblie de la cellule familiale.
Mère d’une petite fille de trois ans issue d’un second mariage, elle cultive une vie personnelle équilibrée entre politique, pêche, cuisine et course à pied. Ce mélange d’ambition professionnelle et de simplicité quotidienne contribue à humaniser son image publique.
Un programme économique orienté vers la privatisation et la croissance
Au-delà de la sécurité, Laura Fernández défend une vision libérale de l’économie. Elle prévoit la vente d’actifs publics pour réduire le poids de l’État et stimuler l’initiative privée. Cette orientation s’inscrit dans la lignée des réformes entreprises par le gouvernement sortant. Elle mise sur la création d’emplois et l’attraction d’investissements étrangers pour relancer une croissance ralentie par les crises successives.
Le contexte régional joue également en sa faveur. Avec des victoires récentes de forces conservatrices dans plusieurs pays d’Amérique latine, son élection renforce une vague droitière qui privilégie l’ordre et la stabilité. Le soutien affiché de leaders comme Bukele illustre cette dynamique continentale.
Les défis à venir pour la nouvelle présidente
Une fois investie le 8 mai 2026, Laura Fernández devra transformer ses promesses en réalités. La construction de la nouvelle prison, les réformes pénales et les mesures d’exception exigeront des ressources importantes et un consensus politique. Elle espère disposer d’une majorité confortable au parlement pour avancer sur ces dossiers, notamment pour réformer le système judiciaire, souvent critiqué pour sa lenteur et son indulgence supposée envers les narcotrafiquants.
Le maintien de l’équilibre démocratique sera scruté de près. Toute dérive autoritaire pourrait ternir l’image internationale du Costa Rica, pays qui a toujours mis en avant sa tradition de paix et de respect des institutions. Les opposants resteront vigilants, prêts à dénoncer tout excès.
Sur le plan social, les attentes sont élevées. Les Costariciens veulent retrouver la sérénité d’antan, sans sacrifier les acquis démocratiques. Laura Fernández devra démontrer que sa fermeté peut coexister avec le respect des libertés. Son mandat s’annonce comme un test majeur pour l’avenir du pays.
En conclusion, l’élection de Laura Fernández reflète un profond désir de changement dans un Costa Rica bousculé par l’insécurité. Sa victoire nette ouvre une nouvelle ère, marquée par une approche intransigeante contre le crime. Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits durablement, tout en préservant l’essence démocratique qui fait la fierté de la nation. Les mois à venir seront décisifs pour juger de la réussite ou des limites de ce projet ambitieux.









