Alors que l’Argentine était enlisée depuis des années dans une crise économique abyssale, les premiers signes d’embellie pointent à l’horizon. D’après les derniers chiffres publiés par les autorités, le pays a en effet enregistré en 2024 un excédent commercial record de 18,9 milliards de dollars, soit un retournement spectaculaire par rapport au déficit de 6,9 milliards de l’année précédente.
Cette bouffée d’oxygène financière, le pays la doit avant tout à un rebond marqué de ses exportations, en particulier dans les secteurs agricole et énergétique. Portées par une demande internationale soutenue et des prix favorables, les ventes à l’étranger ont bondi, permettant une rentrée massive de précieuses devises.
Comme le souligne un économiste cité par une source proche du dossier, cet afflux est un signal très positif pour l’Argentine, qui souffrait jusque-là d’une grande volatilité monétaire en raison d’une pénurie chronique de dollars. Il devrait permettre de reconstituer les réserves de change du pays et de stabiliser le peso.
Mais ce record de l’excédent commercial est aussi le reflet d’une situation économique toujours très dégradée. Car si les exportations ont flambé, les importations, elles, se sont littéralement effondrées sous l’effet de la récession qui frappe le pays. Avec une activité atone et une demande intérieure en berne, les achats à l’étranger ont chuté de manière vertigineuse.
C’est un peu un excédent en trompe-l’oeil. Certes les comptes extérieurs s’améliorent, mais au prix d’une contraction terrible de l’économie. La priorité reste de relancer la croissance.
– Un expert économique qui a requis l’anonymat
Cette embellie du commerce extérieur intervient après une année de présidence de Javier Milei, qui a imposé au pays une véritable thérapie de choc néo-libérale. Au programme : cure d’austérité drastique, suppression des subventions, dérégulation à marche forcée. Des mesures radicales qui semblent commencer à produire certains effets sur le plan macro-économique.
Mais pour beaucoup d’observateurs, le plus dur reste à faire. Car si les indicateurs se redressent, l’Argentine demeure toujours profondément enfoncée dans la crise, avec une pauvreté qui explose et des inégalités abyssales. La croissance, elle, tarde toujours à revenir.
D’autant que la stratégie de Milei est loin de faire l’unanimité. Nombre d’économistes mettent en garde contre les risques d’un ajustement aussi brutal, qui pourrait étouffer durablement l’activité. Ils plaident pour une approche plus graduelle et équilibrée, donnant la priorité au soutien de la demande et à la relance de l’investissement productif.
Reste à savoir si le « Trump des Pampas », comme il est surnommé, parviendra à tenir le cap de cette politique aussi impopulaire que controversée. Surfant sur son image d’homme providentiel et sa rhétorique anti-establishment, il jouit pour l’instant d’une solide base électorale. Mais la grogne sociale monte et ses marges de manœuvre s’amenuisent.
Cet excédent commercial record est donc une bonne nouvelle pour l’Argentine, qui entrevoit enfin le bout du tunnel après une descente aux enfers interminable. Mais il faudra plus qu’un rebond conjoncturel des exportations pour remettre durablement le pays sur les rails. Le chantier de la reconstruction économique ne fait que commencer, et le chemin sera long et semé d’embûches pour redonner espoir au peuple argentin.
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