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Kookmin Bank Et BNY Relient Banques Et Wallets

Une grande banque sud-coréenne vient de signer à Miami un accord qui change la destination finale de l'argent: plus seulement un compte, mais un wallet. Le plus étonnant n'est pas le partenariat, c'est ce que BNY refuse de reconstruire.

Et si le prochain geste banal d’un étudiant à l’étranger n’était plus un virement vers un compte, mais un envoi direct vers l’application qu’il ouvre déjà dix fois par jour? C’est précisément le terrain que vient d’occuper KB Kookmin Bank en s’associant à BNY. L’accord, formalisé le 28 septembre 2026 pendant Sibos à Miami Beach, ne promet pas un rail révolutionnaire. Il promet quelque chose de plus discret et, pour les banques, souvent plus précieux: atteindre les portefeuilles numériques de détail sans reconstruire toute la plomberie des paiements.

Ce Que Change Vraiment L’Accord Signé À Miami

La grande banque sud-coréenne a conclu un mémorandum d’entente avec BNY sur les paiements numériques, les actifs digitaux et les services de remise transfrontalière. Derrière le jargon institutionnel se trouve un cas d’usage très concret. BNY a nommé Kookmin Bank parmi les premiers utilisateurs Asie-Pacifique de sa capacité Pay-to-Wallet. Concrètement, une banque peut envoyer de l’argent depuis le compte d’un client vers un wallet de détail participant, en s’appuyant sur des messages SWIFT déjà connus et sur l’infrastructure de correspondance bancaire existante.

Le geste n’est pas cosmétique. En Asie-Pacifique, les portefeuilles numériques pèsent déjà la moitié des transactions en point de vente. BNY estime que cette part dépassera 60 % d’ici 2027. Autrement dit, le destinataire « naturel » de beaucoup de flux n’est plus un IBAN. C’est une application. Les banques qui ignorent ce glissement se retrouvent à livrer de l’argent dans un format que le bénéficiaire doit ensuite retravailler, parfois au prix d’une commission supplémentaire et d’un délai inutile.

Raphael Baik, responsable de l’activité de change de Kookmin Bank, a résumé le besoin côté clientèle: les utilisateurs veulent des options de paiement alignées sur la manière dont les destinataires préfèrent recevoir l’argent. Une capacité Pay-to-Wallet, a-t-il indiqué, peut élargir l’accès aux paiements vers wallets de façon plus efficace. La phrase est sobre. Elle décrit pourtant un basculement d’architecture: le dernier kilomètre du paiement international n’est plus seulement un compte chez un correspondant, c’est un portefeuille grand public.

En une phrase. Kookmin Bank ne construit pas un nouveau réseau mondial. Elle emprunte le réseau de compensation dollar de BNY, les messages déjà en circulation et une destination finale élargie: le wallet.

Pourquoi Pay-To-Wallet N’Est Pas Un Rail Neuf

BNY insiste sur un point que beaucoup de titres raccourcissent trop vite. Le service n’impose pas de créer une nouvelle voie de règlement parallèle. Il utilise le réseau de compensation en dollar américain de l’institution, les arrangements de correspondant déjà en place et une infrastructure de traitement continue. Les messages restent dans le monde connu des banques, notamment via ISO 20022. Ce qui change, c’est l’adresse d’arrivée: un wallet de détail pris en charge, et non seulement un compte traditionnel.

Cette nuance compte pour deux raisons. D’abord, elle réduit le coût d’entrée. Une banque n’a pas à négocier et à intégrer séparément chaque opérateur de portefeuille. Ensuite, elle limite le risque opérationnel. Les équipes conformité, trésorerie et opérations restent dans un langage qu’elles maîtrisent: messages, correspondants, corridors approuvés, marchés autorisés. Fabian Khoshbakht, responsable des paiements et du commerce mondiaux de BNY pour l’Asie-Pacifique, l’a dit sans détour: les banques ont besoin de capacités qu’elles peuvent déployer sans empiler des couches d’intégration avec les fournisseurs de wallets.

Le produit documenté par BNY vise des paiements compte-vers-wallet sur des marchés et corridors validés. Les applications potentielles dépassent la simple remise familiale. Personne à personne transfrontalier, remboursements fiscaux, prestations d’assurance, distributions de pensions: la liste officielle est large. En revanche, BNY n’a pas publié la liste complète des wallets pris en charge, ni le détail des premiers corridors de Kookmin Bank, ni un calendrier précis d’extension mondiale. Le service commence avec des institutions sélectionnées en Asie-Pacifique, puis doit s’élargir.

Il faut aussi éviter une confusion fréquente. L’accord Kookmin mentionne les actifs digitaux. Cela ne transforme pas automatiquement Pay-to-Wallet en produit de transfert crypto. Sur la base des annonces disponibles, BNY décrit un envoi d’argent depuis des comptes bancaires vers des wallets de détail via SWIFT et la correspondance bancaire. L’institution n’a pas indiqué que le premier déploiement avec Kookmin Bank se règle en stablecoins ou en autres cryptomonnaies. Distinguer les deux couches évite de vendre un récit plus spectaculaire que le dispositif réel.

Le Premier Usage Côté Clients De Kookmin

Pour la clientèle de la banque coréenne, le cas d’usage annoncé en premier est la remise à l’étranger. Le public visé n’est pas abstrait. Il s’agit notamment de résidents étrangers et d’étudiants internationaux. Ces profils connaissent déjà la friction classique: horaires de coupe, taux peu lisibles, délai d’arrivée, parfois une dernière conversion chez le destinataire. Relier les capacités de change de Kookmin Bank au réseau de paiements de BNY et à Pay-to-Wallet vise à raccourcir cette chaîne.

Le choix n’est pas anodin dans le contexte sud-coréen. Le pays combine une bancarisation élevée, une adoption massive du paiement mobile et une diaspora étudiante importante. Quand le destinataire vit déjà dans un écosystème de wallets, forcer l’arrivée sur un compte peut sembler archaïque. Inversement, ouvrir la destination wallet sans abandonner le contrôle bancaire permet à un établissement réglementé de rester dans le flux, plutôt que de le céder à des applications purement fintech.

« Une capacité Pay-to-Wallet peut nous aider à élargir l’accès aux paiements vers portefeuilles numériques de façon plus efficace. »

Raphael Baik, division change de Kookmin Bank

La banque a aussi précisé son intention de proposer des services de remise adaptés aux clients étrangers et aux étudiants via le réseau de BNY. « Adaptés » est un mot faible en apparence. Dans la pratique, il recouvre le change, le corridor, le moment d’arrivée et le format de réception. Si le destinataire préfère un solde immédiat dans une application, le produit n’a de valeur que s’il arrive là, et pas trois clics plus loin.

La Place De BNY Dans Cette Architecture

BNY n’arrive pas en outsider. Au 30 juin, l’institution new-yorkaise déclarait 62 600 milliards de dollars d’actifs en conservation ou en administration, et 2 200 milliards sous gestion. Elle affirme servir la quasi-totalité des cent premières banques mondiales. Ce n’est pas un détail marketing. Pour qu’un service compte-vers-wallet fonctionne à l’échelle, il faut une chambre de compensation dollar, une présence multi-fuseaux et une capacité à traiter en continu sur des marchés autorisés.

Le lancement de Pay-to-Wallet a coïncidé, le même 28 septembre, avec la signature de l’accord. Kookmin Bank n’est pas présentée comme une simple prospect. BNY la cite parmi les premières banques utilisatrices en Asie-Pacifique, aux côtés d’autres établissements sélectionnés. Cette formulation compte: elle situe la banque coréenne dans le premier cercle opérationnel, pas seulement dans une liste d’intentions.

Le modèle de BNY consiste à combiner son réseau de compensation dollar et un traitement disponible en continu. Pour une banque asiatique qui veut servir des destinataires dont le wallet vit dans un autre fuseau, cette continuité n’est pas un luxe. Elle conditionne l’expérience. Un paiement « international » qui s’arrête à la fermeture du correspondant local n’a plus le même statut qu’un paiement qui peut atterrir dans une application ouverte 24 heures sur 24.

Ce que BNY apporte

Compensation dollar, correspondants, messages existants, traitement étendu, accès wallets participants.

Ce que Kookmin apporte

Change, clientèle de remise, étudiants, résidents étrangers, ambition Asie et projets digitaux déjà lancés.

Les Wallets Ont Déjà Gagné Le Commerce Quotidien

Le chiffre de 50 % des transactions en point de vente en Asie-Pacifique, avec une projection au-delà de 60 % en 2027, n’est pas un ornement. Il explique pourquoi un dépositaire historique s’intéresse au dernier kilomètre grand public. Les wallets ont cessé d’être un gadget de paiement de proximité. Ils sont devenus le compte opérationnel de millions de personnes pour le quotidien, parfois plus vivant que le compte courant lui-même.

Cette bascule crée une tension pour les banques universelles. Elles détiennent encore le dépôt, le change, la conformité et souvent la relation de long terme. Mais elles risquent de perdre le moment où l’argent « arrive vraiment » dans la vie du destinataire. Pay-to-Wallet est une tentative de reconquérir ce moment sans quitter le monde des messages bancaires. On peut juger le pari prudent. On peut aussi le juger réaliste: les institutions n’abandonnent pas facilement SWIFT pour un rail isolé.

Le service, tel que décrit, évite à chaque banque de signer et d’intégrer séparément une multitude d’opérateurs. C’est exactement le type de friction qui a longtemps freiné les projets « account to wallet ». Multiplier les API, les contrats, les contrôles et les réconciliations finit par tuer l’intérêt économique d’un corridor. Mutualiser l’accès derrière un acteur déjà présent dans la compensation dollar change l’équation, à condition que les wallets réellement utilisés par le public soient bien dans le périmètre.

Or ce périmètre reste partiellement opaque. BNY n’a pas identifié publiquement tous les fournisseurs de wallets ni tous les corridors du premier déploiement avec Kookmin Bank. Cette réserve n’est pas étonnante au lancement. Elle laisse toutefois une question ouverte pour les observateurs: le service touche-t-il d’abord les applications dominantes de quelques marchés, ou une mosaïque plus large et plus hétérogène?

Kookmin Bank Avait Déjà Déplacé Les Paiements Entreprises

L’accord de septembre ne tombe pas dans un vide stratégique. En 2026, Kookmin Bank a enchaîné plusieurs projets liés aux actifs digitaux et aux paiements transfrontaliers. En juillet, la banque a préparé le premier service sud-coréen de paiements d’entreprises transfrontaliers s’appuyant sur le réseau blockchain Kinexys de J.P. Morgan. Le dispositif visait des paiements commerciaux en dollar impliquant les opérations de la banque en Corée du Sud et à Singapour, sur dix pays.

Le produit relie une infrastructure de règlement sur blockchain aux systèmes de paiement internationaux classiques. La banque visait initialement importateurs et exportateurs souhaitant traiter des flux au-delà des horaires bancaires habituels. On retrouve ici une obsession commune à Pay-to-Wallet: réduire la dépendance aux fenêtres d’ouverture. Sur le segment entreprises, l’enjeu est le commerce. Sur le segment retail, l’enjeu est la remise et la préférence de réception du destinataire. Les outils diffèrent. La contrainte d’horaire, elle, revient.

Cette continuité de dossier aide à lire l’accord avec BNY. Kookmin Bank n’improvise pas une vitrine digitale. Elle empile des accès: réseau blockchain pour certains flux corporate, infrastructure de conservation et de compensation pour d’autres, désormais une porte vers les wallets de détail. La cohérence n’est pas technologique au sens étroit. Elle est commerciale. La banque cherche à rester l’émetteur du paiement, quel que soit le rail d’arrivée.

Obligations Tokenisées Et Expérimentations Won

Avant même Kinexys, Kookmin Bank s’était avancée sur les marchés de capitaux tokenisés. En juin, elle a levé 100 millions de dollars via une obligation digitale adossée à la blockchain, émise à Hong Kong sur la plateforme Orion d’HSBC. L’obligation en devises, d’une durée de deux ans, a réduit la période de règlement d’émission de cinq jours ouvrés à trois, selon les éléments déjà publiés sur cette opération.

Le rapprochement avec Pay-to-Wallet n’est pas technique. Une obligation tokenisée et un paiement vers wallet n’utilisent pas le même ressort. En revanche, les deux projets disent la même chose sur la culture interne: raccourcir les délais hérités, garder un cadre institutionnel, tester des infrastructures nouvelles sans quitter le périmètre réglementé. Trois jours au lieu de cinq pour une émission, une destination wallet au lieu d’un compte pour une remise, un paiement corporate hors horaires classiques: la grammaire est celle de la compression du temps.

Côté paiements de consommation, KB Financial Group a aussi expérimenté une monnaie digitale liée au won. Un proof of concept impliquant KG Inicis, Kaia et OpenAsset a testé l’émission d’un stablecoin won, des paiements hors ligne et des remises à l’étranger. Le test de remise vers le Vietnam a abouti à un transfert en moins de trois minutes et à une baisse des frais d’environ 87 %, d’après les résultats cités dans ce dispositif. La Corée du Sud n’a toutefois pas encore achevé son cadre réglementaire pour les stablecoins libellés en won.

Cette dernière phrase empêche toute extrapolation abusive. L’accord de septembre avec BNY ouvre la porte à une coopération plus large sur les actifs digitaux. Ni l’une ni l’autre des parties n’a annoncé que l’USDC, ou un stablecoin won, ferait partie du service Pay-to-Wallet. Le texte de l’entente met en avant les remises à l’étranger, les paiements numériques et une infrastructure financière de nouvelle génération. Il faut lire cela comme un cadre, pas comme un produit crypto déjà branché.

BNY A Aussi Élargi Son Offre Stablecoin

Parallèlement à l’infrastructure traditionnelle utilisée pour Pay-to-Wallet, BNY a développé ses propres capacités sur les actifs digitaux. En juin, l’institution a ouvert la frappe et le rachat d’USDC à des clients institutionnels via sa plateforme de conservation d’actifs digitaux. Les établissements éligibles peuvent convertir des dollars en USDC de Circle, racheter l’USDC en dollars, le conserver et transférer les tokens via l’infrastructure de la banque.

BNY entretenait déjà une relation avec Circle en tant que conservateur d’une partie des réserves de l’USDC. L’extension de juin a fait passer la banque d’un rôle de back-office des réserves à un rôle plus visible, face aux clients, sur les services stablecoin. Cette trajectoire explique pourquoi un MOU évoquant les actifs digitaux n’étonne personne. Elle n’autorise pas, pour autant, à fusionner Pay-to-Wallet et USDC dans un même produit tant que les deux banques ne l’ont pas dit.

La coexistence de ces chantiers dessine plutôt une institution à deux vitesses complémentaires. D’un côté, elle modernise l’arrivée des paiements classiques vers des wallets de détail. De l’autre, elle se dote d’outils de mint, de rachat et de conservation pour des tokens institutionnels. Les deux peuvent un jour se rejoindre. En septembre 2026, ils restent distincts dans la communication officielle. Cette distinction est une information, pas un détail.

Ce Que L’Accord Ne Dit Pas Encore

Un mémorandum d’entente n’est pas un contrat d’exploitation détaillé. Il fixe des terrains de coopération. Ici: paiements numériques, actifs digitaux, remises transfrontalières, appui sur le réseau mondial de BNY. Il ne publie pas la carte des corridors, le tarif, le délai médian, la liste des wallets ni le calendrier d’ouverture au-delà de l’Asie-Pacifique. Ces absences ne vident pas l’annonce. Elles en bornent la portée immédiate.

Pour un lecteur attentif, trois questions restent ouvertes. Quels wallets concrets seront atteignables depuis un compte Kookmin Bank dans les premiers mois? Quels corridors de remise seront réellement activés pour les étudiants et les résidents étrangers? Et à quel moment, s’il arrive, la couche actifs digitaux de l’accord se traduira-t-elle par un règlement tokenisé plutôt que par un simple élargissement de destination?

Ces questions ne sont pas hostiles. Elles sont opérationnelles. Un service compte-vers-wallet n’a de valeur que s’il atteint le wallet que le destinataire utilise vraiment, dans le pays où il se trouve, à un coût et un délai compétitifs. Sans ces trois conditions, l’annonce reste une intention bien construite. Avec elles, elle peut déplacer une part des remises aujourd’hui captées par des applications spécialisées.

Remises, Étudiants, Résidents: La Bataille Du Dernier Kilomètre

Les remises internationales ont longtemps été un marché de frictions acceptées. L’expéditeur passe par sa banque ou par un spécialiste. Le destinataire attend. Une commission se glisse. Parfois une conversion se rajoute. Les wallets ont cassé une partie de cette résignation, surtout chez les plus jeunes et chez ceux qui vivent déjà dans des écosystèmes de super-applications. Une banque qui ignore cette habitude se condamne à n’être qu’un point de départ, jamais un point d’arrivée confortable.

Kookmin Bank cible explicitement les résidents étrangers et les étudiants internationaux. Ce n’est pas un hasard de communication. Ces groupes comparent les offres, parlent entre eux, changent de canal dès qu’un délai ou un tarif paraît archaïque. Ils sont aussi plus susceptibles d’avoir un destinataire qui vit dans un wallet plutôt que devant un guichet. Servir ce public, c’est accepter que le format d’arrivée soit négocié par le bénéficiaire, pas seulement par l’émetteur.

Combiner le change de la banque et le réseau de BNY a un sens précis dans ce récit. Le change reste une compétence bancaire. Le réseau mondial reste une compétence de correspondant et de compensation. Le wallet est la préférence du destinataire. Si les trois couches s’alignent, l’expérience peut devenir simple. Si l’une des trois reste opaque, le client reviendra aux applications qui affichent un montant net et une heure d’arrivée.

Asie-Pacifique D’Abord, Puis Le Reste Du Monde

BNY a indiqué commencer avec des participants sélectionnés en Asie-Pacifique avant d’étendre Pay-to-Wallet à d’autres régions. La séquence est logique. C’est là que la part des wallets dans le commerce de proximité est déjà massive. C’est aussi là que plusieurs corridors de remise sont denses, compétitifs et sensibles au délai. Tester le produit où le comportement du destinataire a déjà basculé réduit le risque de construire une autoroute vers une destination que personne n’utilise.

L’extension mondiale, elle, dépendra de trois facteurs prosaïques: agréments de corridors, accords avec les wallets, et appétit des banques participantes. Un réseau de compensation dollar donne une base. Il ne dispense pas de valider chaque marché. Les paiements transfrontaliers restent un métier de listes autorisées, de contrôles et de correspondants. Pay-to-Wallet s’insère dans cette discipline au lieu de la contourner. C’est sa limite. C’est aussi sa force commerciale auprès des établissements prudents.

Pour Kookmin Bank, être dans le premier cercle Asie-Pacifique a une valeur de positionnement. La banque se place comme un relais capable d’emmener sa clientèle vers une destination moderne sans quitter un partenaire de place. Pour BNY, compter une grande banque sud-coréenne parmi les premiers utilisateurs donne un ancrage régional crédible, au-delà d’une démonstration de salon professionnel.

Sibos Comme Théâtre, Le Quotidien Comme Juge

Signer pendant Sibos, au Miami Beach Convention Center, n’est pas anodin. L’événement rassemble justement les acteurs des paiements, de la correspondance bancaire et des infrastructures de marché. Un MOU y gagne en visibilité. Il y gagne aussi un public capable de comprendre pourquoi « pas de nouveau rail » est un argument, et non un aveu de timidité. Dans cette salle, reconstruire une pile technique complète n’impressionne plus. Réutiliser SWIFT et toucher un wallet, si le dispositif tient, impressionne davantage.

Le juge réel, pourtant, ne siégera pas à Miami. Il siégera dans une application ouverte par un étudiant, un travailleur ou une famille. Le paiement est-il arrivé? Dans quel délai? À quel coût? Dans le bon wallet? Sans friction de retrait? Ces questions feront plus que le communiqué. Elles décideront si Pay-to-Wallet reste une capacité de catalogue ou devient un réflexe de remise.

On peut déjà tracer une grille de lecture simple pour les mois qui viennent. Premièrement, la publication des premiers corridors. Deuxièmement, l’identité des wallets effectivement joignables. Troisièmement, d’éventuels indicateurs de délai et de coût, même partiels. Quatrièmement, la clarification de la couche actifs digitaux: coopération exploratoire ou bascule vers un règlement tokenisé. Tant que ces quatre points restent flous, l’analyse doit rester prudente.

Une Stratégie Coréenne Plus Large Que Cet Accord

Remise vers wallet, paiements corporate sur Kinexys, obligation digitale à Hong Kong, tests de monnaie liée au won: mis bout à bout, ces dossiers dessinent une banque qui refuse de choisir un seul récit technologique. Elle teste la blockchain là où le règlement et les horaires posent problème. Elle reste dans SWIFT là où l’accès aux wallets de détail peut s’obtenir sans nouveau réseau. Elle observe le stablecoin won sans cadre définitif. Cette coexistence n’est pas brouillon. Elle est caractéristique d’un établissement qui avance par briques plutôt que par manifeste.

Le régulateur sud-coréen n’a pas encore verrouillé le régime des stablecoins en won. Cette incomplétude pèse sur toute narration trop rapide. Une expérimentation de remise en quelques minutes, avec des frais fortement réduits, reste un signal. Elle ne devient pas une offre de masse tant que le droit n’a pas tranché les conditions d’émission, de réserve, de distribution et de responsabilité. L’accord avec BNY, lui, peut avancer sans attendre cette décision, précisément parce qu’il s’ancre d’abord dans l’infrastructure bancaire existante.

C’est peut-être le point le plus sous-estimé de l’annonce. En période d’incertitude réglementaire sur les tokens locaux, une banque peut malgré tout moderniser l’arrivée des fonds vers des wallets, sans prétendre régler le paiement dans un actif encore mal cadré. La prudence n’empêche pas le mouvement. Elle en change seulement le véhicule.

Ce Que Cela Dit Du Futur Des Banques Correspondantes

Depuis des années, le débat public oppose souvent « vieux rails » et « nouveaux rails ». Pay-to-Wallet refuse cette opposition binaire. Il prend le vieux rail au sérieux et lui ajoute une destination moderne. Les banques correspondantes n’en deviennent pas obsolètes. Elles deviennent des aiguillages vers des applications. Si ce modèle se répand, la valeur d’un correspondant ne se mesurera plus seulement à sa capacité à créditer un compte, mais à sa capacité à livrer dans l’interface où le destinataire vit déjà.

Cette évolution a des conséquences de marché. Les spécialistes de la remise qui ont gagné des parts grâce à la simplicité d’arrivée devront défendre leur avantage. Les wallets devront décider s’ils acceptent d’être des destinations bancaires standardisées ou s’ils restent des jardins fermés. Les banques de détail devront expliquer à leur clientèle pourquoi passer par elles reste pertinent quand l’application du destinataire semble plus rapide. Aucun de ces arbitrages n’est tranché par un MOU. Tous deviennent plus concrets dès qu’une grande banque asiatique entre dans le premier cercle d’un tel service.

BNY, en se plaçant au milieu, joue son rôle historique d’infrastructure. Conservation, compensation, messages, désormais accès wallets. Le fil est cohérent. Il place l’institution moins dans la peau d’une application grand public que dans celle d’un pont. Les ponts se jugent à la charge qu’ils supportent et aux rives qu’ils relient vraiment. Pour l’instant, une rive est claire: le compte bancaire. L’autre rive, le wallet participant, reste partiellement dans l’ombre des listes non publiées.

Lire L’Annonce Sans La Surestimer Ni La Minimiser

Surestimer l’accord consisterait à y voir un basculement immédiat des remises coréennes vers le crypto ou vers un nouveau système mondial. Rien dans les textes disponibles n’autorise cette lecture. Minimiser l’accord consisterait à n’y voir qu’une photo de conférence. Ce serait ignorer le timing du lancement, le statut de premier utilisateur Asie-Pacifique accordé à Kookmin Bank, et la cohérence avec une série de projets 2026 déjà orientés vers la compression des délais.

La lecture juste est plus sèche. Une grande banque sud-coréenne se dote d’un accès institutionnel vers des wallets de détail, via un acteur central de la compensation dollar, sans reconstruire un rail. Le premier récit commercial porte sur les remises, les étudiants et les résidents étrangers. Le récit plus large porte sur les paiements numériques et, éventuellement, les actifs digitaux. Entre les deux, il y a le travail invisible: corridors, wallets, conformité, change, expérience client.

Si ce travail aboutit, le geste d’envoyer de l’argent à l’étranger se rapprochera d’un geste mobile déjà banal en Asie. Si ce travail bute sur des wallets absents, des corridors trop étroits ou des tarifs peu compétitifs, l’annonce rejoindra la longue liste des capacités présentées avant d’être habitées. Le public n’a pas à trancher aujourd’hui. Il a simplement à retenir le critère: la destination finale a changé de statut. Elle n’est plus seulement un compte. Elle peut être un portefeuille.

Dans les mois qui suivront Miami, la seule preuve utile sera un paiement réel, reçu au bon endroit, au bon moment, pour un coût défendable. Jusque-là, l’accord de Kookmin Bank et de BNY vaut surtout comme signal d’architecture. Les banques n’ont pas toutes l’intention de quitter SWIFT. Certaines veulent simplement que SWIFT sache enfin frapper à la porte d’un wallet.

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