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Keel Abandonne Le Mining Bitcoin Aux USA Après 65 Millions De Pertes

Keel ferme définitivement ses mines Bitcoin aux États-Unis après une perte de 65 millions de dollars. Les sites de Washington et Pennsylvanie passent à l’IA, mais les premiers revenus HPC se font encore attendre. Voici ce qui change vraiment.

Imaginez un instant : des milliers de machines dédiées au minage de Bitcoin s’éteignent une à une, dans le silence d’entrepôts autrefois bruyants. Le 29 juin dernier, c’est exactement ce qui s’est produit pour Keel Infrastructure. Après avoir enregistré une perte nette d’environ 65 millions de dollars au deuxième trimestre, l’entreprise a décidé de tourner définitivement la page du mining Bitcoin sur le sol américain. Plus qu’un simple ajustement, ce choix marque un basculement complet vers l’intelligence artificielle et le calcul haute performance.

Un tournant radical pour l’ex-Bitfarms

Keel Infrastructure, anciennement connue sous le nom de Bitfarms, a officialisé le 10 août la fermeture de toutes ses opérations de minage aux États-Unis. Les sites de Washington et de Pennsylvanie ne produisent plus un seul satoshi. À la place, l’entreprise prépare le terrain pour accueillir des centres de données destinés à l’IA et au high-performance computing. Cette annonce, accompagnée des résultats du deuxième trimestre, révèle un chiffre d’affaires en chute libre de 50 % par rapport à l’année précédente, tombé à 30,4 millions de dollars.

Le mouvement n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une tendance de plus en plus visible chez les mineurs cotés en bourse : reconvertir une infrastructure énergivore conçue pour le Bitcoin en une plateforme capable d’accueillir les besoins croissants de l’intelligence artificielle. Keel n’abandonne pas complètement le mining. Les actifs canadiens restent opérationnels, tandis que la conversion progressive vers le HPC se poursuit de l’autre côté de la frontière. Mais pour les États-Unis, la page est tournée.

Une fermeture progressive et calculée

Le retrait américain s’est déroulé en plusieurs étapes. Le site de l’État de Washington a cessé le minage dès le 28 avril. L’objectif était clair : transformer cette installation en un centre de données HPC de 18 MW. Ensuite, le 29 juin, les machines se sont arrêtées à Panther Creek, Scrubgrass et Sharon, en Pennsylvanie. Ces trois sites représentaient le cœur de l’activité américaine de Keel.

Depuis l’arrêt des mineurs, Panther Creek et Scrubgrass continuent de vendre de l’électricité. Ils disposent respectivement d’environ 60 MW et 63 MW de capacité énergique non encore contractualisée sous un accord d’approvisionnement électrique au 7 août. Sharon, de son côté, se prépare à accueillir un centre de données HPC de 110 MW. L’infrastructure électrique, construite à l’origine pour le Bitcoin, devient le principal atout de cette reconversion.

Keel a également modifié en profondeur son organisation. Le 1er avril, l’entreprise a finalisé sa redomiciliation du Canada vers les États-Unis. Elle est désormais une société du Delaware, émetteur domestique américain, et la maison mère ultime de l’ancienne Bitfarms. Son action s’échange sur le Nasdaq sous le ticker KEEL. Ce changement de statut reflète clairement la nouvelle orientation stratégique centrée sur le marché américain de l’IA.

Des ventes de Bitcoin pour financer la transition

Pour financer ce virage, Keel a liquidé une partie importante de sa trésorerie en Bitcoin. Entre le 1er avril et le 7 août, 1 085 BTC ont été vendus pour environ 75 millions de dollars. Il restait alors 1 861 BTC, valorisés par la société à près de 121 millions de dollars dans le calcul de sa liquidité. La direction a clairement indiqué son intention de liquider l’intégralité de sa position Bitcoin au cours de l’année 2026.

Cette stratégie de cession progressive s’accompagne d’une liquidité globale solide. Au 7 août, Keel disposait d’environ 819 millions de dollars, répartis entre 698 millions de liquidités non restreintes et 121 millions de Bitcoin non grevés. Ce niveau représente une nette progression par rapport aux 533 millions de dollars rapportés en mai. L’entreprise a également levé 458 millions de dollars via des notes convertibles senior à 1,25 % échéant en 2032. Ces fonds doivent notamment servir à renforcer la capacité électrique des sites de Pennsylvanie.

Chiffres clés de la transition

  • Perte nette Q2 : environ 65 millions de dollars
  • Chiffre d’affaires Q2 : 30,4 millions de dollars (-50 %)
  • BTC vendus : 1 085 pour 75 millions de dollars
  • BTC restants : 1 861 (environ 121 millions de dollars)
  • Liquidité totale : 819 millions de dollars

Les résultats financiers révèlent le coût de la sortie

Les comptes du deuxième trimestre illustrent clairement le prix de cette réorientation. Le chiffre d’affaires des activités poursuivies a chuté de 60,9 millions à 30,4 millions de dollars. La seule activité de mining Bitcoin a perdu 29,6 millions de dollars, conséquence d’un prix moyen du Bitcoin plus bas, d’une difficulté du réseau en hausse et de la réduction progressive de l’activité américaine.

Les opérations américaines, qui représentaient encore 51 % du chiffre d’affaires un an plus tôt, n’en pèsent plus que 37 %. Leur contribution a diminué de 19,9 millions de dollars. Keel a enregistré une perte d’exploitation de 141 millions de dollars, contre un résultat d’exploitation positif d’environ 11 millions un an auparavant. La perte nette s’établit à 65 millions, tandis que la perte des activités poursuivies atteint 64 millions.

Les charges de dépréciation non monétaires liées à la mise hors service des infrastructures de minage à Panther Creek et Scrubgrass ont pesé lourd. Les frais généraux et administratifs ont quant à eux grimpé de 19,4 à 31,3 millions de dollars. Keel explique cette hausse par les coûts de compensation en actions, les frais professionnels liés à la redomiciliation américaine et le recrutement de personnel dédié au développement des centres de données.

Une tendance qui dépasse largement Keel

Ce que fait Keel n’est pas isolé. De nombreux mineurs cotés ont commencé à rediriger capital et capacité électrique vers l’hébergement IA dès que les conditions économiques du mining se sont détériorées en 2026. L’infrastructure construite pour le Bitcoin présente un atout majeur : elle dispose déjà d’accès à l’électricité à grande échelle, souvent dans des zones où le raccordement de nouveaux centres de données classiques reste long et coûteux.

Le calcul est simple. Quand le prix du Bitcoin stagne ou baisse et que la difficulté du réseau augmente, la rentabilité du mining s’érode. À l’inverse, la demande de puissance de calcul pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’intelligence artificielle explose. Les entreprises qui possèdent déjà des sites énergivores et des raccordements électriques deviennent des acteurs naturels de cette nouvelle économie.

Keel mise précisément sur cet avantage. Ses sites de Pennsylvanie et de Washington disposent d’une capacité électrique significative. L’enjeu consiste désormais à transformer cette capacité en contrats d’hébergement durables avec des clients IA ou HPC.

Des centres de données encore en construction

À ce stade, la transition reste largement un projet de développement. Au 7 août, Keel n’avait encore généré aucun revenu provenant des centres de données HPC, ni à Washington ni en Pennsylvanie. Les mineurs sont éteints, l’équipement de mining est destiné à la vente, le capital a été levé. Mais les premiers clients n’ont pas encore signé de baux publics.

Le directeur général Ben Gagnon a déclaré que des discussions commerciales avancées étaient en cours avec plusieurs locataires potentiels pour chacun des trois sites prioritaires. Aucun nom n’a cependant été communiqué, et aucun contrat n’a été officialisé dans les derniers résultats. Les négociations restent donc au stade des annonces de direction plutôt que de revenus comptabilisés.

Sur le plan réglementaire, le chemin n’est pas non plus terminé. Panther Creek et Sharon ont obtenu les approbations de zonage et d’aménagement du territoire. Les permis environnementaux sont encore en cours d’instruction. Panther Creek dispose de 350 MW de capacité électrique sécurisée auprès du gestionnaire de réseau. La direction estime que la date de mise en service la plus précoce se situe en 2027.

Le Canada reste un pilier opérationnel

Si les États-Unis ont été abandonnés pour le mining, le Canada conserve une place importante. Les actifs de minage canadiens restent en activité. Keel poursuit parallèlement des projets de conversion vers le HPC, notamment un campus de centres de données de 96 MW à Sherbrooke, au Québec. L’approbation locale pour le transfert de puissance a été obtenue, mais le changement d’usage vers l’IA et le calcul haute performance reste soumis à l’examen provincial.

Cette double stratégie permet à l’entreprise de conserver une source de revenus liée au Bitcoin tout en préparant le terrain pour une transition plus large. Le Canada offre aussi un cadre réglementaire et énergétique différent, ce qui peut faciliter certaines conversions. Pour l’instant, toutefois, le vrai test de la nouvelle orientation se joue bien du côté américain.

Les défis qui restent à relever

Passer d’un modèle de mining à un modèle de centres de données IA n’est pas une simple question de bascule d’interrupteur. Plusieurs obstacles majeurs demeurent. Le premier concerne les délais de permis. Même avec des approbations de zonage déjà en poche, les autorisations environnementales et les raccordements finaux prennent du temps. Chaque mois de retard retarde d’autant l’arrivée des premiers revenus HPC.

Le deuxième défi est commercial. Attirer des locataires de qualité, capables de s’engager sur des contrats longs, demande de la crédibilité et des infrastructures prêtes à l’emploi. Les discussions avancées mentionnées par la direction sont un signal positif, mais tant qu’aucun contrat n’est signé et annoncé, le risque commercial reste réel.

Le troisième enjeu porte sur l’exécution. Construire ou rénover des centres de données capables d’accueillir des charges IA densifiées nécessite des compétences spécifiques en refroidissement, en redondance électrique et en connectivité. Keel doit prouver qu’elle peut passer du statut de mineur à celui d’opérateur de data centers de premier plan.

Enfin, la liquidation progressive de la position Bitcoin, bien qu’annoncée, reste soumise aux conditions de marché. Le produit de ces ventes influencera directement la capacité de l’entreprise à financer la construction et le développement des nouveaux sites.

Une liquidité confortable mais une pression sur les résultats

Avec près de 819 millions de dollars de liquidité, Keel dispose d’une marge de manœuvre importante. Cette position lui permet de financer les travaux de conversion sans dépendre immédiatement de nouveaux levées de fonds. Les notes convertibles émises au deuxième trimestre renforcent encore cette capacité.

Cependant, la chute brutale du chiffre d’affaires et le passage en perte d’exploitation significative montrent que la période de transition sera coûteuse. Les charges de dépréciation liées à la mise hors service des équipements de mining pèsent sur le résultat. Les frais de structure ont augmenté pour accompagner le recrutement d’équipes dédiées aux data centers. Tant que les premiers contrats HPC ne génèrent pas de revenus, la société restera sous pression financière.

Les investisseurs suivront de près les prochains trimestres. Les indicateurs à surveiller seront l’avancée des permis, l’annonce éventuelle de locataires, le démarrage des travaux de construction et, bien sûr, les premières facturations liées aux centres de données.

Ce que ce pivot révèle sur le secteur du mining

L’histoire de Keel illustre une mutation plus large du secteur. Pendant des années, les mineurs ont construit des infrastructures électriques massives dans des régions où l’énergie était abondante et relativement bon marché. Cette capacité est aujourd’hui devenue un actif stratégique dans un monde où la demande de calcul pour l’IA croît de façon exponentielle.

Les entreprises qui réussiront cette transition seront celles capables de convertir rapidement leur savoir-faire opérationnel, de sécuriser des contrats clients et de gérer efficacement la période de creux entre l’arrêt du mining et le démarrage des revenus HPC. Celles qui n’y parviendront pas risquent de se retrouver avec des actifs sous-utilisés et une structure de coûts trop lourde.

Keel a choisi de jouer la carte de la rapidité. En éteignant les mineurs américains, en liquidant une partie de ses Bitcoin et en levant des fonds, l’entreprise a clairement signalé sa détermination. Reste maintenant à transformer cette détermination en résultats concrets sur le terrain.

Les prochaines étapes à surveiller de près

Plusieurs jalons vont rythmer les mois à venir. D’abord, l’obtention des permis environnementaux restants pour Panther Creek et Sharon. Ensuite, l’éventuelle annonce de premiers locataires pour les sites prioritaires. La progression des travaux de conversion et la date de mise en service effective des premiers MW HPC constitueront également des indicateurs clés.

Du côté canadien, l’évolution du projet de 96 MW à Sherbrooke et le maintien de l’activité de mining offriront un contrepoint intéressant. Enfin, le rythme de liquidation des 1 861 BTC restants et l’utilisation des liquidités ainsi générées donneront une idée de la discipline financière de la direction.

Pour l’instant, Keel a franchi le pas le plus symbolique : l’arrêt total du mining aux États-Unis. La suite dépendra de sa capacité à faire passer ces sites de l’état de projet à celui de centres de données opérationnels générant des revenus récurrents. C’est à ce moment-là seulement que l’on pourra juger si le sacrifice des 65 millions de dollars de perte et de l’activité Bitcoin américaine aura valu le coup.

Le secteur du mining Bitcoin vit une période de transformation profonde. Keel en est l’un des exemples les plus nets. En fermant ses mines américaines et en misant tout sur l’intelligence artificielle, l’entreprise tente de se repositionner dans un marché en pleine mutation. Les prochains trimestres diront si ce pari ambitieux porte ses fruits ou s’il laisse derrière lui des sites électriques puissants mais encore vides de clients.

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