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Irak : Nouri al-Maliki, le retour du faiseur de rois

À 75 ans, Nouri al-Maliki pourrait redevenir Premier ministre d’Irak. Soutenu par les partis chiites proches de l’Iran, cet ancien dirigeant controversé opère un retour spectaculaire malgré les accusations qui pèsent sur lui… Mais pourquoi maintenant ?

Imaginez un homme qui, après avoir été écarté du pouvoir sous une pluie de critiques internationales, revient aujourd’hui au cœur des tractations politiques les plus cruciales d’Irak. À 75 ans, Nouri al-Maliki se trouve une nouvelle fois au centre de toutes les attentions. Les principaux partis chiites viennent de lui apporter leur soutien pour redevenir Premier ministre. Un retour qui interroge : comment un dirigeant aussi controversé peut-il encore incarner l’espoir d’une majorité parlementaire ?

Le retour inattendu d’un poids lourd de la politique irakienne

Depuis plusieurs années, Nouri al-Maliki évoluait dans l’ombre, tirant les ficelles des alliances sans apparaître au premier plan. Aujourd’hui, il retrouve les feux de la rampe. La principale alliance chiite, majoritaire au Parlement, a officiellement désigné sa candidature au poste de Premier ministre. Une décision lourde de conséquences pour l’avenir du pays.

Ce choix n’est pas anodin. Il reflète à la fois la puissance des réseaux que Maliki a su conserver et la difficulté persistante à trouver un consensus autour d’autres figures. Mais il ravive aussi les blessures du passé.

Un parcours marqué par l’exil et la résistance

Né en 1950 dans la province de Kerbala, Nouri al-Maliki rejoint très jeune le parti islamique Dawa, l’une des plus anciennes formations d’opposition au régime de Saddam Hussein. Dans les années 1980, face à la répression sanglante, il est contraint à l’exil. Condamné à mort par contumace, il trouve refuge en Iran, puis en Syrie, où il continue de militer pour la chute du dictateur.

Le renversement de Saddam Hussein en 2003 marque son retour triomphal en Irak. Très rapidement, il intègre les instances de transition et se fait remarquer par son intransigeance envers les anciens membres du parti Baas.

En 2005, il préside la commission de sécurité du Parlement et contribue à l’adoption d’une loi antiterroriste particulièrement sévère. Deux ans plus tard, il accède au poste de Premier ministre, succédant à Ibrahim al-Jaafari dans un contexte de violence confessionnelle extrême.

Premier mandat : entre chaos et consolidation du pouvoir

Arrivé au pouvoir en 2006, Nouri al-Maliki hérite d’un pays en pleine guerre civile larvée. Les attentats quotidiens, les enlèvements et les exécutions sommaires entre milices chiites et groupes sunnites extrémistes plongent l’Irak dans un chaos sans précédent.

Critiqué pour son manque d’autorité et son incapacité à juguler les violences, il parvient toutefois à redorer son blason en 2008. Avec le soutien des forces américaines, il lance une vaste offensive militaire contre les milices chiites armées, notamment dans les villes de Bassora et de Sadr City. Cette opération, baptisée « Charge des Chevaliers », est un succès militaire et politique.

Pour la première fois depuis longtemps, Maliki apparaît comme un dirigeant capable de s’imposer face aux groupes armés, même au sein de sa propre communauté. Cette période marque l’apogée de sa popularité et lui permet d’obtenir un consensus rare entre Téhéran et Washington.

Second mandat : la spirale de la crise

Réélu en 2010 à la tête d’une liste interconfessionnelle, Maliki entame un second mandat marqué par une instabilité chronique. Les tensions avec la région autonome du Kurdistan s’exacerbent, le Parlement reste paralysé et les dissensions entre sunnites et chiites s’aggravent après le retrait total des troupes américaines fin 2011.

Accusé d’autoritarisme, de népotisme et de laisser prospérer la corruption, il voit ses opposants tenter à plusieurs reprises de le renverser par un vote de défiance. Mais il résiste, s’appuyant sur ses alliances solides au sein du camp chiite.

À partir de 2012, les violences reprennent de plus belle. Au lieu d’apaiser les sunnites, comme le lui demandent les partenaires internationaux, il multiplie les opérations sécuritaires massives dans les provinces sunnites, provoquant des centaines d’arrestations souvent arbitraires. Ces mesures attisent le ressentiment et préparent le terrain à l’émergence d’un groupe encore plus radical.

2014 : l’ascension fulgurante de l’État islamique

En juin 2014, l’État islamique lance une offensive éclair qui lui permet de s’emparer de Mossoul, Tikrit et de vastes territoires sunnites. Les critiques fusent : beaucoup accusent la politique confessionnelle de Maliki d’avoir alimenté le mécontentement sunnite et facilité l’essor du groupe jihadiste.

Sous la pression interne et internationale, il est contraint de renoncer à un troisième mandat consécutif. Haider al-Abadi lui succède. Mais Maliki ne disparaît pas pour autant de la scène politique.

L’homme de l’ombre devenu incontournable

Depuis 2014, Nouri al-Maliki conserve une influence considérable. À la tête de la coalition Etat de droit, il participe activement à la formation des gouvernements successifs et au choix des personnalités clés. Son nom revient régulièrement comme recours possible en cas de blocage politique.

Aujourd’hui, son retour potentiel à la tête du gouvernement illustre à la fois la résilience de son réseau et les difficultés persistantes à renouveler la classe politique irakienne.

Un équilibre fragile entre Téhéran et Washington

L’une des forces de Nouri al-Maliki a toujours été sa capacité à naviguer entre les grandes puissances. Proche de l’Iran depuis son exil, il a su maintenir des relations correctes avec les États-Unis, même dans les moments de plus forte tension.

Cet équilibre subtil lui a permis de survivre politiquement là où d’autres ont disparu. Mais il lui vaut aussi d’être perçu comme un homme de compromis, parfois au détriment d’une véritable vision nationale.

Les défis qui attendent le futur Premier ministre

Si sa nomination se confirme, Nouri al-Maliki devra affronter une série de défis colossaux : réconcilier les communautés, relancer une économie exsangue, lutter contre la corruption endémique et stabiliser un pays toujours menacé par des groupes armés.

Son passé récent pèsera lourd dans la balance. Beaucoup d’Irakiens gardent en mémoire les années de division et de violence qui ont marqué ses mandats précédents. Pourra-t-il transformer son image de dirigeant clivant en celle d’un rassembleur ?

Une chose est sûre : son retour marque un tournant majeur dans la politique irakienne contemporaine. À l’heure où le pays cherche désespérément une stabilité durable, le choix de Maliki comme Premier ministre pourrait soit ouvrir une nouvelle ère de consensus, soit raviver les fractures les plus profondes.

L’avenir dira si ce « faiseur de rois » saura devenir, une dernière fois, le roi incontesté d’une Irak apaisée… ou s’il restera l’homme des compromis impossibles.

« L’Irak a besoin d’un dirigeant capable de dépasser les clivages confessionnels. La question est de savoir si Nouri al-Maliki peut encore incarner cette figure. »

Le feuilleton politique irakien continue donc de s’écrire, avec un acteur principal qui refuse de quitter la scène. Les prochains jours seront décisifs pour connaître le nom officiel du futur Premier ministre… et pour comprendre dans quelle direction l’Irak souhaite désormais s’engager.

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