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Genius Group Vise 827 Millions En Bitcoin Et 800 En Ia

Genius Group prépare une levée de fonds massive pour bâtir des trésoreries Bitcoin et IA de plus de 1,6 milliard. Comment cette société cotée compte-t-elle transformer son bilan d’ici 2031 sans diluer ses actionnaires ordinaires ?

Imaginez une entreprise cotée en bourse qui, après avoir vendu tout son Bitcoin pour rembourser des dettes, annonce soudain vouloir reconstituer un trésor de 827 millions de dollars en cryptomonnaie tout en construisant un portefeuille d’intelligence artificielle de 800 millions. C’est exactement ce que Genius Group a dévoilé ce 27 août. Un plan qui s’étale jusqu’en 2031 et qui repose sur une mécanique financière déjà testée par d’autres acteurs du secteur.

Un objectif de deux milliards d’actifs d’ici 2031

La société a fixé un cadre clair. Elle ne compte pas placer l’intégralité de ses deux milliards de dollars dans le Bitcoin et l’IA. Les 827 millions destinés à la trésorerie Bitcoin et les 800 millions réservés au portefeuille d’intelligence artificielle laisseront de la place aux activités opérationnelles, à la trésorerie liquide et aux autres actifs. Aujourd’hui, le groupe affiche 106,6 millions de dollars de situation nette, en progression de 57 % sur un an. Chaque action ordinaire représente environ 0,62 dollar de valeur comptable, alors que le titre cotait 0,18 dollar le 26 août, soit un ratio de 0,29 fois la valeur comptable. La moyenne du secteur de l’éducation américain se situe plutôt autour de 2,60 fois. L’écart est frappant et explique en partie l’appétit de la direction pour des opérations susceptibles de revaloriser le bilan.

Roger James Hamilton, le directeur général, résume l’ambition en une phrase : chaque dollar de capital préférentiel investi dans les trésoreries Bitcoin et IA qui génère un rendement supérieur au dividende préférentiel profite directement à la valeur nette des actionnaires ordinaires. L’idée est séduisante sur le papier. Elle comporte aussi des risques évidents. Si le Bitcoin chute ou si les valorisations des start-up d’IA se contractent, les obligations de dividende restent prioritaires. Les actionnaires ordinaires en subiraient les conséquences en premier.

Le choix des titres préférentiels perpétuels

Genius Group compte mobiliser son enregistrement shelf de 1,2 milliard de dollars, déclaré effectif par la Securities and Exchange Commission le 18 juillet 2025. Cet outil permet d’émettre des titres au fil du temps sans recommencer la procédure d’enregistrement à chaque opération. La première tranche envisagée porte sur 12,5 millions de dollars. Les titres seraient non convertibles, perpétuels, et verseraient un dividende variable mensuel. Une partie des fonds servirait à constituer une réserve en dollars équivalente à dix-huit mois de dividendes. Le reste irait vers le Bitcoin et l’IA, sans répartition précise communiquée pour le moment.

Les discussions ont déjà commencé avec des banques d’investissement spécialisées dans les titres préférentiels et les financements de trésoreries d’actifs numériques. Le prix d’émission, le taux de dividende, la taille définitive de l’offre, la cotation et la date de lancement restent encore ouverts. Tout dépendra de l’approbation du conseil d’administration, des règles applicables et des conditions de marché. Lors de l’assemblée générale de juillet, les actionnaires ont largement soutenu le projet : 97,58 % des voix ont autorisé l’émission d’actions préférentielles et 99,54 % ont validé un programme de rachat pouvant atteindre 20 % des actions ordinaires.

« Chaque dollar de capital préférentiel déployé dans notre trésorerie Bitcoin et IA qui génère des rendements au-dessus du taux de dividende préférentiel bénéficie directement à la valeur nette des actionnaires ordinaires. »

— Roger James Hamilton, directeur général de Genius Group

Le modèle Strategy en toile de fond

Genius Group ne cache pas sa source d’inspiration. Strategy a levé plus de 16 milliards de dollars via quatre séries d’actions préférentielles perpétuelles depuis le lancement de STRK en janvier 2025. Ces instruments n’ont pas d’échéance fixe. Ils n’obligent pas l’émetteur à rembourser le principal à une date donnée. En revanche, les dividendes et les créances prioritaires créent un coût permanent que les actifs de la trésorerie doivent couvrir avant que le surplus ne revienne aux actionnaires ordinaires.

La liquidité de ces titres a parfois surpris. En mai, le titre STRC de Strategy a enregistré 1,53 milliard de dollars de volume quotidien. Les cours peuvent aussi s’éloigner sensiblement de la valeur d’émission. Le 18 juin, STRC a touché un plus bas intraday à 82,50 dollars avant de clôturer autour de 88,59 dollars, loin des 100 dollars autour desquels le titre avait été conçu. Strategy a même dû vendre 1 690 bitcoins pour 108,6 millions de dollars entre le 3 et le 9 août afin de racheter environ 1,15 million d’actions STRC. La semaine suivante, la société a dépensé 132,2 millions supplémentaires en rachats et 52,4 millions en dividendes, tout en renforçant sa réserve en dollars à 4,8 milliards.

Ces mouvements montrent que le modèle n’est pas sans friction. Il demande une gestion active de la liquidité et une capacité à arbitrer entre la trésorerie Bitcoin et le soutien du titre préférentiel. Genius Group devra prouver qu’elle peut reproduire la même discipline avec une taille bien plus modeste.

L’histoire mouvementée de la trésorerie Bitcoin

Tout a commencé en novembre 2024. Genius Group adopte une politique visant à détenir au moins 90 % de ses réserves en Bitcoin. Un programme d’achat initial de 120 millions de dollars est annoncé. En janvier 2025, la société détient 420 bitcoins après un nouvel achat de 5 millions de dollars à un prix moyen de 95 912 dollars. Le pic atteint 440 bitcoins. Puis une ordonnance judiciaire américaine intervient au début de 2025. Elle restreint la société dans la vente d’actions, la levée de fonds et l’achat de Bitcoin pendant un litige lié à l’accord d’acquisition d’actifs avec Fatbrain AI. Genius Group réduit alors ses positions pour obtenir la levée des restrictions.

Une fois l’ordonnance levée, les achats reprennent en juin 2025. La balance remonte à 100 bitcoins. La direction restaure l’objectif de 1 000 bitcoins. Mais les besoins de liquidité l’emportent. Au premier trimestre 2026, la société vend l’intégralité de ses bitcoins restants pour contribuer au remboursement de 8,5 millions de dollars de dette. Avant la dernière vente, elle détenait 84 bitcoins valorisés autour de 5,7 millions de dollars en mars. Dans sa mise à jour du 1er avril, elle précise qu’elle reconstruira la trésorerie lorsque les conditions de marché lui sembleront plus favorables.

Le nouveau calendrier fixe le redémarrage des achats au quatrième trimestre 2026. Aucun détail n’a encore été donné sur la taille ou le prix de la première opération. L’expérience passée montre que la société sait ajuster rapidement sa position. Elle a aussi appris à ses dépens qu’un programme de trésorerie Bitcoin peut être interrompu par des contraintes externes.

Le second pilier : le portefeuille d’intelligence artificielle

En mai 2026, le conseil d’administration autorise la création d’un portefeuille IA avec une enveloppe initiale pouvant atteindre 100 millions de dollars. La première allocation intervient en juin via des fonds qui offrent une exposition à des sociétés privées. On y trouve OpenAI, Anthropic, Anduril et Databricks. SpaceX détient la plus forte pondération indirecte, à 13,5 % du portefeuille. Genius Group mentionne aussi des expositions à xAI, Figure AI, Replit et d’autres acteurs des modèles d’IA, de la robotique et des infrastructures.

L’objectif de 800 millions d’ici 2031 représente une montée en puissance très importante. Contrairement au Bitcoin, dont le prix est coté en continu, les valorisations de start-up privées restent opaques et sujettes à des révisions brutales. Le groupe devra donc gérer non seulement le risque de marché crypto, mais aussi le risque de valorisation des actifs non cotés. La combinaison des deux classes d’actifs crée un profil de risque original pour une société jusqu’ici plutôt orientée vers l’éducation et les services.

Les projections de valeur nette et les scénarios

La direction table sur une valeur nette par action comprise entre 2 et 4 dollars d’ici cinq ans si le plan de financement, d’achats d’actifs et de rachats d’actions se déroule comme prévu. Ces chiffres dépendent bien sûr de l’évolution du Bitcoin, des performances du portefeuille IA et des conditions de marché. Genius Group a explicitement listé les facteurs de risque : volatilité du prix du Bitcoin, variations des valorisations des sociétés technologiques privées, coût du financement et disponibilité des capitaux.

Avec un cours actuel autour de 0,18 dollar, le potentiel de revalorisation apparaît élevé. Mais le chemin est long. Chaque émission de titres préférentiels augmentera les obligations de dividende. Si les actifs générés ne couvrent pas ces coûts, la pression sur la valeur nette des actionnaires ordinaires sera immédiate. À l’inverse, une appréciation forte du Bitcoin et une sortie réussie sur certains actifs IA pourraient accélérer la création de valeur.

Élément Montant ou objectif
Trésorerie Bitcoin cible 2031 827 millions de dollars
Portefeuille IA cible 2031 800 millions de dollars
Actifs totaux visés 2 milliards de dollars
Première offre préférentielle 12,5 millions de dollars
Situation nette actuelle 106,6 millions de dollars
Valeur nette par action actuelle 0,62 dollar

Les enjeux pour les actionnaires ordinaires

La structure choisie vise à éviter la dilution des actionnaires ordinaires. Les titres préférentiels perpétuels n’augmentent pas le nombre d’actions ordinaires en circulation. En contrepartie, ils créent une couche de dette de facto qui se place devant les intérêts des actionnaires ordinaires. Tant que les rendements des actifs dépassent le coût du dividende, le modèle fonctionne. Si ce n’est pas le cas, les dividendes préférentiels continuent de sortir de la trésorerie, réduisant d’autant la valeur disponible pour les actions ordinaires.

Le programme de rachat d’actions jusqu’à 20 % du capital ordinaire offre un outil complémentaire. Il peut soutenir le cours et concentrer la valeur nette sur un nombre plus restreint de titres. Mais son efficacité dépendra de la capacité de la société à générer des flux de trésorerie ou à lever des fonds préférentiels à des conditions acceptables.

Ce qui reste encore à préciser

Plusieurs éléments clés manquent encore. Le prospectus définitif déterminera le taux de dividende exact, la préférence de liquidation, les clauses de remboursement anticipé, l’accès à une cotation et le traitement fiscal pour les investisseurs américains. Tant que ces documents ne sont pas déposés, les termes économiques et juridiques restent indéterminés. Le calendrier de la première émission n’est pas non plus fixé. Les conditions de marché du quatrième trimestre 2026 joueront un rôle décisif pour le redémarrage des achats de Bitcoin.

Genius Group a également souligné que les discussions avec les banques d’investissement étaient en cours. Le succès de la première offre de 12,5 millions de dollars servira de test grandeur nature. Une demande solide pourrait ouvrir la voie à des émissions plus importantes. Un accueil tiède obligerait la société à revoir ses ambitions ou ses conditions.

Une stratégie à double tranchant dans un marché volatile

Le Bitcoin a connu des phases de forte volatilité ces dernières années. Les valorisations des sociétés d’IA privées ont également connu des cycles d’euphorie et de correction. En combinant les deux, Genius Group multiplie les sources de rendement potentiel, mais aussi les sources de risque. La réserve de dix-huit mois de dividendes apporte un matelas de sécurité. Elle ne protège pas contre une baisse prolongée des actifs sous-jacents.

L’expérience de Strategy montre qu’une trésorerie Bitcoin financée par des titres préférentiels peut fonctionner à grande échelle. Elle montre aussi qu’elle exige une gestion très active, y compris des ventes de Bitcoin pour soutenir le titre préférentiel en période de tension. Genius Group, avec une taille bien plus réduite, devra prouver qu’elle dispose des mêmes outils de pilotage.

Le plan quinquennal s’inscrit dans une tendance plus large. De plus en plus d’entreprises cotées explorent l’idée de constituer des trésoreries d’actifs numériques ou d’exposer leur bilan à l’intelligence artificielle. Peu d’entre elles ont toutefois annoncé des objectifs aussi quantifiés et aussi élevés par rapport à leur taille actuelle. Le ratio entre les 106,6 millions de situation nette et les 1,627 milliard d’actifs cibles dans les deux trésoreries illustre l’ampleur de l’ambition.

Les prochaines étapes à surveiller

Les investisseurs suivront de près le dépôt des documents d’offre auprès de la SEC. Le taux de dividende proposé et la structure exacte des titres donneront une première indication de la crédibilité du projet auprès des investisseurs institutionnels. Le redémarrage des achats de Bitcoin au quatrième trimestre 2026 constituera un second jalon. Enfin, l’évolution de la valeur nette par action et le ratio entre le cours de Bourse et cette valeur nette serviront de baromètre permanent de la confiance du marché.

Genius Group a choisi une voie originale. Plutôt que d’émettre de nouvelles actions ordinaires qui dilueraient les actionnaires existants, elle mise sur des titres préférentiels perpétuels pour financer une double exposition au Bitcoin et à l’intelligence artificielle. Le succès dépendra de la capacité des actifs acquis à générer des rendements supérieurs au coût du capital préférentiel, dans un environnement où ni le prix du Bitcoin ni les valorisations des start-up d’IA ne sont garantis. Les prochains mois diront si cette stratégie audacieuse se transforme en création de valeur durable ou en simple annonce ambitieuse.

Dans un marché où les sociétés cherchent de nouvelles façons d’allouer leur capital, l’expérience de Genius Group sera observée avec attention. Si le modèle fonctionne, d’autres acteurs de taille comparable pourraient s’en inspirer. Si les frictions apparaissent trop tôt, le projet servira d’exemple des limites de ce type de financement pour les entreprises de plus petite envergure. Pour l’instant, les chiffres sont sur la table : 827 millions en Bitcoin, 800 millions en IA, deux milliards d’actifs totaux d’ici 2031. Le compte à rebours a commencé.

La société a déjà démontré qu’elle pouvait pivoter rapidement. Elle a adopté une politique Bitcoin agressive, l’a suspendue sous contrainte judiciaire, l’a relancée, puis l’a liquidée pour des besoins de liquidité. Aujourd’hui, elle revient avec un plan plus large et plus structuré. La discipline d’exécution et la capacité à naviguer entre les cycles de marché seront déterminantes. Les actionnaires ordinaires, qui ont largement soutenu les autorisations nécessaires en juillet, attendent désormais les premiers résultats concrets de cette nouvelle orientation.

Le quatrième trimestre 2026 marquera le véritable début de la phase opérationnelle. C’est à ce moment que les premiers bitcoins devraient être rachetés et que les émissions de titres préférentiels devraient commencer à alimenter le plan. D’ici là, le marché disposera de temps pour évaluer la cohérence de la stratégie et la solidité des hypothèses sous-jacentes. Dans un secteur où les annonces ambitieuses sont fréquentes, la capacité à livrer des résultats mesurables restera le seul critère qui compte vraiment.

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