Imaginez-vous réveillé en sursaut par le bruit assourdissant d’une explosion, au milieu de la nuit, dans une tente de fortune où s’entassent plusieurs générations d’une même famille. C’est malheureusement la réalité que viennent de vivre de nombreux habitants de la bande de Gaza ce samedi. Vingt-huit personnes ont perdu la vie dans des frappes aériennes israéliennes, selon les autorités locales, alors même qu’une trêve fragile était censée apaiser les tensions.
Une trêve qui vacille sous le poids des violences
Depuis l’instauration de cette pause dans les hostilités avec le mouvement Hamas en octobre dernier, les incidents n’ont jamais vraiment cessé. Presque chaque jour apporte son lot de victimes. Pourtant, le bilan de ce samedi marque un pic particulièrement alarmant. Les images qui parviennent du terrain montrent des scènes de désolation : des immeubles effondrés, des tentes incendiées, des familles endeuillées fouillant les décombres à mains nues.
La Défense civile, qui opère sur place, a rapidement communiqué un chiffre précis : 28 martyrs, dont un quart d’enfants et un tiers de femmes. Plusieurs autres personnes resteraient encore coincées sous les gravats, rendant le bilan provisoire et potentiellement amené à s’alourdir dans les prochaines heures.
Des cibles civiles au cœur des frappes
Les témoignages recueillis sur le terrain sont glaçants. Dans le quartier de Rimal, à Gaza-ville, un logement familial a été directement touché. Trois fillettes ont péri dans leur sommeil, leurs corps retrouvés dans la rue au milieu des débris. Un proche, encore sous le choc, a décrit la scène avec émotion : les traces de sang encore visibles témoignent de la violence de l’impact.
Plus loin, un commissariat a également été visé. Selon les informations transmises par les forces de police locales, sept personnes y ont trouvé la mort, dont des civils qui se trouvaient simplement sur place. Les secouristes s’activaient encore lorsque les premiers reportages ont été réalisés, extrayant péniblement des corps des ruines.
« Des appartements, des tentes, des abris et un commissariat ont été visés. »
Porte-parole de la Défense civile
Ces mots résument la diversité des lieux touchés : des habitations classiques, mais surtout des structures de fortune où se réfugient les déplacés. La vulnérabilité de ces populations déjà éprouvées par des mois de conflit est mise en évidence de manière tragique.
Khan Younès et al-Mawassi : les zones de déplacés frappées
Dans le sud du territoire, à Khan Younès, une tente abritant des personnes déplacées a été touchée de plein fouet. Sept membres d’une même famille, dont un enfant, ont perdu la vie dans cette attaque. Le directeur du ministère de la Santé local a d’abord évoqué un bilan de 11 morts et 20 blessés, avant que les chiffres ne montent avec la découverte de nouveaux corps.
Non loin de là, dans la zone dite d’al-Mawassi – un secteur où des dizaines de milliers de Gazaouis ont installé des tentes et des abris de fortune –, une autre frappe a été signalée. De la fumée s’élevait encore au milieu des milliers d’abris de toile lorsque les premiers secours sont arrivés. Le nombre exact de victimes dans cette zone reste pour l’instant inconnu, mais l’ampleur des dégâts laisse craindre un nouveau drame.
Ces attaques interviennent dans un contexte où la grande majorité des habitants de Gaza ont été déplacés, parfois à plusieurs reprises. Vivre sous tente, sans accès stable à l’eau, à la nourriture ou aux soins médicaux, constitue déjà une épreuve quotidienne. Voir ces fragiles refuges détruits par des bombardements ajoute une couche supplémentaire de désespoir.
La version israélienne : réponse à une violation du cessez-le-feu
De son côté, l’armée israélienne affirme avoir agi en représailles. Selon ses déclarations, un incident grave s’est produit la veille : huit combattants palestiniens seraient sortis d’un tunnel à Rafah, dans le sud de Gaza. Cet événement aurait constitué, aux yeux d’Israël, une violation claire de la trêve en vigueur.
Les frappes qui ont suivi auraient ciblé quatre commandants du Hamas ainsi que d’autres membres du mouvement et du Jihad islamique. L’opération est présentée comme une mesure de riposte proportionnée face à une menace directe.
« Nos forces ont frappé quatre commandants et d’autres membres du Hamas et du Jihad islamique. »
Communiqué de l’armée israélienne
Cette version contraste évidemment avec les récits venus de Gaza, où l’accent est mis sur les victimes civiles et la destruction d’infrastructures non militaires. Le fossé entre les deux narratifs reste immense, comme souvent dans ce conflit.
Un bilan cumulé très lourd depuis la trêve
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les chiffres avancés par le gouvernement local font état de 509 personnes tuées par des tirs ou bombardements israéliens. De son côté, l’armée israélienne rapporte la perte de quatre soldats durant la même période. Ces statistiques illustrent la persistance de la violence malgré la trêve.
Chaque camp accuse l’autre de violations répétées. Pour les autorités de Gaza, les frappes du jour constituent un « crime brutal ». Le Hamas a condamné avec force ces attaques, dénonçant une escalade injustifiée. De l’autre côté, on insiste sur la nécessité de répondre fermement à toute tentative d’infiltration ou d’attaque.
La réouverture très attendue du passage de Rafah
Au milieu de ce chaos, une lueur d’espoir – ou du moins d’attente – se profile. Israël a annoncé que le poste-frontière de Rafah, entre Gaza et l’Égypte, rouvrirait dimanche pour un « mouvement limité de personnes uniquement ». Cette décision est accueillie avec un mélange d’espoir et de scepticisme par les habitants, l’ONU et les organisations humanitaires.
La situation humanitaire dans la bande de Gaza reste catastrophique. Plus de deux millions de personnes vivent entassées, privées des besoins essentiels. L’aide qui entre est largement insuffisante face aux besoins. La réouverture, même partielle, du point de passage pourrait permettre l’entrée de quelques personnes et peut-être de matériel médical ou alimentaire, mais les restrictions restent très strictes.
Les Gazaouis espèrent que cette mesure ne restera pas symbolique et qu’elle ouvrira la voie à un acheminement plus massif de secours. Pour l’instant, l’optimisme reste mesuré.
Contexte d’un conflit qui dure depuis plus de deux ans
Pour comprendre l’ampleur de la tragédie actuelle, il faut remonter au déclenchement de la guerre. L’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 sur le sol israélien a coûté la vie à 1 221 personnes, en majorité des civils. Cette offensive sans précédent a déclenché une vaste opération militaire israélienne de représailles.
Depuis, le ministère de la Santé à Gaza dénombre au moins 71 769 Palestiniens tués dans le territoire. Ces chiffres, bien que contestés par certaines parties, témoignent d’une violence d’une intensité exceptionnelle. La quasi-totalité de la population a été déplacée au moins une fois, beaucoup vivent encore dans des conditions précaires.
Les restrictions imposées à la presse internationale rendent toute vérification indépendante extrêmement difficile. Les journalistes sur place font face à des conditions très dures, et les images qui sortent sont souvent les seules fenêtres sur ce qui se passe réellement.
Vers une escalade ou un sursaut diplomatique ?
La question que tout le monde se pose est simple : la trêve va-t-elle tenir ? Chaque nouvel incident semble fragiliser un peu plus cet accord déjà bancal. Les frappes de samedi montrent que la ligne rouge peut être franchie très rapidement des deux côtés.
Pour les civils pris entre deux feux, chaque jour supplémentaire de violence est une épreuve de plus. Les enfants qui grandissent au son des explosions, les familles qui enterrent leurs proches sans avoir le temps de faire leur deuil, les blessés qui attendent des soins qui n’arrivent pas… la liste des souffrances est longue.
Les appels à une désescalade se multiplient, mais les positions restent très éloignées. Tant que la méfiance domine et que les violations – réelles ou perçues – se poursuivent, le risque d’un retour à une guerre ouverte demeure très élevé.
En attendant, la population de Gaza continue de payer le prix le plus lourd. Chaque frappe, chaque riposte, chaque communiqué officiel vient rappeler que la paix reste, pour l’instant, un horizon lointain.
Les chiffres et témoignages rapportés ici proviennent des déclarations officielles des autorités locales et des forces israéliennes. La situation évolue rapidement et les bilans peuvent être amenés à changer dans les prochaines heures ou jours.
Ce qui se joue à Gaza dépasse largement les frontières du territoire. C’est tout un peuple qui tente de survivre au milieu des ruines, dans l’attente d’un avenir moins sombre. Mais pour l’heure, la violence reprend le dessus, et les espoirs s’amenuisent un peu plus chaque jour.
Restez informés, car dans ce conflit, chaque heure compte.









