Un appel urgent avant le sommet du G7 à Évian
Le mouvement Women 7, ou W7, créé en 2017 lors d’un précédent sommet du G7 en Italie, regroupe des voix féministes du monde entier. Il s’adresse directement aux dirigeants des sept pays les plus industrialisés pour promouvoir l’égalité entre les genres. Aujourd’hui, alors que la France assure la présidence du groupe, ce réseau exhorte à un engagement clair et sans ambiguïté. Les signataires soulignent que des politiques récentes observées dans certains États membres menacent sérieusement les progrès en matière d’égalité, de droits humains, de multilatéralisme et de principes démocratiques fondamentaux.
L’objectif premier reste de préserver l’espace acquis au sein du G7, sans tolérer le moindre recul. Ce message arrive dans un contexte où le « backlash » contre les droits des femmes, des filles et des communautés LGBTQIA+ s’intensifie. Les organisations dénoncent un climat hostile qui fragilise les conquêtes de longue date et appellent à une réaction politique forte.
La nécessité d’un financement pérenne pour les associations féministes
Parmi les demandes phares figure la pérennisation des aides financières publiques destinées aux organisations féministes. Les signataires insistent sur l’urgence d’orienter des ressources substantielles vers ces structures, particulièrement en cette période où les financements atteignent des niveaux historiquement bas. Une enquête récente menée par une agence onusienne révèle une situation alarmante : dans 44 pays affectés par des crises, 90 % des 411 organisations de femmes interrogées font face à une réduction drastique de l’aide internationale. Plus de 60 % ont déjà dû diminuer leurs activités, voire les suspendre partiellement.
La France a mis en place un fonds dédié au soutien des organisations féministes des pays partenaires. Doté initialement de 120 millions d’euros sur trois ans, il a été renouvelé en 2023 avec une enveloppe de 250 millions d’euros sur cinq ans. Ce mécanisme a permis d’accompagner environ 1 400 structures dans 75 pays entre 2020 et 2024. Une représentante d’une organisation impliquée salue ces avancées, mais met en garde : l’enjeu actuel porte sur la garantie que les fonds prévus pour 2026 et 2027 seront bien décaissés, et surtout sur la pérennisation de ce dispositif, idéalement étendu à d’autres nations donatrices.
« Il a bénéficié à 1.400 organisations féministes dans 75 pays en 5 ans, entre 2020 et 2024 »
Cette initiative française est vue comme un modèle, mais sa continuité reste cruciale pour maintenir l’élan et contrer les effets du backlash global.
Le changement climatique, amplificateur d’inégalités de genre
Le plaidoyer met également en lumière les liens profonds entre crises environnementales et inégalités de genre. Le réchauffement climatique agit comme un multiplicateur de risques, exacerbant les vulnérabilités déjà existantes pour les femmes et les filles. Il accentue les obstacles à l’accès aux droits fondamentaux, augmente les expositions aux violences et complique l’exercice de leurs responsabilités quotidiennes.
Des expertes soulignent que les femmes portent souvent une charge disproportionnée en matière de soins familiaux, d’agriculture de subsistance et de gestion des ressources en eau. Lorsque les sécheresses ou les inondations frappent, ce sont elles qui parcourent de plus longues distances pour trouver de l’eau ou de la nourriture, ce qui les expose davantage aux dangers. Le changement climatique ne se contente pas d’aggraver les inégalités : il les reproduit et les renforce dans un cercle vicieux difficile à briser sans politiques inclusives.
Une augmentation de la température mondiale de seulement 1°C est associée à une hausse de 4,7 % des violences conjugales, selon des données onusiennes. Ce chiffre illustre cruellement comment les chocs climatiques peuvent devenir des déclencheurs de violences basées sur le genre, dans un contexte où les ressources se raréfient et les tensions sociales montent.
Genre, nutrition et insécurité alimentaire : des liens indissociables
Autre dimension abordée : l’interconnexion entre genre et nutrition. La malnutrition touche de manière disproportionnée les femmes et les filles, souvent en raison de facteurs structurels. Le manque d’accès à la planification familiale, la surcharge de travail domestique non rémunéré, les discriminations sur le marché du travail formel et les violences basées sur le genre contribuent directement à aggraver l’insécurité alimentaire.
Dans de nombreuses régions, les femmes mangent en dernier et le moins bien au sein du foyer, même lorsqu’elles produisent une grande partie de la nourriture. Les violences conjugales ou sexistes limitent leur mobilité, leur accès aux services de santé et leur capacité à cultiver ou à commercer. Ces obstacles cumulés créent une vulnérabilité nutritionnelle spécifique, qui se transmet souvent aux enfants, perpétuant les cycles de pauvreté et de sous-alimentation.
Les organisations appellent à intégrer systématiquement la perspective de genre dans les politiques alimentaires et climatiques. Sans cela, les efforts pour éradiquer la faim risquent d’échouer à atteindre la moitié de la population mondiale la plus concernée.
Un contexte global de reculs et d’attaques contre les droits des femmes
Cet appel s’inscrit dans un paysage international marqué par des offensives répétées contre les droits des femmes. Des figures politiques influentes ont initié des politiques restrictives qui servent souvent de point de départ à des agendas plus larges menaçant les démocraties elles-mêmes. Ces attaques ne se limitent pas à un pays ou une région : elles forment un mouvement coordonné qui cherche à remettre en cause les acquis en matière de droits reproductifs, d’égalité salariale, de protection contre les violences et de reconnaissance des diversités de genre.
Le W7 rappelle que les reculs sur les droits des femmes constituent souvent la première étape d’une érosion plus large des libertés fondamentales. En s’en prenant aux droits reproductifs, à l’éducation des filles ou à la participation politique des femmes, ces forces réactionnaires testent les résistances sociétales avant d’élargir leur champ d’action. Face à cela, maintenir un front uni au sein des instances internationales comme le G7 devient essentiel.
Les organisations de la société civile jouent un rôle irremplaçable : elles documentent les violations, accompagnent les victimes, plaident pour des lois protectrices et construisent des alternatives communautaires. Leur fragilisation financière directe menace la capacité de réponse collective à ces défis.
Pourquoi le G7 doit agir : un rôle de leadership attendu
Le G7 représente un forum privilégié pour coordonner des réponses globales aux crises interconnectées. En tant que pays hôte en 2026, la France porte une responsabilité particulière. Les dirigeantes et dirigeants du groupe ont l’opportunité de réaffirmer leur attachement à l’égalité de genre comme pilier de la stabilité économique, sociale et environnementale. Ignorer ces appels reviendrait à laisser s’installer un recul dangereux, au moment même où les crises multiples exigent plus de cohésion et d’inclusion.
Investir dans les droits des femmes n’est pas une option charitable : c’est une stratégie payante. Des études montrent que réduire les inégalités de genre accélère la croissance économique, améliore la santé publique, renforce la résilience climatique et favorise la paix. À l’inverse, tolérer des reculs fragilise l’ensemble des sociétés.
Les membres du W7 appellent à transformer les discours en actes concrets : engagements financiers durables, intégration du genre dans tous les piliers du G7 (économie, climat, santé, sécurité), et un positionnement ferme contre les discours rétrogrades. Le sommet d’Évian pourrait marquer un tournant, à condition que la volonté politique suive.
Vers une mobilisation élargie et durable
Au-delà des financements et des déclarations, l’appel met l’accent sur la nécessité d’une mobilisation sociétale large. Les associations féministes ne peuvent porter seules ce combat. Elles ont besoin d’alliances avec les gouvernements, les entreprises, les institutions internationales et la société civile au sens large. Le W7, depuis sa création, incarne cette dynamique collaborative, en reliant des activistes de terrains divers pour peser sur les agendas mondiaux.
En cette année charnière, avec la présidence française du G7, l’occasion est unique de faire progresser la justice de genre. Les semaines à venir seront décisives pour transformer cet appel en engagements mesurables. Les organisations restent vigilantes, prêtes à saluer les avancées comme à dénoncer les insuffisances.
Le message est clair : protéger les droits des femmes n’est pas un luxe, c’est une urgence démocratique et humaine. À Évian, en juin, le monde regardera si les promesses se concrétisent ou si le backlash l’emporte. L’histoire jugera.









