Avant même que le soleil ne pointe à l’horizon sur la capitale, le grondement sourd des moteurs diesel a commencé à résonner sur le périphérique parisien. Ce vendredi matin de janvier 2026, une nouvelle vague de colère paysanne s’est abattue sur l’Île-de-France, rappelant avec force que la bataille contre l’accord de libre-échange avec le Mercosur est loin d’être terminée.
Les images sont impressionnantes : des dizaines de tracteurs alignés, phares allumés dans la pénombre, des silhouettes emmitouflées dans des parkas épaisses qui défendent bec et ongles un modèle agricole qu’ils jugent menacé. Ce n’est pas seulement une manifestation, c’est un cri d’alarme.
Une colère qui traverse les syndicats
Ce qui frappe d’abord dans cette mobilisation, c’est sa diversité syndicale. Les actions se succèdent, parfois dans des styles très différents, mais avec un point commun : le rejet quasi unanime de cet accord commercial qui unit l’Union européenne à l’Argentine, au Brésil, au Paraguay et à l’Uruguay.
La Confédération paysanne prend le relais
Dans la fraîcheur matinale, ce sont les militants de la Confédération paysanne qui ont investi le périphérique avec une poignée de tracteurs. L’opération, préparée dans la discrétion, visait à frapper les esprits et à montrer que la mobilisation ne faiblit pas malgré les annonces officielles.
Vers 11 heures, plusieurs points de blocage étaient encore actifs dans l’ouest parisien. La circulation, déjà perturbée par le trafic habituel du vendredi, s’est rapidement transformée en un immense bouchon symbolique.
Le message porté par les porte-parole était clair et sans concession : l’agriculture française ne peut pas survivre à l’arrivée massive de produits agricoles cultivés selon des normes bien moins strictes que celles imposées aux producteurs européens.
C’est le Mercosur qu’il faut abattre, pas nos vaches !
Un secrétaire général de syndicat agricole
Cette phrase résume à elle seule l’angoisse profonde d’une profession qui voit dans cet accord une menace existentielle pour son avenir.
La Coordination rurale avait ouvert la voie la veille
La veille déjà, la Coordination rurale avait marqué les esprits avec une opération coup de poing d’une ampleur rarement vue. Partis de leurs bastions historiques dans le Sud-Ouest, en Normandie et dans le Nord, les agriculteurs avaient réussi à pénétrer au cœur de Paris, jusqu’aux abords de l’Assemblée nationale.
Le bilan de cette journée témoigne de la détermination des manifestants : plus de 600 personnes mobilisées rien qu’en Île-de-France, onze interpellations, douze véhicules mis en fourrière et des dizaines de verbalisations. Le message était passé : on ne laissera pas passer l’accord sans combattre.
Malgré ces actions spectaculaires, le sentiment dominant reste celui d’une victoire à la Pyrrhus pour les opposants. Le « non » français, aussi fort soit-il sur le papier, n’a pas réussi à fédérer une minorité de blocage suffisante au sein des États membres.
Le « non » français qui sonne creux ?
La position de Paris a été martelée à plusieurs reprises ces derniers jours. La ministre de l’Agriculture a même évoqué un « non puissant » et salué certaines avancées obtenues dans la négociation : baisse du prix des engrais, préservation du budget de la PAC…
Mais pour les syndicats agricoles, ces concessions apparaissent bien minces au regard de ce qui est réellement en jeu. L’arrivée prévue de quotas supplémentaires de bœuf, de sucre et de volailles en provenance des pays du Mercosur fait planer une menace directe sur les prix et sur la viabilité économique de nombreuses exploitations.
Le paradoxe est saisissant : la France, première puissance agricole européenne, se retrouve aujourd’hui isolée sur la scène bruxelloise, incapable de rallier suffisamment de pays pour faire capoter définitivement l’accord.
Les craintes légitimes des éleveurs
Au-delà du débat politique, ce sont des réalités très concrètes qui alimentent la colère des agriculteurs. Les normes environnementales, sanitaires et sociales appliquées en Amérique du Sud diffèrent considérablement de celles en vigueur en Europe.
Les élevages intensifs sud-américains, souvent critiqués pour leur impact environnemental massif (déforestation, utilisation intensive de pesticides), produisent à des coûts bien inférieurs. Cette différence de compétitivité structurelle inquiète énormément les professionnels européens.
- Importations de viande bovine sans traçabilité équivalente
- Utilisation de molécules interdites en Europe dans les productions
- Absence de respect des mêmes contraintes de bien-être animal
- Concurrence déloyale sur le sucre et la volaille
Ces quatre points reviennent sans cesse dans les discours des agriculteurs, qui y voient la fin programmée d’une agriculture familiale et raisonnée.
Un contexte sanitaire particulièrement tendu
La mobilisation se déroule dans un climat particulièrement difficile pour la filière bovine. Une épizootie de dermatose nodulaire contagieuse frappe actuellement les troupeaux, ajoutant une couche supplémentaire de stress économique et psychologique aux exploitants.
Dans ce contexte déjà très compliqué, l’idée d’ouvrir davantage les frontières à des produits concurrents apparaît comme une provocation supplémentaire pour nombre d’éleveurs.
Vers un durcissement du mouvement ?
Les prochains jours et semaines seront décisifs. La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont déjà appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier. D’autres actions sont prévues dans plusieurs régions de France, mais également en Belgique et en Pologne.
La question que tout le monde se pose désormais est simple : jusqu’où ira cette mobilisation ? Les agriculteurs sont-ils prêts à durcir encore davantage le mouvement ? Et surtout, les responsables politiques européens entendront-ils réellement cette colère qui monte ?
Pour l’instant, une chose est sûre : le dossier Mercosur reste l’un des plus explosifs du moment sur la scène agricole européenne. Et les tracteurs qui ont envahi le périphérique parisien ce vendredi matin ne sont sans doute que le début d’une longue série d’actions.
Dans les campagnes françaises, l’heure est grave. Les agriculteurs savent que l’avenir de leur métier se joue peut-être en ce début d’année 2026. Ils entendent bien se faire entendre, coûte que coûte.
À suivre donc, avec la plus grande attention, les prochaines étapes de ce bras de fer historique entre une partie de la paysannerie européenne et les tenants d’un libre-échange toujours plus poussé.
En résumé : Malgré le veto français, l’accord UE-Mercosur avance. Les agriculteurs multiplient les actions coup de poing et promettent de durcir leur mouvement dans les semaines à venir.
Le combat ne fait que commencer.









