Qui aurait imaginé qu’un jour le petit pays imaginaire aux frontières floues et aux dirigeants extravagants disparaîtrait des écrans ? Après plus de trois décennies de sketches décalés, de reportages inventés et de conseils des ministres digne d’un théâtre de l’absurde, Groland s’apprête à tirer définitivement sa révérence. La nouvelle est tombée comme un coup de massue pour des générations de téléspectateurs qui ont grandi avec ces images farfelues. Le samedi 12 décembre 2026, à 21 h 10 précisément, une dernière soirée spéciale baptisée Groland, un dernier conseil viendra clore un chapitre unique de la télévision française.
Une aventure de 34 ans qui s’achève en douceur
Lancée en 1992, l’émission a traversé les époques sans jamais vraiment vieillir. Elle a survécu aux changements de direction, aux évolutions technologiques et même aux transformations radicales du paysage audiovisuel. Pourtant, cette longévité exceptionnelle n’a pas suffi. Benoît Delépine, l’un des piliers du projet depuis l’origine, a confirmé que la décision avait été prise d’un commun accord avec la chaîne. Plus qu’un simple arrêt, il s’agit d’un véritable adieu soigneusement préparé.
Depuis décembre 2025, le programme ne survivait déjà plus qu’à travers des soirées exceptionnelles et quelques publications sur les réseaux sociaux. La régularité avait disparu. Le lien quotidien avec le public s’était distendu. Pour beaucoup, cette ultime émission représente donc bien plus qu’un simple numéro de clôture. C’est la fin d’une époque où l’humour absurde pouvait encore s’exprimer librement sur une grande antenne.
Les vraies raisons d’un départ annoncé
Plusieurs facteurs se sont additionnés au fil des mois. Le premier, et sans doute le plus déterminant, reste la perte de visibilité. Lorsque la diffusion gratuite sur la TNT a pris fin, une partie importante du public s’est simplement éloignée. Beaucoup de fidèles, surnommés affectueusement les Grolandais, n’avaient plus accès au programme sans souscrire un abonnement. Benoît Delépine l’a résumé avec une franchise désarmante : beaucoup ne pouvaient plus regarder.
La soirée spéciale consacrée au cinéma, diffusée en mai dernier, est restée dans un anonymat quasi total. Cette relative indifférence a servi de signal d’alarme. L’équipe a compris que l’époque où Groland pouvait encore créer l’événement était révolue. Le passage au tout payant a transformé un rendez-vous populaire en un objet de niche, accessible uniquement à ceux qui acceptaient de payer.
À ces difficultés structurelles se sont ajoutées des épreuves humaines douloureuses. La disparition de Christophe Salengro en 2018 avait déjà laissé un vide immense. Puis, à la fin du mois d’octobre 2026, le décès de l’auteur Franck Benoist a porté un nouveau coup dur au collectif. Le départ de Jules-Édouard Moustic avait également modifié en profondeur la dynamique du groupe. Malgré l’arrivée de Doully en 2020, qui a permis de maintenir une certaine cohésion, l’esprit originel s’était inévitablement transformé.
Un dernier conseil pour boucler la boucle
Pour cette soirée d’adieu, les créateurs ont choisi de revenir aux sources. Ils ont repris le principe du Conseil des ministres imaginé dans le tout premier pilote de 1992. L’idée est simple et symbolique : refermer le cercle en repartant de là où tout avait commencé. On retrouvera donc un président Emmanuel Micron arrivant en corbillard, entouré de ministres aux intitulés volontairement absurdes.
Parmi les portefeuilles annoncés, on note « les arts et les litres » ou encore « l’agriculture irresponsable ». Les sketchs promis s’attaquent à l’actualité avec la même irrévérence qui a fait la signature du programme. Un cas de MeToo décrit comme particulièrement gênant, le remplacement des chiens de chasse par des drones, ou encore une proposition visant à remplacer le glyphosate par de l’urine d’agriculteur. L’esprit n’a pas changé. Seule la durée de vie restante a été comptée.
Avant le grand final, une séquence de trente minutes rendra hommage à Franck Benoist. Ensuite, le film Animal Totem, réalisé par Benoît Delépine lui-même, viendra prolonger la soirée. Ce choix n’est pas anodin. Il permet de lier le passé télévisuel au présent cinématographique de l’un des pères fondateurs.
Ce que Groland a représenté pendant trois décennies
Pendant plus de trente ans, Groland a occupé une place singulière dans le paysage audiovisuel. L’émission ne se contentait pas de faire rire. Elle proposait une lecture décalée de l’actualité, un miroir déformant dans lequel la société pouvait se regarder sans trop se prendre au sérieux. Les reportages inventés, les conférences de presse fantaisistes et les interventions de présidents successifs ont créé un univers cohérent et immédiatement reconnaissable.
Des générations de téléspectateurs ont appris à décrypter l’actualité à travers ce prisme. Certains y voyaient purement du divertissement. D’autres y trouvaient une forme de critique sociale habillée d’absurdité. Cette double lecture explique en grande partie la longévité du programme. Groland savait parler à plusieurs publics en même temps sans jamais se renier.
Benoît Delépine a confié que, pendant plus de trois décennies, il se réveillait chaque matin en pensant d’abord au Groland. Cette obsession quotidienne a façonné une partie de sa vie. Il reconnaît déjà que le vide laissé par l’arrêt sera difficile à combler. Pourtant, il refuse le pathos. Pour lui, cette page qui se tourne n’efface pas l’héritage. « Il n’y a pas d’échéance sur le passeport grolandais », a-t-il rappelé avec un sourire.
Une société qui a changé, un humour qui a dû s’adapter
Le créateur reconnaît également que certains anciens sketchs ne pourraient plus être diffusés aujourd’hui. La société a évolué, et c’est tant mieux, précise-t-il. Les frontières de l’acceptable se sont déplacées. Ce qui faisait rire dans les années 1990 ou 2000 peut désormais heurter. Groland a dû, comme beaucoup d’autres programmes, naviguer entre fidélité à son ADN et adaptation aux sensibilités nouvelles.
Cette tension permanente entre irrévérence et responsabilité a sans doute contribué à l’épuisement de la formule. Maintenir un ton aussi libre dans un contexte médiatique de plus en plus prudent demande une énergie considérable. L’équipe a tenu aussi longtemps que possible. Le moment est venu de s’arrêter avant que la fatigue ne se transforme en répétition.
Le poids des disparitions et des départs
Impossible de parler de la fin de Groland sans évoquer les absents. Christophe Salengro, figure emblématique pendant de longues années, a laissé un vide jamais comblé. Sa disparition en 2018 avait déjà marqué un tournant. Le décès récent de Franck Benoist, auteur de nombreux textes, a précipité la prise de conscience collective. Quand les piliers s’effritent les uns après les autres, l’édifice finit par vaciller.
Le départ de Jules-Édouard Moustic a également changé la donne. Chaque absence a forcé le collectif à se réinventer. L’arrivée de Doully en 2020 a apporté un souffle nouveau et permis de prolonger l’aventure de quelques années. Benoît Delépine tient d’ailleurs à souligner le rôle essentiel qu’elle a joué dans la cohésion de l’équipe. Sans elle, la fin serait peut-être arrivée plus tôt.
Ce que la dernière soirée promet concrètement
Le 12 décembre 2026, les téléspectateurs retrouveront donc le format conseil des ministres dans sa version la plus pure. Le président arrivera en corbillard. Les ministres porteront des titres volontairement ridicules. Les sujets abordés resteront ancrés dans l’actualité, traités avec le même mélange d’ironie et d’exagération. L’intention est claire : offrir un dernier moment de pure complicité avec ceux qui ont suivi l’émission depuis le début.
L’hommage à Franck Benoist ouvrira la soirée sur une note plus grave. Trente minutes pour se souvenir d’un auteur discret mais essentiel. Ensuite, le film Animal Totem prolongera l’expérience. Ce choix permet de faire le lien entre l’univers télévisuel et le cinéma, deux territoires que Benoît Delépine a toujours explorés en parallèle.
Un héritage qui ne disparaîtra pas
Même si la diffusion s’arrête, l’esprit Groland continuera de circuler. Les sketchs anciens restent accessibles. Les références sont passées dans le langage courant de certains cercles. Des expressions, des personnages, des situations continuent d’être cités des années après leur diffusion. C’est la marque des programmes qui ont vraiment marqué leur époque.
Benoît Delépine insiste sur le fait qu’il n’existe pas de date d’expiration pour le passeport grolandais. Cette phrase résume bien la philosophie du projet. Groland n’a jamais prétendu être éternel. Il a simplement existé intensément pendant plus de trois décennies. Maintenant, le moment est venu de ranger les costumes et d’éteindre les projecteurs.
Pourquoi cette fin touche autant de monde
Pour beaucoup, Groland représentait bien plus qu’une émission de télévision. C’était un rendez-vous régulier avec une forme d’humour rare. Un espace où l’actualité pouvait être tordue, déformée, réinventée sans jamais devenir méchante. Dans un paysage médiatique de plus en plus polarisé, cette capacité à faire rire sans écraser l’autre avait quelque chose de précieux.
Les réseaux sociaux ont d’ailleurs réagi rapidement à l’annonce. Des messages nostalgiques, des extraits d’anciens sketchs, des témoignages de téléspectateurs qui se souviennent de soirées passées à regarder le programme en famille ou entre amis. Cette vague d’émotion montre à quel point l’émission avait réussi à créer un lien affectif fort avec son public.
Le contexte audiovisuel qui a précipité la décision
Il faut aussi replacer cette fin dans un contexte plus large. La télévision payante traverse une période de mutation profonde. Les plateformes de streaming captent une part croissante de l’attention. Les chaînes traditionnelles, même premium, peinent parfois à maintenir la visibilité de leurs programmes les plus singuliers. Groland, par sa nature même, souffrait particulièrement de ce changement d’écosystème.
Quand un programme repose sur un univers aussi spécifique, il a besoin d’un public large et régulier pour survivre. L’accès payant a réduit ce public. Les soirées spéciales ont tenté de compenser, mais elles n’ont jamais retrouvé la force du rendez-vous hebdomadaire d’autrefois. L’équation économique et artistique est devenue impossible à résoudre.
Ce que l’équipe garde de ces 34 années
Au-delà des difficultés, Benoît Delépine parle avec une réelle tendresse de ces années passées. L’obsession quotidienne, les réunions de rédaction, les tournages improvisés, les moments de grâce où un sketch prenait soudain une dimension inattendue. Tout cela a façonné une famille professionnelle particulière, soudée par un humour commun et une vision partagée de la satire.
Cette famille a connu des hauts et des bas, des rires et des larmes. Elle a traversé des drames personnels et des succès collectifs. Aujourd’hui, elle se prépare à se disperser en douceur, sans amertume. Le dernier conseil sera l’occasion de se dire au revoir proprement, avec le même mélange de sérieux et d’absurdité qui a toujours caractérisé le programme.
Une dernière opportunité de se souvenir
Pour les téléspectateurs, le 12 décembre 2026 représentera une soirée particulière. Certains allumeront le poste par nostalgie pure. D’autres viendront découvrir pour la première fois cet univers qu’ils n’avaient jamais vraiment croisé. Tous auront l’occasion d’assister à la clôture d’un chapitre unique de l’histoire de la télévision française.
L’émission ne prétend pas révolutionner quoi que ce soit ce soir-là. Elle souhaite simplement offrir un dernier moment de complicité. Un dernier conseil des ministres. Un dernier coup d’œil dans le rétroviseur avant d’éteindre définitivement les lumières du plateau.
L’après-Groland : ce qui pourrait rester
Que restera-t-il une fois les caméras éteintes ? Des archives bien sûr. Des souvenirs. Peut-être quelques projets parallèles portés par les membres de l’équipe. Benoît Delépine continue de réaliser des films. D’autres collaborateurs poursuivront sans doute leur route dans l’écriture, la réalisation ou le spectacle vivant. L’esprit Groland pourrait ainsi survivre sous d’autres formes, plus discrètes, plus fragmentées.
Mais l’émission telle qu’on l’a connue pendant 34 ans ne reviendra pas. C’est cette certitude qui rend l’annonce si particulière. On ne parle pas d’une pause ou d’une refonte. On parle d’une fin. D’un point final posé après plus de trois décennies de création collective.
Pourquoi ce programme a tant compté
Dans un paysage télévisuel souvent dominé par les formats standardisés, Groland a toujours représenté une exception. Un espace de liberté créative rare. Un endroit où l’on pouvait encore inventer un pays imaginaire complet, avec ses institutions, ses crises, ses personnages récurrents. Cette capacité à construire un univers cohérent et durable est devenue de plus en plus rare à la télévision.
Les téléspectateurs ne regardaient pas seulement des sketchs. Ils suivaient les aventures d’une petite présipauté qui ressemblait étrangement à la leur, en un peu plus tordue. Cette ressemblance distordue créait une forme de reconnaissance immédiate. On riait de situations absurdes tout en y voyant le reflet de réalités bien concrètes.
Le ton unique d’une émission indomptable
Ce qui frappait toujours, c’était le ton. Ni cynique à outrance, ni moralisateur. Groland se situait dans une zone particulière où l’on pouvait se moquer de presque tout sans jamais devenir méprisant. Cette ligne de crête n’est pas facile à tenir. Elle exige une forme de générosité dans le regard porté sur le monde. L’équipe a su la préserver pendant très longtemps.
Aujourd’hui, alors que les réseaux sociaux favorisent souvent les positions tranchées et les affrontements, ce type d’humour paraît presque anachronique. C’est peut-être aussi pour cela qu’il manque déjà. Dans un monde saturé d’opinions définitives, Groland proposait une autre manière de regarder l’actualité : avec distance, avec inventivité, et surtout avec un certain plaisir de la déformation.
Les moments qui resteront gravés
Chacun a ses souvenirs. Des conférences de presse improbables. Des reportages filmés dans des décors inventés. Des interventions de présidents successifs qui semblaient toujours au bord de la catastrophe. Ces images ont rythmé des soirées, des week-ends, parfois même des discussions de bureau le lendemain. Elles font partie du patrimoine immatériel de la télévision française des trente dernières années.
Le 12 décembre prochain, ces souvenirs ressurgiront sans doute en masse. Les réseaux sociaux se rempliront d’extraits. Les conversations reviendront sur les meilleurs moments. Et puis, progressivement, le silence s’installera. C’est le destin normal de tous les programmes, même les plus culte. Ils existent intensément, puis ils rejoignent la mémoire collective.
Une fin assumée et préparée
Ce qui frappe dans cette annonce, c’est l’absence de drame. Pas de conflit public. Pas de déclaration amère. Juste la reconnaissance que le moment est venu. Benoît Delépine et l’équipe ont choisi de partir debout, avec une dernière soirée digne de leur histoire. Cette manière de conclure force le respect. Trop d’émissions s’éteignent dans l’indifférence ou dans la rancœur. Groland a choisi une autre voie.
Le titre de la soirée, Groland, un dernier conseil, résume parfaitement l’intention. Il s’agit de donner un dernier avis, une dernière recommandation absurde, avant de ranger définitivement les dossiers. Après cela, le pays imaginaire n’aura plus de gouvernement. Plus de président. Plus de ministres. Seulement des archives et des souvenirs.
Ce que cette disparition dit de la télévision d’aujourd’hui
La fin de Groland illustre aussi les difficultés rencontrées par les programmes atypiques. Dans un univers dominé par les audiences mesurées à la seconde près et les algorithmes de recommandation, les univers singuliers peinent parfois à trouver leur place. Ils demandent du temps, de l’attention, une forme de complicité avec le public. Ces conditions sont devenues plus rares.
Pourtant, c’est précisément cette singularité qui a permis à Groland de durer aussi longtemps. Pendant 34 ans, l’émission a prouvé qu’il existait encore un espace pour l’invention pure. Que l’on pouvait créer un pays de toutes pièces et le faire vivre à l’antenne semaine après semaine. Cette leçon reste précieuse, même si le programme s’arrête.
Le message final de Benoît Delépine
Dans ses déclarations, le créateur insiste sur deux points. D’abord, la gratitude envers ceux qui ont suivi l’aventure pendant si longtemps. Ensuite, la conviction que l’esprit du projet ne disparaîtra pas complètement. Le passeport grolandais n’a pas de date de validité. Cette image simple et belle résume bien la philosophie de toute l’équipe.
Il y a une forme de sagesse dans cette manière de conclure. Ni déni, ni dramatisation. Juste l’acceptation que toutes les histoires, même les plus longues, ont une fin. Groland a vécu intensément. Il a fait rire, surpris, parfois agacé. Il a occupé une place à part. Maintenant, il s’apprête à rejoindre la liste des programmes qui ont marqué leur temps avant de s’effacer progressivement des grilles.
Une invitation à regarder une dernière fois
Le 12 décembre 2026 à 21 h 10, ceux qui le souhaitent pourront encore une fois franchir la frontière invisible de la présipauté. Ils assisteront à un dernier conseil des ministres. Ils entendront peut-être pour la dernière fois certaines formules devenues familières. Puis les génériques tourneront, les lumières s’éteindront, et le silence s’installera.
Après cela, il ne restera plus qu’à se souvenir. Se souvenir d’un pays inventé qui a su, pendant 34 ans, parler du vrai monde avec un humour inimitable. Se souvenir d’une équipe qui a tenu le plus longtemps possible. Se souvenir qu’il a existé, un temps, un endroit à la télévision où l’absurde pouvait encore régner en maître.
Au reboir, Groland. Le message est clair, presque tendre. Pas un adieu définitif et froid. Juste un au revoir un peu déformé, fidèle jusqu’au bout à l’esprit du programme. Les Grolandais pourront le garder en mémoire. Et peut-être, un jour, dans un coin de conversation ou dans un vieux sketch retrouvé par hasard, ils souriront à nouveau en pensant à ce petit pays qui n’a jamais vraiment existé, mais qui a tant compté.
La télévision française perd l’un de ses espaces de liberté les plus constants. Elle gagne en même temps un chapitre achevé proprement, sans rancœur ni précipitation. Dans le monde de l’audiovisuel, cette manière de partir n’est pas si fréquente. Groland aura su, jusqu’à la fin, rester fidèle à lui-même. C’est sans doute le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre.
Pendant que les préparatifs de la dernière soirée avancent, l’équipe continue de travailler avec la même exigence. Les textes sont peaufinés. Les costumes sont préparés. Les décors sont montés une dernière fois. Tout le monde sait que ce sera la dernière. Cette conscience change nécessairement la manière d’aborder le travail. Chaque détail prend une importance particulière. Chaque réplique pourrait être la dernière du genre.
Il y a quelque chose de touchant dans cette préparation minutieuse d’un adieu. Comme si l’équipe voulait offrir au public le plus beau des cadeaux d’au revoir. Pas de tristesse ostentatoire. Juste de la précision, de l’humour, et cette capacité unique à transformer même la fin en matière à sketch. C’est peut-être cela, finalement, le vrai héritage de Groland : la conviction que presque tout, y compris la disparition, peut être regardé avec distance et inventivité.
Les semaines qui restent avant le 12 décembre seront sans doute étranges pour ceux qui ont vécu l’émission de l’intérieur. Habitués à penser d’abord au prochain numéro, ils devront progressivement apprendre à penser à autre chose. Benoît Delépine l’a dit lui-même : cette obsession va lui manquer. On imagine sans peine que d’autres membres de l’équipe ressentent la même chose.
Pourtant, il y a aussi une forme de soulagement à savoir que l’aventure s’arrête sur une décision collective et assumée. Pas de grève, pas de conflit ouvert, pas de rumeurs de dernière minute. Juste une date, un titre, et la promesse d’une dernière soirée digne de 34 années de création. Dans le monde parfois chaotique de la télévision, cette clarté a quelque chose de rare et de précieux.
Quand le générique final s’affichera le 12 décembre, beaucoup ressentiront un pincement. Puis la vie continuera. D’autres programmes occuperont les grilles. D’autres humoristes inventeront d’autres formes. Mais pendant très longtemps encore, quand quelqu’un évoquera l’humour absurde à la télévision française, le nom de Groland reviendra naturellement dans la conversation. C’est ainsi que les émissions deviennent des légendes. Elles s’arrêtent un jour. Et pourtant, d’une certaine manière, elles ne s’arrêtent jamais vraiment.









