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Faillite Knaken : Crypto Saisie Vendue 2,2 Millions D’Euros

Les procureurs ont vendu les crypto saisies de Knaken pour 2,2 millions d’euros. Mais 6300 clients réclament 10 à 12 millions. Ce qui reste dans la caisse laisse peu d’espoir… et soulève une question explosive sur la propriété des actifs.

Imaginez déposer de l’argent sur une plateforme pour acheter du bitcoin, voir le solde s’afficher clairement sur votre application, puis découvrir un jour que ces cryptos n’étaient peut-être jamais vraiment à vous. C’est exactement le scénario qui vient de se produire pour des milliers de clients de Knaken. Les procureurs néerlandais viennent de vendre les actifs numériques saisis pour 2,2 millions d’euros. Or les créances des clients s’élèvent, selon le liquidateur, entre 10 et 12 millions. Le fossé est vertigineux. Et il soulève une question qui dépasse largement cette seule faillite : qui détient réellement les cryptos que l’on croit posséder sur une plateforme ?

Une vente qui fixe le sort de milliers de clients

Le 17 août 2026, la nouvelle est tombée. Les autorités néerlandaises ont liquidé les cryptomonnaies confisquées à Knaken. Le produit de la vente s’élève à 2,2 millions d’euros, soit environ 2,5 millions de dollars. Cette somme représente aujourd’hui quasiment tout ce que contient la masse de la faillite. Carl Hamm, le liquidateur nommé par le tribunal, a contacté environ 6300 anciens clients. Son message est clair : il faut revoir ses attentes à la baisse.

Knaken avait cessé ses activités début juin. Les utilisateurs ne pouvaient plus se connecter à l’application. Ils ne pouvaient plus vendre, ni retirer, ni même simplement consulter leurs positions. La plateforme était déjà morte techniquement avant même d’être déclarée en faillite. Le 16 juillet, le tribunal de Rotterdam a prononcé la liquidation. Les procureurs avaient demandé cette mesure dans l’intérêt public, arguant qu’environ 7 millions d’euros de fonds clients étaient introuvables.

Le liquidateur a depuis affiné les chiffres. Selon ses estimations, les clients ont versé entre 10 et 12 millions d’euros sur la plateforme. Face à cela, 2,2 millions seulement sont aujourd’hui disponibles. La différence est abyssale. Et elle s’explique en grande partie par la façon dont Knaken structurait les positions de ses utilisateurs.

Comment Knaken gérait réellement les fonds clients

Carl Hamm a décrit le mécanisme avec une précision qui fait froid dans le dos. Lorsqu’un client déposait 100 euros pour acheter du bitcoin, Knaken prélevait 1 euro de frais. Avec les 99 euros restants, la société achetait une position sur une plateforme d’échange. Mais juridiquement, cette position appartenait à Knaken. Le client ne détenait qu’une créance en euros correspondant à la valeur affichée.

Beaucoup d’utilisateurs pensaient pourtant voir des bitcoins ou des ethereums réellement à leur nom. L’interface montrait des soldes, des graphiques, des quantités. L’illusion de propriété était parfaite. En réalité, ils n’avaient qu’un droit de créance contre la société. Et lorsque la société a fait faillite, ce droit s’est transformé en simple rang de créancier concurrent.

Le liquidateur a ajouté un élément encore plus préoccupant. Knaken ne détenait pas assez de cryptomonnaies pour couvrir l’ensemble des soldes affichés. Les fonds destinés aux investissements et ceux servant aux dépenses de fonctionnement s’étaient mélangés dans « un seul pot ». Cette confusion des patrimoines est l’une des principales raisons du trou actuel.

« Les clients voyaient des quantités de crypto sur leur compte. Mais ces quantités n’étaient pas des actifs individuels. C’était une créance en euros. »

Cette distinction juridique, banale pour un professionnel du droit, a été opaque pour la grande majorité des particuliers. Elle explique pourquoi la vente des actifs saisis a immédiatement déclenché des réactions de colère.

La controverse sur la propriété des cryptos vendues

Plusieurs clients, représentés par des avocats, contestent la légitimité de la vente. Leur argument est simple : si les cryptos appartenaient réellement aux clients, les procureurs n’auraient pas dû les liquider avant de clarifier la question de propriété. Un avocat a résumé la situation par une analogie percutante. Imaginez un garage qui fait faillite alors qu’il détient la voiture d’un client. Le liquidateur vend la voiture et le propriétaire ne récupère rien. Est-ce acceptable ?

Les procureurs ont répondu qu’ils disposaient de motifs valables pour procéder à la vente, sans les détailler. Selon les informations disponibles, ils se sont probablement appuyés sur les règles néerlandaises permettant de liquider des biens saisis susceptibles de perdre de la valeur. Carl Hamm a indiqué comprendre cette décision : « La valeur des cryptomonnaies est totalement imprévisible. »

En convertissant les actifs en euros, les autorités ont fixé définitivement la valeur de ce qui a été saisi. Plus de fluctuation possible. Plus d’espoir de rebond. Les 2,2 millions d’euros sont désormais le plafond de ce que la masse peut redistribuer, sauf découverte d’autres actifs.

La version du dirigeant : un broker, pas un dépositaire

Ronald J., le propriétaire de Knaken, conteste fermement l’analyse du liquidateur. Selon lui, la société fonctionnait comme un broker. Chaque ordre client était transmis à un fournisseur de liquidité avec un identifiant d’ordre, un prix d’exécution et un horodatage. Il affirme que prétendre que l’argent des clients n’avait pas été investi est « purement incorrect et dommageable ».

Il ne reconnaît pas non plus l’estimation de 10 à 12 millions d’euros d’investissements. Il reconnaît cependant qu’une partie de l’exposition des clients n’était pas couverte. Cette nuance est importante. Elle laisse entendre qu’il existait bien un déficit de couverture, même si son ampleur reste contestée.

Ronald J. a également fourni plusieurs années de documents comptables. Ces pièces, selon les informations disponibles, ne montrent pas qu’il se soit personnellement enrichi de manière abusive. Pourtant, le tribunal a entendu qu’environ 2,3 millions d’euros avaient été transférés de Knaken vers une autre société qu’il contrôlait. Il a expliqué que cette structure avait été créée pour séparer les fonctions marketing et opérationnelles. Le liquidateur examine encore ces flux.

Un passé déjà marqué par un pirate informatique

Les difficultés de Knaken ne datent pas de 2026. En 2020, la plateforme a subi un piratage. Vingt-trois bitcoins ont été volés. À l’époque, cela représentait environ 140 000 euros. Ronald J. affirme que l’incident a finalement coûté plusieurs millions à la société, probablement en raison des conséquences indirectes, des coûts de sécurité et de la perte de confiance.

Malgré ce choc, Knaken a continué à accueillir de nouveaux clients. Elle a même signé des partenariats de sponsoring avec plusieurs clubs de football néerlandais : Feyenoord, Sparta, Heracles, Heerenveen, et une collaboration plus brève avec Ajax. Ces associations ont joué un rôle de réassurance pour certains utilisateurs.

Un client, sous le pseudonyme de Henk, a confié que voir des clubs historiques liés à Knaken l’avait rassuré. Aujourd’hui, il qualifie ces partenariats de « vraiment scandaleux ». L’image de respectabilité apportée par le football a masqué, selon lui, les fragilités de la plateforme.

Le contexte réglementaire : MiCA arrivait trop tard

Knaken opérait sans l’autorisation requise de l’Autorité néerlandaise des marchés financiers pour les services crypto couverts. La faillite est intervenue juste après la fin de la période de transition MiCA, le 1er juillet 2026. À partir de cette date, les entreprises qui continuaient à servir des clients sous d’anciens régimes nationaux devaient en principe disposer d’une autorisation de prestataire de services sur crypto-actifs.

MiCA impose des règles strictes en matière de gouvernance, de protection des actifs clients, de transparence et de contrôles opérationnels. Knaken n’était pas dans ce cadre. D’autres acteurs, comme BitPay, ont obtenu leur agrément néerlandais en juillet et peuvent désormais passporting leurs services dans toute l’Union européenne.

La banque centrale néerlandaise a précisé que son contrôle sur Knaken, à l’époque pertinente, concernait uniquement les obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Elle ne vérifiait pas la solvabilité de l’entreprise. Knaken n’avait d’ailleurs pas signalé ses difficultés financières avant l’effondrement.

Ce que révèle cette affaire sur la protection des clients

Le cas Knaken illustre un problème structurel qui dépasse les Pays-Bas. Sur de nombreuses plateformes, le client croit détenir des cryptos. En réalité, il détient souvent une créance. La séparation des actifs n’est pas toujours aussi claire que les interfaces le laissent penser. Lorsque la plateforme tombe, le client se retrouve en concurrence avec d’autres créanciers, y compris parfois le fisc ou les salariés.

La vente anticipée des actifs saisis, justifiée par le risque de dépréciation, a eu pour effet de cristalliser une perte. Si les cryptos avaient été conservées et que le marché avait rebondi, la masse aurait pu être plus importante. À l’inverse, si le marché s’était effondré, la vente aurait protégé la valeur. Le liquidateur a choisi la sécurité. Les clients, eux, ont perdu l’option de l’attente.

Cette décision pose une question plus large : les autorités doivent-elles systématiquement liquider les cryptos saisies, ou existent-il des mécanismes permettant de les conserver sous contrôle tout en protégeant la masse ? Le débat reste ouvert.

Les prochaines étapes pour les 6300 créanciers

Carl Hamm continue d’examiner les comptes, les flux et l’existence éventuelle d’autres actifs récupérables. Il analyse également si des actions en responsabilité peuvent être engagées. Les clients ont été invités à déclarer leurs créances. Le processus sera long. Les distributions, s’il y en a, interviendront probablement dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

Avec 2,2 millions d’euros face à 10 ou 12 millions de créances, le taux de recouvrement sera nécessairement faible, sauf découverte d’actifs supplémentaires. Les clients qui pensaient détenir des bitcoins ou des ethereums se retrouvent avec une simple créance concurrente. C’est la réalité juridique d’une structure où la propriété n’avait jamais été transférée.

Ronald J. maintient que la plupart des positions étaient couvertes via le fournisseur de liquidité. Le liquidateur, lui, constate un déficit. Entre ces deux versions, les pièces comptables et les registres d’ordres trancheront. En attendant, les clients attendent. Et beaucoup d’entre eux ont appris, à leurs dépens, qu’un solde affiché sur un écran n’équivaut pas nécessairement à une propriété réelle.

Une leçon pour l’ensemble du secteur crypto européen

L’affaire Knaken intervient à un moment charnière. MiCA est désormais pleinement applicable. Les prestataires de services sur crypto-actifs doivent prouver qu’ils séparent les actifs clients, qu’ils disposent de fonds propres adaptés et qu’ils sont capables de restituer les positions en cas de difficulté. Les plateformes qui n’ont pas anticipé ces exigences se retrouvent exposées.

Pour les utilisateurs, le message est tout aussi clair. Vérifier l’agrément d’une plateforme, comprendre le statut juridique exact des actifs affichés, et ne jamais considérer un solde d’application comme une possession pleine et entière. Les partenariats avec des clubs de football, les interfaces soignées et les graphiques en temps réel ne constituent pas une garantie de solidité.

Knaken n’est pas le premier cas de plateforme crypto en difficulté en Europe. Elle ne sera probablement pas le dernier. Mais elle offre un exemple particulièrement net de ce qui se passe lorsque la confusion entre créance et propriété rencontre une faillite et une vente forcée d’actifs. Les 2,2 millions d’euros récupérés sont désormais le seul filet de sécurité pour des milliers de clients. Le reste s’est volatilisé dans le « pot unique » décrit par le liquidateur, dans les frais de fonctionnement, dans les pertes passées et dans l’absence de couverture intégrale.

Pendant que le liquidateur continue son travail, une question reste suspendue : combien d’autres plateformes fonctionnent encore selon des modèles similaires, où le client croit posséder des cryptos alors qu’il ne détient qu’une promesse de valeur en euros ? La réponse à cette question déterminera en partie la confiance que les particuliers accorderont encore au secteur dans les années à venir.

Les 6300 clients de Knaken, eux, n’ont plus qu’à attendre les conclusions du liquidateur. Leur argent, ou ce qu’il en reste, est désormais converti en euros et placé sous le contrôle de la justice. L’illusion de possession s’est dissipée. Il ne reste plus que la réalité d’une créance et d’un taux de recouvrement qui s’annonce très faible.

Cette histoire n’est pas seulement celle d’une plateforme néerlandaise. C’est celle d’un modèle de distribution de services crypto qui a longtemps reposé sur l’opacité relative des relations juridiques. MiCA vise à corriger ces faiblesses. L’affaire Knaken montre pourquoi cette correction était nécessaire. Et pourquoi, pour des milliers de personnes, elle est arrivée trop tard.

Dans les mois qui viennent, le liquidateur publiera probablement de nouveaux rapports. Les clients sauront alors avec plus de précision ce qu’ils peuvent espérer récupérer. En attendant, le chiffre de 2,2 millions d’euros reste gravé. Il symbolise à la fois la fin d’une plateforme et le prix de la confiance accordée à un solde numérique qui n’était, en définitive, qu’une écriture comptable.

Les procureurs ont agi. Le liquidateur travaille. Les clients attendent. Et le secteur crypto européen observe, sachant que chaque faillite de ce type renforce la pression réglementaire et affaiblit un peu plus la confiance des particuliers. Knaken n’est qu’un nom parmi d’autres. Mais les 2,2 millions d’euros vendus et les 10 à 12 millions réclamés resteront longtemps comme un rappel brutal : sur une plateforme, voir n’est pas toujours posséder.

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