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Etoro Rachete Tradezero Face Au Recul Crypto De 73%

Etoro mise 231 millions sur TradeZero alors que ses échanges crypto s’effondrent de 73 %. Derrière cette opération se cache une stratégie bien plus large sur le marché américain… et quelques surprises dans les chiffres.

Qui aurait cru qu’un géant du trading social continuerait à renforcer son empreinte aux États-Unis alors que l’activité crypto de ses propres utilisateurs s’effondre de 73 % en un an ? C’est exactement le paradoxe que révèle l’annonce d’aujourd’hui. Pendant que les volumes de cryptomonnaies plongent, eToro sort le carnet de chèques pour s’offrir TradeZero, un courtier spécialisé dans le trading actif d’actions et d’options. Une opération qui dit beaucoup plus sur l’avenir de la plateforme que sur le simple prix de l’acquisition.

Une opération stratégique au cœur du marché américain

eToro a officialisé ce mardi son intention de racheter TradeZero pour un montant pouvant atteindre 231 millions de dollars. Le montage combine du cash et jusqu’à 2,5 millions de nouvelles actions de classe A. La transaction reste soumise aux approbations réglementaires habituelles et devrait être finalisée au cours du premier semestre 2027. Derrière les chiffres se dessine une ambition claire : accélérer la construction d’une présence solide sur le marché américain, historiquement moins central dans le modèle d’eToro que l’Europe ou le Royaume-Uni.

TradeZero n’est pas un acteur anonyme. Fondée en 2015, la société s’est spécialisée dans les traders actifs aux États-Unis, au Canada et sur plusieurs marchés internationaux. Ses plateformes offrent des outils pensés pour les utilisateurs intensifs : accès aux séances de trading prolongées, outils de vente à découvert, scanners de marché et exécution d’options. Sur les douze mois clos au 30 juin 2026, TradeZero a généré environ 80 millions de dollars de revenus avec une marge brute de 81 %. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes pour un courtier de cette taille.

Yoni Assia, cofondateur et PDG d’eToro, a résumé l’esprit de l’opération en déclarant que cette acquisition représentait une étape importante dans la construction de l’activité américaine de la société. Selon lui, le rapprochement des deux entités doit permettre d’accélérer le lancement de nouveaux produits destinés aux clients basés aux États-Unis. L’intégration de l’infrastructure de courtage de TradeZero et de sa base de clients actifs apparaît comme un levier concret pour densifier l’offre locale.

Pourquoi TradeZero intéresse eToro en ce moment précis

Le timing n’est pas anodin. Alors que l’activité crypto ralentit fortement, eToro observe simultanément une rotation claire de ses utilisateurs vers les actions et les matières premières. Plus de 60 % des clients qui avaient négocié des commodities au cours des deux trimestres précédents se sont tournés vers les actions au deuxième trimestre. Près de neuf utilisateurs sur dix ayant effectué ce basculement avaient également déjà échangé des cryptomonnaies sur la plateforme. Ce chevauchement montre que les clients ne disparaissent pas : ils réallouent simplement leur capital.

Dans ce contexte, disposer d’une infrastructure de courtage américaine déjà opérationnelle et orientée vers les traders actifs devient un atout décisif. TradeZero apporte non seulement des clients, mais aussi une technologie et une expérience utilisateur taillées pour le trading intensif. eToro peut ainsi accélérer son offre d’actions et d’options sans devoir reconstruire l’ensemble de la chaîne technique depuis zéro.

Les conseillers de l’opération reflètent également le sérieux du dossier. Jefferies agit comme conseiller financier exclusif d’eToro, tandis que Simpson Thacher & Bartlett assure le rôle de conseil juridique principal. Du côté de TradeZero, J.P. Morgan Securities et Choate, Hall & Stewart ont accompagné le processus. Ce niveau d’accompagnement confirme que l’opération a été préparée avec soin.

Les chiffres du deuxième trimestre dessinent un paysage contrasté

L’annonce de l’acquisition a coïncidé avec la publication des résultats du deuxième trimestre. eToro a enregistré un bénéfice ajusté de 0,68 dollar par action, supérieur aux attentes des analystes qui tablaient sur 0,61 dollar. Le revenu net de trading issu des actions, des matières premières et des devises a progressé de 24 % sur un an pour atteindre 141,6 millions de dollars, porté principalement par les actions.

En revanche, le volet crypto a continué de s’affaiblir. Le chiffre d’affaires total s’est établi à 1,59 milliard de dollars contre environ 2 milliards un an plus tôt. La part attribuée aux actifs crypto est tombée à 1,34 milliard de dollars, contre 1,9 milliard précédemment. Comme eToro comptabilise les revenus crypto sur une base brute, une large partie de ce montant est neutralisée par le coût d’acquisition des actifs. Le coût de revient lié au crypto a atteint environ 1,35 milliard de dollars, laissant un résultat net crypto de seulement 19,7 millions de dollars.

Le résultat net global de la société s’est établi à 53,4 millions de dollars. Ces données confirment que la rentabilité repose aujourd’hui davantage sur les actifs traditionnels que sur les cryptomonnaies. La rotation des clients vers les actions apparaît donc non seulement comme une tendance de comportement, mais aussi comme un facteur de stabilisation financière.

La chute spectaculaire de l’activité crypto en juillet

Les données de juillet ont accentué le diagnostic. eToro a enregistré environ 1,4 million de transactions cryptographiques sur le mois, soit une baisse de 73 % par rapport à la même période de l’année précédente. Le montant investi dans les cryptomonnaies a quant à lui diminué de 50 %. Ces chiffres interviennent après une série de signaux déjà négatifs observés plus tôt dans l’année.

En avril, le nombre de trades crypto était déjà en recul de 32 % sur un an, à 2 millions, tandis que le montant moyen investi par transaction baissait de 22 % pour s’établir à 207 dollars. Au premier trimestre, le profit généré par le crypto n’avait atteint que 13 millions de dollars, contre 46 millions un an plus tôt. Malgré cela, le résultat net global de la société avait progressé de 37 % pour atteindre 82 millions de dollars. La résilience vient clairement d’ailleurs.

Les actifs sous administration ont continué de croître. Ils s’élevaient à 17 milliards de dollars fin mars, en hausse de 15 % sur un an, et ont encore progressé pour atteindre 18,7 milliards en avril. Le nombre de comptes financés a augmenté de 12 % pour s’établir à 4,02 millions. Ces indicateurs montrent que la plateforme conserve une capacité d’attraction et de rétention, même lorsque l’appétit pour le crypto s’affaiblit.

eToro continue d’investir dans les infrastructures crypto

La baisse d’activité n’a pas freiné les investissements structurels. Fin avril, eToro a finalisé l’acquisition de Zengo, un fournisseur de portefeuille crypto en autocustodie qui utilise la technologie de calcul multipartite plutôt que les phrases de récupération classiques. L’objectif affiché est de mieux relier les produits financiers traditionnels de la plateforme aux infrastructures on-chain.

Plus tôt dans l’année, eToro a également activé sa BitLicense pour proposer le trading de cryptomonnaies dans l’État de New York. L’offre globale dépasse désormais 150 actifs, dont plus de 100 accessibles aux clients américains. En juillet, la société a dirigé un investissement stratégique de 12,5 millions de dollars dans Extended, une plateforme décentralisée de contrats perpétuels, en partenariat avec Jump Crypto. Extended s’appuie sur la technologie StarkEx de StarkWare et a ouvert le trading à tous les utilisateurs fin 2024.

Ces mouvements montrent qu’eToro ne renonce pas au crypto. La société cherche plutôt à positionner ses clients sur des infrastructures plus sophistiquées et à diversifier les points d’entrée vers les marchés numériques. L’acquisition de Zengo et le soutien à Extended illustrent une volonté de contrôler davantage la chaîne de valeur, de la détention des actifs jusqu’aux produits dérivés on-chain.

La tokenisation des actions : un autre chantier parallèle

Parallèlement à ses efforts crypto, eToro a multiplié les initiatives autour de la tokenisation. En juillet 2025, la société a annoncé son intention d’émettre des versions tokenisées d’actions américaines cotées sur Ethereum, tout en proposant le trading 24/5 sur une sélection de 100 actions et ETF américains. Un travail avec CME Group sur des futures cotés au comptant a également été évoqué.

Le modèle envisagé permettrait aux utilisateurs de déplacer des tokens d’actions supportés vers Ethereum et de les racheter contre les positions sous-jacentes détenues via eToro. Yoni Assia avait alors indiqué que la société comptait commencer par les actions dans le cadre de ses travaux sur la tokenisation. Cette orientation prolonge des initiatives plus anciennes, notamment l’acquisition en 2019 de la société danoise Firmo et le lancement ultérieur de versions tokenisées d’or, d’argent et de devises fiat.

La combinaison de ces chantiers – acquisition de TradeZero, renforcement de l’offre actions américaine, tokenisation et infrastructures on-chain – dessine une stratégie de plateforme complète. eToro ne se contente plus de proposer un accès aux marchés : la société cherche à contrôler les rails techniques, les outils de trading avancés et les passerelles entre finance traditionnelle et finance décentralisée.

Ce que révèle le comportement des utilisateurs

Les données fournies par la direction financière sont particulièrement instructives. Meron Shani, directrice financière, a souligné que près de neuf utilisateurs sur dix ayant basculé des matières premières vers les actions avaient également échangé des cryptomonnaies. Ce chevauchement montre que la base de clients d’eToro est multi-actifs par nature. Les utilisateurs ne quittent pas nécessairement la plateforme lorsqu’ils réduisent leur exposition crypto : ils réallouent simplement leur capital vers d’autres classes d’actifs disponibles.

Cette flexibilité constitue un avantage compétitif. Dans un environnement où les cycles de marché se succèdent rapidement, la capacité à retenir les clients en leur proposant des alternatives liquides et accessibles devient déterminante. L’acquisition de TradeZero renforce précisément cette capacité en apportant des outils plus sophistiqués pour les traders actifs d’actions et d’options.

On assiste donc à une forme de mutation progressive du modèle. eToro, longtemps perçu comme une plateforme crypto-friendly à forte dimension sociale, consolide désormais son positionnement multi-actifs en s’appuyant sur des infrastructures de courtage plus robustes aux États-Unis. La baisse temporaire de l’activité crypto n’apparaît plus comme une menace existentielle, mais comme un moment de réallocation interne.

Les enjeux réglementaires de la transaction

La finalisation de l’acquisition reste conditionnée aux approbations réglementaires. Aux États-Unis, le rachat d’un courtier implique un examen attentif des autorités compétentes. eToro a déjà franchi plusieurs étapes importantes ces dernières années, notamment l’obtention de la BitLicense pour opérer à New York. L’intégration de TradeZero nécessitera néanmoins une coordination fine pour aligner les licences, les contrôles internes et les processus de conformité.

Le calendrier annoncé – premier semestre 2027 – laisse une marge de manœuvre confortable pour mener à bien ces démarches. Il permet également à eToro de préparer l’intégration opérationnelle sans précipitation. L’objectif n’est pas seulement d’ajouter un portefeuille de clients, mais de fusionner des cultures de trading et des infrastructures techniques de manière cohérente.

Dans un marché américain où la concurrence entre courtiers en ligne reste vive, la capacité à proposer une expérience unifiée – actions, options, crypto, produits tokenisés – pourrait devenir un facteur différenciant. TradeZero apporte précisément les briques manquantes pour densifier l’offre destinée aux traders actifs.

Une stratégie de diversification assumée

En observant l’ensemble des mouvements récents, on constate qu’eToro mène plusieurs fronts en parallèle. D’un côté, la société renforce son offre traditionnelle via l’acquisition de TradeZero et le développement du trading d’actions. De l’autre, elle continue d’investir dans les infrastructures crypto et dans la tokenisation. Cette double approche réduit la dépendance à un seul cycle de marché.

Les chiffres de juillet, avec une chute de 73 % des trades crypto, auraient pu alimenter un discours de repli. Au lieu de cela, eToro annonce simultanément un renforcement de sa présence américaine et poursuit ses investissements dans l’écosystème on-chain. Le message est clair : la plateforme se construit pour traverser les cycles plutôt que pour en dépendre.

Cette posture s’observe également dans la structure des revenus. Même si le crypto représente encore une part importante du chiffre d’affaires brut, la contribution nette est devenue secondaire. Les 141 millions de dollars de revenus nets générés par les actions, commodities et devises au deuxième trimestre pèsent désormais plus lourd dans la rentabilité que les 19,7 millions issus du crypto. La rotation des utilisateurs vers les actions n’est donc pas seulement un changement de comportement : elle transforme progressivement le profil de résultat de la société.

Les implications pour les clients américains

Pour les utilisateurs basés aux États-Unis, l’acquisition pourrait se traduire par une accélération de l’offre de produits. eToro dispose déjà d’une plateforme américaine depuis 2019. L’arrivée de TradeZero devrait permettre d’enrichir les outils disponibles pour les traders plus actifs : exécution d’options plus sophistiquée, accès aux séances prolongées, scanners de marché et fonctionnalités de vente à découvert.

La combinaison des deux bases de clients ouvre également des perspectives de cross-selling. Les utilisateurs de TradeZero pourraient découvrir l’univers multi-actifs d’eToro, tandis que les clients existants d’eToro bénéficieraient d’outils plus avancés pour le trading d’actions. L’intégration, si elle est bien menée, pourrait créer une offre plus complète que ce que chacune des deux sociétés proposait isolément.

Reste à voir comment se déroulera concrètement la fusion des plateformes et des cultures. Les traders actifs ont souvent des attentes élevées en matière de rapidité d’exécution, de fiabilité des outils et de transparence des frais. eToro devra veiller à préserver ces standards tout en intégrant les nouvelles fonctionnalités dans son écosystème global.

Un regard plus large sur le marché du courtage en ligne

L’opération s’inscrit dans un mouvement plus large de consolidation et de diversification au sein du courtage en ligne. De nombreux acteurs cherchent à réduire leur dépendance aux cycles crypto tout en consolidant leur présence sur les marchés actions et options. L’acquisition de TradeZero par eToro illustre cette tendance de manière particulièrement nette.

Dans le même temps, les initiatives de tokenisation et d’intégration on-chain montrent que la frontière entre finance traditionnelle et finance décentralisée continue de s’estomper. eToro se positionne à l’intersection de ces deux univers, en cherchant à offrir à ses clients un accès fluide aux deux mondes. Cette ambition n’est pas sans défis techniques et réglementaires, mais elle correspond à une évolution structurelle des attentes des utilisateurs.

Les chiffres de juillet rappellent que les cycles crypto restent violents. Une baisse de 73 % des volumes en un an n’est pas anodine. Pourtant, la capacité d’eToro à compenser cette baisse par une progression des revenus liés aux actions et par une croissance des actifs sous administration montre une certaine maturité organisationnelle. La société ne dépend plus exclusivement de l’engouement spéculatif autour des actifs numériques.

Ce qu’il faut retenir de cette double annonce

L’acquisition de TradeZero et la publication des résultats du deuxième trimestre offrent une photographie intéressante de la trajectoire d’eToro. D’un côté, une activité crypto en fort recul, avec des volumes en chute libre et une contribution nette devenue secondaire. De l’autre, une stratégie offensive de consolidation sur le marché américain des actions et des options, appuyée par des investissements continus dans les infrastructures crypto et la tokenisation.

Le montant de 231 millions de dollars, pour une société générant 80 millions de revenus avec une marge brute de 81 %, apparaît cohérent avec l’ambition affichée. eToro n’achète pas seulement un chiffre d’affaires : la société s’offre une base de clients actifs, une infrastructure de courtage américaine et un accélérateur pour le lancement de nouveaux produits. Le calendrier de finalisation en 2027 laisse le temps nécessaire aux autorités de se prononcer et à l’intégration de se préparer.

Dans un environnement où les utilisateurs réallouent rapidement leur capital d’une classe d’actifs à une autre, la capacité à proposer une offre multi-actifs complète devient un avantage concurrentiel. eToro semble avoir compris cette réalité. La baisse spectaculaire des trades crypto ne l’a pas conduit à un repli, mais à une accélération de sa diversification. C’est peut-être le signal le plus intéressant de cette actualité.

Les prochains mois permettront de mesurer la solidité de cette stratégie. Les volumes crypto continueront-ils de baisser ou se stabiliseront-ils ? L’intégration de TradeZero se déroulera-t-elle sans friction ? Les produits tokenisés trouveront-ils leur public ? Autant de questions qui resteront ouvertes jusqu’à la finalisation de l’opération et à la publication des prochains résultats. Une chose est déjà certaine : eToro a choisi de jouer sur plusieurs tableaux plutôt que de parier uniquement sur le retour de l’euphorie crypto.

Cette approche pragmatique pourrait bien définir la prochaine phase de développement de la plateforme. En consolidant son offre actions aux États-Unis tout en maintenant ses investissements dans les infrastructures numériques, eToro se positionne pour traverser les cycles plutôt que pour les subir. Dans un secteur où les retournements de marché sont fréquents et brutaux, cette capacité d’adaptation pourrait s’avérer déterminante.

L’histoire de TradeZero, de ses 80 millions de revenus et de sa marge élevée, rencontre désormais celle d’eToro, qui gère plus de 18 milliards d’actifs sous administration et plusieurs millions de comptes financés. Le mariage des deux cultures – trading social multi-actifs d’un côté, outils de trading actif de l’autre – pourrait créer une plateforme plus robuste et plus diversifiée. Reste à savoir si l’exécution suivra l’ambition. Pour l’instant, les intentions sont claires et les moyens financiers sont mobilisés.

Dans les semaines et les mois à venir, les regards se porteront naturellement sur les prochaines publications de volumes et sur l’avancement du processus réglementaire. Mais dès aujourd’hui, l’annonce marque un tournant. eToro ne se contente plus de subir la baisse de l’activité crypto : la société transforme ce moment en opportunité de consolidation et de diversification. Une posture qui, si elle est bien exécutée, pourrait renforcer durablement sa position sur le marché américain du courtage en ligne.

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