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États-Unis Coulent Un Troisième Bateau Présumé Narco Au Large

Au large de l’Équateur, un troisième bateau présumé lié au narcotrafic a été coulé. À Manta, les familles attendent des nouvelles. Ce qui s’est passé ensuite change tout.

Une troisième embarcation a disparu sous les flots au large des côtes équatoriennes. L’armée américaine affirme qu’elle servait de relais au narcotrafic. Dans le port de Manta, des pêcheurs et leurs familles jurent n’avoir rien à voir avec les cartels. Entre une vidéo de destruction, des équipages remis aux autorités et des disparus plus anciens, le récit laisse peu de place à l’indifférence.

Une nouvelle frappe au large de l’Équateur

Les États-Unis ont coulé une embarcation au large de l’Équateur en raison de ses liens présumés avec le narcotrafic. C’est la troisième en une semaine. L’annonce a suscité l’inquiétude des habitants et d’organisations de défense des droits humains. Le geste s’inscrit dans une campagne déjà ancienne, mais chaque nouveau bateau ravive la même question : qui se trouve vraiment à bord ?

L’administration Trump a lancé il y a un an une campagne de frappes aériennes, dans le Pacifique oriental et la mer des Caraïbes, contre des chaloupes présumées appartenir à des trafiquants de drogue. Ces opérations ont fait plus de 200 morts. Le chiffre, tel qu’il est rapporté, pèse sur la lecture de chaque interception récente. Il ne s’agit plus d’un incident isolé, mais d’une série.

Dans le port de pêche de Manta, au sud-ouest du pays, d’où sont partis les bateaux interceptés cette semaine, des pêcheurs et leurs familles ont assuré n’avoir aucun lien avec le narcotrafic. Ils remettent en cause les opérations antidrogue américaines. La peur n’est pas abstraite. Elle se dit à voix basse devant la capitainerie, là où l’on vient chercher des nouvelles.

Nous avons tous peur qu’il nous arrive quelque chose.

Fausto Soza, devant la capitainerie de Manta

Fausto Soza le confie alors que les familles de pêcheurs viennent chercher des informations, sans contact avec leurs proches. Le pêcheur assure que, depuis deux mois, il n’ose plus sortir en mer. Cette phrase simple dessine un port à l’arrêt, ou presque : des hommes qui vivent de la pêche, et qui désormais hésitent à quitter le quai.

Ce que l’armée américaine a annoncé jeudi soir

Jeudi soir, le Commandement Sud américain, le Southcom, a annoncé avoir mené une opération militaire contre une embarcation qui servait selon lui de station de ravitaillement au gang équatorien Los Choneros. L’expression n’est pas anodine. Elle présente le bateau non comme une simple chaloupe de pêche, mais comme un maillon logistique.

Le bateau a été intercepté par un navire militaire, aidé d’un hélicoptère, qui l’a abordé, puis l’a fait exploser et couler. Une vidéo divulguée par l’armée américaine montre aussi une immense colonne de fumée s’élevant du site. L’image est brute : abordage, destruction, fumée. Elle sert de preuve visuelle de l’opération, tout en alimentant l’angoisse à terre.

Le Commandement Sud a indiqué que les membres de l’équipage avaient été transférés en toute sécurité aux autorités équatoriennes avant la destruction du bateau. Ce point distingue, selon Washington, cette interception des frappes plus anciennes évoquées par des organisations de défense des droits humains. Ici, l’armée affirme que les hommes ont quitté le navire avant qu’il ne soit coulé.

En une semaine

Trois embarcations coulées au large de l’Équateur, selon les annonces américaines, dont deux autres présumées appartenir également à Los Choneros.

Los Choneros et le lien évoqué avec Sinaloa

C’est la troisième embarcation ainsi coulée en une semaine, après deux autres présumées appartenir également à Los Choneros. L’armée américaine présente ce gang comme lié à l’important cartel mexicain de Sinaloa. Los Choneros n’est donc pas décrit comme un groupe isolé, mais comme un acteur branché sur une filière plus vaste.

Cette lecture militaire place l’Équateur sur une route. La cocaïne produite dans les pays voisins, la Colombie et le Pérou, part depuis les ports sur le Pacifique. Manta apparaît dans ce récit comme un point de départ possible, ce que les pêcheurs locaux contestent pour ce qui les concerne personnellement.

Le mot « présumé » revient sans cesse. Liens présumés. Bateaux présumés appartenir. Gang lié selon l’armée américaine. Le vocabulaire officiel laisse une marge : l’accusation est ferme dans l’acte, plus prudente dans la qualification juridique publique. Pour les familles, cette nuance ne calme pas l’attente.

À Manta, la peur des quais

Manta n’est pas seulement un nom sur une carte opérationnelle. C’est un port de pêche d’où sont partis les bateaux interceptés cette semaine. Vendredi, pêcheurs et familles ont assuré n’avoir aucun lien avec le narcotrafic. Ils remettent en cause les opérations antidrogue américaines. Le décalage est total entre le récit du Commandement Sud et celui du quai.

Devant la capitainerie, on cherche des informations. On n’a plus de contact avec les proches. Fausto Soza dit la peur collective. Il dit aussi l’arrêt de la mer : depuis deux mois, il n’ose plus sortir. Deux mois, ce n’est pas une rumeur d’un soir. C’est une activité professionnelle suspendue par la crainte d’être pris pour cible, à tort ou à raison.

La capitainerie devient un lieu d’attente. On y va comme on va aux nouvelles. On y reste. On y répète les mêmes questions. Qui était à bord. Qui a été remis. Qui rentre. Qui manque encore. L’actualité militaire se traduit ici en listes de prénoms et en silences téléphoniques.

Des disparus plus anciens et une ONG

En juillet, l’ONG Human Rights Watch avait affirmé que trois embarcations avaient été attaquées par les forces américaines au large de l’Équateur, faisant au moins huit disparus, ce que nie Washington. Cette séquence antérieure n’est pas la même que celle de cette semaine, mais elle habite encore les familles.

Je ne sais même plus quoi faire (…) Je ne mange pas, je ne dors pas en pensant à mon fils, je veux qu’on me le rende.

Maria Cueva, mère d’un disparu de 25 ans

Maria Cueva parle en pleurs. Son fils de 25 ans fait partie des personnes portées disparues. Sa phrase ne commente pas une stratégie régionale. Elle demande un fils. Dans le même port où l’on apprend maintenant le retour d’équipages, d’autres attendent encore une réponse que Washington conteste dans sa version des faits de juillet.

Le démenti américain porte sur cette affirmation de l’ONG. Il n’efface pas la douleur exprimée à Manta. Deux récits coexistent : celui des opérations contre des narcotrafiquants présumés, celui des disparitions dénoncées par une organisation de défense des droits humains. L’article de faits les place l’un à côté de l’autre, sans les fusionner.

Cette semaine, pas de morts signalés

Dans les attaques menées cette semaine, les autorités n’ont pas signalé de morts. Cette précision compte. Elle sépare la séquence actuelle de la campagne plus large qui, depuis un an, a fait plus de 200 morts selon le récit rappelé plus haut. Ici, le discours officiel insiste sur le transfert des équipages avant destruction.

Ce vendredi, la Marine équatorienne a confirmé avoir transféré à Manta 28 membres d’équipage des embarcations coulées mercredi et jeudi, remis par les États-Unis. Neuf autres membres d’équipage sont en train de rentrer en Équateur à bord d’une autre embarcation, a ajouté la Marine. Les chiffres donnent un visage concret à « transférés en toute sécurité ».

28
membres d’équipage transférés à Manta
9
autres en train de rentrer à bord d’une autre embarcation

La nouvelle de leur retour a rendu un certain calme aux familles de pêcheurs. Le mot « certain » est important. Le calme n’efface pas la semaine, ni les deux mois de peur de Fausto Soza, ni les disparus dont parle Maria Cueva. Il dit seulement que, pour ces équipages-là, l’attente s’est brisée.

Nos pêcheurs arrivent (…) ils sont en vie, ils vont bien.

Ginger Reyes, 35 ans, épouse du capitaine de l’un des navires

Ginger Reyes, 35 ans, épouse du capitaine de l’un des navires, le dit à voix haute. La phrase circule comme un soulagement. « Ils sont en vie. » Après une vidéo de bateau explosé et une colonne de fumée, ces quatre mots recollent un peu le quotidien du port.

Noboa, Washington et le Bouclier des Amériques

Avec le soutien des États-Unis, le président équatorien Daniel Noboa mène une guerre contre le narcotrafic et a fait entrer son pays dans le Bouclier des Amériques, coalition antidrogue d’une vingtaine d’États d’Amérique latine et des Caraïbes, dirigée par le président Trump. L’alignement politique est clair : Quito et Washington parlent le même langage de confrontation.

Mais la guerre frontale contre le crime organisé de M. Noboa n’a pas réussi à faire diminuer la violence en Équateur. Le constat est net. La coalition, les frappes, les interceptations en mer n’ont pas, d’après ce bilan, fait reculer la violence intérieure. Le pays reste une voie de sortie pour la cocaïne produite en Colombie et au Pérou.

L’an dernier, le taux d’homicides du pays a été le plus élevé d’Amérique du Sud : 51 pour 100.000 habitants. Ce chiffre donne une échelle. Il explique pourquoi le thème du narcotrafic domine le débat public équatorien. Il n’explique pas, à lui seul, pourquoi un pêcheur de Manta refuse désormais de prendre la mer.

Ce que montre la vidéo militaire

La vidéo divulguée par l’armée américaine n’est pas un détail. Elle montre l’interception, l’abordage avec l’appui d’un hélicoptère, puis l’explosion et le naufrage provoqué. Elle montre aussi une immense colonne de fumée. Pour l’état-major, c’est la démonstration d’une opération maîtrisée. Pour un port qui vit de ses bateaux, c’est une image qui reste.

Le bateau est décrit comme une station de ravitaillement. Le terme oriente l’interprétation : pas seulement un transport, un appui. Los Choneros serait ainsi servi en mer, selon cette version. Les pêcheurs de Manta, eux, parlent d’hommes partis travailler, de familles sans nouvelles, puis d’hommes qui reviennent.

Avant la destruction, les membres d’équipage ont été remis aux autorités équatoriennes, selon le Commandement Sud. La Marine équatorienne a ensuite confirmé les transferts vers Manta. La chaîne officielle est donc : interception américaine, remise, destruction du navire, accueil à terre. Cette chaîne est celle de mercredi et jeudi, pas celle des disparitions évoquées pour juillet.

Droits humains et inquiétude locale

L’inquiétude des habitants se double de celle d’organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch, en juillet, avait parlé de trois embarcations attaquées au large de l’Équateur et d’au moins huit disparus. Washington nie. Cette contradiction reste ouverte. Elle n’est pas tranchée par le retour des 28 plus les 9 de cette semaine.

Les familles viennent à la capitainerie parce que le téléphone ne répond plus. Elles viennent aussi parce que la mer, depuis les frappes, n’est plus seulement un lieu de travail. Elle est devenue un théâtre d’opérations. Quand un État étranger coule un bateau au large, même en remettant l’équipage, le quotidien des pêcheurs bascule.

Fausto Soza ne parle pas de coalition. Il parle de peur. Maria Cueva ne parle pas de cartel de Sinaloa. Elle parle de son fils de 25 ans. Ginger Reyes ne parle pas de station de ravitaillement. Elle dit que les pêcheurs arrivent, qu’ils sont en vie, qu’ils vont bien. Trois voix, trois distances par rapport au communiqué du Southcom.

Une campagne d’un an, un bilan lourd

Il y a un an, la campagne de frappes aériennes a commencé dans le Pacifique oriental et la mer des Caraïbes. Cible affichée : des chaloupes présumées appartenir à des trafiquants de drogue. Bilan rappelé : plus de 200 morts. La troisième embarcation coulée en une semaine au large de l’Équateur s’ajoute à cette ligne du temps, même si, cette fois, aucun mort n’a été signalé pour les actions de la semaine.

La distinction temporelle est essentielle pour rester fidèle aux faits. D’un côté, une campagne annuelle et un bilan humain élevé. De l’autre, trois bateaux en sept jours, des équipages remis, une vidéo de destruction, un port sous tension. Relier les deux sans les confondre, c’est la seule manière de raconter la séquence sans la déformer.

Les frappes visent des routes. Le Pacifique oriental borde l’Équateur. Les ports du Pacifique voient partir la cocaïne des Andes voisines. Dans ce schéma, Los Choneros devient un nom récurrent. Le cartel de Sinaloa devient le horizon mexicain de l’accusation américaine. Rien de tout cela n’est un jugement de tribunal dans le texte officiel : c’est le cadre que pose l’armée.

Le retour à Manta et le calme fragile

Vendredi, Manta a vu rentrer 28 hommes. Neuf autres étaient encore en mer, mais en route, à bord d’une autre embarcation. La Marine équatorienne l’a confirmé. Les familles ont repris leur souffle. Ginger Reyes a pu dire que le capitaine et les siens étaient vivants. Le port a retrouvé un peu de voix.

Ce calme ne dit pas que la contestation des opérations a disparu. Les pêcheurs ont assuré n’avoir aucun lien avec le narcotrafic. Ils remettent en cause les opérations antidrogue américaines. Le retour des hommes peut même renforcer cette contestation : si ce sont des pêcheurs qui reviennent, demandent-ils, pourquoi avoir coulé les bateaux ?

L’armée répond par la fonction présumée du navire : ravitaillement pour Los Choneros. Deux lectures d’un même objet. Un bateau de travail pour les uns. Une station pour un gang pour les autres. Entre les deux, une explosion filmée et une colonne de fumée.

Violence intérieure, mer sous surveillance

Daniel Noboa a choisi la guerre frontale contre le crime organisé. Il a choisi aussi le Bouclier des Amériques, aux côtés d’une vingtaine d’États, sous l’impulsion de Donald Trump. Le soutien américain n’est pas seulement diplomatique : il est opérationnel, visible, filmé.

Cette guerre n’a pas fait diminuer la violence en Équateur. Le taux d’homicides de l’an dernier, 51 pour 100.000 habitants, le plus élevé d’Amérique du Sud, reste le marqueur. Sur terre, les homicides. En mer, les interceptations. Les deux scènes communiquent dans le discours politique. Elles ne se résolvent pas l’une par l’autre.

Les habitants de Manta vivent à la jointure. Ils voient partir des bateaux. Ils voient revenir des hommes, ou non. Ils entendent parler de Los Choneros et de Sinaloa. Ils disent qu’ils sont pêcheurs. Ils ont peur qu’il leur arrive quelque chose. Depuis deux mois, certains ne sortent plus.

Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

On sait qu’une troisième embarcation a été coulée en une semaine au large de l’Équateur. On sait que le Southcom la décrit comme une station de ravitaillement de Los Choneros. On sait qu’un navire militaire et un hélicoptère ont participé à l’abordage. On sait qu’une vidéo montre l’explosion et la fumée. On sait que l’équipage a été, selon l’armée américaine, remis sain et sauf aux autorités équatoriennes.

On sait que deux autres bateaux de la même semaine sont présumés appartenir aussi à Los Choneros. On sait que 28 membres d’équipage ont été transférés à Manta et que neuf autres rentraient. On sait qu’aucun mort n’a été signalé pour ces attaques de la semaine. On sait que des pêcheurs contestent le lien avec le narcotrafic.

On sait qu’en juillet, Human Rights Watch a parlé de trois embarcations attaquées et d’au moins huit disparus, et que Washington nie. On sait qu’une mère, Maria Cueva, réclame son fils de 25 ans. On sait que le pays a rejoint le Bouclier des Amériques. On sait que la violence n’a pas reculé et que le taux d’homicides de l’an dernier a été le plus élevé du sous-continent.

On ignore, dans les seules informations disponibles ici, le détail judiciaire de chaque dossier individuel. On ignore le nom de chaque homme hors les voix citées. On ignore comment se dénouera l’attente de ceux qui restent sans nouvelles depuis plus longtemps. Rester fidèle au récit, c’est s’arrêter au bord de ces absences.

Le port, la mer, la colonne de fumée

Il reste cette image : une colonne de fumée au-dessus de l’eau. Il reste cette file devant la capitainerie. Il reste un pêcheur qui ne sort plus depuis deux mois. Il reste une épouse qui apprend que le capitaine est vivant. Il reste une mère qui ne mange plus et ne dort plus. Il reste une coalition, un président équatorien, une campagne américaine d’un an, plus de 200 morts sur l’ensemble du théâtre, et zéro mort signalé cette semaine-ci.

Le troisième bateau a coulé après l’évacuation annoncée de son équipage. Les deux précédents de la semaine s’inscrivent dans la même série attribuée à Los Choneros. Manta a récupéré des hommes. Le Pacifique a perdu des coques. Les organisations de défense des droits humains restent inquiètes. Les habitants aussi.

Entre le communiqué du Commandement Sud et les phrases prononcées sur le quai, l’actualité ne se referme pas. Elle s’ouvre sur une mer devenue zone d’opérations, et sur un port qui demande encore des comptes, des nouvelles, et parfois simplement que l’on rende un fils.

La semaine s’achève donc sur un double mouvement. D’un côté, la démonstration de force : interception, abordage, explosion, vidéo. De l’autre, le retour partiel des équipages et le soulagement de Ginger Reyes. Au milieu, la contestation des pêcheurs, la peur de Fausto Soza, le deuil ouvert de Maria Cueva, le démenti opposé à Human Rights Watch, et un pays qui, malgré la guerre déclarée au narcotrafic, n’a pas vu la violence diminuer.

C’est dans cet écart que se tient désormais le large de l’Équateur : une campagne qui continue, des bateaux qui disparaissent sous les flots, des hommes qui parfois reviennent, et des familles qui, à Manta, regardent encore l’horizon comme on surveille une mauvaise nouvelle.

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