Imaginez des millions d’enfants et d’adolescents connectés chaque jour dans un univers virtuel immense où ils construisent, jouent, discutent et créent librement. Et puis, du jour au lendemain, cet univers devient inaccessible dans tout un pays. C’est exactement ce qui vient de se produire en Égypte avec la plateforme Roblox.
Mercredi, le régulateur suprême des médias égyptien a officialisé le blocage total de l’accès à ce jeu en ligne extrêmement populaire. Cette décision n’est pas un simple coup de semonce : elle s’inscrit dans un mouvement plus large de plusieurs pays de la région qui considèrent désormais Roblox comme une menace sérieuse pour la jeunesse.
Le Conseil suprême égyptien de régulation des médias n’a pas pris cette mesure sur un coup de tête. Quelques jours plus tôt, plusieurs sénateurs avaient publiquement réclamé une surveillance beaucoup plus stricte de la plateforme, pointant du doigt des contenus jugés totalement inadaptés aux enfants.
Parmi les voix les plus entendues, celle de la sénatrice Walaa Hermes qui n’a pas mâché ses mots. Selon elle, une utilisation prolongée de Roblox expose les jeunes à de multiples dangers psychologiques et sociaux : anxiété importante, intimidation répétée, mais aussi incitation directe à la violence.
« Un usage excessif de Roblox peut entraîner de l’anxiété, l’intimidation et même l’incitation à la violence chez les enfants. »
Cette prise de position parlementaire a visiblement accéléré la machine administrative. Quelques jours seulement après ces déclarations, le régulateur passait à l’action.
Il serait réducteur de voir dans cette interdiction un événement isolé. Elle s’inscrit dans une préoccupation beaucoup plus globale exprimée au plus haut niveau de l’État égyptien.
Le mois dernier, le président Abdel Fattah al-Sissi lui-même avait appelé à l’élaboration rapide d’une nouvelle législation visant à protéger les enfants des risques liés à une utilisation trop précoce et trop intensive des smartphones et des écrans connectés. Même s’il n’avait pas fixé de limite d’âge précise, le message était clair : il faut agir.
Dans ce cadre, le blocage de Roblox apparaît comme une première réponse concrète et visible à cet appel présidentiel.
Créée par une entreprise américaine, la plateforme Roblox permet à ses utilisateurs de concevoir leurs propres jeux et expériences interactives, puis de les partager avec la communauté mondiale. Ce concept unique a transformé la plateforme en l’un des environnements numériques les plus fréquentés au monde.
Chaque jour, ce sont près de 150 millions de joueurs qui se connectent simultanément. Parmi eux, les enfants et pré-adolescents occupent une place très importante : en 2024, les moins de 13 ans représentaient environ 40 % de la base d’utilisateurs totale.
Cette popularité exceptionnelle chez les plus jeunes explique en grande partie pourquoi plusieurs gouvernements scrutent désormais la plateforme avec une attention très soutenue.
L’Égypte n’est pas le premier pays à franchir le pas. D’autres nations, principalement dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, ont pris des mesures similaires ces dernières années :
Ces interdictions reposent globalement sur les mêmes arguments : présence de contenus violents, absence de modération suffisamment efficace, risques de cyberharcèlement et surtout exposition des mineurs à des prédateurs sexuels.
Depuis plusieurs années, la plateforme fait face à des accusations récurrentes concernant sa capacité réelle à protéger les plus jeunes utilisateurs. Les critiques les plus fréquentes portent sur :
Face à ces critiques, Roblox Corporation a toujours défendu sa politique de modération et de sécurité, affirmant investir massivement dans des équipes et des technologies dédiées à la protection des utilisateurs.
Consciente des pressions croissantes, l’entreprise a multiplié les annonces ces derniers mois pour montrer sa bonne volonté :
Ces mesures ont-elles suffi à rassurer les autorités égyptiennes ? Visiblement non.
Interrogée par l’AFP, la société n’a pas caché sa déception face à cette interdiction. Un porte-parole a déclaré que Roblox avait proposé aux autorités égyptiennes d’entamer des discussions afin de « tenter de résoudre cette affaire et rétablir rapidement l’accès » à la plateforme.
« Nous avons proposé aux autorités égyptiennes de discuter afin de tenter de résoudre cette affaire et rétablir rapidement l’accès. »
Pour l’instant, aucune réponse positive n’a filtré du côté des régulateurs.
Au-delà du cas Roblox, cette décision remet sur le devant de la scène plusieurs questions fondamentales que de nombreux pays se posent aujourd’hui :
Ces interrogations ne concernent pas uniquement Roblox, mais l’ensemble de l’écosystème des jeux et réseaux sociaux en ligne fréquentés par les enfants et adolescents.
Pour les millions de joueurs égyptiens qui utilisaient quotidiennement Roblox, cette interdiction représente un changement brutal. Beaucoup perdaient plusieurs heures par jour dans cet univers créatif, que ce soit pour jouer, socialiser ou même apprendre les bases de la programmation et du game design.
Certains parents applaudissent la mesure, estimant qu’elle protège enfin leurs enfants. D’autres, en revanche, regrettent la disparition d’un espace d’expression et de créativité particulièrement apprécié par leurs enfants.
Des voix s’élèvent également pour rappeler que bloquer un site ne supprime pas nécessairement les risques : les jeunes les plus déterminés trouveront souvent des moyens de contourner les restrictions (VPN, serveurs miroirs, etc.).
La décision égyptienne pourrait-elle faire tâche d’huile ? Plusieurs observateurs le pensent. Les arguments avancés par Le Caire sont très similaires à ceux déjà utilisés par le Qatar, l’Irak ou la Turquie.
Dans un contexte où de nombreux gouvernements du Moyen-Orient renforcent leur contrôle sur internet et les contenus numériques, Roblox – mais aussi d’autres plateformes très populaires auprès des jeunes – pourrait faire face à de nouvelles restrictions dans les prochains mois.
Ce cas illustre une fois encore à quel point il est complexe de concilier plusieurs impératifs contradictoires :
Aucune solution miracle n’a encore été trouvée. Chaque pays, chaque culture, chaque gouvernement semble aujourd’hui chercher sa propre voie.
En interdisant Roblox, l’Égypte envoie un signal fort : la protection de l’enfance sur internet devient une priorité absolue, quitte à prendre des mesures radicales. Reste à savoir si cette stratégie portera réellement ses fruits ou si elle ne fera que déplacer le problème ailleurs.
Une chose est sûre : le dossier Roblox est loin d’être clos. Entre les efforts continus de la plateforme pour améliorer sa sécurité et la vigilance croissante des États, ce bras de fer ne fait que commencer.
Et pendant ce temps, dans des millions de foyers égyptiens, des enfants découvrent que leur terrain de jeu virtuel préféré a été fermé du jour au lendemain…
Égypte → interdiction officielle de Roblox
Motifs principaux → contenus inappropriés, violence, risques pour mineurs
Contexte → appel présidentiel à protéger les enfants des écrans
Autres pays → Qatar, Irak, Turquie ont déjà banni la plateforme
Roblox → propose discussions pour rétablir l’accès
Le débat sur la place des plateformes sociales et gaming dans la vie des enfants ne fait que s’intensifier. Et vous, que pensez-vous de cette décision ?
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