Dans un contexte de répression tous azimuts en Russie, le sort de deux artistes de théâtre fait froid dans le dos. Evguénia Berkovitch, metteuse en scène de 39 ans, et Svetlana Petriïtchouk, dramaturge de 44 ans, viennent d’écoper d’une peine de 6 ans de prison. Leur crime ? Avoir monté en 2020 une pièce jugée comme faisant l’« apologie du terrorisme » par la justice russe.
La pièce incriminée, intitulée « Finist, le clair faucon », racontait l’histoire de Russes recrutées sur internet par des islamistes en Syrie et partant les rejoindre pour les épouser. Mais selon les deux artistes, l’objectif était au contraire d’attirer l’attention sur ce problème alarmant. Svetlana Petriïtchouk avait d’ailleurs affirmé au tribunal en mai : « Dans cette pièce, il n’y a aucune justification du terrorisme ».
Aujourd’hui s’est tenu un procès illégal et inéquitable, dont le juge s’est acquis la réputation d’un héros. Ces femmes sont absolument innocentes
– Ksenia Karpinskaïa, avocate de Evguénia Berkovitch
Malgré leurs arguments, le verdict tombé lundi 8 juillet ne faisait guère de doute, tant le climat politique russe s’est durci. L’avocate d’Evguénia Berkovitch, Ksenia Karpinskaïa, s’était d’ailleurs rendue au tribunal vêtue de noir, comme en deuil de la liberté artistique. Elle a déclaré à la sortie : « Aujourd’hui s’est tenu un procès illégal et inéquitable, dont le juge s’est acquis la réputation d’un héros. Ces femmes sont absolument innocentes. »
Beaucoup relient l’arrestation d’Evguénia Berkovitch à sa prise de position publique contre l’offensive russe en Ukraine avant son interpellation. Depuis février 2022, toute voix dissidente est impitoyablement réprimée en Russie. Les milieux culturels n’échappent pas à cette purge, sommés de se plier au discours patriotique et militariste du Kremlin.
Cette condamnation est un coup dur pour la scène théâtrale russe. Saluée par la critique et le public à sa sortie, « Finist, le clair faucon » avait été récompensée en 2022 par deux prestigieux « Masques d’or », l’équivalent des Molières en Russie. Le réalisateur russe Kirill Serebrennikov, ancien professeur d’Evguénia Berkovitch et aujourd’hui exilé en Allemagne, a pris la défense des deux artistes, appelant à leur libération lors du dernier Festival de Cannes.
Face à ce qui s’apparente à un véritable musellement de la création artistique en Russie, nombreux sont ceux à espérer une mobilisation de la communauté internationale. Car au-delà du sort d’Evguénia Berkovitch et Svetlana Petriïtchouk, c’est bien la liberté d’expression et de création qui est aujourd’hui menacée dans le pays de Pouchkine et Dostoïevski. Un triste signal envoyé aux artistes du monde entier.
Bienvenue, Connectez-vous à votre compte.
Bienvenue, Créez votre nouveau compte
Un mot de passe vous sera envoyé par courrier électronique.