CryptomonnaieÉconomie

Crypto VC : Moins d’Accords, Mais des Milliards en 2026

Janvier 2026 marque un tournant radical pour le venture capital crypto : 42% de deals en moins sur un an, mais près de 15 milliards levés. Pourquoi les investisseurs concentrent-ils autant d'argent sur si peu de projets ? La réponse révèle une maturation profonde du secteur...

Imaginez un marché où le nombre d’investissements s’effondre brutalement… tout en voyant simultanément les montants levés multipliés par presque six en un an. C’est exactement ce qui s’est produit en janvier 2026 dans l’écosystème du venture capital crypto. Moins d’acteurs, mais des chèques démesurés. Un signal clair : le secteur entre dans une phase radicalement différente.

Les petites startups aux pitchs prometteurs mais encore flous se font de plus en plus rares sur le radar des fonds. À la place, ce sont des acteurs déjà massifs, souvent institutionnalisés, qui captent l’essentiel des liquidités. Une concentration jamais vue auparavant qui redessine les contours du financement crypto.

Une contraction apparente qui cache une explosion de capitaux

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont impressionnants. Le nombre d’opérations de venture capital crypto officiellement annoncées en janvier 2026 s’est établi autour de 52 transactions. Cela représente une baisse de 15 % par rapport à décembre 2025 et surtout un plongeon de 42 % comparé à janvier 2025. À première vue, on pourrait croire à un hiver qui s’installe durablement.

Pourtant, quand on regarde le volume total investi, l’histoire change du tout au tout. Les montants levés ont bondi à environ 14,57 milliards de dollars. Soit +61 % en un seul mois par rapport à décembre et surtout +497 % sur un an. Presque six fois plus d’argent injecté en seulement douze mois malgré moitié moins de deals. La conclusion est évidente : les investisseurs ne se retirent pas, ils choisissent beaucoup plus drastiquement leurs cibles.

Pourquoi si peu de deals mais autant d’argent ?

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène qui pourrait sembler paradoxal au premier abord. D’abord, la maturité croissante du secteur. Les investisseurs institutionnels, family offices, fonds souverains et grandes banques ne veulent plus financer des concepts. Ils veulent financer des revenus, des clients existants, des infrastructures critiques déjà adoptées et souvent régulées ou en passe de l’être.

Ensuite, la taille moyenne des tickets a considérablement augmenté. Là où un tour de table de 5 à 15 millions était considéré comme significatif il y a encore deux ans, plusieurs opérations récentes dépassent désormais les 100 millions, parfois même les 200 millions. Cette concentration réduit mécaniquement le nombre d’opérations tout en faisant exploser les montants globaux.

« Nous assistons à la fin de l’ère du spray-and-pray. L’argent se dirige désormais vers les projets qui ont déjà prouvé leur utilité à grande échelle et qui présentent un chemin clair vers la profitabilité ou vers une intégration profonde dans le système financier traditionnel. »

Ce constat, partagé par de nombreux analystes du secteur, explique pourquoi des noms déjà très connus continuent d’attirer des sommes colossales alors que des centaines de projets plus modestes passent complètement sous les radars.

Les opérations phares de janvier 2026

Impossible de parler de ce mois de janvier sans s’arrêter sur les transactions les plus emblématiques qui ont capté l’essentiel des capitaux.

BitGo devient la première IPO crypto de l’année

Le custodian historique BitGo a franchi un cap majeur en finalisant son introduction en bourse américaine. L’opération s’est réalisée à un prix de 18 dollars par action, au-dessus de la fourchette initialement prévue. Au total, environ 213 millions de dollars ont été levés, pour une valorisation dépassant les 2 milliards de dollars. Une première dans le secteur pour l’année 2026 et un signal fort envoyé aux marchés publics.

Cette IPO n’est pas seulement une levée de fonds supplémentaire. Elle marque l’entrée officielle d’un pur acteur crypto dans les marchés réglementés traditionnels, avec toutes les obligations de transparence et de gouvernance que cela implique.

Fireblocks accélère par acquisitions

De son côté, la plateforme d’infrastructure Fireblocks a signé l’acquisition de TRES Finance, une solution spécialisée dans la comptabilité et l’analyse financière crypto. Montant de l’opération : environ 130 millions de dollars, payable en numéraire et en actions. Il s’agit de la deuxième acquisition réalisée par Fireblocks en à peine trois mois, preuve que la consolidation bat son plein dans l’infrastructure de custody et de gestion d’actifs numériques.

En intégrant les capacités analytiques avancées de TRES, Fireblocks vise à offrir une solution encore plus complète aux institutions qui gèrent des portefeuilles fragmentés sur de multiples blockchains et dépositaires.

Ripple mise gros sur RLUSD

Ripple n’est pas en reste. Le groupe a annoncé un partenariat stratégique de plusieurs années avec un acteur majeur du trading institutionnel mondial. Dans le cadre de cet accord, 150 millions de dollars de financement seront injectés pour accélérer l’adoption du stablecoin RLUSD comme actif de collatéral et de règlement au sein des systèmes de trading internationaux.

Ce type d’accord marque une étape supplémentaire dans la normalisation des stablecoins réglementés au sein des infrastructures financières traditionnelles.

D’autres signaux forts dans l’écosystème

Au-delà de ces trois méga-transactions, plusieurs autres opérations illustrent la rotation du capital vers des verticales jugées stratégiques.

Une plateforme d’échange japonaise historique a pris une participation majoritaire (près de 97 %) dans un gestionnaire d’actifs canadien bien établi, valorisé environ 112 millions de dollars. L’opération s’est faite via émission d’actions nouvelles et renforce la présence asiatique sur le marché des ETF crypto en Amérique du Nord.

Dans l’univers DeFi, un projet piloté par une figure historique de l’écosystème a bouclé un tour de table privé de 25,5 millions de dollars à une valorisation diluée complètement folle d’un milliard de dollars. À cela s’ajoutent 50 millions levés via une plateforme de curation et 200 millions réservés pour une vente publique à venir. Des montants qui montrent que même dans la DeFi, les investisseurs institutionnels acceptent désormais de payer très cher pour des équipes et des visions jugées exceptionnelles.

Autre exemple intéressant : une société cotée a signé un accord de financement par convertible notes de 36 millions de dollars, entièrement collatéralisé par du SOL. Une opération hybride qui illustre comment les entreprises traditionnelles intègrent désormais directement des cryptomonnaies dans leur trésorerie de manière structurée.

Les secteurs qui captent l’essentiel du flux

L’analyse sectorielle des investissements de janvier 2026 révèle des priorités très marquées :

  • DeFi ≈ 25 % des deals
  • CeFi (services centralisés) ≈ 15 %
  • RWA / DePIN ≈ 10 %
  • AI + outils / wallets ≈ 8 % chacun
  • L1/L2 et NFT/GameFi très minoritaires (6 % chacun)

Clairement, les capitaux se dirigent massivement vers les infrastructures financières (custody, stablecoins, outils de conformité, DeFi institutionnel) et beaucoup moins vers les applications grand public spéculatives ou les nouvelles blockchains narratives.

Contexte macro : les prix restent solides

Cette rotation du venture capital vers des projets plus matures et institutionnalisés se déroule dans un marché crypto global toujours très dynamique. Bitcoin oscille autour de 78 000 – 79 000 $, Ethereum consolide vers 2 300 $, tandis que Solana maintient fermement la zone des 100–104 $. Les volumes restent soutenus sur les paires majeures, signe que l’appétit pour le risque reste présent malgré la concentration du VC.

Ce contraste entre un marché spot dynamique et un VC ultra-sélectif pourrait perdurer plusieurs mois : les institutionnels financent les rails et les infrastructures pendant que les investisseurs retail continuent de trader les actifs les plus liquides.

Vers une nouvelle maturité du secteur ?

Janvier 2026 restera probablement comme le mois où le venture capital crypto a définitivement changé de braquet. Moins de tickets, mais des montants records. Moins de paris visionnaires, mais beaucoup plus d’investissements dans des entreprises déjà dominantes ou quasi-dominantes dans leur niche.

Pour les fondateurs qui lancent aujourd’hui de nouveaux projets, le message est limpide : sans traction significative, sans équipe déjà reconnue, sans chemin réglementaire clair ou sans utilité immédiate pour des clients institutionnels, lever devient extrêmement compliqué. À l’inverse, les leaders établis peuvent désormais lever des sommes considérables presque à la demande, à des valorisations qui auraient paru délirantes il y a encore 18 mois.

Cette phase de concentration et de professionnalisation pourrait durer plusieurs années. Elle est le signe que le secteur crypto n’est plus seulement un terrain de jeu pour les pionniers et les spéculateurs : il devient une classe d’actifs à part entière, avec ses géants, ses barrières à l’entrée et ses règles de financement beaucoup plus classiques.

Reste à savoir si cette concentration extrême profitera à l’innovation de long terme ou si, au contraire, elle risque de l’étouffer. L’histoire des prochaines années nous le dira. En attendant, les gros chèques continuent de pleuvoir… mais uniquement sur les noms que tout le monde connaît déjà.

Le paysage du financement crypto a donc muté en profondeur. Et ce n’est que le début.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.