Et si l’un des projets les plus ambitieux visant à étendre les possibilités de Bitcoin franchissait enfin un cap décisif vers une véritable autonomie communautaire ? C’est précisément ce qui vient de se produire au sein de Core DAO. Deux contributeurs historiques, longtemps considérés comme des piliers du projet, ont officiellement annoncé leur départ. Cette décision n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une stratégie de long terme destinée à confier progressivement les rênes du réseau à des validateurs indépendants et à la communauté elle-même. Derrière les communiqués soigneusement formulés se cache une mutation profonde de la gouvernance d’une blockchain conçue pour marier la sécurité de Bitcoin à la flexibilité des contrats intelligents.
Un tournant majeur pour la gouvernance de Core DAO
L’annonce officielle a été rendue publique le 27 octobre. Core DAO a confirmé que Rich Rines et Brendon Sedo quittaient leurs fonctions de contributeurs. Le message est clair : le projet entre dans une nouvelle phase de décentralisation. Depuis plusieurs mois déjà, la production de blocs a commencé à être transférée vers des validateurs indépendants. Le réseau a continué de fonctionner sans la moindre interruption pendant toute la période de transition. Cette continuité technique est présentée comme la preuve que le modèle fonctionne.
Rich Rines, l’une des personnalités les plus visibles du projet, a publié un message personnel pour expliquer sa décision. Il insiste sur le fait que la décentralisation a guidé Core dès le premier bloc. Selon lui, les validateurs, les constructeurs, les partenaires et les membres de la communauté appelés Coretoshis sont déjà en train de prendre les devants. Il se dit reconnaissant d’avoir pu contribuer et affirme qu’il restera toujours un Coretoshi, tout en se réjouissant de voir le réseau continuer à se développer selon les idéaux décentralisés de Bitcoin.
Brendon Sedo, quant à lui, a joué un rôle clé dans le développement de l’écosystème. Ancien co-fondateur d’une entreprise de logiciels professionnels, il avait pris la tête de Core Ventures. Cette structure avait déjà déployé un million de dollars dans plusieurs projets de finance décentralisée liés à Bitcoin, parmi lesquels Colend, Solv Protocol et BitFLUX. Son départ marque donc également un changement dans la manière dont le projet aborde le soutien aux initiatives externes.
Qui étaient réellement ces deux contributeurs ?
Il est important de rappeler que Core DAO ne les présente pas comme des fondateurs au sens strict, mais comme des contributeurs initiaux. Cette nuance n’est pas anodine dans l’univers des blockchains. Elle permet de souligner que le projet se veut, dès l’origine, une initiative collective plutôt que le produit d’une équipe centralisée.
Rich Rines avait auparavant dirigé une équipe d’ingénierie chez Coinbase chargée des mouvements monétaires. Il a rejoint les efforts de développement de Core en 2022 et a participé activement à la mise en ligne du réseau principal en janvier 2023. Son expertise technique a été déterminante pour bâtir une infrastructure capable de supporter à la fois la sécurité de Bitcoin et les contrats intelligents compatibles avec l’écosystème Ethereum.
Brendon Sedo apportait quant à lui une expérience entrepreneuriale solide. Après la cession de sa précédente entreprise, il s’est concentré sur le développement stratégique et les investissements au sein de l’écosystème Core. Son départ laisse un vide dans la coordination des initiatives de croissance et de partenariat.
La production de blocs déjà entre les mains des validateurs
L’un des points les plus importants de cette transition concerne la production de blocs. Core DAO a progressivement abandonné le rôle qu’elle jouait encore dans ce domaine. Les validateurs indépendants ont pris le relais. Le projet affirme que le réseau a fonctionné avec zéro temps d’arrêt pendant toute la période de transfert. Cette performance technique est présentée comme un argument de poids en faveur de la solidité du modèle.
Dans les prochains mois, la communauté devrait assumer davantage de responsabilités. Cela concerne non seulement la production de blocs, mais aussi le développement de l’écosystème, les initiatives de croissance et les décisions stratégiques relatives à l’avenir du réseau. L’objectif affiché est de voir émerger davantage d’opérateurs indépendants et de projets pilotés par la communauté.
« La décentralisation a guidé Core depuis son premier bloc. Chaque transfert de responsabilités renforce cette direction. »
Cette déclaration résume parfaitement la philosophie mise en avant par le projet. Pourtant, tous les membres de la communauté ne partagent pas le même enthousiasme. Certains s’interrogent sur la portée réelle de ces changements.
Un historique de tensions autour des récompenses
La transition actuelle ne peut être comprise sans revenir sur un épisode délicat survenu plus tôt dans l’année. Un groupe restreint de validateurs avait obtenu des récompenses en tokens CORE supérieures aux montants autorisés par le protocole. Cette anomalie avait provoqué une réaction rapide de la part de l’équipe. Un hard fork d’urgence avait été coordonné afin de corriger le problème.
Plusieurs plateformes d’échange avaient temporairement suspendu les transferts de CORE le temps que la situation se stabilise. Le projet avait insisté sur le fait que l’incident concernait uniquement l’émission des récompenses et n’avait compromis ni les actifs des utilisateurs ni la sécurité du réseau. La mise à jour d’urgence visait à empêcher de nouvelles émissions excessives sans annuler les transactions déjà confirmées.
Cet épisode a laissé des traces. Il a renforcé, chez une partie de la communauté, le sentiment que la transparence et les mécanismes de contrôle devaient encore être améliorés. Les départs de Rich Rines et Brendon Sedo interviennent donc dans un contexte où la confiance n’est pas totalement restaurée pour tout le monde.
Des voix critiques au sein de la communauté
Un compte communautaire influent a rapidement réagi à l’annonce. Il a souligné que la décentralisation de la production de blocs était une chose, mais que remettre à la communauté un token dont la liquidité pose question en était une autre. Les préoccupations portent notamment sur les allocations restantes, les réserves et les tokens détenus par le trésor.
Ce compte a également rappelé un litige antérieur avec Maple Finance. En 2025, la Fondation Core avait accusé le protocole de prêt d’avoir violé des accords de confidentialité et d’exclusivité liés à un partenariat sur le rendement Bitcoin. Un tribunal des Îles Caïmans avait alors prononcé une injonction. Les parties avaient finalement trouvé un accord en mai 2026, mais les termes du règlement sont restés confidentiels. Aucune des deux parties n’a reconnu de responsabilité.
Ces éléments alimentent un débat plus large sur la transparence. Certains membres de la communauté estiment que le transfert de responsabilités techniques ne suffit pas s’il n’est pas accompagné d’une clarté totale sur la répartition des tokens et sur les décisions stratégiques passées.
Le mécanisme Satoshi Plus au cœur du projet
Pour bien comprendre l’importance de cette transition, il faut revenir sur ce qui rend Core unique. Le réseau utilise un mécanisme de consensus appelé Satoshi Plus. Celui-ci combine la preuve d’enjeu déléguée, la participation des mineurs Bitcoin et le staking non-custodial de Bitcoin. L’objectif est de tirer parti de la sécurité du réseau Bitcoin tout en offrant la possibilité d’exécuter des contrats intelligents compatibles avec l’écosystème Ethereum.
Le token CORE sert à la fois de moyen de paiement des frais de transaction et d’actif de staking. Cette double fonction place le token au centre de l’économie du réseau. Toute évolution dans la gouvernance ou dans la distribution des récompenses a donc un impact direct sur les détenteurs.
Core a également collaboré avec des acteurs institutionnels. Un partenariat avec le prestataire de services de conservation Cobo visait à étendre les services de double staking Bitcoin en Asie. L’idée était de permettre aux investisseurs institutionnels d’accéder au staking Bitcoin via l’infrastructure DeFi du réseau. Ces initiatives montrent que le projet ne se limite pas à une dimension purement communautaire, mais cherche également à attirer des capitaux plus traditionnels.
Une décentralisation progressive plutôt qu’un big bang
Contrairement à certaines blockchains qui ont tenté de passer brutalement d’un modèle centralisé à un modèle totalement décentralisé, Core a choisi une approche progressive. Le transfert de la production de blocs s’est fait par étapes. Les responsabilités liées au développement et à la croissance doivent suivre le même chemin. Cette méthode permet de limiter les risques techniques tout en testant en conditions réelles la capacité de la communauté à assumer un rôle croissant.
Cette stratégie présente des avantages. Elle évite les ruptures brutales et permet d’ajuster le processus en fonction des retours d’expérience. Elle comporte toutefois un inconvénient : tant que la transition n’est pas terminée, une partie de la communauté peut continuer à douter de la réalité du transfert de pouvoir.
Le projet n’a pas annoncé de remplaçants pour Rich Rines et Brendon Sedo. Aucun calendrier détaillé n’a non plus été communiqué concernant le transfert de leurs responsabilités restantes. Cette absence de précisions nourrit les interrogations.
Les enjeux pour les détenteurs de CORE
Pour les détenteurs du token, cette période de transition soulève plusieurs questions concrètes. La première concerne la liquidité. Certains observateurs estiment que le marché du token manque de profondeur et que les allocations restantes doivent être gérées avec une transparence accrue. La deuxième porte sur la gouvernance. Qui décidera réellement des orientations futures une fois les contributeurs historiques partis ?
La troisième question touche à la crédibilité du projet auprès des investisseurs institutionnels. Core a travaillé à construire des ponts avec le monde de la finance traditionnelle. Une gouvernance claire et prévisible constitue un argument de poids pour attirer ces acteurs. À l’inverse, un sentiment de flou peut freiner les engagements.
Enfin, il existe un enjeu de long terme lié à l’identité même du projet. Core se présente comme une blockchain conçue pour étendre les idéaux décentralisés de Bitcoin. La manière dont la transition se déroulera dans les prochains mois déterminera si cette promesse est tenue ou si elle reste au stade de l’intention.
Ce que révèle cette transition sur l’évolution des blockchains
Au-delà du cas particulier de Core, cette annonce illustre une tendance plus large. De nombreux projets lancés avec une équipe relativement centralisée cherchent aujourd’hui à évoluer vers des modèles de gouvernance plus ouverts. Cette évolution répond à une demande croissante de la part des communautés, qui refusent de rester de simples utilisateurs passifs.
Elle répond également à une nécessité technique et économique. Les réseaux qui parviennent à répartir réellement les responsabilités techniques et décisionnelles tendent à gagner en résilience. Ils deviennent moins dépendants d’un petit groupe de personnes et mieux armés pour traverser les périodes de volatilité ou de crise de confiance.
Cependant, la décentralisation n’est jamais un état absolu. Elle se construit progressivement, par étapes successives, et nécessite des mécanismes de contrôle et de transparence solides. Le cas de Core montre à la fois les avancées possibles et les zones d’ombre qui persistent.
Les prochains mois seront déterminants
La suite de l’histoire se jouera dans les mois à venir. La communauté attend des signes concrets que le transfert de responsabilités ne se limite pas à la production de blocs. Elle souhaite voir émerger de nouveaux opérateurs indépendants, des projets véritablement pilotés par les membres et une communication plus transparente sur les allocations de tokens.
Les départs de Rich Rines et Brendon Sedo constituent un signal fort. Ils montrent que le projet est prêt à lâcher du lest. Mais un signal ne suffit pas. C’est la manière dont le vide laissé par ces deux contributeurs sera comblé qui permettra de juger de la réussite de la transition.
Pour l’instant, le réseau continue de fonctionner. Les validateurs indépendants assument déjà une part essentielle du travail technique. Les bases d’une gouvernance plus ouverte sont posées. Reste à savoir si la communauté saura s’emparer pleinement de cette opportunité et si les mécanismes de transparence évolueront suffisamment rapidement pour lever les doutes qui persistent encore.
Dans un univers crypto où les promesses de décentralisation sont nombreuses mais rarement tenues jusqu’au bout, Core DAO se trouve à un moment charnière. La réussite de cette mutation pourrait en faire un exemple à suivre. Un échec, même partiel, renforcerait au contraire le scepticisme de ceux qui considèrent que la vraie décentralisation reste souvent un idéal difficile à atteindre.
L’histoire de Core n’est pas terminée. Elle entre simplement dans un nouveau chapitre, écrit cette fois davantage par les validateurs et les membres de la communauté que par les contributeurs historiques. C’est précisément ce que beaucoup attendaient. Reste à voir si le résultat sera à la hauteur des attentes.
Une opportunité pour redéfinir les relations avec la communauté
Les moments de transition comme celui-ci offrent rarement une seconde chance. Ils permettent de réparer des fractures, d’améliorer les processus et de reconstruire la confiance. Core dispose aujourd’hui d’une fenêtre pour démontrer que la décentralisation n’est pas seulement un slogan marketing mais une réalité opérationnelle.
Les prochains mois permettront d’observer si de nouveaux acteurs émergent pour prendre des initiatives, si les décisions stratégiques sont davantage partagées et si la communication autour des tokens et des réserves gagne en clarté. Ces éléments seront scrutés de près par les détenteurs de CORE comme par les observateurs extérieurs.
La blockchain a déjà prouvé qu’elle pouvait fonctionner sans interruption pendant le transfert de la production de blocs. Le défi suivant est plus subtil. Il s’agit de prouver qu’elle peut également évoluer sans dépendre d’un noyau restreint de décideurs. C’est un défi plus politique et culturel que technique, et c’est souvent le plus difficile à relever.
En définitive, les départs de Rich Rines et Brendon Sedo ne constituent pas une fin en soi. Ils marquent le début d’une période de test grandeur nature pour le modèle de gouvernance de Core. Si la communauté parvient à s’organiser efficacement et si les mécanismes de transparence progressent, le projet pourrait sortir renforcé de cette transition. Dans le cas contraire, les interrogations actuelles risquent de s’amplifier.
L’univers des blockchains regarde avec attention. Non seulement parce que Core tente de conjuguer Bitcoin et contrats intelligents, mais aussi parce que la manière dont il gère ce passage de témoin pourrait inspirer d’autres projets confrontés aux mêmes questions de maturité et de gouvernance. Le chapitre qui s’ouvre est donc loin d’être anodin. Il pourrait bien influencer la façon dont l’industrie entière aborde la véritable décentralisation dans les années à venir.









