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Conflit Franco-Belge Chasse Aux Oiseaux Marais Harchies

700 personnes ont manifesté à la tombée de la nuit près des marais d'Harchies. Quand les coups de feu ont retenti côté français, un geste symbolique a marqué les esprits. Que se passe-t-il vraiment à la frontière

Imaginez un soir d’août, à la tombée du jour, dans une petite commune belge près de la frontière. Environ 700 personnes se rassemblent, des pancartes à la main. Sur certaines d’entre elles, on peut lire clairement : « Les oiseaux n’ont pas de frontières ». Quelques minutes plus tard, les premiers coups de feu retentissent de l’autre côté, en France. Les manifestants déposent alors symboliquement des centaines de dessins de canards au pied d’une stèle. Ces dessins portent la mention « morts pour la France des chasseurs ». Ce moment résume à lui seul un conflit de voisinage qui oppose depuis longtemps protection de la nature et tradition cynégétique dans les marais d’Harchies.

Un Lieu Exceptionnel Au Cœur D’Un Débat Frontière

Les marais d’Harchies s’étendent sur 550 hectares en Belgique. Pour beaucoup d’observateurs, ce site représente un véritable trésor. Nicolas Schümmer, de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux, le décrit comme un endroit unique dans le pays. Alain Malengreau, ornithologue qui fréquente régulièrement cette zone anciennement minière, va plus loin. Il parle de « notre Camargue ». Selon lui, il s’agit de la zone humide la plus importante de Wallonie et de l’une des plus remarquables de toute la Belgique.

Chaque année, des milliers d’oiseaux y sont recensés. On y trouve des foulques, des fuligules, des sarcelles, des colverts, des hérons, des cormorans. Des espèces plus rares comme les butors étoilés font aussi leur apparition. Ces marais figurent dans le réseau européen Natura 2000. Ils sont également protégés dans le cadre de la convention de Ramsar sur les zones humides, un accord international dont la France et la Belgique sont signataires.

Les autorités wallonnes et l’Union européenne ont injecté des moyens importants dans ce site. Entre 2019 et 2024, le gouvernement wallon y a consacré 1,4 million d’euros. Ces investissements visaient à renforcer la qualité des habitats et à favoriser le retour ou le maintien des populations d’oiseaux. Pourtant, certains acteurs estiment que ces efforts restent en partie vains.

Des Investissements Qui Semblent Tourner À Vide

Nicolas Schümmer n’hésite pas à parler d’« investissements dans le vide ». Chaque année, explique-t-il, on repart presque à zéro. On s’attendrait à voir les populations d’oiseaux progresser. Or leur nombre stagne. La chasse pratiquée à quelques kilomètres, côté français, est pointée du doigt comme l’une des causes principales de cette situation.

Les oiseaux subissent déjà de nombreuses pressions ailleurs. Le réchauffement climatique modifie les écosystèmes. Les habitats se fragilisent. Depuis la mi-août, l’Association pour la protection des animaux sauvages a même demandé aux autorités françaises de suspendre la chasse dans 44 départements. La raison avancée : une faune déjà fragilisée par les canicules et la sécheresse. Dans ce contexte, la présence d’installations de chasse juste en face d’une réserve protégée prend une dimension particulière.

Alain Malengreau, qui est aussi bénévole à Natagora, association cogérant les marais avec les autorités belges, tente d’évaluer concrètement l’impact. Il compte les oiseaux qui traversent la frontière avant et après l’ouverture de la chasse. Selon ses observations, selon les années, on peut constater jusqu’à quelques centaines d’oiseaux en moins. Il parle d’un « carnage ». Le bruit des coups de feu désoriente les volatiles. Ils s’en vont. Pour les migrateurs, cela peut poser problème. Ils repartent pour de longs trajets sans avoir pu se nourrir suffisamment.

« Les oiseaux n’ont pas de frontières », affirment les pancartes brandies par les manifestants. Cette phrase simple résume toute la complexité du dossier.

Le Point De Vue Des Chasseurs Et Des Autorités Françaises

De l’autre côté de la frontière, le discours est tout autre. Simon Régin, président de la Fédération départementale des chasseurs du Nord, estime que ce type de comptage « n’est pas raisonnable ». Il faut, selon lui, considérer une population dans son ensemble. Guillaume Puppinck, vice-président de la même fédération et président de sa commission gibier d’eau, abonde dans ce sens. Ce n’est pas parce que 200 ou 300 canards sont prélevés un soir que la biodiversité est remise en cause.

La zone française située face aux marais d’Harchies accueille depuis des décennies des installations de chasse au gibier d’eau. Simon Régin souligne qu’aucune chute notable de la biodiversité n’a été constatée. Il insiste sur le caractère légal et passionnel de cette activité. Comme partout en France, la chasse y est strictement encadrée. Les autorisations de prélèvements s’appuient sur des dispositifs de suivi scientifique des espèces, rappelle la préfecture du Nord.

Les chasseurs mettent en avant le cadre réglementaire existant. Les quotas, les périodes d’ouverture, les contrôles font partie d’un système qu’ils jugent solide. Pour eux, parler de carnage à partir de quelques centaines d’oiseaux sur une population bien plus large revient à extrapoler de façon excessive. La passion de la chasse, défendue comme une tradition ancrée, se heurte ici à une vision plus protectrice de la nature.

Une Manifestation Symbolique À Bernissart

Vendredi soir, à la tombée du jour, le cortège s’est élancé à Bernissart. Neuf organisations avaient lancé l’appel, parmi lesquelles la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux et la Ligue de protection des oiseaux des Hauts-de-France. Environ 700 personnes ont répondu présentes. Le moment choisi n’était pas anodin. Il correspondait à l’ouverture de la chasse au gibier d’eau côté français.

Lorsque les premiers tirs ont retenti, les manifestants ont déposé des centaines de dessins de canards au pied d’une stèle située en territoire belge. Ces dessins représentaient des oiseaux « morts pour la France des chasseurs ». Le geste visait à rendre visible l’impact ressenti de l’autre côté de la frontière. Les pancartes martelaient le même message : les oiseaux ne connaissent pas les limites administratives.

Cette mobilisation rassemble des associations belges et françaises. Elle montre que la préoccupation dépasse les seules frontières nationales. Les organisateurs insistent sur le fait que la réserve d’Harchies bénéficie de protections internationales. Pourtant, à quelques kilomètres seulement, la pratique de la chasse continue selon les règles françaises.

La Demande D’Une Zone Tampon

Les associations ne demandent pas l’interdiction pure et simple de la chasse. Eric Fouvez, président de la Ligue de protection des oiseaux des Hauts-de-France, le précise clairement. Ce qu’ils réclament, c’est une zone tampon de 1 500 mètres autour de la frontière. Dans cette bande, la chasse ne pourrait plus être pratiquée. Selon lui, cette proposition n’est pas déraisonnable.

Le cabinet de la ministre de l’Agriculture et de la ruralité de Wallonie, Anne-Catherine Dalcq, a également réagi. Il rappelle que les oiseaux ne connaissent pas les frontières administratives. Il appelle à investir dans les cadres de coopération internationale existants pour harmoniser les réglementations relatives à la protection des espèces.

Interpellée par la ministre wallonne et par plusieurs associations, la préfecture du Nord a indiqué vouloir engager un travail collaboratif. Ce travail associerait les chasseurs et les autorités belges. L’idée d’une discussion commune semble donc ouverte, même si les positions restent pour l’instant éloignées.

Ce que demandent les associations

  • Une zone sans chasse de 1 500 mètres le long de la frontière
  • Une meilleure prise en compte de l’impact sur les oiseaux migrateurs
  • Un dialogue renforcé entre autorités belges et françaises

Les Enjeux Écologiques D’Une Zone Humide Unique

Les marais d’Harchies ne sont pas un site ordinaire. Ancienne zone houillère, transformée au fil du temps, elle est devenue un refuge pour de nombreuses espèces. Les ornithologues y recensent chaque année une grande diversité. Les foulques, les fuligules et les sarcelles y trouvent des conditions favorables. Les colverts, les hérons et les cormorans complètent le tableau. La présence de butors étoilés, espèce plus rare, témoigne de la qualité écologique du lieu.

Inscrit au réseau Natura 2000, le site bénéficie d’une reconnaissance européenne. La convention de Ramsar ajoute une couche de protection internationale. France et Belgique ont toutes deux signé cet accord. Dans ce cadre, les investissements publics de 1,4 million d’euros entre 2019 et 2024 prennent tout leur sens. Ils visaient à consolider un patrimoine naturel partagé.

Pourtant, les acteurs de la protection constatent une stagnation des effectifs. Nicolas Schümmer exprime une forme de déception. On s’attendait à une progression. Or les chiffres restent stables. La chasse pratiquée à proximité immédiate est présentée comme un facteur qui annule en partie les efforts réalisés. Alain Malengreau, à travers ses comptages, tente de quantifier ce phénomène. Quelques centaines d’oiseaux en moins selon les années. Le bruit des tirs provoque aussi un dérangement qui pousse les oiseaux à quitter la zone plus tôt que prévu.

Pour les migrateurs, ce dérangement peut avoir des conséquences en chaîne. Un oiseau qui repart sans avoir reconstitué suffisamment ses réserves énergétiques part avec un handicap. Sur de longs trajets, cela peut influencer sa survie. C’est l’un des arguments avancés par les défenseurs de la nature pour justifier une zone de tranquillité le long de la frontière.

Chasse Encadrée Contre Protection Renforcée

Du côté français, la légalité de la pratique est régulièrement rappelée. La préfecture du Nord insiste sur le fait que la chasse est strictement encadrée. Les prélèvements s’appuient sur des suivis scientifiques. Simon Régin et Guillaume Puppinck insistent sur la nécessité de regarder les populations dans leur globalité. Prélever 200 ou 300 canards un soir ne remet pas en cause, selon eux, l’état de conservation des espèces concernées.

La présence d’installations de chasse face aux marais d’Harchies n’est pas nouvelle. Elle date de plusieurs décennies. Les représentants des chasseurs affirment qu’aucune baisse notable de la biodiversité n’a été observée sur cette période. Ils parlent d’une activité passionnelle, ancrée dans les traditions locales, et menée dans le respect des règles en vigueur.

Ce contraste de regards alimente le débat. D’un côté, des associations qui voient dans chaque oiseau prélevé près d’une réserve un échec des politiques de protection. De l’autre, des chasseurs qui considèrent que les chiffres isolés ne reflètent pas la réalité d’une population plus large. Entre les deux, les autorités tentent d’ouvrir un espace de discussion.

Vers Une Coopération Transfrontalière

Le cabinet de la ministre wallonne Anne-Catherine Dalcq a rappelé l’importance d’utiliser les cadres de coopération internationale déjà existants. L’objectif serait d’harmoniser davantage les réglementations de protection des espèces. Les oiseaux se déplacent librement. Les règles, elles, s’arrêtent aux frontières administratives. Ce décalage est au cœur du problème soulevé par les associations.

La préfecture du Nord a répondu favorablement à l’idée d’un travail collaboratif. Chasseurs et autorités belges seraient associés à cette démarche. Pour l’instant, aucune mesure concrète de zone tampon n’a été annoncée. Mais le principe d’un dialogue est posé. Eric Fouvez et les autres responsables associatifs continueront de porter la demande d’une bande de 1 500 mètres sans chasse.

Ce type de conflit n’est pas isolé. Il illustre les tensions qui peuvent naître lorsque des espaces naturels protégés jouxtent des zones où des activités traditionnelles restent autorisées. Dans le cas des marais d’Harchies, la proximité est particulièrement forte. Les oiseaux passent d’un côté à l’autre en quelques minutes de vol. Les coups de feu entendus en Belgique viennent directement de France.

Les chiffres clés du dossier

550 hectares de marais • 1,4 million d’euros investis entre 2019 et 2024 • Environ 700 manifestants • Demande d’une zone tampon de 1 500 mètres

Des Pressions Multiples Sur Les Populations D’Oiseaux

La chasse n’est pas le seul facteur qui pèse sur les oiseaux. Les associations le reconnaissent. Le changement climatique exerce une pression croissante. Les canicules et les épisodes de sécheresse fragilisent les milieux humides. L’Association pour la protection des animaux sauvages a d’ailleurs appelé récemment à suspendre la chasse dans 44 départements français pour cette raison. La faune, déjà affaiblie, aurait besoin d’un répit supplémentaire.

Dans ce contexte plus large, la situation d’Harchies prend une résonance particulière. Les investissements publics importants, les protections Natura 2000 et Ramsar, les efforts de gestion menés par Natagora et les autorités belges se heurtent à une réalité frontalière. Chaque année, selon les comptages d’Alain Malengreau, des centaines d’oiseaux peuvent disparaître des effectifs locaux après l’ouverture de la chasse. Le dérangement sonore s’ajoute aux prélèvements directs.

Les défenseurs de la nature insistent sur le caractère cumulatif de ces pressions. Un oiseau dérangé qui part plus tôt, un oiseau prélevé, un habitat modifié par le climat : tous ces éléments s’additionnent. Pour eux, créer une zone de tranquillité de 1 500 mètres permettrait de réduire au moins l’une de ces pressions à proximité immédiate d’un site exceptionnel.

Le Rôle Des Associations Dans La Mobilisation

Neuf organisations ont appelé à la manifestation de Bernissart. La Ligue royale belge pour la protection des oiseaux et la Ligue de protection des oiseaux des Hauts-de-France figuraient parmi les principales. Cette convergence belgo-française montre que le sujet dépasse les clivages nationaux. Les oiseaux migrent. Les préoccupations aussi.

Nicolas Schümmer porte la voix de la déception face aux investissements qui ne se traduisent pas par une hausse visible des populations. Alain Malengreau apporte le regard de terrain, celui de l’ornithologue qui compte les oiseaux avant et après l’ouverture. Eric Fouvez formule la proposition concrète de zone tampon. Ensemble, ils construisent un argumentaire qui mêle données locales, cadre juridique international et demande politique.

La manifestation elle-même a joué sur le symbole. Déposer des dessins de canards « morts pour la France des chasseurs » au pied d’une stèle belge au moment précis où les tirs commencent côté français crée une image forte. Elle vise à rendre tangible ce que les chiffres seuls peinent parfois à faire ressentir.

Les Arguments De La Passion Cynégétique

Simon Régin et Guillaume Puppinck défendent une vision différente. Pour eux, la chasse au gibier d’eau pratiquée face aux marais d’Harchies s’inscrit dans un cadre légal solide. Les suivis scientifiques permettent d’ajuster les prélèvements. Parler de carnage à partir de quelques centaines d’oiseaux revient, selon leur analyse, à isoler un événement de son contexte plus large.

Ils rappellent que cette activité existe depuis des décennies sur place. Aucune chute notable de biodiversité n’aurait été constatée. La passion des chasseurs pour le gibier d’eau est présentée comme une réalité sociale et culturelle qu’il convient de respecter tant qu’elle reste dans les clous de la réglementation. Le président de la Fédération départementale des chasseurs du Nord insiste sur le caractère « passionnel » et légal de la pratique.

Guillaume Puppinck, en tant que président de la commission gibier d’eau, complète le propos. Il faut regarder les populations dans leur entièreté. Un prélèvement ponctuel ne signifie pas automatiquement une remise en cause de l’état de conservation. Cette approche globale s’oppose à la vision plus localisée défendue par les associations, qui se concentrent sur l’impact immédiat aux abords de la réserve.

Un Site Façonné Par L’Histoire Minière

Les marais d’Harchies n’ont pas toujours eu cet aspect. Ancienne zone houillère, le site a connu une transformation progressive. Aujourd’hui, il offre des habitats favorables à une grande variété d’oiseaux d’eau. Cette histoire particulière renforce son caractère exceptionnel aux yeux des naturalistes belges. Alain Malengreau le fréquente régulièrement et en souligne l’importance à l’échelle de la Wallonie et du pays.

Devenir l’équivalent d’une « Camargue » locale n’est pas anodin. Cela signifie que le site joue un rôle de référence pour l’observation et la protection des oiseaux d’eau dans cette région. Les recensements annuels permettent de suivre l’évolution des effectifs. C’est précisément sur ces données que s’appuient les constats de stagnation et les demandes de mesures supplémentaires.

Les protections Natura 2000 et Ramsar confirment ce statut. Elles engagent les États à prendre des mesures cohérentes. Lorsque des activités de chasse se déroulent à proximité immédiate, la question de la cohérence se pose avec une acuité particulière. C’est tout le sens de la demande de zone tampon formulée par Eric Fouvez et soutenue par les autres organisations.

Les Réponses Officielles Et Les Perspectives

La préfecture du Nord a choisi la voie du dialogue. Elle a indiqué vouloir engager un travail collaboratif associant chasseurs et autorités belges. Cette ouverture répond aux interpellations de la ministre wallonne et des associations. Elle ne préjuge pas du résultat final, mais elle crée un espace de discussion qui n’existait pas forcément auparavant sous cette forme.

Du côté wallon, l’appel à renforcer la coopération internationale reste clair. Les cadres existent déjà. Il s’agit de les utiliser davantage pour rapprocher les réglementations. Les oiseaux ne s’arrêtent pas à la frontière. Les politiques de protection pourraient gagner en efficacité si elles tenaient davantage compte de cette réalité biologique.

Pour les associations, la proposition de 1 500 mètres de zone sans chasse reste la demande centrale. Elles estiment qu’elle constitue un compromis raisonnable. Elle ne remet pas en cause la chasse dans son ensemble. Elle crée simplement une zone de transition entre un espace hautement protégé et les zones où la pratique reste autorisée.

L’Importance Des Comptages De Terrain

Alain Malengreau consacre du temps à dénombrer les oiseaux qui passent la frontière. Avant l’ouverture de la chasse, après. Ces chiffres, même s’ils varient selon les années, montrent des baisses pouvant atteindre quelques centaines d’individus. Pour lui, cela représente un impact réel et visible. Le bruit des tirs aggrave la situation en provoquant le départ anticipé des oiseaux.

Ces comptages alimentent le débat. Les chasseurs les jugent insuffisants pour tirer des conclusions générales. Les associations y voient au contraire une illustration concrète du problème. Entre les deux interprétations, les autorités sont appelées à trouver un terrain d’entente. Le travail collaboratif annoncé pourrait s’appuyer sur ce type de données pour objectiver davantage la discussion.

Le dérangement sonore est un aspect souvent souligné. Même sans prélèvement, le bruit peut modifier le comportement des oiseaux. Pour des espèces en migration, chaque étape de repos et de nourrissage compte. Quitter trop tôt une zone favorable peut avoir des répercussions sur la suite du voyage. C’est l’un des points que les naturalistes mettent en avant pour justifier une bande de tranquillité.

« On ne demande pas l’interdiction de la chasse, on demande une zone tampon de 1 500 mètres autour de la frontière où la chasse ne pourrait être pratiquée, ce qui n’est quand même pas irraisonnable. » — Eric Fouvez

Un Débat Qui Dépasse Les Marais D’Harchies

La situation des marais d’Harchies illustre des questions plus larges. Comment concilier protection stricte d’un site et activités traditionnelles à proximité immédiate ? Comment faire en sorte que les investissements publics dans la nature produisent les effets attendus ? Comment prendre en compte le fait que la faune ignore les frontières tracées par les hommes ?

Les réponses apportées ici pourraient servir d’exemple ou de contre-exemple pour d’autres sites frontaliers. La présence simultanée de protections internationales (Natura 2000, Ramsar) et d’une pratique de chasse réglementée à quelques kilomètres crée une configuration particulière. Les associations belges et françaises ont choisi de s’unir pour porter une demande commune. Les autorités des deux pays sont désormais sollicitées pour y répondre.

Les 1,4 million d’euros investis entre 2019 et 2024 témoignent d’une volonté politique de faire de ce site un modèle. La stagnation des populations d’oiseaux, constatée par les acteurs de terrain, interroge sur l’efficacité de ces moyens lorsque des pressions extérieures persistent. La chasse n’est pas la seule pression, mais elle est celle qui se trouve la plus facilement identifiable et potentiellement modulable à court terme.

Les Espèces Au Cœur Du Conflit

Foulques, fuligules, sarcelles, colverts, hérons, cormorans et butors étoilés : la liste des oiseaux observés dans les marais d’Harchies est longue. Certaines espèces sont communes. D’autres, comme le butor étoilé, sont plus rares et donc plus sensibles. La présence de ces dernières renforce l’argumentaire des protecteurs. Un site qui accueille des espèces patrimoniales mérite, selon eux, une attention particulière sur l’ensemble de son pourtour.

Les migrateurs occupent une place spéciale dans le débat. Leur passage dans les marais constitue une étape importante. Si le dérangement les pousse à repartir plus tôt ou en moins bonne condition, l’impact peut se faire sentir bien au-delà de la frontière belgo-française. C’est l’un des éléments qui justifie, aux yeux des associations, une approche qui dépasse les seules limites administratives.

Les chasseurs, de leur côté, rappellent que les suivis scientifiques existent et que les autorisations de prélèvement en tiennent compte. La réglementation française sur le gibier d’eau s’appuie sur ces données. Pour eux, le cadre actuel offre déjà les garanties nécessaires. Ajouter une zone tampon de 1 500 mètres reviendrait à créer une restriction supplémentaire qu’ils jugent non justifiée par l’état global des populations.

Le Geste Symbolique Des Dessins De Canards

Le dépôt de centaines de dessins de canards au pied de la stèle constitue l’un des moments les plus marquants de la soirée à Bernissart. Chaque dessin représentait un oiseau « mort pour la France des chasseurs ». Le choix de ce support et de ce moment – juste au moment où les tirs commencent – vise à créer une image durable dans les esprits.

Ce type d’action symbolique accompagne souvent les mobilisations environnementales. Ici, il servait à rendre visible un phénomène qui se déroule de l’autre côté d’une frontière invisible pour les oiseaux mais bien réelle pour les humains. Les 700 participants ont ainsi donné un visage collectif à une préoccupation jusqu’alors surtout portée par les naturalistes et les associations.

Les pancartes « Les oiseaux n’ont pas de frontières » résumaient le message de façon simple et directe. Cette phrase, répétée tout au long du cortège, est devenue le fil conducteur de la mobilisation. Elle pointe le décalage entre la biologie des espèces et l’organisation administrative des territoires.

Quelles Suites Possibles Pour Ce Dossier

Le travail collaboratif annoncé par la préfecture du Nord constitue la prochaine étape visible. Son contenu précis n’est pas encore connu. Il pourrait porter sur le partage de données, l’examen de l’impact local de la chasse ou l’étude de mesures d’atténuation. Les associations continueront de défendre la zone tampon de 1 500 mètres comme solution concrète.

Du côté belge, l’insistance sur les cadres de coopération internationale existants laisse penser que la discussion pourrait s’élargir au-delà du seul dossier d’Harchies. Harmoniser les approches de protection des espèces migratrices est un objectif plus vaste. Les marais d’Harchies pourraient servir de cas d’école pour tester de nouvelles formes de coordination.

Les chasseurs resteront attentifs à ce que les éventuelles mesures ne remettent pas en cause ce qu’ils considèrent comme un droit d’exercer une activité légale et encadrée. Le dialogue annonce donc des échanges qui devront tenir compte de positions aujourd’hui éloignées. L’enjeu sera de trouver un point d’équilibre entre la préservation d’un site exceptionnel et le maintien d’une pratique traditionnelle à proximité.

Les marais d’Harchies continueront d’accueillir chaque année des milliers d’oiseaux. Les investissements réalisés depuis 2019 continueront de produire leurs effets sur les habitats. La question qui reste ouverte est celle de l’environnement immédiat de la réserve. C’est sur ce point précis que se cristallise aujourd’hui le conflit de voisinage franco-belge. Les prochaines discussions entre autorités, chasseurs et associations diront si une zone de tranquillité peut voir le jour ou si d’autres solutions émergeront.

En attendant, le souvenir de cette soirée d’août à Bernissart reste présent. Sept cents personnes, des pancartes, des dessins de canards déposés au moment où les coups de feu retentissaient. Un moment qui a rendu public un débat qui se jouait jusqu’alors surtout entre spécialistes. Les oiseaux, eux, continueront de traverser la frontière sans se poser la question des réglementations qui s’appliquent de chaque côté.

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