Le soleil n’était pas encore levé quand les coups de feu ont résonné dans le quartier de Bab al-Zawiya, au cœur d’Hébron. Deux vies palestiniennes se sont éteintes en quelques minutes, laissant derrière elles familles, une ville et tout un territoire sous le choc. Ce dimanche matin, l’armée israélienne a annoncé avoir « neutralisé » deux hommes après une tentative d’attaque à la voiture-bélier contre un checkpoint. Mais très vite, une précision glaçante est venue : l’un des deux n’avait strictement rien à voir avec l’attaque.
Un incident qui ravive les tensions en Cisjordanie
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas et la riposte israélienne à Gaza, la Cisjordanie occupée vit au rythme d’une violence presque quotidienne. Raids militaires, heurts entre jeunes lanceurs de pierres et soldats, attaques au couteau ou à la voiture-bélier… Le cycle semble sans fin. Pourtant, chaque nouvelle victime ajoute une couche de douleur et de colère.
Que s’est-il exactement passé à Hébron ?
Vers 6 heures du matin, une voiture accélère brutalement en direction d’un poste de contrôle temporaire installé près de Bab al-Zawiya. Les soldats postés ouvrent le feu. Le conducteur, Ahmad Khalil Al-Rajabi, 17 ans, est touché mortellement. À quelques mètres, une seconde voiture est également prise pour cible. À son bord : Ziad Jabara Abu Dawoud, 55 ans, employé municipal chargé du nettoyage des rues.
Le communiqué de l’armée israélienne est clair sur le premier véhicule : « Un terroriste a accéléré… les soldats ont répliqué… il a été neutralisé. » Mais concernant le second véhicule, laconique : l’homme « n’était pas impliqué dans l’attaque », sans davantage d’explications.
« Ils ont ordonné à la voiture de s’arrêter, et elle s’est arrêtée. Il travaillait à côté d’un conteneur à ordures. Ils les ont tous les deux abattus. Une attaque barbare. »
Naiem Abu Dawoud, père de Ziad
Deux vies, deux destins fauchés en même temps
Ahmad Khalil Al-Rajabi avait 17 ans. Un âge où l’on rêve d’avenir, pas de fin. Ziad Jabara Abu Dawoud, lui, en avait 55. Père de famille, connu dans son quartier pour son gilet orange fluo et sa gentillesse tranquille. Le Croissant-Rouge palestinien le décrit comme un simple agent d’entretien qui circulait dans une seconde voiture au moment des faits.
Des centaines de personnes ont accompagné Ziad à sa dernière demeure dimanche après-midi. Des employés municipaux en gilet orange, des voisins, des amis. Une foule silencieuse et dignement en colère.
Un contexte explosif qui ne désamorce pas
Depuis deux ans, la Cisjordanie connaît une flambée de violence sans précédent. Plus d’un millier de Palestiniens y ont été tués – combattants, mais aussi très nombreux civils – par l’armée ou par des colons israéliens. Dans le même temps, au moins 44 Israéliens (soldats et civils) ont perdu la vie dans des attaques ou lors d’opérations militaires.
La trêve entrée en vigueur le 10 octobre à Gaza n’a rien changé ici. Les checkpoints se multiplient, les fouilles renforcées, arrestations nocturnes… Chaque jour apporte son lot de frustrations et de drames.
Quelques chiffres clés depuis octobre 2023 :
- + de 1 000 Palestiniens tués en Cisjordanie
- 44 Israéliens tués dans la même zone
- Des centaines d’arrestations administratives
- Multiplication des checkpoints volants
Les questions qui restent sans réponse
Pourquoi avoir ouvert le feu sur la seconde voiture si elle s’était arrêtée ? Y a-t-il eu confusion dans le feu de l’action ? Une enquête interne est-elle ouverte ? Pour l’instant, l’armée israélienne n’a pas répondu à ces questions.
Du côté palestinien, on parle d’« exécution » et d’« attaque barbare ». Le ministère de la Santé à Ramallah a rapidement identifié les deux victimes et dénoncé une « agression israélienne ».
Hébron, ville symbole des fractures
Hébron n’est pas n’importe quelle ville. Divisée depuis les accords d’Oslo, elle abrite à la fois une forte présence de Palestiniens et quelques centaines de colons israéliens ultra-protégés au cœur du vieux quartier. Les tensions y sont permanentes. Bab al-Zawiya, le secteur de l’incident, est un point chaud où les affrontements sont quasi quotidiens.
Les habitants décrivent une vie sous pression constante : contrôles d’identité à répétition, rues fermées, caméras partout. Un quotidien qui use les nerfs et nourrit parfois les actes désespérés.
Vers une nouvelle escalade ?
L’incident de dimanche matin n’est malheureusement pas isolé. Chaque mort supplémentaire alimente la spirale. Les jeunes Palestiniens y voient une preuve supplémentaire d’impunité israélienne. Les autorités israéliennes, elles, répètent que leurs soldats agissent en état de légitime défense face à une menace terroriste réelle.
Mais quand un employé municipal de 55 ans, père de famille et sans antécédents judiciaires vierges, tombe sous les balles à côté d’un adolescent présenté comme assaillant, la frontière entre légitime défense et usage disproportionné de la force devient terriblement floue.
En Cisjordanie occupée, la paix semble plus loin que jamais. Et chaque nouvelle tombe continue d’écrire, malgré nous, une histoire écrite avec du sang et des larmes.
Le silence après les coups de feu est parfois plus assourdissant que les détonations elles-mêmes.









