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Cinq Femmes Trois Hommes Candidats À La Direction De L Onu

Cinq femmes et trois hommes se disputent le poste le plus sensible de la planète. Parmi eux une ancienne présidente torturée, un chef de l énergie atomique et une jeune diplomate. Le Conseil de sécurité a déjà donné un premier signal. Qui sortira vraiment du lot

Qui prendra la tête de l organisation mondiale la plus connue de la planète dans un contexte de tensions extrêmes ? Cinq femmes et trois hommes se sont officiellement déclarés pour remplacer Antonio Guterres. Le poste de secrétaire général des Nations unies n a jamais semblé aussi exposé. Les grandes puissances qui détiennent le pouvoir de nomination sont elles-mêmes profondément divisées. Dans ce climat, chaque candidature raconte une histoire, un parcours et une vision différente de ce que l institution devrait devenir.

Un poste stratégique dans un monde fracturé

Le secrétaire général de l ONU n est pas un simple administrateur. Il incarne la voix collective d une organisation qui prétend représenter l humanité entière. Pourtant, depuis des années, l institution est accusée de lenteur, de bureaucratie excessive et d incapacité à empêcher les conflits majeurs. Les candidats actuels le savent. Tous insistent, à leur manière, sur la nécessité de restaurer la crédibilité de l organisation.

La tradition de rotation géographique pèse lourdement sur ce scrutin. L Amérique latine revendique ouvertement le poste. Six des huit candidats en sont originaires. Deux seulement viennent d ailleurs, un d Ouganda et un du Sénégal. Cette répartition n est pas anodine. Elle reflète un équilibre fragile entre continents et entre visions du multilatéralisme.

Le 30 juillet, le Conseil de sécurité a organisé une première séance de vote indicatif. Quinze membres ont exprimé des préférences. Une personnalité a clairement ressorti. Mais le chemin reste long. Les grandes puissances disposent d un droit de veto. Aucun candidat ne peut vraiment s imposer sans leur consentement tacite ou explicite.

Ivonne A-Baki, la diplomate de la réconciliation

Ivonne A-Baki a fait son entrée en lice récemment. Âgée de soixante-quinze ans, cette diplomate équatorienne est née de parents libanais. Elle a servi comme ambassadrice de Quito aux États-Unis et en France. Sa candidature a été portée par les Tonga, un petit État du Pacifique qui a ainsi choisi de soutenir une voix latino-américaine.

Son parcours le plus marquant reste le rôle qu elle a joué dans le rapprochement entre l Équateur et le Pérou. Après plusieurs conflits frontaliers meurtriers, elle a contribué à apaiser les relations. Cette expérience de médiation concrète constitue l un de ses arguments forts. Elle se présente comme une praticienne du dialogue plutôt que comme une théoricienne des institutions.

Dans sa vision, l ONU doit devenir moins bureaucratique. Elle plaide pour une organisation davantage orientée vers des résultats tangibles. Selon elle, le multilatéralisme a besoin d être restauré. Elle se décrit elle-même comme une diplomate capable de reconstruire la confiance entre les États. Cette approche pragmatique pourrait séduire ceux qui estiment que l institution s est trop éloignée du terrain.

À soixante-quinze ans, Ivonne A-Baki incarne une génération qui a connu les grandes heures de la diplomatie classique. Son âge n est pas un handicap dans un milieu où l expérience reste valorisée. Pourtant, la question de la succession générationnelle plane sur l ensemble du processus. Certains observateurs se demandent si l organisation a vraiment besoin d un profil aussi expérimenté ou d un souffle plus neuf.

Michelle Bachelet, la voix morale contestée

Michelle Bachelet, soixante-quatorze ans, est sans doute la candidate la plus connue internationalement. Socialiste chilienne, elle a été torturée sous le régime d Augusto Pinochet pour son opposition. Elle est devenue la première femme présidente du Chili, une première fois entre 2006 et 2010, puis une seconde entre 2014 et 2018. Ce double mandat a fait d elle une figure politique de premier plan sur la scène mondiale.

Son passage à la tête du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l homme a laissé des traces. Un rapport accablant sur le sort de la minorité ouïgoure a provoqué de vives critiques de la part de la Chine. Les États-Unis, de leur côté, ont exprimé des réserves concernant sa position pro-avortement. Ces frictions montrent à quel point le poste de secrétaire général est exposé aux tensions géopolitiques.

Michelle Bachelet défend l idée d un secrétaire général qui soit une « voix de la morale », même sous la pression des grandes puissances. Cette conception assume le risque du conflit avec les États les plus influents. Elle refuse l idée d un secrétaire général purement administratif. Pour elle, la dimension éthique reste centrale.

Sa candidature est portée par le Mexique et le Brésil. Le Chili, en revanche, lui a retiré son soutien après l arrivée au pouvoir du président d extrême droite José Antonio Kast. Ce retournement national illustre la fragilité des appuis diplomatiques. Même une personnalité de cette envergure peut perdre le soutien de son propre pays en fonction des alternances politiques.

Le parcours de Michelle Bachelet incarne à la fois la résilience personnelle et les limites du multilatéralisme contemporain. Torturée dans sa jeunesse, présidente à deux reprises, haut-commissaire aux droits de l homme, elle a traversé presque toutes les strates du pouvoir. Pourtant, les critiques qui l entourent rappellent que nul n est à l abri des rapports de force internationaux.

Maria Fernanda Espinosa, l ancienne présidente de l Assemblée générale

Maria Fernanda Espinosa, soixante et un ans, a été ministre des Affaires étrangères et de la Défense de l Équateur. Elle a également présidé l Assemblée générale des Nations unies. Cette expérience institutionnelle directe lui donne une connaissance fine des rouages de l organisation. Sa candidature n est cependant pas soutenue par son propre pays. C est Antigua-et-Barbuda qui la porte.

Pour elle, les Nations unies restent « l unique plateforme universelle » capable de s occuper des défis communs de l humanité. Elle appelle toutefois à une réforme en profondeur de l institution. L une de ses propositions concrètes concerne la création d un mécanisme d « alerte précoce ». L idée est de collecter les signaux du terrain afin d empêcher un conflit avant qu il ne se déclenche.

Cette orientation vers la prévention plutôt que vers la gestion de crise constitue un axe fort de son discours. Elle estime que l ONU a trop souvent réagi trop tard. En plaçant l accent sur l anticipation, elle cherche à répondre à l une des critiques les plus récurrentes adressées à l organisation.

Maria Fernanda Espinosa représente une génération intermédiaire. Moins connue du grand public que Michelle Bachelet, elle possède néanmoins une légitimité institutionnelle solide. Son absence de soutien national peut être perçue comme une faiblesse. Elle peut aussi être lue comme un signe d indépendance face aux jeux diplomatiques purement nationaux.

Rafael Grossi, le diplomate du nucléaire

Rafael Grossi, soixante-cinq ans, est un diplomate de carrière argentin. Il a été nommé par son propre pays. Depuis 2019, il dirige l Agence internationale de l énergie atomique. Ce poste l a placé au cœur de deux dossiers extrêmement sensibles : le programme nucléaire iranien et la centrale de Zaporijjia, occupée par la Russie en Ukraine.

Ces deux dossiers concernent directement des membres permanents du Conseil de sécurité. Grossi n a pas quitté ses fonctions pour faire campagne. Il estime que se mettre en retrait reviendrait à manquer à son devoir. Cette décision souligne son attachement au sérieux de sa mission actuelle, tout en maintenant une présence continue sur la scène internationale.

Selon certains observateurs, il a adopté une position plus radicale sur la réforme de l ONU. Il défend l idée d un secrétaire général présent sur le terrain. Cette vision s oppose à celle d un dirigeant essentiellement confiné dans les bureaux de New York. Pour Grossi, la légitimité se gagne aussi par la proximité avec les réalités concrètes.

Son expérience du nucléaire lui confère une expertise rare. Dans un monde où les risques de prolifération et d accidents restent élevés, cette compétence technique peut constituer un atout. Elle peut aussi devenir un handicap si certaines puissances estiment qu il a été trop exposé sur des dossiers trop conflictuels.

Rebeca Grynspan, la préférée du premier vote

Rebeca Grynspan, soixante-dix ans, est l ancienne vice-présidente du Costa Rica. Elle dirigeait l agence des Nations unies pour le commerce et le développement, la Cnuced, avant de se mettre en retrait pour la campagne. Son pays la soutient officiellement.

En 2022, elle a négocié avec Moscou et Kiev l Initiative de la mer Noire. Cet accord a permis de faciliter l exportation des céréales ukrainiennes après l invasion russe. Cette médiation concrète dans un conflit majeur lui a valu une reconnaissance internationale. Elle a montré qu elle pouvait dialoguer avec des parties en guerre ouverte.

Son histoire personnelle nourrit également son discours. Ses parents juifs ont « à peine survécu » à l Holocauste avant d immigrer au Costa Rica. Cette mémoire familiale la conduit à déplorer que l ONU soit devenue « une organisation conservatrice en matière de risque ». Selon elle, l institution n essaie plus assez de peser réellement sur les conflits.

Au terme de la première séance de vote indicatif organisée le 30 juillet par le Conseil de sécurité, Rebeca Grynspan a reçu le plus grand nombre de mentions favorables de la part des quinze membres. Ce résultat ne préjuge de rien, mais il place clairement sa candidature en position de force relative à ce stade du processus.

Sa trajectoire mêle expérience politique nationale, responsabilité internationale et médiation de crise. Elle incarne une forme de continuité institutionnelle tout en appelant à davantage d audace. Cette combinaison pourrait séduire ceux qui recherchent à la fois la stabilité et le renouveau.

Olara Otunnu, la voix africaine hors rotation

Olara Otunnu, soixante-quinze ans, est l un des deux candidats qui ne sont pas originaires d Amérique latine. Ougandais, il a été secrétaire général adjoint des Nations unies et représentant spécial pour les enfants et les conflits armés entre 1997 et 2005, sous l autorité de Kofi Annan.

Cette expérience au cœur de l institution lui donne une connaissance intime de ses mécanismes. Il a travaillé sur l un des sujets les plus sensibles : la protection des enfants dans les zones de guerre. Ce parcours lui confère une légitimité morale particulière.

En 2011, il s est présenté à l élection présidentielle ougandaise sous les couleurs du parti d opposition Uganda People s Congress. Il a été battu par Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. Cette tentative politique nationale montre qu il n a pas hésité à s engager dans l arène électorale de son pays, même face à un adversaire solidement installé.

Sa candidature interroge la tradition de rotation géographique. L Amérique latine revendique le poste. Pourtant, la présence d un profil africain expérimenté rappelle que le continent africain possède aussi des diplomates de haut niveau. Otunnu incarne une forme de contrepoint à la domination latino-américaine actuelle sur le processus.

Carolyn Rodrigues-Birkett, la plus jeune des prétendantes

Carolyn Rodrigues-Birkett, cinquante-deux ans, est la plus jeune des candidates. Ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, elle est aujourd hui ambassadrice de son pays auprès des Nations unies. C est son propre État qui la propose.

Elle plaide pour restaurer la « crédibilité » de l organisation, qu elle juge en berne. Selon elle, l ONU ne doit pas être jugée uniquement sous le prisme de la paix et de la sécurité. Elle insiste sur l importance de ses actions en matière de développement et de défense des droits humains.

Cette approche élargie du mandat de l institution constitue un élément distinctif. Alors que de nombreux discours se concentrent sur les conflits, elle rappelle que le développement et les droits humains font aussi partie intégrante de la mission onusienne. Cette vision plus large pourrait séduire les États qui se sentent trop souvent relégués au second plan dans les débats purement sécuritaires.

Son âge relativement jeune par rapport aux autres candidats introduit une dimension générationnelle. À cinquante-deux ans, elle représente un profil potentiellement plus long terme. Cette caractéristique peut être perçue comme un atout dans une organisation qui a besoin de stabilité et de continuité.

Macky Sall, l ancien président sénégalais

Macky Sall, soixante-quatre ans, a dirigé le Sénégal entre 2012 et 2024. Sa candidature a d abord été présentée par le Burundi. Elle a ensuite reçu le soutien de Dakar. Dans son discours, il insiste sur la représentation du Sud global dans les instances internationales. Il souligne également le lien intrinsèque entre paix et développement.

Cette orientation vers le Sud global répond à une critique récurrente. De nombreux États estiment que l architecture actuelle des Nations unies reste trop dominée par les puissances traditionnelles. Macky Sall se présente comme un porte-voix de cette revendication d équilibre.

Cependant, son bilan national suscite des réserves. Les autorités sénégalaises l accusaient d avoir réprimé dans le sang les violentes manifestations politiques qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024. Ces accusations pèsent sur son image internationale, même si elles n empêchent pas son pays de le soutenir désormais.

Sa candidature illustre la complexité des parcours politiques africains contemporains. Ancien chef d État, il possède une expérience de gouvernement rare parmi les prétendants. Cette expérience peut être vue comme un atout de réalisme. Elle peut aussi être lue comme un handicap si les questions de gouvernance démocratique restent prioritaires pour certains membres du Conseil de sécurité.

Les enjeux transversaux du scrutin

Au-delà des profils individuels, plusieurs questions structurelles traversent l ensemble du processus. La première concerne la place des femmes. Cinq des huit candidats sont des femmes. Cette proportion est historiquement élevée. Elle reflète une évolution des mentalités, même si le poste de secrétaire général n a encore jamais été occupé par une femme.

La deuxième question porte sur la rotation géographique. L Amérique latine revendique le poste avec force. Six candidats en sont issus. Cette domination numérique pourrait se transformer en avantage collectif ou, au contraire, en source de division interne si plusieurs candidatures latino-américaines se neutralisent mutuellement.

La troisième question touche à la réforme de l institution elle-même. Presque tous les candidats appellent à des changements. Certains veulent moins de bureaucratie. D autres insistent sur la présence sur le terrain. D autres encore proposent des mécanismes d alerte précoce. Ces convergences de diagnostic n empêchent pas des divergences sur les solutions.

Enfin, le rôle des grandes puissances reste déterminant. Le Conseil de sécurité détient le pouvoir de nomination. Les membres permanents disposent d un droit de veto. Aucun candidat ne peut vraiment s imposer contre l opposition résolue de l un d entre eux. Cette réalité limite considérablement la portée du vote indicatif du 30 juillet.

Ce que révèle le premier vote indicatif

Le 30 juillet, les quinze membres du Conseil de sécurité ont exprimé des préférences. Rebeca Grynspan est ressortie en tête. Ce résultat constitue un signal. Il ne constitue pas encore une décision. Les votes indicatifs servent à tester les eaux. Ils permettent aux États de mesurer le niveau de soutien ou d opposition à chaque profil.

La suite du processus reste opaque. Les négociations diplomatiques se déroulent en coulisses. Les grandes puissances consultent leurs alliés. Les petits États cherchent à maximiser leur influence. Dans ce jeu complexe, les candidatures peuvent encore évoluer. Certaines peuvent se retirer. D autres peuvent apparaître.

Le calendrier exact de la nomination n est pas encore figé. L organisation a besoin d un successeur avant la fin du mandat d Antonio Guterres. Cette contrainte temporelle pèse sur l ensemble des acteurs. Elle pousse à des compromis, parfois douloureux.

Des parcours contrastés face à des défis communs

En parcourant les huit profils, on constate une grande diversité d expériences. Anciennes présidentes, ministres, diplomates de carrière, responsables d agences spécialisées. Certains ont connu la torture. D autres ont négocié des accords de cessez-le-feu. D autres encore ont géré des programmes nucléaires sensibles.

Cette diversité constitue à la fois une richesse et un défi. Elle montre que le vivier de compétences existe. Elle révèle aussi que les attentes à l égard du futur secrétaire général sont multiples et parfois contradictoires. Certains veulent une voix morale. D autres préfèrent un gestionnaire efficace. D autres encore recherchent un médiateur capable de parler à toutes les parties.

Le contexte international actuel rend ces attentes encore plus pressantes. Les conflits se multiplient. Les clivages entre grandes puissances s approfondissent. Le multilatéralisme est contesté de toutes parts. Dans ce climat, le choix du prochain secrétaire général prendra une dimension symbolique forte.

La question de la légitimité morale

Plusieurs candidats insistent sur la dimension morale du poste. Michelle Bachelet parle explicitement d une « voix de la morale ». Rebeca Grynspan déplore le conservatisme de l institution face au risque. Carolyn Rodrigues-Birkett veut restaurer la crédibilité. Ces formulations convergent vers une même idée : l ONU a perdu une partie de son autorité morale.

Cette perte d autorité n est pas seulement une question d image. Elle affecte la capacité de l organisation à mobiliser les États et les opinions publiques. Un secrétaire général perçu comme trop proche des grandes puissances ou trop distant des réalités du terrain peine à incarner une parole collective.

Pourtant, le poste reste structurellement dépendant des grandes puissances. Le secrétaire général n a pas d armée. Il n a pas de budget autonome significatif. Sa force repose essentiellement sur le prestige de la fonction et sur sa capacité de persuasion. Cette réalité limite objectivement la marge de manœuvre de n importe quel titulaire.

Le poids de l Amérique latine

Six candidats sur huit sont latino-américains. Cette proportion reflète une revendication régionale assumée. L Amérique latine estime que le moment est venu pour l un des siens. La tradition de rotation géographique, bien que non écrite de manière rigide, a souvent guidé les choix précédents.

Cette domination numérique peut cependant se retourner contre la région si les candidatures se concurrencent trop durement. Un éparpillement des soutiens pourrait ouvrir la voie à un profil extérieur. Olara Otunnu et Macky Sall incarnent précisément cette possibilité alternative.

Le soutien des pays de la région n est d ailleurs pas homogène. Le Chili a retiré son appui à Michelle Bachelet. L Équateur ne soutient pas Maria Fernanda Espinosa. Ces divergences internes montrent que l unité latino-américaine n est pas automatique.

Ce que les candidats disent de l institution

En écoutant les différents discours, on entend un diagnostic partagé. L ONU est trop bureaucratique. Elle réagit trop lentement. Elle n est plus assez présente sur le terrain. Elle a perdu une partie de sa crédibilité. Ces critiques ne sont pas nouvelles. Elles prennent cependant une acuité particulière dans le contexte actuel.

Les solutions proposées varient. Certains insistent sur la réforme institutionnelle. D autres sur le retour à une diplomatie de terrain. D autres encore sur le renforcement de la dimension morale. Ces approches ne sont pas forcément exclusives. Elles reflètent des sensibilités différentes quant à la nature profonde de la crise.

Ce qui frappe, c est l absence relative de propositions radicales de refonte totale. La plupart des candidats semblent accepter le cadre existant tout en souhaitant l améliorer. Cette prudence est compréhensible. Un candidat trop iconoclaste risquerait de s aliéner les puissances qui détiennent le pouvoir de nomination.

Le rôle du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité reste le véritable centre de décision. Les quinze membres, et surtout les cinq permanents, détiennent les clés. Le vote indicatif du 30 juillet a donné une première indication. Il n a pas tranché. Les consultations se poursuivent. Les pressions diplomatiques s intensifient.

Dans ce processus, les petits États jouent un rôle parfois sous-estimé. Les Tonga ont porté la candidature d Ivonne A-Baki. Antigua-et-Barbuda celle de Maria Fernanda Espinosa. Le Burundi a initié celle de Macky Sall. Ces gestes montrent que même les États de taille modeste peuvent influencer le débat en proposant des noms.

La suite dépendra de la capacité des candidats à élargir leur base de soutien au-delà de leurs parrains initiaux. Un profil qui ne convainc que son continent d origine aura peu de chances de l emporter. L enjeu est de construire des coalitions transversales.

Une succession sous haute tension

Le contexte international n a jamais été aussi tendu depuis des décennies. Les conflits se multiplient. Les relations entre grandes puissances se détériorent. Le multilatéralisme est contesté. Dans ce climat, le choix du prochain secrétaire général prend une dimension symbolique particulière.

Les huit candidats incarnent des réponses différentes à cette crise. Certains misent sur l expérience. D autres sur la jeunesse relative. Certains mettent en avant la dimension morale. D autres l expertise technique. Certains revendiquent le Sud global. D autres s inscrivent dans la continuité institutionnelle.

Aucun profil n apparaît comme une évidence absolue. Chacun présente des forces et des faiblesses. Chacun suscite des réserves de la part de certaines puissances. Le processus de sélection sera donc nécessairement long et complexe. Il risque aussi d être marqué par des compromis.

Ce qui se joue dépasse les personnes. C est l avenir d une institution créée il y a près de quatre-vingts ans qui est en question. Une institution qui a survécu à la Guerre froide, à la décolonisation et à la mondialisation, mais qui peine aujourd hui à trouver sa place dans un monde multipolaire conflictuel.

Vers une décision qui restera politique

Au final, le choix du prochain secrétaire général ne sera pas purement technique. Il sera éminemment politique. Les grandes puissances évalueront les profils à l aune de leurs propres intérêts. Les petits États chercheront à maximiser leur influence. Les opinions publiques, dans une moindre mesure, pourront peser sur les perceptions.

Les huit candidatures actuelles offrent un éventail large. Elles montrent que le vivier existe. Elles illustrent aussi les tensions qui traversent le système international. Entre revendication régionale, exigence de réforme, recherche de légitimité morale et contraintes géopolitiques, le prochain titulaire devra naviguer dans un environnement extrêmement complexe.

La première indication du 30 juillet a placé Rebeca Grynspan en position favorable. Rien n est encore joué. Les semaines et les mois qui viennent diront si cette avance se confirme ou si d autres profils parviennent à s imposer. Dans tous les cas, le processus restera sous haute surveillance. Car le poste de secrétaire général des Nations unies, malgré ses limites structurelles, demeure l un des plus exposés et des plus symboliques de la planète.

Dans un monde ravagé par les conflits et divisé par les grandes puissances, la question n est pas seulement de savoir qui dirigera l organisation. C est aussi de savoir si l organisation elle-même saura encore incarner une forme d espoir collectif. Les huit candidats apportent chacun une réponse partielle. Le choix final dira laquelle de ces réponses les États membres sont prêts à soutenir.

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