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Cinq Ans De Pouvoir Taliban Célébrés À Kaboul

À Kaboul, une marée de drapeaux noirs et blancs envahit les rues tandis que des danses traditionnelles résonnent. Cinq ans après leur retour, les partisans affichent joie et espoir. Mais derrière les pétards et les hélicoptères, des émotions plus complexes se dessinent...

Cinq années se sont écoulées depuis ce jour d’août 2021 où les talibans sont entrés dans Kaboul. Samedi, dans la capitale afghane, des centaines de partisans se sont rassemblés pour marquer cet anniversaire d’une manière festive et très visible. Près de l’ancienne ambassade des États-Unis, fermée depuis le retrait des forces américaines, un rond-point est devenu le théâtre d’une démonstration de joie organisée et spontanée à la fois.

Une Marée De Drapeaux Et De Chants Patriotiques

Dès les premières heures, les rues alentour se sont remplies. Hommes et enfants, souvent debout à l’arrière de pick-up, juchés sur des motos ou penchés à moitié hors des fenêtres de voitures, agitaient des drapeaux noir et blanc de l’Émirat islamique d’Afghanistan. Ces drapeaux, vendus depuis plusieurs jours par des marchands de rue dans différents points de la ville, étaient de toutes tailles. La scène donnait l’impression d’une marée continue de tissu sombre et clair ondulant au gré des mouvements de la foule.

La musique, officiellement interdite sous sa forme profane, a pourtant résonné à plein volume. Il s’agissait de chants patriotiques, couverts par moments par le bruit des hélicoptères militaires qui survolaient la ville ou par celui des pétards. Cette ambiance sonore, mêlée aux cris et aux conversations, créait une atmosphère particulière, à la fois solennelle et exubérante.

Témoignages De Joie Et D’espoir

Parmi la foule, Mohammad Daud Rahmani, patron d’une société de construction originaire de Kandahar, berceau du mouvement dans le sud du pays, a confié son état d’esprit. « Nous sommes heureux et nous avons beaucoup d’espoir pour le futur de l’Afghanistan », a-t-il déclaré. Il a précisé que des célébrations avaient également lieu à Kandahar et dans d’autres provinces, mais que se trouver à Kaboul représentait une joie différente. Il a aussi lancé un appel aux pays du monde entier afin qu’ils nouent des relations avec le gouvernement en place.

Non loin, un autre homme, Mohammad Alim, âgé de 23 ans, a exprimé un sentiment plus nuancé. Son père, combattant taliban, est mort pendant la guerre contre les États-Unis et leurs alliés. « Je me sens heureux, mais triste aussi », a-t-il confié. Cette double émotion illustrait la complexité des souvenirs liés à ces cinq années et aux décennies de conflit qui les ont précédées.

Gestes Symboliques Et Présence Militaire

Certains membres des forces armées talibanes, reconnaissables à leur longue barbe, ont participé activement aux danses. Des grenades étaient visibles entre leurs mains pendant ces moments de fête. Des enfants, quant à eux, ont défilé en tenue militaire, munis de pistolets en plastique. Ces détails donnaient à la manifestation un caractère à la fois familial et martial.

Des hommes ont également apporté des bidons en plastique jaune. Ces récipients rappelaient ceux qui, remplis d’explosifs, avaient été utilisés contre les forces de l’ancienne République afghane et de la coalition occidentale. Leur présence dans le cortège constituait un symbole fort, rappelant les méthodes de combat passées.

Une femme vêtue d’un tchador vert et d’un voile noir a été rapidement invitée à cesser de prendre des selfies. Elle a quitté les lieux peu après. Cet incident bref soulignait les règles strictes qui continuent de régir la présence des femmes dans l’espace public.

Danses Traditionnelles Et Symboles Du Passé

Par moments, des groupes d’hommes se lançaient dans une danse traditionnelle pachtoune. La communauté pachtoune constitue la principale en Afghanistan et la plupart des dirigeants talibans en sont issus. Ces danses, exécutées au milieu de la foule, apportaient une dimension culturelle ancienne à la célébration politique.

Sur le rond-point des Chevaux, les autorités avaient installé deux véhicules lourds chargés de sens. Un Humvee, abandonné par l’armée américaine et ses alliés afghans lors du retrait de 2021, trônait à côté d’un char russe. Ce dernier rappelait la déroute des Soviétiques après leur occupation du pays, qui s’était achevée en 1989. Ces deux engins, placés côte à côte, formaient un tableau frappant de deux défaites étrangères successives.

Parade Sportive Et Quartiers Calmes

Les autorités ont également organisé une parade d’athlètes masculins. Les femmes, rappelons-le, ont l’interdiction de fréquenter tout club de sport. Cette distinction claire entre les sexes s’inscrivait dans la continuité des règles appliquées depuis le retour au pouvoir.

Pendant que le rond-point et ses abords vibraient d’activité, d’autres quartiers de Kaboul restaient plus calmes. La journée avait été déclarée fériée par les autorités, ce qui expliquait en partie la fréquentation variable selon les zones de la ville.

Une Journée De Visibilité Organisée

L’ensemble de la journée s’est déroulé sous le regard des hélicoptères militaires qui survolaient régulièrement la capitale. Le bruit des rotors se mêlait à celui des pétards et de la musique. Les vendeurs de drapeaux, présents depuis plusieurs jours, avaient anticipé la demande. Les pick-up, les motos et les voitures transformés en supports de drapeaux offraient une image de mobilité et de participation collective.

Mohammad Daud Rahmani, en appelant les nations étrangères à établir des relations, a résumé une demande récurrente des autorités en place. Pour lui, comme pour d’autres présents, la célébration de ce cinquième anniversaire représentait non seulement un regard sur le passé immédiat, mais aussi une projection vers l’avenir.

La présence des enfants en tenue militaire et des bidons jaunes ajoutait des couches de signification. Ces éléments, associés aux danses et aux drapeaux, composaient un tableau dense où se croisaient mémoire du conflit, affirmation d’identité et expression de satisfaction.

Le Rond-Point Comme Scène Centrale

Le choix du lieu n’était pas anodin. Se rassembler tout près de l’ex-ambassade américaine, fermée depuis le retrait des forces armées, donnait un relief particulier à la manifestation. Deux semaines après l’entrée des talibans dans la capitale le 15 août 2021, les diplomates et le personnel avaient quitté les lieux. Cinq ans plus tard, le même espace accueillait des centaines de partisans brandissant les couleurs de l’Émirat.

Les pick-up chargés d’hommes et d’enfants, les motos zigzaguant entre les véhicules, les voitures aux fenêtres ouvertes formaient un flux permanent. Les drapeaux noirs et blancs, agités sans relâche, créaient un motif visuel répétitif et puissant. La musique patriotique, diffusée à fort volume, dominait par instants avant d’être recouverte par le passage d’un hélicoptère ou l’explosion d’un pétard.

Les danses pachtounes interrompaient régulièrement le défilé. Des cercles se formaient, des hommes entraient dans la ronde, les gestes amples et rythmés se répétaient. Ces moments de danse traditionnelle apportaient une respiration culturelle au sein d’une journée largement politique.

Symboles De Victoire Et Mémoire Des Combats

Le Humvee et le char russe, placés en évidence sur le rond-point des Chevaux, fonctionnaient comme des trophées. L’un rappelait le départ précipité des forces américaines et de leurs alliés afghans en 2021. L’autre évoquait la fin de l’occupation soviétique en 1989. Deux superpuissances, deux retraits, un même lieu de mémoire.

Les bidons jaunes, portés par certains participants, renvoyaient quant à eux aux engins explosifs improvisés qui avaient marqué les années de conflit. Leur présence dans un contexte festif créait un contraste saisissant entre la fête et le souvenir de la guerre.

Les forces armées talibanes, présentes en nombre, participaient aux danses tout en gardant des grenades à portée de main. Cette image d’hommes barbus dansant avec des armes illustrait la porosité entre le registre militaire et le registre festif.

Présence Des Enfants Et Règles De Genre

Les enfants en tenue militaire, pistolets en plastique à la main, défilaient fièrement. Leur participation montrait comment la célébration s’étendait aux plus jeunes générations. En parallèle, la femme en tchador vert, rapidement priée de cesser ses selfies, rappelait les limites strictes imposées à la présence féminine dans l’espace public.

La parade d’athlètes masculins renforçait cette distinction. Les clubs de sport restant interdits aux femmes, seuls les hommes pouvaient participer à ce type de démonstration physique organisée par les autorités.

Une Atmosphère Différente Selon Les Quartiers

Si le secteur du rond-point et de l’ancienne ambassade vibrait d’activité, d’autres parties de Kaboul offraient un visage plus tranquille. La journée fériée décidée par les autorités n’avait pas produit le même niveau d’animation partout. Certains secteurs restaient presque ordinaires, loin des drapeaux et des chants.

Cette différence d’intensité soulignait que la célébration, bien que largement relayée, restait concentrée sur des lieux symboliques choisis. Le centre de gravité de la journée se situait clairement autour du point de rassemblement principal.

Appels À La Reconnaissance Internationale

Le message de Mohammad Daud Rahmani, appelant les pays du monde à établir des relations, résonnait au-delà de la simple fête. Pour beaucoup de présents, le cinquième anniversaire n’était pas seulement l’occasion de se réjouir, mais aussi de réaffirmer une demande de reconnaissance.

L’espoir exprimé pour l’avenir de l’Afghanistan se mêlait aux souvenirs douloureux, comme celui de Mohammad Alim ayant perdu son père. Joie et tristesse coexistaient dans les propos de certains participants, donnant à la journée une profondeur émotionnelle qui dépassait le simple enthousiasme collectif.

La Musique Comme Fil Conducteur

Malgré l’interdiction de la musique profane, les chants patriotiques ont occupé une place centrale. Diffusés à très fort volume, ils structuraient l’ambiance sonore de la journée. Les hélicoptères et les pétards venaient régulièrement perturber cette trame musicale, créant des moments de rupture et de reprise.

Cette utilisation de la musique comme outil de mobilisation et d’expression d’appartenance montrait comment les règles officielles pouvaient être adaptées dans un contexte de célébration officielle.

Un Tableau Dense De Symboles

Au final, la journée a assemblé un grand nombre d’éléments significatifs : drapeaux de l’Émirat, danses pachtounes, véhicules militaires abandonnés, bidons jaunes, enfants en uniforme factice, forces armées dansant avec des grenades, athlètes masculins, musique patriotique et hélicoptères. Chaque détail contribuait à construire une image cohérente du pouvoir en place et de sa base de soutien.

Le rassemblement près de l’ancienne ambassade américaine ancrait symboliquement la célébration dans l’histoire récente du retrait occidental. Le char russe prolongeait cette lecture historique plus loin dans le temps. Ensemble, ces choix de lieu et d’objets exposés formaient un récit visuel de continuité et de victoire.

Les témoignages recueillis montraient des hommes heureux d’être à Kaboul pour cet anniversaire, fiers de la présence des drapeaux et confiants dans l’avenir, tout en portant parfois le poids de pertes personnelles. Cette coexistence d’émotions donnait à la foule une dimension humaine qui dépassait la simple démonstration de force.

La journée fériée, les vendeurs de drapeaux présents depuis plusieurs jours, l’organisation d’une parade sportive masculine et la concentration de l’animation sur un secteur précis indiquaient une préparation soignée. Rien n’était laissé au hasard dans la mise en scène de ce cinquième anniversaire.

Ainsi, samedi à Kaboul, entre danses traditionnelles, musique patriotique et marée de drapeaux, les partisans du gouvernement taliban ont marqué de manière festive le retour au pouvoir survenu cinq ans plus tôt. Le rond-point près de l’ex-ambassade, les véhicules exposés, les enfants en tenue militaire et les appels à la reconnaissance internationale ont composé les éléments d’une journée dense en symboles et en émotions.

Les scènes observées ce jour-là continueront sans doute de nourrir les récits sur ces cinq années. Pour ceux qui étaient présents, la joie affichée, l’espoir exprimé et le souvenir des combats passés se sont entremêlés sous les drapeaux noirs et blancs de l’Émirat islamique d’Afghanistan.

Dans les rues de la capitale, le passage des hélicoptères, le crépitement des pétards et le rythme des danses pachtounes ont ponctué une célébration qui voulait être à la fois un bilan et une projection. Les centaines de personnes rassemblées ont, chacune à leur manière, contribué à donner forme à cet anniversaire très particulier.

Mohammad Daud Rahmani, venu de Kandahar, a résumé une partie de l’état d’esprit dominant : bonheur d’être à Kaboul pour cette occasion, espoir pour le futur, et souhait que le monde établisse des relations. Mohammad Alim, lui, a rappelé que derrière la fête se cachaient aussi des absences définitives. Ces deux voix, parmi d’autres, ont donné à la journée sa texture humaine.

Le tableau final reste celui d’une marée de drapeaux, de danses, de chants et de symboles militaires disposés avec intention. Cinq ans après l’entrée dans Kaboul, les partisans ont choisi de marquer la date par une démonstration visible, sonore et chargée de sens.

Les quartiers plus calmes de la ville offraient un contrepoint discret à l’animation du rond-point. Cette diversité d’ambiances au sein de la même capitale illustrait que la célébration, tout en étant officiellement encouragée, ne s’imposait pas de manière uniforme partout.

En définitive, la journée du samedi a permis d’observer comment un anniversaire politique pouvait se traduire en gestes concrets : agiter un drapeau, danser, porter un bidon jaune, faire défiler des enfants en uniforme factice, exposer un Humvee et un char russe, diffuser de la musique patriotique et laisser les hélicoptères survoler la foule. Chaque élément avait sa place dans le récit collectif proposé ce jour-là.

Les cinq années écoulées depuis août 2021 ont ainsi trouvé, le temps d’une journée à Kaboul, une expression collective faite de drapeaux, de danses et de souvenirs entremêlés.

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