Imaginez un pays confronté à des coupures d’électricité chroniques, où l’accès à l’énergie fiable reste un défi quotidien pour des millions de personnes. Soudain, une annonce venue du Golfe Persique change la donne : une entreprise émiratie s’engage à construire une imposante centrale thermique au cœur du Burkina Faso. Ce projet n’est pas seulement une réponse à un besoin énergétique criant, il s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large de présence et d’influence sur le continent africain.
Les Émirats arabes unis, nouvel acteur majeur de l’énergie en Afrique
Depuis plusieurs années, les Émirats arabes unis déploient une diplomatie économique particulièrement dynamique sur le continent africain. À travers des investissements directs, des partenariats privés et des financements de développement, le pays du Golfe s’impose progressivement comme l’un des principaux bailleurs étrangers en Afrique.
Le projet annoncé au Burkina Faso illustre parfaitement cette ambition. Une entreprise basée aux Émirats arabes unis, spécialisée dans les infrastructures électriques, va construire une centrale thermique d’une puissance de 200 mégawatts pour un investissement total de 180 millions d’euros. Cette annonce marque une nouvelle étape dans l’expansion de l’influence émiratie en Afrique de l’Ouest.
Un projet stratégique pour le Burkina Faso
Le Burkina Faso fait face à un déficit énergétique structurel qui freine son développement économique et industriel. Avec une demande en électricité qui ne cesse d’augmenter, le pays a besoin de sources de production fiables et suffisantes pour accompagner sa croissance.
La future centrale thermique de 200 MW viendra significativement renforcer la capacité de production nationale. Elle permettra non seulement de réduire les coupures intempestives, mais aussi d’alimenter de nouveaux projets industriels et d’améliorer l’accès à l’électricité pour les populations.
Ce projet s’inscrit également dans une perspective régionale. Le Burkina Faso fait partie du Système d’Échange d’Énergie Électrique Ouest-Africain (CEAO), un marché commun regroupant 14 États. La nouvelle centrale permettra au pays de jouer un rôle plus actif dans ce marché régional de l’électricité.
Mark Cables FZE : un acteur ambitieux de l’énergie africaine
L’entreprise émiratie Mark Cables FZE, à l’origine de ce projet, affiche clairement ses ambitions continentales. Dans son communiqué officiel, le groupe affirme que cette réalisation « confirme l’ambition du groupe de devenir un acteur incontournable de l’infrastructure électrique en Afrique de l’Ouest ».
Cette déclaration n’est pas anodine. Elle traduit une volonté stratégique de s’implanter durablement dans la région, en devenant un partenaire clé pour les gouvernements ouest-africains dans leur quête d’indépendance énergétique.
En choisissant le Burkina Faso pour ce projet d’envergure, Mark Cables FZE positionne également le pays comme une vitrine de son savoir-faire et de sa capacité à réaliser des infrastructures complexes dans des contextes parfois difficiles.
Les Émirats arabes unis : premier investisseur étranger en Afrique
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2019 et 2023, les Émirats arabes unis ont investi pas moins de 110 milliards de dollars sur le continent africain. Ce montant colossal place les Émirats en tête des investisseurs étrangers, devant même la Chine pendant cette période.
Cette position dominante s’explique par une stratégie bien rodée : combiner des investissements massifs avec une diplomatie très active. Les Émirats interviennent à la fois comme bailleurs de fonds, partenaires commerciaux et parfois même comme garants de la stabilité de certains régimes.
Les Émirats arabes unis sont devenus un acteur incontournable du paysage économique africain, alliant puissance financière et vision stratégique à long terme.
Les secteurs privilégiés par ces investissements sont principalement les infrastructures portuaires, les matières premières, l’énergie et la sécurité. Cette focalisation n’est pas le fruit du hasard : elle répond à des intérêts économiques et géopolitiques bien identifiés.
Une présence particulièrement marquée en Afrique centrale et dans la Corne de l’Afrique
Si les Émirats investissent dans de nombreux pays africains, leur présence est particulièrement forte dans deux zones géographiques : l’Afrique centrale et la Corne de l’Afrique.
Dans ces régions, les Émirats financent de nombreux projets d’infrastructures critiques, notamment portuaires. Ces investissements leur permettent d’obtenir des positions stratégiques sur des routes commerciales majeures et d’accéder directement aux ressources naturelles du continent.
Le secteur des matières premières constitue également une priorité. Les Émirats cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en or, en minerais stratégiques et en produits agricoles, tout en développant des chaînes d’approvisionnement directes.
Des accords bilatéraux spectaculaires
Les Émirats arabes unis multiplient les accords bilatéraux d’envergure avec les pays africains. En novembre dernier, lors du sommet du G20, ils ont annoncé consacrer un milliard de dollars au développement de l’intelligence artificielle en Afrique.
Le même mois, ils ont signé avec le Tchad pas moins de 40 accords pour un montant total dépassant six milliards de dollars. Ces engagements couvrent divers domaines, de l’infrastructure à la sécurité en passant par l’agriculture et l’énergie.
Quelques mois plus tôt, en août, lors d’une visite officielle du président émirati au Angola, 44 accords d’une valeur totale de 6,5 milliards de dollars ont été paraphés. Ces chiffres impressionnants témoignent d’une accélération spectaculaire des engagements financiers émiratis sur le continent.
Une stratégie qui suscite parfois des interrogations
La montée en puissance des Émirats arabes unis en Afrique ne se fait pas sans susciter certaines interrogations et controverses. Dans certains pays en proie à des conflits, comme le Soudan, les Émirats ont été accusés de soutenir l’une des parties en guerre, accusations qu’ils ont toujours fermement démenties.
Ces polémiques n’entament cependant pas l’élan des investissements émiratis. Au contraire, ils semblent consolider leur position de partenaire privilégié pour de nombreux gouvernements africains en quête de financements rapides et sans conditions politiques trop contraignantes.
Vers une nouvelle ère énergétique pour l’Afrique de l’Ouest ?
Le projet de centrale thermique au Burkina Faso pourrait marquer le début d’une nouvelle dynamique énergétique dans la région ouest-africaine. Si les Émirats poursuivent sur cette lancée, d’autres pays pourraient bientôt bénéficier de leur expertise et de leurs capitaux dans le domaine de l’énergie.
Cette implication croissante soulève cependant des questions sur la dépendance énergétique future de ces pays vis-à-vis d’acteurs extérieurs. Elle pose également la question de l’équilibre entre les différentes sources d’énergie et la transition vers des énergies plus propres.
Quoi qu’il en soit, l’arrivée de cette centrale thermique de 200 MW constitue une avancée majeure pour le Burkina Faso et témoigne de l’attractivité croissante de l’Afrique de l’Ouest pour les grands investisseurs internationaux.
Les perspectives d’avenir du partenariat émirato-burkinabè
Au-delà de ce projet phare, le partenariat entre les Émirats arabes unis et le Burkina Faso pourrait s’étendre à d’autres secteurs stratégiques. Les infrastructures de transport, l’agriculture moderne, les technologies numériques et la formation professionnelle constituent autant de domaines où la coopération pourrait s’intensifier dans les années à venir.
Pour le Burkina Faso, cette relation privilégiée avec un pays du Golfe représente une opportunité unique de diversifier ses partenaires et d’accélérer son développement. Pour les Émirats, il s’agit de consolider leur présence dans une région stratégique et riche en ressources.
Ce projet de centrale thermique n’est donc que la partie visible d’une relation bilatérale en pleine expansion, dont les ramifications économiques, politiques et stratégiques pourraient transformer durablement le paysage de l’Afrique de l’Ouest.
Alors que le continent africain cherche à accélérer son développement, les investissements émiratis apparaissent comme un catalyseur puissant, capable d’apporter des solutions concrètes à des défis structurels de longue date.
Le Burkina Faso, en devenant l’un des premiers bénéficiaires de cette vague d’investissements dans le secteur énergétique, pourrait bien servir de modèle pour d’autres nations ouest-africaines confrontées aux mêmes enjeux.
Une chose est sûre : l’Afrique de l’Ouest entre dans une nouvelle ère, et les Émirats arabes unis entendent bien y jouer un rôle central.









