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Bitget Hacker Déplace 19,48 Millions En 52 Transferts

Le pirate de Bitget vient de déplacer près de 20 millions de dollars en quelques jours seulement. Arkham suit chaque transfert et pose une question troublante : et si le blanchiment était déjà en cours ? Les détails révèlent une opération bien plus vaste.

Près de vingt millions de dollars viennent de quitter les portefeuilles liés au pirate de Bitget en l’espace de quelques jours seulement. Cinquante-deux transferts, presque entièrement en Bitcoin, et une question qui plane désormais sur l’ensemble de la communauté crypto : ces fonds sont-ils déjà en train d’être blanchis ? Arkham Intelligence a rendu publiques des données précises qui relancent le dossier du plus gros incident de sécurité de la plateforme cet automne.

Une opération de mouvement de fonds qui s’accélère

Entre le 21 octobre à 10 h 02 UTC et le 24 octobre à 02 h 48 UTC, les adresses associées au pirate ont émis 19,48 millions de dollars. Sur cette somme, 19,33 millions étaient libellés en Bitcoin. Le reste, environ 150 000 dollars, concernait de l’Ethereum. Presque la totalité de ces actifs a été envoyée vers de nouvelles adresses encore non identifiées. Arkham a choisi de formuler son alerte sous forme de question ouverte : « Is the Bitget Hacker laundering the stolen funds ? »

Cette interrogation n’est pas anodine. Elle intervient alors que les mouvements se multiplient depuis le 15 octobre. Sur une période plus large, le même acteur a déjà transféré 78,01 millions de dollars vers de nouveaux portefeuilles. Les chiffres quotidiens dressent un tableau net de l’activité : 23,31 millions le 15 octobre, 8,68 millions le 16, 1,15 million le 17, 10,51 millions le 18, puis un calme relatif le 19 avant une reprise à 15,13 millions le 20, 11,74 millions le 21, 184 160 dollars le 22 et 7,3 millions le 23 octobre.

Des soldes restants encore très élevés

Malgré ces sorties massives, les portefeuilles étiquetés par Arkham contenaient encore 242,54 millions de dollars au moment de la dernière mise à jour. Sur ce total, 2 960,01 BTC représentaient à eux seuls 241,99 millions. Des soldes plus modestes subsistaient également sur Ethereum, Hypercore, Solana et Tron. La société de renseignement blockchain a présenté ce montant comme correspondant à 69 % d’une estimation initiale de 350 millions de dollars.

Bitget, de son côté, a revu à la hausse le coût de l’incident. Après un premier chiffre de 351,6 millions, la plateforme a annoncé une évaluation autour de 387,5 millions de dollars. Cette révision intégrait notamment des actifs Zcash et TRON omis dans le calcul initial. Selon l’exchange, il ne s’agissait pas d’un vol supplémentaire mais d’une classification plus complète des transferts originels. Rapportés à cette nouvelle base, les 242,54 millions restants représentent environ 62,6 % du total.

Une autre capture plus récente d’Arkham affichait même 239,34 millions, dont près de 2 958 BTC valorisés à 238,79 millions. Ces variations illustrent à quel point le suivi en temps réel reste fluide : les valorisations évoluent avec le cours du Bitcoin et les mouvements continus des fonds.

Les routes de dissimulation utilisées dès septembre

Les tentatives d’obscurcissement n’ont pas commencé en octobre. Dès septembre, des analystes avaient repéré le passage d’environ quatre bitcoins dans des transactions CoinJoin. Ces mécanismes de mélange, conçus pour briser la traçabilité, sont régulièrement utilisés dans les opérations de blanchiment. Le parcours reconstitué montrait un enchaînement complexe : des actifs TRON convertis en USDT, un pont vers Ethereum via USDT0, des swaps en ETH, puis un passage par THORChain avant d’émerger en Bitcoin. Environ 4,59 BTC seraient sortis de ce circuit avant d’être fractionnés en montants plus petits.

D’autres investigations indépendantes ont documenté des conversions via THORChain et Chainflip. Une analyse avait identifié 66 swaps correspondant à 126,71 BTC de paiements à un instant donné du 25 septembre, tandis que deux opérations restaient encore en attente. Ces routes historiques ne prouvent pas que les transferts d’octobre suivent exactement les mêmes chemins. Les captures d’écran publiées par Arkham montrent des graphes de transactions, mais aucune preuve lisible au niveau transactionnel ne relie pour l’instant les nouvelles sorties aux mêmes services de mélange ou de swap.

Bitget reprend ses activités tout en poursuivant la récupération

Du côté de la plateforme, le retour à la normale opérationnelle est présenté comme achevé. Les retraits ont été rétablis de manière progressive. Les services BTC, ETH et USDT avaient rouvert dès septembre, et la restauration complète des retraits était terminée le 2 octobre. Bitget affirme que les soldes des clients n’ont pas été impactés et qu’aucune nouvelle transaction non autorisée n’a été détectée après le confinement de l’incident.

L’exchange attribue la faille à une vulnérabilité dans un produit de sécurité tiers. L’attaquant aurait obtenu des identifiants internes de haut niveau et soumis des ordres de retrait frauduleux qui ont contourné les contrôles de risque existants. Les systèmes concernés ont été isolés et la faille corrigée, selon les explications fournies. Le fonds de protection de la plateforme était remonté au-dessus de 300 millions de dollars fin septembre, et la direction a indiqué qu’il absorberait la perte financière liée au piratage.

Bitget collabore avec des partenaires spécialisés dans la cybersécurité et l’investigation blockchain. Des adresses de réception ont été publiées sur plusieurs réseaux (Ethereum compatible, XRP Ledger, Zcash et TRON) afin de faciliter d’éventuels retours d’actifs. Certains fonds ont déjà été gelés grâce à la coordination avec des acteurs de l’industrie, même si aucun montant global gelé n’a été communiqué dans les avis officiels. Un programme de récompense propose 5 % pour les actions volontaires éligibles qui permettent de geler ou de récupérer directement des actifs concernés. Les actions menées sous contrainte judiciaire ou à la demande des forces de l’ordre sont exclues de ce dispositif.

Pourquoi ces transferts soulèvent autant de questions

Le rythme des mouvements observés depuis mi-octobre attire l’attention pour plusieurs raisons. D’abord, le volume total déplacé en une semaine dépasse 78 millions de dollars. Ensuite, la quasi-totalité des dernières sorties se dirige vers des adresses neuves. Enfin, la proportion écrasante de Bitcoin (plus de 99 % dans les 19,48 millions les plus récents) facilite potentiellement certaines opérations de mélange ou de conversion ultérieure.

Dans le monde de la crypto, le passage par des adresses fraîches, des mixeurs ou des protocoles de swap cross-chain constitue souvent une étape intermédiaire avant une tentative de conversion en monnaies fiduciaires ou en actifs plus liquides. Rien ne permet encore d’affirmer que c’est le cas ici. Arkham se contente de documenter les sorties sans identifier d’exchange, de mixeur ou de desk de gré à gré comme destinataire final. L’absence de destination claire laisse le champ ouvert à plusieurs hypothèses : simple réorganisation des portefeuilles, préparation d’une phase de blanchiment, ou même tentatives de dissimulation face aux efforts de traçage.

Il existe aussi un décalage mineur dans la communication d’Arkham. Les horodatages précis couvrent 64 heures et 46 minutes, tandis qu’un message ultérieur évoquait « les 48 dernières heures ». Ce type d’écart est fréquent dans les fils de discussion en temps réel, mais il rappelle que les données doivent toujours être lues avec un regard critique.

Les chiffres clés à retenir

Pour y voir plus clair, voici une synthèse des montants les plus importants :

Transferts récents : 19,48 millions de dollars entre le 21 et le 24 octobre (52 opérations)

Part Bitcoin : 19,33 millions (environ 99,2 %)

Mouvements depuis le 15 octobre : 78,01 millions de dollars

Solde restant étiqueté : 242,54 millions de dollars (dont 2 960 BTC)

Estimation Bitget de l’incident : environ 387,5 millions de dollars

Ces ordres de grandeur placent l’affaire parmi les incidents majeurs de l’année. Même si les clients de la plateforme n’ont pas subi de pertes directes sur leurs soldes, la pression reste forte sur la capacité à récupérer ou à geler une partie significative des fonds.

Ce que révèle la méthode de l’attaquant

Le mode opératoire décrit par Bitget met en lumière une faille classique mais redoutable : la compromission d’identifiants internes de haut niveau. Une fois ces accès obtenus, l’attaquant a pu soumettre des ordres de retrait qui ont contourné les mécanismes de contrôle habituels. La vulnérabilité se situait dans un produit de sécurité fourni par un tiers, ce qui souligne une réalité bien connue du secteur : la chaîne d’approvisionnement logicielle constitue souvent le point faible.

Après la détection, l’isolation des systèmes et la correction de la faille ont permis de contenir l’incident. Aucune nouvelle sortie non autorisée n’a été signalée. Le fonds de protection a joué son rôle de filet de sécurité. Pourtant, la traçabilité des fonds volés reste un défi permanent. Chaque nouveau transfert vers une adresse inconnue complique un peu plus le travail des enquêteurs et des partenaires chargés du gel des actifs.

Les limites du suivi en temps réel

Arkham publie des données précieuses, mais celles-ci restent des instantanés. Les valorisations dépendent des cours du moment. Les adresses étiquetées peuvent changer de statut. Les fonds peuvent être fractionnés, convertis ou passés dans des protocoles qui rendent le suivi plus difficile. C’est précisément pour cette raison que la question du blanchiment reste ouverte.

Les enquêtes de septembre avaient déjà montré l’utilisation de CoinJoin, de ponts cross-chain et de protocoles de swap. Ces techniques ne sont pas nouvelles. Elles font partie de la boîte à outils standard de nombreux acteurs cherchant à rompre la chaîne de traçabilité. L’absence de lien direct prouvé entre les transferts d’octobre et ces services ne signifie pas que de nouvelles routes n’ont pas été empruntées. Cela signifie simplement que les preuves publiques disponibles à ce stade ne permettent pas encore de les établir.

Un programme de récupération encore actif

Bitget maintient un dispositif de récompense destiné à encourager les retours volontaires d’actifs. Le taux de 5 % s’applique uniquement aux actions qui aboutissent directement au gel ou à la récupération des fonds concernés. Les décisions d’éligibilité et de paiement restent à la discrétion de la plateforme. Les procédures judiciaires ou les demandes des autorités sont explicitement exclues de ce cadre.

La publication d’adresses de réception sur plusieurs blockchains vise à faciliter d’éventuels retours. Dans le passé, des collaborations avec des partenaires de l’industrie ont déjà permis de geler une partie des actifs. L’ampleur exacte de ces gels n’a pas été quantifiée dans les communications officielles, ce qui laisse une zone d’ombre sur le montant réellement récupéré à ce jour.

Ce que ces mouvements disent de l’état du marché

Les grands piratages d’exchanges restent des moments de vérité pour l’écosystème. Ils testent à la fois la solidité des fonds de protection, la capacité de réaction des équipes de sécurité et l’efficacité des outils de traçage blockchain. Dans le cas présent, Bitget a réussi à préserver les soldes des utilisateurs et à rétablir rapidement les services de retrait. C’est un point positif. En revanche, la quantité encore importante de fonds en circulation du côté de l’attaquant montre que la phase de récupération est loin d’être terminée.

Le choix massif du Bitcoin pour les derniers transferts n’est probablement pas anodin. Le réseau Bitcoin offre une liquidité élevée et des options de mélange bien rodées. Les adresses neuves multiplient les pistes à suivre. Chaque jour qui passe sans identification claire des destinataires finaux réduit les chances de gel rapide.

Une vigilance qui doit rester collective

Les plateformes, les sociétés d’analyse on-chain, les autorités et même les utilisateurs ont un rôle à jouer. Les outils de renseignement blockchain comme ceux utilisés par Arkham permettent de suivre les flux en temps quasi réel. Les exchanges peuvent bloquer des dépôts suspects. Les protocoles de mixage et de swap sont sous surveillance accrue. Pourtant, tant que les fonds n’ont pas été convertis en monnaies fiduciaires ou gelés, le risque de disparition progressive reste présent.

L’affaire Bitget rappelle aussi l’importance de la gestion des accès internes et de la sécurité des solutions tierces. Une seule vulnérabilité dans un produit de sécurité peut ouvrir la porte à des pertes de plusieurs centaines de millions. Les audits, les contrôles multi-signatures renforcés et les procédures de validation des retraits de grande taille constituent des lignes de défense essentielles.

Les prochaines étapes à surveiller

Plusieurs indicateurs méritent une attention particulière dans les jours et semaines à venir. D’abord, l’apparition éventuelle de ces nouvelles adresses sur des plateformes d’échange centralisées. Ensuite, d’éventuels passages par des mixeurs ou des protocoles de confidentialité. Enfin, toute communication de Bitget concernant des gels supplémentaires ou des montants récupérés.

Arkham continue de documenter les sorties. D’autres acteurs de l’analyse blockchain pourraient publier des reconstitutions plus fines des chemins empruntés. La coordination entre plateformes reste l’un des leviers les plus efficaces pour freiner la circulation des fonds volés. Dans ce contexte, chaque transfert signalé devient une pièce supplémentaire du puzzle.

Le volume déjà déplacé depuis le 15 octobre montre une volonté claire de redistribuer les actifs. Que cette redistribution serve uniquement à diluer les traces ou qu’elle prépare une phase de conversion plus large, seuls les prochains mouvements le diront. Pour l’instant, les 242 millions encore visibles dans les portefeuilles étiquetés constituent à la fois un espoir de récupération et un rappel que l’attaquant dispose toujours d’une marge de manœuvre importante.

Une affaire qui dépasse le seul cas Bitget

Les grands vols d’actifs numériques ont des répercussions qui dépassent la plateforme concernée. Ils influencent la perception du risque par les investisseurs, les exigences de conformité des régulateurs et les priorités des équipes de sécurité de l’ensemble du secteur. Chaque incident documenté avec autant de précision devient une étude de cas pour les prochains audits et les prochaines architectures de protection.

Dans le cas présent, la transparence relative de Bitget sur le déroulé de l’attaque, la révision à la hausse de l’estimation et la mise en place d’un programme de récompense participent à une forme de responsabilité. Reste que la question centrale posée par Arkham n’a pas encore de réponse définitive. Les 19,48 millions déplacés en 52 transferts constituent un signal fort. Ils montrent que l’histoire est loin d’être close et que le suivi des fonds restera un enjeu majeur dans les semaines à venir.

Les prochains jours diront si ces nouvelles adresses restent dormantes, si elles commencent à interagir avec des services de liquidité, ou si de nouveaux gels viennent réduire encore le solde disponible. En attendant, les données publiées offrent une photographie claire d’une phase active de redistribution des actifs volés. Une phase que toute la communauté observe désormais avec une attention particulière.

La vigilance reste de mise. Les outils d’analyse on-chain continuent d’évoluer, tout comme les techniques de dissimulation. Dans cet affrontement permanent, chaque transfert documenté, chaque adresse identifiée et chaque collaboration réussie entre acteurs de l’industrie constitue une avancée. L’affaire du pirate de Bitget n’est pas terminée. Elle entre simplement dans une nouvelle séquence, celle des mouvements massifs et des questions ouvertes sur la destination finale des fonds.

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