Et si la chute récente du Bitcoin n’était pas seulement une mauvaise nouvelle ? Alors que le cours oscille autour de 64 000 dollars, un observateur influent du secteur vient de proposer une lecture totalement différente. Selon lui, cette baisse, moins brutale que celles des cycles précédents, pourrait justement révéler une solidité inattendue des acheteurs. Une affirmation qui mérite d’être examinée de près, car elle touche à la fois la psychologie des marchés, la concurrence de l’intelligence artificielle et le rythme immuable des halvings.
Une chute moins sévère que les précédents krachs
Le fondateur de SkyBridge Capital, Anthony Scaramucci, a qualifié sans détour la situation actuelle de marché baissier clair. Pourtant, il insiste sur un point crucial : la profondeur de cette correction reste nettement inférieure aux effondrements historiques. Là où les phases baissières antérieures avaient vu le Bitcoin perdre entre 75 % et 80 % de sa valeur, la baisse actuelle plafonne autour de 49 % à 55 % selon les points de référence choisis.
Ce contraste n’est pas anodin. Un recul moins violent peut traduire la présence d’une base d’acheteurs plus résiliente. Ces acteurs, qu’ils soient institutionnels ou individuels, interviendraient plus tôt et plus massivement pour soutenir les cours. Scaramucci y voit le signe que « beaucoup d’acheteurs nets » se préparent déjà à la prochaine phase du marché. Cette interprétation reste évidemment subjective, mais elle s’appuie sur des chiffres concrets et comparables d’un cycle à l’autre.
Du sommet d’octobre 2025 aux creux de juin 2026
Pour comprendre l’ampleur exacte de la correction, il faut revenir au sommet historique atteint en octobre 2025. À ce moment-là, le Bitcoin avait frôlé les 126 000 dollars. Quelques mois plus tard, en juin 2026, une vague de liquidations l’a fait plonger sous les 60 000 dollars. Selon les échanges et les niveaux intraday retenus, le recul maximal s’est situé entre 53 % et 55 %.
Depuis, le cours a repris des couleurs et évolue désormais près de 64 000 dollars. Ce rebond a ramené le drawdown à environ 49 %. La différence entre les 55 % évoqués par Scaramucci et les 49 % actuels s’explique simplement par la reprise observée après les plus bas de juin. Les acheteurs ont notamment défendu avec succès la zone des 62 750 dollars, permettant au marché de stabiliser temporairement les prix.
Cette résilience relative n’empêche pas le marché de rester fragile. La volatilité comprimée et le levier encore présent exposent toujours le Bitcoin à des mouvements brusques. Un simple catalyseur macroéconomique ou une nouvelle vague de ventes institutionnelles pourrait faire basculer à nouveau les cours. Pourtant, le fait que le marché ait déjà rebondi de plusieurs milliers de dollars depuis ses plus bas constitue un élément tangible que les analystes ne peuvent ignorer.
Pourquoi un drawdown plus faible change la donne
Dans les cycles précédents, les krachs de 75 % à 80 % avaient souvent pour conséquence d’éliminer massivement les spéculateurs à court terme. Les survivants étaient majoritairement des convictionnés de long terme. Aujourd’hui, le scénario semble différent. Une baisse moins radicale laisse davantage de participants en place, y compris des acteurs qui ont acheté plus haut mais qui n’ont pas été forcés de liquider leurs positions.
Cette configuration peut favoriser une accumulation progressive plutôt qu’un capitulation totale. Les données de flux montrent d’ailleurs que certains investisseurs continuent d’ajouter des Bitcoin même dans un contexte baissier. Le comportement des utilisateurs de certaines plateformes, qui ont récemment augmenté leurs avoirs de plusieurs milliers de BTC, illustre cette dynamique. Bien sûr, cela ne garantit en rien que le point bas absolu ait déjà été touché. Mais cela modifie la structure du marché par rapport aux phases de panique pure observées par le passé.
« Il y a beaucoup d’acheteurs nets qui se préparent pour la prochaine phase du marché. » — Anthony Scaramucci
La concurrence de l’intelligence artificielle pour les flux de capitaux
Scaramucci n’attribue pas uniquement la faiblesse relative du Bitcoin à des facteurs internes. Il pointe du doigt un phénomène plus large : la rotation massive de capitaux vers l’intelligence artificielle. Alors que les marchés crypto subissaient des liquidations et des sorties de flux institutionnels, les actions et produits liés à l’IA attiraient des montants considérables.
Les chiffres sont éloquents. Après le pic d’octobre 2025, les fonds concentrés sur l’intelligence artificielle ont collecté plus de 46 milliards de dollars. Dans le même temps, les produits cotés en Bourse adossés au Bitcoin ont enregistré environ 5 milliards de dollars de sorties nettes. Cette divergence explique en partie pourquoi le rebond crypto a été plus poussif que ce que certains anticipaient après le dernier halving.
Les mineurs de Bitcoin n’échappent pas à cette tendance. Plusieurs sociétés cotées ont commencé à réorienter une partie de leur infrastructure vers le calcul haute performance destiné à l’IA. Face à une rentabilité minière dégradée, la tentation de monétiser des capacités de calcul sous-utilisées s’avère forte. Cette migration d’actifs physiques vers un autre secteur technologique constitue un signal supplémentaire de la concurrence actuelle entre crypto et intelligence artificielle pour les mêmes ressources financières et énergétiques.
Une lecture institutionnelle partagée
Le diagnostic de Scaramucci n’est pas isolé. D’autres acteurs majeurs du secteur ont également souligné que la correction de 50 % reflétait davantage un mouvement de désendettement et un ralentissement des flux qu’un changement fondamental dans la thèse d’investissement à long terme. Cette convergence de points de vue entre un gestionnaire de fonds spéculatifs et des géants de la gestion d’actifs renforce l’idée que le marché traverse une phase de digestion plutôt qu’une remise en cause structurelle.
Pourtant, ces analyses institutionnelles ne constituent en aucun cas des garanties. Elles représentent des opinions éclairées, fondées sur des données de flux et des comparaisons historiques. Le marché reste libre de contredire ces lectures. Un nouveau choc macroéconomique, une évolution réglementaire imprévue ou un simple retournement de sentiment pourrait prolonger la phase baissière au-delà de ce que les optimistes anticipent actuellement.
Le cycle de quatre ans au cœur de la prévision
Pour Scaramucci, le rythme d’émission du Bitcoin reste un élément central de la thèse haussière à moyen terme. Le dernier halving a eu lieu en avril 2024, réduisant la récompense par bloc de 6,25 BTC à 3,125 BTC. La prochaine réduction est attendue autour de 2028, soit dans environ 18 à 19 mois au moment de ses déclarations.
Cette perspective d’une nouvelle contraction de l’offre nouvelle nourrit son optimisme. Il estime que le Bitcoin devrait « remonter au-dessus de 100 000 dollars » une fois le prochain halving passé. Toutefois, il prend soin de souligner qu’aucune échéance précise n’est garantie. Avant ce rebond potentiel, le marché pourrait encore évoluer de manière latérale pendant une période prolongée.
Le mécanisme des halvings agit sur l’offre, mais le prix dépend également de la demande. Or la demande elle-même est influencée par de multiples variables : taux d’intérêt, flux des produits cotés, niveau de levier, climat réglementaire et contexte macroéconomique global. Réduire l’émission de nouveaux Bitcoin ne suffit pas à faire monter les cours si les acheteurs se détournent vers d’autres actifs.
Les limites des signaux historiques de capitulation
Certains indicateurs techniques et on-chain offrent une lecture plus prudente à court terme. Des analyses récentes ont relevé que huit signaux de capitulation sur douze étaient actifs début août. Au cours des trois mois précédents, la totalité des signaux suivis était entrée en territoire de capitulation. Historiquement, de tels clusters ont parfois précédé des phases d’accumulation.
Cependant, les tests rétrospectifs montrent que ces signaux n’ont pas systématiquement généré de surperformance sur des horizons de trois ou six mois. L’avantage relatif n’apparaissait clairement qu’à un an, et encore sur un échantillon limité et fortement chevauchant. Autrement dit, même si le marché se trouve dans une zone de capitulation statistique, cela ne garantit pas un rebond immédiat.
Le prochain test technique se situe autour de la zone des 64 000 à 65 000 dollars. La capacité des acheteurs à transformer ce niveau en support durable influencera largement la direction à court terme. Les flux vers les produits cotés américains, le niveau de levier et les prochaines publications économiques constitueront autant de catalyseurs potentiels.
À retenir : la baisse actuelle reste historiquement modérée, mais la concurrence de l’IA et l’absence de flux massifs freinent encore le rebond.
Une résilience relative plutôt qu’une fin de marché baissier
L’argument de Scaramucci repose avant tout sur la comparaison historique. Le fait que le Bitcoin n’ait pas encore perdu 75 % à 80 % de sa valeur constitue, selon lui, un signe encourageant. Cette lecture met en avant la solidité relative de la base d’acheteurs plutôt que la confirmation que le point bas définitif a été atteint.
Le cours reste néanmoins presque 50 % sous son record. Cette réalité impose une certaine modestie dans les prévisions. Un marché peut rester baissier pendant de longs mois tout en affichant des rebondissements techniques. La distinction entre une correction profonde et une simple digestion de gains antérieurs n’est jamais tranchée à l’avance.
Les prochains mois permettront de juger si la thèse de la résilience se confirme. Si les acheteurs parviennent à stabiliser durablement les cours au-dessus des niveaux actuels et si les flux institutionnels se redressent, l’idée d’une base d’acheteurs solide gagnera en crédibilité. Dans le cas contraire, le scénario d’une prolongation de la phase baissière restera tout à fait plausible.
Le rôle du sentiment et de la psychologie collective
Au-delà des chiffres de drawdown et des flux de capitaux, la psychologie des participants joue un rôle déterminant. Dans les cycles passés, les phases de capitulation s’accompagnaient souvent d’un sentiment de désespoir généralisé. Les médias grand public multipliaient les titres alarmistes et de nombreux investisseurs de long terme finissaient par vendre sous la pression.
Aujourd’hui, le climat paraît différent. Les discussions autour du Bitcoin restent actives, même si elles sont moins euphoriques. Les débats portent davantage sur la concurrence de l’intelligence artificielle et sur le calendrier du prochain halving que sur une éventuelle disparition pure et simple de l’actif. Cette nuance psychologique pourrait expliquer en partie pourquoi les baisses n’ont pas atteint les extrêmes observés précédemment.
Bien sûr, le sentiment peut basculer rapidement. Une nouvelle série de liquidations ou un événement réglementaire défavorable pourrait raviver la peur. À l’inverse, un flux positif massif vers les produits cotés ou une éclaircie macroéconomique pourrait transformer la résilience relative en véritable momentum haussier. Le marché reste un organisme vivant, sensible aux récits collectifs autant qu’aux données objectives.
Les mineurs face à un dilemme stratégique
Le cas des mineurs illustre parfaitement les tensions actuelles. Avec une rentabilité sous pression, plusieurs d’entre eux ont commencé à explorer des usages alternatifs de leurs infrastructures. Les contrats de calcul haute performance destinés à l’intelligence artificielle offrent des revenus plus stables et parfois plus élevés que le minage pur dans le contexte actuel.
Cette diversification n’est pas anodine. Elle signifie qu’une partie de la puissance de calcul autrefois exclusivement dédiée au réseau Bitcoin est désormais partagée avec d’autres applications. À long terme, cela pourrait influencer la sécurité du réseau si trop de capacité était détournée. À court terme, cela traduit surtout la difficulté pour le secteur minier de maintenir des marges confortables dans un environnement de prix plus bas et de coûts énergétiques variables.
Les sociétés minières cotées en Bourse se trouvent ainsi à la croisée des chemins. Certaines misent sur une reprise rapide du Bitcoin pour justifier le maintien de leur activité principale. D’autres accélèrent la transition vers des modèles hybrides. Le choix stratégique de ces acteurs influencera indirectement la perception globale du secteur crypto par les investisseurs traditionnels.
Que retenir de l’analyse de Scaramucci
L’intervention d’Anthony Scaramucci apporte un éclairage nuancé sur la situation actuelle. Plutôt que de se focaliser uniquement sur la baisse des prix, il invite à comparer cette correction avec les phases baissières précédentes. Le constat d’un drawdown plus modéré constitue le cœur de son argument. Il y voit le signe d’une maturité accrue du marché et d’une base d’acheteurs plus solide.
Cette lecture s’accompagne d’explications complémentaires : la concurrence des investissements liés à l’intelligence artificielle et le calendrier du cycle de quatre ans. Ensemble, ces éléments dressent un tableau où la faiblesse relative des prix n’est pas uniquement le résultat d’un rejet de l’actif, mais aussi d’une réallocation temporaire de capitaux vers un autre thème technologique dominant.
Il serait cependant imprudent de transformer cette analyse en certitude. Le marché crypto a déjà prouvé sa capacité à surprendre dans les deux sens. Une reprise au-delà de 100 000 dollars reste possible dans le sillage du prochain halving, mais rien n’impose un calendrier précis. De même, une prolongation de la phase baissière ne peut être exclue si les flux restent décevants ou si le contexte macroéconomique se dégrade.
Perspectives à moyen terme et points de vigilance
À moyen terme, plusieurs éléments méritent une attention particulière. Le premier concerne les flux nets vers les produits cotés en Bourse adossés au Bitcoin. Un retournement durable de ces flux constituerait un signal fort de regain d’intérêt institutionnel. Le deuxième porte sur le niveau de levier présent sur les marchés dérivés. Une réduction progressive de ce levier rendrait le marché moins vulnérable aux liquidations en cascade.
Le troisième point de vigilance réside dans l’évolution des taux d’intérêt et de la liquidité globale. Un environnement monétaire plus accommodant favoriserait généralement les actifs risqués, y compris les cryptomonnaies. À l’inverse, un maintien prolongé de taux élevés continuerait de peser sur l’appétit pour le risque. Enfin, le calendrier réglementaire, notamment aux États-Unis, restera un facteur déterminant pour la confiance des investisseurs institutionnels.
Dans ce contexte, la zone des 64 000 à 65 000 dollars apparaît comme un premier test technique important. Une consolidation au-dessus de ces niveaux ouvrirait la voie à des objectifs plus ambitieux. Un rejet franc, en revanche, pourrait ramener le marché vers les plus bas de juin et prolonger la phase de digestion.
La prochaine étape ne se jouera pas uniquement sur les graphiques. Elle dépendra aussi de la capacité du Bitcoin à reconquérir l’attention des investisseurs face à la concurrence de l’intelligence artificielle et à démontrer que sa proposition de valeur reste intacte dans un environnement macroéconomique changeant.
Une leçon d’humilité face aux cycles
L’histoire du Bitcoin est jalonnée de phases de forte hausse suivies de corrections profondes. Chaque cycle a laissé des investisseurs convaincus que « cette fois, c’est différent ». Parfois, les différences étaient réelles : l’arrivée des produits cotés, la participation institutionnelle croissante, ou encore la maturité technique du réseau. Mais les mécanismes fondamentaux de l’offre limitée et de la demande volatile ont continué de produire des mouvements amples.
La phase actuelle s’inscrit dans cette continuité tout en présentant des particularités. La présence plus marquée d’acteurs institutionnels, la concurrence d’un autre thème technologique majeur et un drawdown historiquement plus modéré constituent autant de nuances. Ces éléments ne permettent pas de prédire avec certitude la suite, mais ils enrichissent la lecture possible des événements.
Scaramucci, en soulignant la relative résilience de la baisse, invite à regarder au-delà de la simple variation de prix. Il propose de s’intéresser à la structure du marché, à la composition des acheteurs et à la concurrence pour les capitaux. Cette approche, même si elle reste sujette à débat, offre une grille de lecture plus riche que le simple constat d’une baisse de 50 %.
Conclusion ouverte sur les prochains mois
La déclaration d’Anthony Scaramucci ne clôt pas le débat. Elle l’ouvre au contraire. En affirmant que la baisse actuelle pourrait signaler une demande sous-jacente plus solide, il force à reconsidérer les interprétations trop pessimistes. Dans le même temps, il rappelle que le marché reste soumis à des forces multiples, dont certaines échappent au contrôle des participants crypto.
Les prochains mois diront si cette résilience relative se transforme en reprise durable ou si elle n’était qu’une pause dans une correction plus longue. Les flux de capitaux, le comportement des mineurs, l’évolution de l’intérêt pour l’intelligence artificielle et le calendrier du prochain halving constitueront autant d’indicateurs à suivre de près.
En attendant, le Bitcoin continue d’évoluer dans une zone de prix qui, bien que nettement inférieure à son sommet, reste historiquement élevée. Cette position intermédiaire laisse la porte ouverte à plusieurs scénarios. L’un d’eux, défendu par Scaramucci, mise sur une base d’acheteurs suffisamment robuste pour transformer la correction actuelle en simple parenthèse avant un nouveau cycle haussier. Seul le temps permettra de valider ou d’infirmer cette hypothèse.
Pour l’instant, le message principal reste celui d’une prudence active. Observer les niveaux techniques, suivre les flux institutionnels et rester attentif aux rotations sectorielles constitue une approche plus constructive que le simple espoir d’un rebond immédiat. Dans un marché aussi sensible aux récits, la qualité de l’analyse compte autant que la direction des prix.
La suite de l’histoire s’écrira sur les marchés, mais aussi dans les choix stratégiques des acteurs qui continuent de croire au potentiel de long terme du Bitcoin malgré les turbulences présentes. C’est précisément cette conviction, combinée à une base d’acheteurs plus mature, que Scaramucci met en avant comme le possible signal positif caché derrière la baisse actuelle.









