Et si la force de Bitcoin résidait précisément dans sa capacité à résister aux tentatives de modification imposées ? Le 3 novembre 2026, Adam Back, figure historique du projet et dirigeant de Blockstream, a de nouveau pris la parole pour rappeler une leçon que certains semblent encore refuser d’entendre. Après l’échec cuisant de la proposition BIP-110, il a pointé du doigt ceux qui espéraient forcer un changement de règles sur le réseau. Le marché, une fois de plus, a tranché.
Un rappel cinglant sur l’immuabilité de Bitcoin
Dans un message publié sur X, Adam Back s’est appuyé sur les analyses antérieures de Francis Pouliot pour adresser un message clair aux partisans de BIP-110. Selon lui, toute tentative d’imposer sa vision à Bitcoin se heurte inévitablement au rejet du marché. Il a qualifié le commentaire de Pouliot de véritable leçon de réalisme sur le fonctionnement de la cryptomonnaie, tout en soulignant que les discussions autour des règles établies visent avant tout à faire comprendre la notion d’immuabilité.
Cette intervention n’est pas anodine. Elle intervient plusieurs mois après une tentative de softfork qui a non seulement échoué à obtenir le soutien des mineurs, mais qui a également provoqué une scission minoritaire du réseau en août. Aujourd’hui, les chiffres parlent d’eux-mêmes : seuls huit nœuds observés appliquent encore les règles de BIP-110, sur près de dix-neuf mille nœuds recensés. Autant dire que la proposition n’a pas convaincu.
Que proposait réellement BIP-110 ?
Officiellement intitulée Reduced Data Temporary Softfork, la proposition BIP-110 a été rédigée par le développeur Dathon Ohm. Son objectif était d’introduire, pour une durée approximative d’un an, des restrictions supplémentaires sur les données arbitraires stockées dans les transactions Bitcoin. Concrètement, elle limitait les scripts de sortie standards à 34 octets, avec une exception pour les sorties OP_RETURN pouvant atteindre 83 octets. D’autres dispositions restreignaient certains champs de données à 256 octets et imposaient des limitations supplémentaires sur les transactions Taproot.
Les partisans de cette initiative estimaient que les inscriptions et autres formes de données non financières alourdissaient inutilement la blockchain. Selon eux, réduire ces activités permettrait de diminuer les coûts de stockage pour les opérateurs de nœuds et de préserver la vocation première de Bitcoin en tant que réseau de paiement. Parmi les voix les plus audibles en faveur de cette approche figurait Luke Dashjr, proche de Bitcoin Knots et du pool de minage OCEAN.
Pourtant, les opposants ont rapidement mis en avant un argument de fond : modifier les règles de consensus pour rejeter certaines transactions revient à remettre en cause la neutralité du protocole. Adam Back lui-même avait déjà exprimé ses réserves dès juillet, aux côtés de Michael Saylor. Pour eux, la question dépassait largement le simple contenu des données. Comme l’a résumé Back dans un message séparé : « Ce n’est pas forcément une question de charge utile. »
Un échec retentissant côté minage
Pour être activée de manière volontaire, BIP-110 exigeait un signalement de 55 % des mineurs. Or, durant la période concernée, seulement 2,53 % des blocs ont manifesté leur soutien. Le 8 août, des nœuds appliquant strictement les règles de la proposition ont rejeté un bloc accepté par le réseau principal, créant ainsi une chaîne séparée. Cette branche minoritaire n’a produit que deux blocs avant de se faire distancer définitivement.
Face à cette situation, certains partisans ont même envisagé de changer l’algorithme de preuve de travail de leur chaîne pour adopter BLAKE2b, afin de s’affranchir de la dépendance au minage SHA-256 existant. Une solution radicale qui illustre bien l’ampleur de l’isolement dans lequel s’est retrouvée la proposition.
Les données les plus récentes confirment ce constat. Au 3 novembre, sur 649 blocs minés durant la période de difficulté en cours, aucun n’a signalé de soutien à BIP-110. Quant aux nœuds, Bitcoin Core représente près de 90 % des instances observées, tandis que Bitcoin Knots se situe autour de 10 %. Et encore, faire tourner Bitcoin Knots ne signifie pas automatiquement supporter BIP-110, le logiciel offrant plusieurs configurations possibles.
Le marché comme juge ultime
Adam Back insiste sur un point fondamental : le marché rejette les tentatives d’imposer des vues particulières. Cette idée n’est pas nouvelle. Dans un message plus ancien, datant de juillet 2023 et qu’il a volontairement remis en lumière, il décrivait déjà les forks controversés comme des défis répétés à l’immuabilité du réseau. Sa conclusion, laconique et percutante : « Le temps est un cercle plat. »
Cette philosophie résume assez bien l’histoire de Bitcoin. Chaque fois qu’un groupe a tenté de forcer un changement jugé nécessaire par une minorité, le réseau principal a continué sa route, laissant les alternatives s’étioler. BIP-110 n’échappe pas à cette logique. Son statut officiel est désormais listé comme Closed. Les chiffres de participation le confirment : 0,04 % des nœuds observés appliquent encore ses règles.
« Les tentatives d’imposer vos vues à Bitcoin se font rejeter par le marché. » — Adam Back, 3 novembre 2026
Neutralité contre restrictions : un débat plus large
Au-delà de l’échec technique et politique de BIP-110, cette affaire relance une discussion de fond sur la nature même de Bitcoin. Doit-on considérer le protocole comme un espace strictement monétaire, ou comme un système de stockage de données plus ouvert ? Les partisans des restrictions voient dans les inscriptions une dérive qui augmente les coûts d’exploitation des nœuds complets. Leurs adversaires répondent que la neutralité du réseau constitue l’un de ses atouts les plus précieux.
Changer les règles de consensus pour exclure certaines catégories de transactions revient, selon les critiques, à ouvrir une boîte de Pandore. Qui décidera demain de ce qui est acceptable ou non ? Adam Back et d’autres acteurs influents estiment que cette voie mène à des conflits récurrents et affaiblit la crédibilité du protocole sur le long terme.
Il est intéressant de noter que même parmi ceux qui partagent les préoccupations sur l’utilisation excessive de l’espace de blocs, beaucoup préfèrent des solutions qui ne touchent pas aux règles de consensus. Filtrage au niveau des politiques de mémoire, outils de gestion des nœuds, ou encore évolution des pratiques des utilisateurs : plusieurs pistes existent sans passer par une softfork conflictuelle.
Retour sur la tentative de scission d’août
Le 8 août 2026 restera comme un moment symbolique. Des nœuds appliquant BIP-110 ont rejeté un bloc que le reste du réseau avait validé. Deux blocs ont été produits sur cette branche parallèle avant que celle-ci ne perde définitivement la course. L’absence de puissance de calcul significative a rapidement scellé le sort de cette expérience.
Cette séquence rappelle d’autres épisodes de l’histoire de Bitcoin où des tentatives de fork ont échoué faute de soutien économique et technique suffisant. Le marché des mineurs, motivé par la rentabilité et la sécurité, a rarement suivi les initiatives qui n’avaient pas atteint un large consensus social. BIP-110 n’a jamais franchi ce seuil critique.
Les discussions qui ont suivi sur un éventuel changement d’algorithme de minage montrent à quel point la situation était devenue isolée. Passer à BLAKE2b aurait signifié créer une cryptomonnaie pratiquement distincte, avec ses propres mineurs et sa propre économie. Un projet bien éloigné de l’ambition initiale de réforme interne de Bitcoin.
Les chiffres actuels confirment l’isolement
Les données publiées par bitdis.org le 3 novembre offrent un instantané éloquent. Huit nœuds d’application sur 18 870 observés, soit environ 0,04 %. Zéro bloc de signalement sur 649 durant la période de difficulté en cours. Ces mesures ne couvrent certes pas l’intégralité des nœuds privés, mais elles donnent une image fiable de la participation publique visible.
La domination de Bitcoin Core, avec près de 90 % des nœuds, contraste avec les 10 % approximatifs de Bitcoin Knots. Cette répartition illustre la difficulté pour toute proposition alternative d’obtenir une masse critique. Même si plusieurs centaines de nœuds avaient un temps tourné avec un logiciel compatible BIP-110, ce chiffre s’est effondré une fois l’échec de l’activation devenu évident.
Adam Back a saisi cette occasion pour rappeler que les leçons du passé restent d’actualité. Les forks controversés se répètent, mais le réseau principal continue d’absorber les chocs sans se laisser détourner. Cette résilience constitue, aux yeux de nombreux observateurs, l’un des principaux atouts de Bitcoin face aux cryptomonnaies plus centralisées ou plus facilement modifiables.
Pourquoi cette critique d’Adam Back compte
Adam Back n’est pas un commentateur ordinaire. Co-inventeur du concept de Hashcash, proche des premiers cercles de Bitcoin, et dirigeant de Blockstream, il dispose d’une légitimité technique et historique reconnue. Lorsque quelqu’un de son calibre qualifie une proposition d’avoir « échoué à la première porte de manière cuisante » en raison de problèmes techniques sérieux, le message porte.
Son intervention de novembre s’inscrit dans la continuité de positions exprimées dès l’été. Avec Michael Saylor, il avait déjà interrogé la pertinence de modifier les règles de consensus pour restreindre certains types de transactions. Pour ces acteurs, le coût d’une telle modification dépasse largement les bénéfices escomptés en termes de stockage.
En citant Francis Pouliot et en parlant de « masterclass sur la réalité de Bitcoin », Back cherche à ancrer le débat dans une compréhension profonde du fonctionnement du système. L’immuabilité n’est pas un dogme abstrait : c’est le résultat d’un équilibre économique et social fragile, que chaque tentative de forçage met à l’épreuve.
Les arguments des deux camps restent pertinents
Il serait trop simple de réduire le débat à une opposition entre progressistes et conservateurs. Les partisans de BIP-110 soulèvent des questions légitimes sur la croissance de la taille de la blockchain et les coûts associés pour les opérateurs de nœuds complets. Dans un contexte où la décentralisation dépend en partie de la capacité du plus grand nombre à faire tourner un nœud, ces préoccupations méritent d’être entendues.
De l’autre côté, les défenseurs de la neutralité rappellent que Bitcoin a toujours permis une certaine flexibilité dans l’usage de l’espace de blocs. Les inscriptions, les messages, et d’autres formes de données non strictement monétaires font partie du paysage depuis longtemps. Intervenir par softfork pour les limiter revient, selon eux, à politiser le protocole.
Le fait que la proposition ait été conçue comme temporaire n’a pas suffi à lever les doutes. Une restriction d’un an peut créer un précédent. Une fois le principe accepté, d’autres demandes de restrictions pourraient suivre. Cette crainte du glissement progressif explique en partie la résistance rencontrée.
Ce que révèle cet épisode sur la gouvernance de Bitcoin
L’échec de BIP-110 offre un cas d’école sur le fonctionnement réel de la gouvernance de Bitcoin. Contrairement à de nombreux projets qui disposent de fondations ou de structures décisionnelles plus formalisées, Bitcoin repose sur un processus de consensus social et économique diffus. Les développeurs proposent, les mineurs signalent, les nœuds valident, et les utilisateurs économiques tranchent en dernier ressort.
Dans ce système, obtenir 55 % de signalement minier n’est déjà pas une mince affaire. Atteindre seulement 2,53 % montre à quel point le soutien était faible. La création d’une chaîne minoritaire qui s’effondre rapidement confirme que le pouvoir de coordination reste concentré autour du réseau principal.
Cette dynamique peut frustrer ceux qui souhaitent des évolutions plus rapides. Elle constitue aussi une forme de protection contre les changements impulsifs ou partisans. Adam Back et d’autres y voient la preuve que Bitcoin fonctionne comme prévu : difficile à modifier, résistant aux pressions, et ancré dans une forme d’inertie constructive.
Les leçons pour les futures propositions
Toute personne qui envisage de proposer une modification des règles de consensus de Bitcoin devrait étudier attentivement le parcours de BIP-110. Le premier obstacle n’est pas technique, mais social et économique. Sans un large soutien des mineurs, des opérateurs de nœuds et des acteurs économiques majeurs, toute activation forcée est vouée à l’échec.
Les problèmes techniques soulevés par Adam Back, même s’ils n’ont pas été détaillés dans ses messages les plus récents, ont également joué un rôle. Une proposition qui « échoue à la première porte » a peu de chances de convaincre au-delà du cercle de ses initiateurs. La qualité de la rédaction, la solidité des arguments et la prise en compte des objections font partie intégrante du processus.
Enfin, le débat autour de BIP-110 montre que les discussions sur l’usage de l’espace de blocs ne sont pas terminées. D’autres approches, moins conflictuelles, continueront d’émerger. Filtrage, tarification, innovations côté utilisateur : le champ des possibles reste ouvert sans nécessairement passer par une modification des règles de consensus.
Un écho aux conflits passés
L’histoire de Bitcoin est jalonnée de débats houleux sur la taille des blocs, les softforks, les hardforks et la nature même du protocole. Chaque génération de participants redécouvre ces tensions. Adam Back, en rappelant que « le temps est un cercle plat », souligne cette répétition des mêmes schémas.
Les partisans de changements radicaux finissent souvent par créer leurs propres chaînes ou projets. Ceux qui restent sur le réseau principal acceptent, volontairement ou non, le rythme plus lent et plus prudent des évolutions. Cette sélection naturelle contribue à la stabilité perçue de Bitcoin aux yeux des investisseurs institutionnels et des utilisateurs de long terme.
Dans ce contexte, la critique d’Adam Back n’est pas seulement un règlement de comptes. C’est un rappel des règles du jeu. Celui qui veut modifier Bitcoin doit convaincre, pas imposer. Le marché, dans son ensemble, reste le juge final.
Perspectives après l’échec
Avec le statut de BIP-110 désormais fermé et une participation résiduelle quasi nulle, la page semble tournée pour cette proposition particulière. Cela ne signifie pas que les préoccupations sous-jacentes ont disparu. La taille de la blockchain continue de croître, les inscriptions restent présentes, et les opérateurs de nœuds continuent de suivre l’évolution des coûts.
La communauté Bitcoin devra trouver des moyens de concilier ouverture et efficacité. Les outils d’analyse, les améliorations logicielles et les pratiques de gestion des nœuds joueront probablement un rôle plus important que les tentatives de softfork conflictuelles. L’échec de BIP-110 pourrait même servir d’exemple pour orienter les futurs efforts vers des solutions moins polarisantes.
Adam Back, en intervenant à nouveau en novembre, maintient la pression intellectuelle sur ceux qui seraient tentés de renouveler l’expérience. Son message est clair : le réseau a déjà tranché. Relancer le même type d’initiative sans un soutien massivement plus large reviendrait à ignorer les signaux du marché.
Une résilience qui continue de se prouver
Au final, l’épisode BIP-110 renforce plutôt qu’il n’affaiblit l’image de Bitcoin comme système difficile à capturer. Les tentatives de modification unilatérale échouent. Les chaînes minoritaires s’étiolent. Les nœuds et les mineurs restent largement alignés sur le protocole existant. Cette inertie, parfois critiquée, constitue aussi une forme de sécurité.
Pour les observateurs extérieurs, ces débats internes peuvent sembler confus ou excessivement techniques. Pourtant, ils illustrent un processus de gouvernance original, décentralisé et résistant aux captures. Adam Back, en soulignant le rejet par le marché, met en lumière ce mécanisme de protection.
Alors que Bitcoin continue d’évoluer, les leçons de 2026 resteront présentes dans les esprits. Les propositions futures devront démontrer non seulement leur utilité technique, mais aussi leur capacité à rallier un large consensus. Sans cela, elles risquent de rejoindre BIP-110 dans la catégorie des initiatives restées sans lendemain.
La critique d’Adam Back, loin d’être une simple attaque personnelle, s’inscrit dans une vision plus large de ce que doit rester Bitcoin : un système dont les règles fondamentales ne se modifient pas à la légère, et où le marché a toujours le dernier mot. Dans un univers crypto souvent marqué par des changements rapides et parfois chaotiques, cette constance continue de faire la différence.
Les prochains mois diront si d’autres approches émergeront pour traiter les questions de stockage et d’usage de l’espace de blocs. Pour l’heure, le message est clair. Les tentatives d’imposer des vues particulières se heurtent à une réalité que ni les arguments techniques ni les convictions idéologiques ne suffisent à contourner. Bitcoin, une fois de plus, a choisi la continuité.









