Imaginez la mer du Nord en plein hiver, des chalutiers qui se croisent à quelques milles les uns des autres, l’un battant pavillon européen, l’autre arborant fièrement l’Union Jack. Depuis le Brexit, cette image n’a plus rien d’anodin. Chaque année, la question des droits de pêche revient comme une marée inexorable. Et cette fois, un nouvel accord pour 2026 vient d’être signé.
Un accord trouvé juste avant Noël 2025
Mercredi, la Commission européenne a annoncé la conclusion des négociations annuelles avec le Royaume-Uni (et parallèlement avec la Norvège). Le texte fixe les possibilités de pêche pour l’ensemble de l’année 2026 dans l’Atlantique Nord-Est. Un soulagement pour des milliers de marins-pêcheurs qui attendaient ces chiffres avec angoisse.
Concrètement, les flottes de l’Union européenne pourront capturer jusqu’à 288 000 tonnes de poissons dans les eaux britanniques, pour une valeur estimée à plus de 1,2 milliard d’euros. De son côté, Londres revendique un total de plus de 520 000 tonnes tous partenaires confondus, valorisé à environ 950 millions d’euros.
Des chiffres qui cachent des réalités différentes
À première vue, tout le monde semble gagnant. Pourtant, les deux communiqués trahissent déjà des lectures opposées. Bruxelles met en avant la valeur économique pour les pêcheurs européens, Londres préfère parler du volume global obtenu par ses propres bateaux. Classique jeu de communication post-Brexit.
Ce qui est certain, c’est que l’accord repose une nouvelle fois sur les meilleures données scientifiques disponibles, mais aussi sur une dose de pragmatisme économique. Les négociateurs ont voulu éviter à tout prix les « situations de blocage » qui, par le passé, ont conduit à des fermetures anticipées de certaines pêcheries.
Le maquereau, la grande inconnue de 2026
Parmi tous les stocks concernés, un attire particulièrement l’attention : le maquereau. Les scientifiques sont formels : la trajectoire du stock est alarmante. Leur recommandation ? Réduire le quota total de 70 % pour espérer une reconstitution.
Soixante-dix pour cent. Le chiffre donne le vertige. Pour les flottilles françaises, espagnoles, irlandaises ou danoises qui dépendent lourdement de cette espèce, une telle baisse serait catastrophique. Catherine Chabaud, ministre française de la Pêche, n’a pas mâché ses mots : « C’est énorme. »
La trajectoire du stock est alarmante et les scientifiques recommandent de baisser drastiquement le quota de 70 %, c’est énorme.
Catherine Chabaud, ministre française de la Pêche
Les ministres de l’UE se réunissent justement jeudi et vendredi pour trancher la répartition finale entre États membres. Autant dire que la tension sera palpable dans la salle.
Une approche présentée comme « équilibrée et durable »
Du côté britannique, on préfère insister sur l’aspect positif. Angela Eagle, ministre de la Pêche, parle d’une approche équilibrée et durable qui permettra de restaurer des stocks importants tout en offrant aux communautés côtières les opportunités nécessaires pour prospérer.
Difficile de ne pas y voir une forme de satisfaction. Depuis la sortie de l’UE, Londres a progressivement repris la main sur une partie de ses eaux et augmente chaque année la part revenant à ses propres pêcheurs. L’accord 2026 s’inscrit dans cette tendance, même si les volumes restent très inférieurs à ce qu’espéraient les plus fervents brexiters en 2016.
À retenir en quelques points :
- 288 000 tonnes autorisées pour l’UE (valeur > 1,2 milliard €
- 520 000 tonnes totales revendiquées par le Royaume-Uni
- Négociations basées sur la science + pragmatisme économique
- Stock de maquereau en danger critique – possible -70 %
- Décision finale des quotas UE attendue ce week-end
Pourquoi cet accord est plus fragile qu’il n’y paraît
Derrière les communiqués triomphants, plusieurs signaux inquiètent les observateurs. D’abord, la santé de certains stocks continue de se dégrader malgré les efforts. Ensuite, le réchauffement climatique déplace les bancs de poissons vers le nord, rendant les zones traditionnelles moins productives moins rentables.
Enfin, la mécanique même des négociations annuelles reste un facteur d’incertitude permanent. Chaque décembre, les mêmes acteurs se retrouvent autour de la table avec, en toile de fond, la menace d’une rupture si aucun accord n’est trouvé. Un scénario catastrophe qui conduirait à l’application de quotas unilatéraux et probablement à une guerre des pêches.
Pour l’instant, cette épée de Damoclès a été écartée pour 2026. Mais pour combien de temps ?
Et les pêcheurs dans tout ça ?
Sur les quais de Boulogne-sur-Mer, Lorient, Galway ou Peterhead, l’ambiance est contrastée. Certains y voient une stabilité bienvenue après des années de chaos post-Brexit. D’autres, surtout ceux qui ciblent le maquereau, craignent déjà la saison prochaine.
Un patron-pêcheur breton confiait récemment : « On a évité le pire cette année, mais si on coupe 70 % l’an prochain, la moitié des bateaux ne sortiront plus. » Des paroles qui pèsent lourd quand on sait que la pêche représente des milliers d’emplois directs et indirects dans les régions côtières.
L’accord 2026 est donc à la fois une bouffée d’oxygène et un avertissement sans frais. La mer ne pardonne pas l’imprudence. Et cette fois, le message semble enfin passer, même s’il arrive peut-être un peu tard pour certains stocks.
À suivre de très près dans les prochains jours avec la décision finale des ministres européens. La partie est loin d’être terminée.









