La France se réveille groggy au lendemain d’un séisme politique qui a secoué la Ve République jusque dans ses fondations. Pour la deuxième fois seulement dans l’histoire, l’Assemblée nationale a adopté une motion de censure, sonnant le glas du gouvernement de Michel Barnier après à peine 5 mois d’existence. Un camouflet d’une violence inouïe pour l’ancien commissaire européen, mais aussi et surtout pour le président Emmanuel Macron, qui voit son second quinquennat sérieusement ébranlé. Le pays entre dans une période de fortes turbulences et d’incertitudes.
L’alliance des extrêmes fait tomber le gouvernement
C’est un vote historique qui s’est joué mercredi après-midi dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 331 députés, issus des rangs de la gauche mais aussi et surtout du Rassemblement national, ont uni leurs voix pour faire chuter le gouvernement Barnier, coupable à leurs yeux d’avoir eu recours au 49.3 pour faire adopter sans vote son budget de la Sécurité sociale. Une humiliation terrible pour le Premier ministre, dont la survie ne tenait plus qu’à un fil depuis son arrivée laborieuse à Matignon en juillet dernier.
Michel Barnier paie au prix fort son incapacité à bâtir une majorité stable à l’Assemblée, dans un contexte politique particulièrement fragmenté depuis les législatives. Nommé par Emmanuel Macron pour tenter de renouer le dialogue avec les oppositions, en particulier Les Républicains dont il est issu, l’ancien ministre a échoué dans sa mission. Son recours au 49.3, une arme constitutionnelle vue comme un « déni de démocratie » par ses opposants, aura finalement précipité sa chute.
Les regards se tournent désormais vers l’Élysée. En 2024, soit le président nomme un nouveau Premier ministre, soit il a recours à la dissolution.
Macron face à un choix cornélien
Au lendemain de ce camouflet infligé par la coalition des « anti-Macron », gauche de la gauche et extrême-droite en tête, le chef de l’État se retrouve face à un choix difficile. Soit il nomme dans l’urgence un nouveau Premier ministre chargé de prendre la tête d’un gouvernement, au risque qu’il se retrouve à nouveau dans l’impasse à l’Assemblée. Soit il décide de dissoudre une nouvelle fois la chambre basse, cinq mois seulement après l’avoir déjà fait au lendemain des législatives. Un pari plus que risqué.
Pour l’heure, Emmanuel Macron temporise. Il devrait recevoir Michel Barnier ce matin à l’Élysée pour acter sa démission, comme le veut la tradition républicaine, puis s’adresser aux Français dans la soirée. Plusieurs noms circulent déjà pour lui succéder à Matignon, de son allié François Bayrou au ministre Sébastien Lecornu en passant par d’anciennes figures comme François Baroin ou Bernard Cazeneuve. Mais beaucoup doutent de la capacité d’un nouveau gouvernement, quelle que soit sa couleur, à restaurer un climat de confiance dans un pays plus que jamais fracturé.
L’opposition réclame des législatives anticipées
Dans les rangs de la gauche, la satisfaction de voir chuter le gouvernement Barnier était de courte durée. Les leaders de la Nupes, Jean-Luc Mélenchon en tête, réclament désormais à cor et à cri la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation de nouvelles élections législatives dans la foulée. Une demande partagée par de nombreux « marcheurs », ces députés de la majorité qui souhaitent un électrochoc pour sortir par le haut de la crise politique et redonner une légitimité claire à l’exécutif.
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Du côté du Rassemblement national, si Marine Le Pen exulte en privé, elle se montre plus prudente publiquement. Son objectif est clair : accentuer la pression sur Emmanuel Macron, quitte à le pousser à la faute en refusant la dissolution. Pour l’heure, l’Élysée temporise et consulte. Selon une source proche du président, il pourrait laisser passer « quelques jours voire quelques semaines » avant de trancher. Mais l’évidence s’impose : le statu quo n’est plus tenable. Les prochains jours s’annoncent décisifs.