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Dtcpay Lève 25 Millions Avec Sbi Pour Les Paiements Stables

Un acteur singapourien des paiements en stablecoins vient de clôturer 25 millions de dollars avec un géant financier japonais. Derrière le chèque, une course discrète pour changer la façon dont l’argent traverse l’Asie.

Vingt-cinq millions de dollars ne suffisent jamais à transformer à eux seuls un marché. Ils suffisent, en revanche, à révéler qui mise vraiment sur un changement de rails. Ce 18 septembre 2026, la société singapourienne dtcpay a annoncé la clôture d’une série A portée à ce montant, après l’entrée du groupe japonais SBI comme investisseur stratégique. Le chiffre attire l’œil. Ce qui compte davantage, c’est le signal envoyé aux banques, aux commerçants et aux régulateurs : les paiements en stablecoins ne sont plus un laboratoire. Ils deviennent un terrain d’expansion réglementée entre le Japon et l’Asie du Sud-Est.

Une levée qui change d’échelle sans tout dévoiler

La ronde n’est pas née ce jeudi. Elle a commencé plus tôt dans l’année. En mars, Vertex Ventures Southeast Asia and India avait déjà mené une première tranche de 10 millions de dollars. L’annonce de septembre porte désormais l’ensemble de la série A à 25 millions. Autrement dit, 15 millions supplémentaires sont venus s’ajouter. Qui a mis combien ? Quelle valorisation ? Quelle part de capital pour SBI ? La société n’a rien publié. Ce silence n’est pas anodin. Dans la finance numérique asiatique, on aime souvent montrer le prestige d’un actionnaire avant de montrer le détail du terme-sheet.

SBI est entré par deux véhicules : SBI Ventures Asset Pte. Ltd. et le fonds SBI-NTU-Kyobo Digital Innovation Fund, tous deux ancrés à Singapour. Genedant Capital et l’investisseur historique Kwee Liong Tek ont également participé à la clôture. Sur le papier, le tour est donc mixte : capital-risque régional, family office, et désormais un conglomérat financier japonais qui construit depuis des mois une présence autour des actifs numériques et du règlement transfrontalier.

Alice Liu et Band Zhao, cofondateurs de dtcpay, présentent cette collecte comme un levier pour changer la manière dont l’argent circule d’un pays à l’autre. Liu parle d’un mouvement fondamental des flux. Zhao insiste sur l’échelle : infrastructure, partenariats avec des institutions financières, ouverture de marchés déjà encadrés. Ce sont des intentions de direction. Pas des résultats garantis. Cette distinction mérite d’être rappelée, car le secteur a trop souvent confondu feuille de route et réalité opérationnelle.

Ce que l’on sait vraiment
Montant total de la série A : 25 millions de dollars. Première tranche : 10 millions en mars, menée par Vertex. Complément : 15 millions, sans répartition publique. Investisseur stratégique : groupe SBI. Usage annoncé : produits, réseau de commerçants, croissance internationale réglementée.

Pourquoi SBI arrive maintenant

Le groupe japonais n’entre pas dans dtcpay comme un simple chasseur de rendement. Depuis le premier semestre 2026, SBI multiplie les initiatives autour du règlement numérique. En juin, SBI Remit s’est associé à Fasset sur une infrastructure de stablecoins destinée aux remises internationales et aux services de paiement. Un mois plus tard, SBI Holdings a conclu un accord avec la Solana Foundation portant sur les stablecoins, les actifs tokenisés et les paiements au Japon comme dans d’autres marchés asiatiques. Le fil est cohérent : corridors, portefeuilles, cartes, règlement institutionnel.

Eiichiro So, directeur général de SBI Ven Capital, a décrit l’opération dtcpay comme le début d’un partenariat stratégique. L’objectif affiché consiste à tisser des liens d’actifs numériques entre le Japon et l’Asie du Sud-Est. Aucun produit commun n’a été annoncé. Aucun calendrier de lancement n’a été publié. Pas de carte cobrandée. Pas de corridor exclusif. Pas de stablecoin « made in Japan » attaché au communiqué. Le partenariat est donc, pour l’instant, un alignement d’intérêts plus qu’une usine à produits.

Cette prudence a du sens. Au Japon comme à Singapour, chaque service de paiement, chaque émission de monnaie électronique et chaque transfert transfrontalier exige des autorisations distinctes. Un investissement stratégique ouvre des portes. Il ne remplace pas un agrément. Quiconque promet dès aujourd’hui un produit grand public japonais issu de cette seule prise de participation avance plus vite que les faits.

Singapour, six services, une licence majeure

dtcpay opère à Singapour via Digital Treasures Center Pte. Ltd. L’autorité monétaire locale la recense comme Major Payment Institution. Ce statut n’est pas cosmétique. Il autorise six services réglementés : émission de comptes, transferts domestiques, transferts transfrontaliers, acquisition commerçants, émission de monnaie électronique et services de jetons de paiement numériques. Les institutions majeures sont soumises à des exigences plus lourdes que les établissements ordinaires, notamment lorsqu’elles dépassent certains seuils de transactions ou de valeur stockée.

Ce cadre explique une partie de l’attrait pour SBI et Vertex. Une start-up de paiements en crypto sans licence claire reste un pari spéculatif. Une société déjà autorisée à combiner monnaie électronique, acquisition commerçants et jetons numériques devient une plateforme que l’on peut brancher sur des banques, des enseignes et des réseaux de cartes. La différence n’est pas rhétorique. Elle conditionne le type de clients que l’on peut servir et le type de volumes que l’on peut viser.

Il faut toutefois éviter un raccourci fréquent. Une licence de services de paiement à Singapour ne signifie pas que chaque stablecoin qui transite sur la plateforme bénéficie d’une désignation officielle d’émetteur local. Les règles singapouriennes sur les stablecoins sont encore en construction. Des modifications de la loi sur les services de paiement ont été proposées récemment, portant sur les émetteurs, les réserves et le traitement des jetons émis à l’étranger. Distinguer l’infrastructure de paiement et le statut de chaque jeton reste indispensable.

La licence autorise l’entreprise à faire circuler de la valeur. Elle ne transforme pas automatiquement chaque dollar numérique en instrument pleinement encadré par l’autorité locale.

L’Europe comme second ancrage réglementaire

Hors Asie, dtcpay met en avant une filiale luxembourgeoise titulaire d’un agrément d’établissement de monnaie électronique. Un registre lituanien identifie dtcpay Luxembourg S.A. comme établissement de monnaie électronique de l’Union européenne autorisé à fournir des services en Lituanie sans y ouvrir de succursale. Au Luxembourg, l’émission de monnaie électronique et certains services de paiement exigent une autorisation écrite. La première annonce de Vertex, en mars, présentait cet agrément comme un levier pour des services réglementés dans l’Espace économique européen.

La société affirme aussi disposer de licences ou d’enregistrements à Hong Kong, en Australie, aux États-Unis et au Canada. Les permissions varient d’un pays à l’autre. Cette mosaïque est typique des acteurs de paiements numériques : on n’obtient pas « le monde » d’un seul coup. On empile des régimes, on ajuste les produits, on accepte que le même flux soit légal ici et plus contraint là-bas. Pour un investisseur institutionnel japonais, cette carte réglementaire compte autant que le moteur de change interne.

Ce que l’entreprise vend déjà aux commerçants

Avant même la clôture de la série A, dtcpay avait commencé à relier les stablecoins à des usages de détail. En octobre 2025, WalletConnect a indiqué que la société était devenue son premier partenaire de rang Major Payment Institution pour des paiements en point de vente. Le réseau de WalletConnect revendiquait alors plus de 700 portefeuilles compatibles. L’idée est simple à formuler, plus délicate à exécuter : un client arrive en caisse avec le portefeuille qu’il possède déjà, sans installer une application de paiement supplémentaire.

Selon la documentation de paiement de WalletConnect, les commerçants dtcpay peuvent accepter notamment l’USDC et l’USDT via des terminaux existants. Le déploiement retail se serait étendu en Asie. À Singapour, l’enseigne de grands magasins Metro accepte des stablecoins, dont USDT et USDC, à travers cette infrastructure. Une étude de cas de mars 2025 cite Metro Paragon parmi les sites concernés. Ce n’est pas encore une révolution nationale. C’est une preuve de concept visible dans un lieu que le grand public fréquente.

En février 2025, la société a aussi lancé la carte Digital Treasures Visa Infinite. Le principe : convertir des soldes de stablecoins pris en charge pour un règlement en monnaie fiduciaire lorsque le client paie sur le réseau Visa. Le communiqué d’origine évoquait plus de 150 millions de points d’acceptation. Les chiffres du réseau ont depuis progressé. Un rapport Visa de mai 2026 situait le réseau mondial au-dessus de 175 millions de points commerçants. Une mise à jour de septembre indiquait plus de 160 programmes de cartes liés aux stablecoins en activité durant le deuxième trimestre fiscal de Visa.

Visa a également indiqué que le volume de ces programmes avait presque triplé en un an et que son activité de règlement en stablecoins dépassait un rythme annualisé de 20 milliards de dollars. Ces données décrivent l’ensemble du métier stablecoins de Visa. Elles ne mesurent pas dtcpay. Mélanger les deux serait une erreur de lecture. Elles montrent néanmoins pourquoi une carte adossée à un réseau mondial reste un argument commercial puissant pour une fintech asiatique.

Le moteur de change et la promesse du « moins cher »

Dans son communiqué de financement, dtcpay affirme que son moteur d’échange en temps réel permet de régler des opérations stablecoins et fiat plus vite et à moindre coût que la banque correspondante classique. La formule est séduisante. Elle n’est pas étayée, dans le texte public, par un échantillon de transactions, un coût moyen ou une comparaison auditée. Le « fraction du coût » reste donc une revendication commerciale, pas une démonstration indépendante.

La page actuelle du produit Global Pay décrit des virements vers plus de 100 pays. Les devises fiduciaires citées incluent le dollar américain, le dollar de Singapour, la livre sterling, l’euro et le dollar de Hong Kong. Côté stablecoins, USDT et USDC apparaissent en première ligne. Les transferts sont présentés comme s’achevant généralement dans la journée. Frais et taux de change seraient affichés avant confirmation. Ce niveau de transparence pré-transaction est devenu un argument de table face aux correspondants bancaires, souvent opaques jusqu’à l’arrivée des fonds.

En juin, BitGo Singapore a accepté de fournir conservation et infrastructure d’actifs numériques pour les opérations de paiement de dtcpay. L’accord vise à soutenir l’exploitation et les processus de sécurité à mesure que le réseau s’étend. Ici encore, le partenariat dit quelque chose de l’ambition : on ne scale pas un rail de paiement en stablecoins sans une couche de garde institutionnelle. On ne scale pas non plus sans expliquer, un jour, les volumes réels. Or le 18 septembre, aucun chiffre de revenus, de flux, de commerçants ou de calendrier de prochaine levée n’a été communiqué.

Ce qui manque encore

Valorisation. Répartition exacte des 15 millions. Volume de paiement. Nombre de commerçants. Chiffre d’affaires. Date d’un éventuel tour suivant. Produit conjoint avec SBI. Ces absences ne disqualifient pas l’opération. Elles obligent à lire l’annonce comme un positionnement, pas comme un bilan.

À quoi servira l’argent d’ici la fin 2026

La société indique vouloir consacrer les fonds à ses produits de paiement, à son réseau de commerçants et à ses opérations internationales. D’ici la fin de l’année, la feuille de route produit comprend un portail d’entreprise retravaillé pour les clients institutionnels et de nouvelles fonctions dans l’application grand public. Aucune date individuelle de lancement n’a été fournie. Le discours de direction insiste sur l’infrastructure et les partenariats avec des institutions financières. Autrement dit, la priorité n’est pas seulement d’ajouter des boutiques. C’est d’entrer plus profondément dans les tuyaux des acteurs déjà régulés.

Cette orientation a une logique asiatique. Les corridors entre le Japon, Singapour, Hong Kong et une partie de l’Asie du Sud-Est reposent encore largement sur des chaînes de correspondants, des heures de cut-off et des frais empilés. Les stablecoins n’effacent pas magiquement ces frictions. Ils peuvent, sous licence, raccourcir certaines étapes : conversion, disponibilité des fonds, affichage du coût. Pour que cela tienne, il faut des réserves liquides, une conformité solide, une conservation fiable et des commerçants prêts à former leurs caissiers. L’argent levé finance précisément ces couches peu glamour.

On peut aussi lire la levée comme une réponse à la concurrence. D’autres acteurs tentent de relier cartes, points de vente et dollars numériques. Visa elle-même documente la multiplication des programmes de cartes liées aux stablecoins. Les émetteurs de monnaie électronique européens cherchent des relais asiatiques. Les groupes japonais testent remises et tokenisation. Dans cet environnement, rester à 10 millions de dollars de série A aurait laissé dtcpay dans une catégorie intermédiaire : assez avancée pour être visible, pas assez capitalisée pour négocier d’égal à égal avec des institutions.

Le corridor Japon–Asie du Sud-Est, vrai enjeu politique

Si SBI insiste sur les liens entre le Japon et l’Asie du Sud-Est, ce n’est pas un slogan de convenance. Les flux de tourisme, de commerce, de salaires et de sous-traitance entre ces zones restent denses. Une partie circule encore par des canaux chers ou lents. Une autre circule déjà en crypto, parfois hors des cadres. Placer un acteur licencié à Singapour dans le portefeuille d’un groupe japonais, c’est tenter de ramener une part de ces flux dans un périmètre plus institutionnel.

Cela crée aussi une tension utile à comprendre. Les régulateurs veulent de la traçabilité, des réserves, des responsables identifiables. Les utilisateurs veulent de la vitesse et un prix connu à l’avance. Les commerçants veulent un terminal qu’ils connaissent déjà. Les investisseurs veulent un récit de scale. dtcpay se situe à l’intersection de ces quatre exigences. Réussir l’une sans les autres ne suffit pas. Une belle carte Visa sans volume commerçant reste un objet marketing. Un bel agrément sans produit simple reste un classeur. Un bel actionnaire japonais sans calendrier commun reste une photo de famille.

Le marché des stablecoins lui-même n’est pas un bloc. USDT et USDC dominent les usages cités par la société. Leur liquidité aide le change en temps réel. Elle expose aussi l’entreprise à des débats américains, européens et asiatiques sur les réserves, la surveillance et le statut des émetteurs étrangers. Tant que Singapour affine ses propres règles, un opérateur de paiements doit savoir expliquer la différence entre « accepter un jeton » et « garantir ce jeton ». Cette pédagogie deviendra, à n’en pas douter, un argument commercial autant qu’un devoir de conformité.

Lire une série A sans se laisser éblouir

Une série A de 25 millions de dollars dans les paiements numériques asiatiques n’est ni dérisoire ni monumentale. Elle place dtcpay dans une catégorie où l’on attend désormais des preuves opérationnelles. Combien de commerçants actifs ? Quel délai médian de règlement ? Quel écart réel face à un virement classique sur un corridor Tokyo–Singapour ou Singapour–Jakarta ? Quel taux d’échec en caisse lorsqu’un client présente un portefeuille peu usité ? Ces questions ne figurent pas dans le communiqué. Elles jugeront pourtant la prochaine étape plus sûrement que le nom d’un actionnaire.

Il est aussi prudent de rappeler que les fondateurs parlent au conditionnel de la transformation des flux. « Changer la façon dont l’argent traverse les frontières » est une phrase de direction. Elle décrit une ambition. Elle ne décrit pas encore un basculement mesurable du système correspondant. Entre les deux s’intercalent des années de licences supplémentaires, d’intégrations bancaires, de formation des réseaux de vente et, parfois, de reculs réglementaires.

Pour autant, ignorer l’opération serait tout aussi naïf. Le fait qu’un groupe financier japonais entre au capital d’une société singapourienne déjà titulaire d’un statut d’institution de paiement majeure confirme une bascule de regard. Les stablecoins ne sont plus seulement traités comme un actif de trading. Ils sont traités comme une matière première de règlement. Cette bascule, plus que le montant levé, donne à l’annonce du 18 septembre sa densité.

Ce que cette histoire dit du secteur en 2026

Trois tendances se croisent ici. Première tendance : la licence avant le récit. Les investisseurs sérieux regardent d’abord le registre de l’autorité, ensuite le tweet de levée. Deuxième tendance : la carte et le point de vente comme preuves sociales. Un terminal dans un grand magasin convainc davantage qu’un livre blanc. Troisième tendance : les conglomérats asiatiques n’attendent plus que l’Occident écrive toute la grammaire des dollars numériques. Ils prennent des participations, signent des protocoles, testent des remises.

Ces tendances n’abolissent pas les risques. Un moteur de swap peut se gripper si la liquidité d’un jeton se fige. Une carte peut mal convertir si le spread s’écarte. Un partenariat stratégique peut rester symbolique. Une expansion européenne peut se heurter à des règles plus strictes sur la monnaie électronique et les jetons. Un commerçant peut accepter l’USDC un trimestre et le retirer le suivant si le personnel trouve le parcours trop long. Le métier des paiements reste un métier de détails.

Reste une image nette. Une société fondée à Singapour, déjà autorisée pour six services de paiement, déjà reliée à des portefeuilles, à une carte Visa et à un dépositaire, vient de refermer une série A à 25 millions de dollars avec un groupe japonais qui construit sa propre carte des actifs numériques. Le public n’a pas la valorisation. Il n’a pas les volumes. Il a toutefois un alignement assez rare pour mériter qu’on le suive, trimestre après trimestre, sans céder ni au lyrisme ni au cynisme.

Dans les mois qui viennent, le vrai test ne sera pas un nouveau communiqué de financement. Ce sera un portail entreprise effectivement plus clair, une application grand public effectivement enrichie, un corridor éventuellement esquissé avec SBI, et surtout des commerçants qui encaissent sans friction. Si ces éléments apparaissent, les 25 millions auront servi à autre chose qu’à orner une page de portefeuille. S’ils tardent, l’annonce du 18 septembre restera ce qu’elle est aujourd’hui : un jalon sérieux, encore incomplet, dans la course asiatique aux paiements stables.

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