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Luis Tato Remporte Le Visa D’Or News À Perpignan

À Perpignan, un photojournaliste vient d'être couronné pour dix jours passés parmi les jeunes de Madagascar. Derrière le trophée, un hommage, une île en crise et une génération qui refuse le silence.

Quand un festival de photojournalisme remet sa plus haute distinction, ce n’est jamais seulement un trophée qui change de mains. C’est une histoire que l’on décide de regarder en face. Samedi, à Perpignan, le photojournaliste espagnol Luis Tato a reçu le Visa d’or News pour un travail réalisé à Madagascar, au cœur d’un soulèvement porté par la génération Z. Derrière la cérémonie, il y a une île de l’océan Indien, des jeunes de moins de trente ans, des services publics en défaillance, une répression violente, puis un basculement politique. Et il y a aussi un homme de trente-sept ans qui, pendant une dizaine de jours, a choisi de rester parmi ceux qui exigeaient d’être vus.

Un Prix Qui Dit Autant Du Monde Que D’Un Photographe

Le festival Visa pour l’image consacre donc Luis Tato, qui couvre l’Afrique de l’Est et l’océan Indien. Le Visa d’or News, plus haute distinction de la manifestation, récompense son travail sur le soulèvement de la génération Z malgache en 2025. L’annonce est tombée samedi à Perpignan, dans une édition déjà lourde d’émotion. Le fondateur du festival, Jean-François Leroy, est mort lundi des suites d’un cancer, à soixante-neuf ans. Le lauréat n’a pas séparé le prix de cet hommage.

Après s’être vu décerner la récompense, Luis Tato a salué celui qui lui avait « donné sa chance » en exposant pour la première fois ses images en 2018, alors qu’il « essayai[t] de [se] tracer un chemin » dans ce milieu. « Personne n’a fait autant pour notre écosystème », a-t-il encore déclaré. La phrase est courte. Elle dit pourtant toute la dette d’un métier envers un passeur.

Ce qu’il faut retenir d’emblée
Un photographe de trente-sept ans. Dix jours parmi les manifestants. Une génération Z malgache. Un festival endeuillé. Un prix qui s’appelle, dans son intitulé complet, Visa d’or News Roger Thérond.

La Génération Z Au Centre D’Une Année De Mobilisations

La génération Z, c’est-à-dire les jeunes adultes de moins de trente ans, s’est trouvée au cœur de plusieurs mobilisations en 2025. Le texte d’origine le rappelle sans détour : au Népal, au Bangladesh, en Bulgarie, et donc à Madagascar. Quatre géographies. Une même cohorte d’âge. Des colères qui ne se ressemblent pas toutes, mais qui ont en commun d’être portées par ceux que l’on présente trop souvent comme spectateurs de l’histoire.

À Madagascar, grande île de l’océan Indien, d’importantes manifestations ont débuté le 25 septembre. Elles ont été violemment réprimées. Mi-octobre, l’armée a renversé le président Andry Rajoelina. La chronologie est nette. Elle tient en quelques dates. Elle pèse pourtant comme un basculement national.

Les jeunes dénonçaient entre autres la défaillance des services publics, la corruption et les difficultés économiques persistantes. Rien d’abstrait. Rien de lointain. Des manques concrets, répétés, devenus insupportables. Luis Tato a passé une dizaine de jours parmi ces manifestants. Pas en surplomb. Parmi eux.

Je pense que ce mouvement mondial de jeunes qui essaient de redéfinir la démocratie et de faire évoluer leur société constitue une dynamique très intéressante, qui me fascine à la fois en tant que photographe et en tant que personne qui cherche à comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Luis Tato, avant de recevoir son prix

Cette citation, livrée avant la remise de la distinction, fixe le regard du lauréat. Il ne parle pas seulement d’images. Il parle d’une dynamique. D’une tentative de redéfinir la démocratie. D’une société que l’on cherche à faire évoluer. Le photographe et la personne se confondent ici dans la même curiosité.

Dix Jours Parmi Ceux Qui Voulaient Que Leur Histoire Soit Racontée

Samedi soir, le photographe, salarié depuis 2023, a remercié les jeunes de Madagascar. Ils « savaient à quel point il était important que leur histoire soit racontée ». Il leur a exprimé son « profond respect ». Ces mots ne sont pas un accessoire de discours. Ils situent la relation entre celui qui cadre et ceux qui risquent le cadre de la rue.

Une dizaine de jours, ce n’est pas une vie. C’est assez, pourtant, pour que le regard change de statut. Assez pour que les visages cessent d’être une masse. Assez pour que la répression, les revendications et la fatigue deviennent une matière photographique, pas un slogan. Le travail primé naît de cette présence courte et dense.

Le respect dont parle Luis Tato va vers des jeunes qui ont compris l’enjeu de la narration. Ils ne demandaient pas seulement d’être photographiés. Ils savaient que l’histoire circule, ou qu’elle s’éteint, selon que quelqu’un accepte de la porter hors de l’île.

LIEU

Madagascar

DÉBUT DES MANIFESTATIONS

25 septembre 2025

BASCULEMENT

Renversement mi-octobre

TEMPS SUR PLACE

Une dizaine de jours

Un Parcours Déjà Marqué Par Plusieurs Distinctions

Luis Tato n’arrive pas à ce Visa d’or News comme un inconnu du festival. En 2018, il a déjà reçu le Prix de la ville de Perpignan Rémi Ochlik, qui récompense de jeunes photographes. C’est aussi en 2018 que Jean-François Leroy expose pour la première fois ses images. Les deux dates se répondent.

Le photographe a également été distingué trois fois par le World Press Photo, en 2021, 2025 et 2026. En 2023, il a reçu le titre de « photographe de l’année » décerné par le concours Pictures of the Year International. Ces mentions appartiennent à son dossier. Elles n’effacent pas le travail malgache. Elles expliquent pourquoi un regard déjà éprouvé a pu tenir dix jours dans une crise.

Depuis Nairobi, au Kenya, Luis Tato occupe le rôle de chef photographe et coordinateur photo pour l’Afrique de l’Est et l’océan Indien. La géographie de son poste recouvre précisément le théâtre du reportage. L’île n’est pas un détour. Elle est dans le périmètre de sa mission.

  • 2018 : première exposition à Perpignan et Prix Rémi Ochlik de la ville.
  • 2021, 2025, 2026 : trois distinctions World Press Photo.
  • 2023 : titre de photographe de l’année au concours Pictures of the Year International, et embauche.
  • 2025 : reportage sur le soulèvement de la génération Z à Madagascar.
  • 2026 : Visa d’or News remis samedi à Perpignan.

Les Autres Prix D’Une Soirée Et D’Une Édition

Le même samedi soir, le Visa d’or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik de cette 38e édition a été attribué à Philémon Barbier pour ses images de la première année de transition en Syrie après la chute du régime de Bachar al-Assad. Un autre territoire. Une autre bascule. Un autre regard porté sur l’après.

Vendredi, le prix Visa d’or Magazine était allé à Jérôme Gence pour son reportage sur les mariages virtuels au Japon. Le sujet change d’échelle. Il quitte la rue et la répression pour un autre malaise, plus feutré, plus contemporain, tout aussi révélateur d’une société.

Parmi les autres prix, le Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge, qui récompense chaque année un photojournaliste professionnel ayant couvert une problématique humanitaire en lien avec un conflit armé, a salué le travail du photographe palestinien Khames Alrefi sur les souffrances de la population civile gazaouie lors de la guerre avec Israël.

Le festival, qui n’avait jamais exposé en près de quatre décennies le photographe et cinéaste français Raymond Depardon, a réparé cette année cette incongruité. Une grande rétrospective de sa carrière a été affichée, du Vietnam à l’Afghanistan en passant par le Liban et les États-Unis. Jeudi, le festival lui a remis un Visa d’or d’honneur.

Une Édition Endeuillée Par La Disparition De Jean-François Leroy

La soirée de samedi, ainsi que cette édition de Visa pour l’image en général, ont été marquées par l’émotion liée à la disparition du fondateur. Mort lundi des suites d’un cancer à soixante-neuf ans, Jean-François Leroy n’était pas une figure lointaine du festival. Il en était la colonne.

C’est l’âme de ce festival, il l’a porté à bout de bras depuis la première édition, en 1989.

Delphine Lelu, co-directrice de Visa

Ces mots de la co-directrice disent la durée. 1989. Presque quatre décennies. Porter « à bout de bras » n’est pas une formule de circonstance. C’est le récit d’un homme qui a tenu un écosystème, selon le mot même de Luis Tato.

Le directeur de la photographie de Paris Match, Jérôme Huffer, a indiqué lors de la remise à Luis Tato du Visa d’or News Roger Thérond — son intitulé complet — qu’il aimerait à l’avenir également y accoler le nom de Jean-François Leroy. L’idée n’est pas encore un fait. Elle est un souhait prononcé au moment où le trophée change de destinataire.

Les expositions de Visa pour l’image, toutes gratuites, restent accessibles jusqu’au 13 septembre dans plusieurs espaces installés au cœur des monuments historiques du centre de Perpignan. Le public peut encore voir, marcher, s’arrêter. Le festival continue après la soirée des prix. Il continue aussi après la mort de son fondateur.

Pourquoi Ce Travail Sur Madagascar Compte Dans Le Récit Collectif

Le soulèvement malgache n’est pas isolé dans le calendrier 2025. Le rattacher au Népal, au Bangladesh et à la Bulgarie permet de le lire comme un fragment d’une séquence plus large. Des jeunes de moins de trente ans occupent le devant de scènes nationales différentes. Ils parlent de démocratie, de services, de corruption, d’économie. Ils parlent aussi, simplement, de leur place.

Luis Tato dit que cette dynamique le fascine « en tant que photographe et en tant que personne qui cherche à comprendre le monde ». La double casquette évite le piège du regard froid. Comprendre n’interdit pas de cadrer. Cadrer n’interdit pas de chercher à comprendre.

La défaillance des services publics, la corruption et les difficultés économiques persistantes forment le trio de griefs explicitement mentionné. Ce sont des causes nommées. Pas des impressions. Le reportage s’ancre là, dans ce que les manifestants dénonçaient « entre autres ».

La répression violente, puis le renversement mi-octobre du président Andry Rajoelina par l’armée, donnent au travail une gravité particulière. Les images ne documentent pas seulement une colère. Elles documentent un basculement d’État, précédé d’une rue qui a refusé de rentrer.

Le Sens D’Un Hommage Prononcé Au Moment Du Sacre

Il aurait pu parler seulement de Madagascar. Il a choisi de parler aussi de 2018. De la première exposition. De la chance donnée. De l’écosystème. Dans un métier où l’on célèbre souvent l’œil solitaire, Tato insiste sur celui qui ouvre la porte.

Jean-François Leroy « lui avait donné sa chance » alors qu’il essayait de se tracer un chemin. La formulation est personnelle. Elle vaut pour un homme. Elle vaut aussi pour une génération de photographes passés par Perpignan.

« Personne n’a fait autant pour notre écosystème. » La phrase ferme le geste. Elle transforme un remerciement en constat professionnel. Le festival n’est pas un décor. C’est une infrastructure du regard.

Ce Que Le Festival Donne Encore À Voir Jusqu’Au 13 Septembre

Jusqu’au 13 septembre, les expositions restent ouvertes, gratuites, dispersées dans le centre historique. La gratuité n’est pas un détail. Elle dit l’ambition d’un rendez-vous qui veut que les images circulent hors des cercles fermés.

La rétrospective Raymond Depardon répare une absence de près de quatre décennies. Vietnam, Afghanistan, Liban, États-Unis : le parcours affiché dessine une cartographie du siècle par le regard d’un photographe et cinéaste français longtemps resté hors des cimaises de cette manifestation.

Le Visa d’or d’honneur remis jeudi à Depardon et le Visa d’or News remis samedi à Tato ne racontent pas la même heure de l’histoire. L’un couronne une œuvre longue. L’autre distingue un travail situé, daté, en prise avec 2025. Ensemble, ils donnent le tempo d’une édition : mémoire et actualité dans la même ville.

Syrie, Japon, Gaza : Les Autres Récits Couronnés

Philémon Barbier documente la première année de transition en Syrie après la chute du régime de Bachar al-Assad. Le sujet n’est pas la guerre au présent immédiat. C’est l’année d’après. L’incertitude. Le passage. Ce que deviennent les corps et les rues quand un régime s’effondre.

Jérôme Gence, lui, a été distingué pour un reportage sur les mariages virtuels au Japon. Le contraste avec Madagascar et la Syrie est volontairement brutal. Le festival assume cette coexistence. Une même édition peut tenir la rue malgache et le rite numérique japonais.

Khames Alrefi est salué pour un travail sur les souffrances de la population civile gazaouie lors de la guerre avec Israël. Le Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge cible précisément une problématique humanitaire liée à un conflit armé. Le critère est clair. Le terrain l’est aussi.

Ces prix, remis à des moments différents de la semaine, composent un chœur. Ils ne se hiérarchisent pas dans ces lignes. Ils montrent seulement que le festival, même endeuillé, a continué à nommer des regards.

Nairobi, L’Est Africain, L’Océan Indien

Le poste occupé à Nairobi n’est pas une adresse décorative. Chef photographe et coordinateur photo pour l’Afrique de l’Est et l’océan Indien : le titre décrit une responsabilité de territoire. Madagascar entre dans ce territoire. Le reportage naît d’une présence professionnelle déjà installée, pas d’un parachutage improvisé.

Couvrir l’Afrique de l’Est et l’océan Indien, c’est accepter une mosaïque d’urgences. L’île malgache, dans cette carte, n’est ni un appendice ni une exception. Elle est un point de bascule de 2025, désormais inscrit dans un palmarès international de photojournalisme.

Trente-sept ans. Salarié depuis 2023. Distingué dès 2018 à Perpignan. Le calendrier personnel et le calendrier du festival s’enlacent. Le jeune photographe d’alors est devenu le lauréat du Visa d’or News. Le fondateur qui l’avait exposé n’était plus là pour lui remettre le prix.

Redéfinir La Démocratie : Le Mot Qu’Il A Choisi

Dans la citation prononcée avant la cérémonie, Luis Tato emploie une expression forte : des jeunes qui « essaient de redéfinir la démocratie ». Il n’affirme pas qu’ils y parviennent. Il affirme qu’ils essaient. La nuance compte. Elle évite l’emphase. Elle garde le mouvement dans son inachèvement.

Faire évoluer leur société : second verbe. Moins institutionnel. Plus vaste. La société, ce sont les services publics qui défaillent, l’économie qui s’enlise, la corruption qui s’installe. Ce sont aussi les corps dans la rue à partir du 25 septembre.

Le photographe se dit fasciné. Le mot peut sembler léger face à une répression violente. Il décrit pourtant une attention, pas une dilettante curiosité. Fascination, ici, veut dire impossibilité de détourner le regard.

Ce Que Les Jeunes Savaient, Selon Lui

Ils « savaient à quel point il était important que leur histoire soit racontée ». Tato ne s’attribue pas le monopole du récit. Il reconnaît une conscience déjà là, du côté des manifestants. Le photographe arrive dans un espace où l’enjeu de la narration est compris.

Le « profond respect » qu’il leur exprime samedi soir referme la boucle. Le prix pourrait n’être qu’une affaire de pairs. Il le ramène vers ceux qui ont occupé la rue. Sans eux, pas d’images. Sans eux, pas de Visa d’or News cette année-là pour ce travail-là.

Raconter n’est pas décorer. Raconter, dans ce contexte, c’est empêcher que la séquence septembre-octobre 2025 ne se dissolve en rumeur. Les dates restent. Les causes restent. Les visages, grâce au travail primé, restent aussi.

Perpignan, Une Ville De Monuments Et D’Images

Le festival installe ses espaces d’exposition au cœur des monuments historiques du centre. L’architecture ancienne accueille l’actualité brute. Ce contraste est constitutif de Visa pour l’image depuis l’origine, en 1989.

Jusqu’au 13 septembre, la ville reste un livre ouvert. On peut y croiser Depardon et Tato dans la même promenade, la Syrie de Barbier et le Japon de Gence, Gaza selon Alrefi. L’édition 38 tient tous ces fils, malgré le deuil.

La gratuité maintient la promesse d’un accès large. Le photojournalisme, ici, n’est pas réservé à ceux qui peuvent payer le droit de voir. Voir reste possible. Encore quelques jours.

Le Nom Complet Du Prix Et Le Nom Qu’On Aimerait Y Ajouter

Visa d’or News Roger Thérond : tel est l’intitulé complet rappelé au moment de la remise. Jérôme Huffer a indiqué qu’il aimerait à l’avenir y accoler aussi le nom de Jean-François Leroy. Deux noms pour une même distinction. Un souhait formulé à chaud, dans l’émotion de samedi.

Accolement n’est pas décision. Le texte d’origine le présente comme un désir. Il mérite d’être cité comme tel, sans le transformer en réforme déjà actée. L’édition endeuillée cherche encore comment dire adieu sans cesser de nommer.

Delphine Lelu parle d’âme. Huffer parle d’un nom à ajouter. Tato parle d’écosystème. Trois manières de désigner le même homme, disparu lundi, présent samedi dans chaque phrase un peu trop fragile.

Une Cartographie 2025 Que Le Palmarès Rend Visible

Madagascar. Syrie. Japon. Gaza. Quatre points cardinaux d’une même semaine de prix. Ajoutez la rétrospective Depardon, et vous obtenez une carte plus ancienne encore, du Vietnam aux États-Unis. L’édition superpose les temps.

La génération Z malgache n’est pas un thème isolé. Elle s’inscrit dans une année où des jeunes de moins de trente ans ont occupé plusieurs scènes. Le lauréat le dit. Le festival, en le distinguant, le souligne.

Le photojournalisme, dans cette configuration, ne choisit pas entre l’événement et la durée. Il tient les deux. Dix jours à Madagascar. Une année de transition en Syrie. Une carrière Depardon. Une guerre à Gaza. Des noces virtuelles au Japon. Tout cela tient dans la même ville, jusqu’au 13 septembre.

Ce Que L’On Peut Dire Sans Rien Ajouter Aux Faits

On peut dire qu’un photographe de trente-sept ans a été couronné à Perpignan. On peut dire qu’il a travaillé une dizaine de jours parmi des manifestants malgaches. On peut dire que les manifestations ont commencé le 25 septembre, qu’elles ont été violemment réprimées, et que l’armée a renversé mi-octobre le président Andry Rajoelina.

On peut dire que les jeunes dénonçaient la défaillance des services publics, la corruption et les difficultés économiques persistantes. On peut citer Tato sur la redéfinition de la démocratie. On peut citer son respect pour ceux qui savaient l’importance d’être racontés.

On peut rappeler 2018, le Prix Rémi Ochlik, les trois World Press Photo, le titre de 2023, le poste à Nairobi. On peut nommer Barbier, Gence, Alrefi, Depardon. On peut dire que Jean-François Leroy est mort lundi, à soixante-neuf ans, des suites d’un cancer, et que cette édition en porte la marque.

On ne peut pas, ici, inventer d’autres scènes. On ne peut pas prêter aux images des détails qu’elles n’ont pas livrés dans le récit source. On peut seulement les relire, les ordonner, les laisser durer sur la page.

Le Festival Comme Écosystème, Selon Le Lauréat

Le mot « écosystème » mérite qu’on s’y arrête. Tato ne parle pas d’une institution froide. Il parle d’un milieu vivant, d’interdépendances, de chances données. Jean-François Leroy, dans cette métaphore, n’est pas un président de cérémonie. Il est un jardinier du regard.

Donner sa chance, en 2018, à quelqu’un qui cherchait encore son chemin : voilà le geste fondateur que le lauréat choisit de raconter au sommet de sa soirée. Le sommet rappelle la pente. Le prix rappelle l’exposition première.

Personne n’a fait autant. La formule est absolue. Elle appartient à Tato. Elle clôt, pour lui, le débat sur la place du fondateur dans l’histoire de ce rendez-vous né en 1989.

Jusqu’Où Va La Promenade Dans Le Centre Historique

Plusieurs espaces. Des monuments. Un centre-ville. Des images gratuites. La géographie du festival est simple à dire et longue à parcourir. Chaque salle ajoute un continent ou une année.

Depardon traverse des décennies. Tato traverse dix jours qui ont fait basculer une présidence. Barbier traverse une première année de transition. Gence traverse un Japon de cérémonies numériques. Alrefi traverse une souffrance civile liée à la guerre.

Le visiteur, lui, traverse Perpignan jusqu’au 13 septembre. Après cette date, les cimaises se vident. Les prix restent. Les noms restent. Les phrases prononcées samedi restent aussi, si on les écrit.

Une Soirée, Plusieurs Voix, Un Même Silence

Samedi soir n’était pas seulement une remise de prix. C’était une assemblée qui savait qui manquait. L’émotion n’est pas un ornement du compte rendu. Elle est le climat de l’édition.

Luis Tato a parlé des jeunes de Madagascar et de Jean-François Leroy. Delphine Lelu a parlé d’âme et de 1989. Jérôme Huffer a parlé d’un nom à accoler. Trois discours. Un même silence autour d’une absence datée de lundi.

Le photojournalisme a l’habitude des deuil lointains. Ici, le deuil était dans la salle. Le festival regardait son propre vide tout en continuant à distinguer ceux qui regardent le monde.

Pour Conclure Sans Fermer Le Cadre

Le Visa d’or News attribué à Luis Tato fixe un point dans le calendrier du photojournalisme : un travail sur le soulèvement de la génération Z malgache en 2025, mené pendant une dizaine de jours, au plus près de manifestants qui dénonçaient services publics défaillants, corruption et difficultés économiques, dans un mouvement commencé le 25 septembre, violemment réprimé, puis suivi du renversement mi-octobre du président Andry Rajoelina par l’armée.

Autour de ce point gravitent d’autres distinctions, une rétrospective trop longtemps attendue, des salles encore ouvertes jusqu’au 13 septembre, et le nom d’un fondateur mort lundi à soixante-neuf ans. Le lauréat a tenu à lier ces fils. Cette page a cherché à les tenir ensemble, sans en inventer d’autres.

Il reste les images. Il reste les jeunes qui savaient qu’il fallait que leur histoire soit racontée. Il reste un photographe de Nairobi qui dit chercher à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et il reste, à Perpignan, quelques jours pour aller voir ce que le festival, même endeuillé, a choisi de montrer.

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