Comment une région encore reconnue pour ses forêts, ses rivières et ses parcs nationaux se retrouve-t-elle au centre d’une affaire de déchets dangereux ? Samedi, des dizaines de milliers de personnes ont répondu à cette question dans les rues du centre de Zagreb, non par un débat abstrait, mais par une marche collective, drapeaux à la main, enfants parfois au côté des adultes, pour réclamer un nettoyage immédiat.
La Lika, Un Territoire Préservé Devenu Point De Rupture
Le rassemblement n’avait rien d’un simple défilé de circonstance. Il portait un nom volontairement large : Marche pour la Lika, Marche pour la Croatie. L’idée était claire. Ce qui touche Gospic et ses environs ne resterait pas, aux yeux des organisateurs, un dossier local. Des dizaines de milliers de manifestants ont donc occupé le centre de la capitale pour exiger que des milliers de tonnes de déchets dangereux, déversés illégalement dans l’une des régions les plus préservées du pays, soient enfin enlevés.
Le point de départ de l’affaire se situe au début de l’année 2025. Quelque 35.000 tonnes de déchets, notamment électroniques et médicaux, ont alors été découverts dans la région de la Lika. Cette zone est réputée pour ses forêts et ses rivières. Elle abrite des parcs nationaux. Elle compte aussi la plus longue chaîne de montagnes du pays. Autant de traits qui, dans le discours des marcheurs, rendaient le contraste encore plus violent.
Les autorités mènent actuellement une enquête. Dix personnes et quatre entreprises sont soupçonnées d’avoir importé des déchets en provenance de Slovénie, d’Italie et d’Allemagne, puis de les avoir déversés ou enfouis illégalement aux côtés de déchets médicaux croates à Gospic. Le lieu n’est pas un détail. Gospic se trouve précisément dans cette région présentée comme préservée.
Ce que retiennent les marcheurs
Un site à Gospic. Des tonnes de déchets électroniques et médicaux. Une importation soupçonnée depuis plusieurs pays. Une région encore associée aux forêts, à l’eau et aux parcs.
Un Rapport D’Août Qui A Changé Le Ton
En août, le parquet a publié un rapport. Ce document a confirmé la contamination des sols à Gospic. Il a ajouté que ces déchets, qui se sont répandus au-delà du site de déversement, représentaient un risque significatif pour l’environnement et la santé publique. La formule est sèche. Elle a pourtant suffi à nourrir l’urgence exprimée samedi dans la capitale.
Les autorités sanitaires ont indiqué, dans le même temps, que l’eau potable à Gospic restait potable. Cette précision n’a pas éteint la colère. Elle a plutôt dessiné une ligne de partage. D’un côté, un constat officiel de contamination des sols et de propagation hors du site. De l’autre, l’assurance que l’eau du robinet, pour l’instant, n’était pas déclarée impropre. Entre les deux, les manifestants ont choisi d’exiger un plan, des délais et des poursuites.
Je veux une Croatie belle, propre et saine pour mes enfants, où ils puissent boire l’eau de n’importe quel robinet du pays.
Katarina Kenda, venue marcher avec ses trois enfants
Katarina Kenda s’est exprimée ainsi, au milieu de la foule. Elle a ajouté que l’incident était très grave et qu’il fallait l’arrêter maintenant, avant que toute la Croatie ne se retrouve ensevelie sous les déchets. Sa phrase a circulé parce qu’elle reliait un geste familial — marcher avec trois enfants — à une exigence nationale.
Une Marche Soutenue Bien Au-Delà Des Collectifs Locaux
Le cortège n’était pas isolé. Il a reçu le soutien du président Zoran Milanovic, de l’opposition, de nombreuses personnalités publiques et d’organisations non gouvernementales. Dans une capitale où les clivages politiques sont habituels, cette convergence a donné à la journée un caractère inhabituel. Il ne s’agissait plus seulement d’un appel militant. Il s’agissait d’une pression visible, dans la rue, sur la manière dont l’État entend traiter un site contaminé.
Beaucoup de manifestants agitaient des drapeaux croates. Les banderoles, elles, allaient plus loin que le symbole national. On pouvait y lire : « L’écocide équivaut à un génocide lent » et « Halte à l’importation de déchets ». Les deux slogans résument la lecture dominante dans le cortège. Le premier insiste sur la gravité morale. Le second désigne un mécanisme concret : l’arrivée de déchets depuis l’étranger, puis leur abandon ou leur enfouissement illégal.
Sur les banderoles
Écocide comparé à un génocide lent.
Appel à stopper l’importation de déchets.
Dans la rue
Drapeaux nationaux.
Familles, personnalités, ONG, opposition, président.
Ce Que Les Organisateurs Exigent Maintenant
Les organisateurs n’ont pas limité leur action à une présence dans le centre de Zagreb. Ils ont formulé un calendrier. Les autorités doivent présenter un plan concret de nettoyage dans les 20 prochains jours. Elles doivent procéder à l’enlèvement des déchets dans les trois prochains mois. Elles doivent traduire en justice les responsables. Trois exigences, trois temporalités, une seule direction : sortir le dossier du flou.
Face à cela, le Premier ministre conservateur Andrej Plenkovic a déclaré au début du mois que le site serait recouvert d’ici la mi-octobre et que l’enlèvement des déchets suivrait. La séquence officielle n’est donc pas un silence. Elle propose d’abord une couverture, puis un retrait. Les marcheurs, eux, veulent un plan écrit rapidement, un enlèvement dans un délai court, et des poursuites. L’écart entre ces deux rythmes a nourri la journée de samedi.
- Un plan de nettoyage annoncé dans vingt jours.
- Un enlèvement des déchets en trois mois.
- Des responsables traduits en justice.
- Un site que le gouvernement dit vouloir recouvrir d’ici la mi-octobre, avant l’enlèvement.
Gospic, Point Précis D’Une Affaire Plus Large
Tout revient à Gospic. C’est là que les déchets auraient été déversés ou enfouis illégalement, aux côtés de déchets médicaux croates. C’est là que le parquet a confirmé la contamination des sols. C’est de là que les déchets se sont répandus au-delà du site. Le nom de la ville fonctionne désormais comme un condensé. Il désigne un lieu, une enquête, un risque environnemental et un débat public.
Les soupçons portent sur une chaîne. Importation depuis la Slovénie, l’Italie et l’Allemagne. Transit par des entreprises. Abandon ou enfouissement illégal. Mélange avec des déchets médicaux croates. Cette chaîne, telle qu’elle est présentée dans l’enquête, explique pourquoi les banderoles parlaient d’importation. Elle explique aussi pourquoi la marche a voulu relier Lika et Croatie dans un même titre.
Les déchets concernés ne sont pas décrits comme un tas indifférencié. Il s’agit notamment de déchets électroniques et médicaux. Le volume annoncé — quelque 35.000 tonnes — donne à l’affaire une échelle difficile à relativiser. Dans une région associée aux forêts et aux rivières, ce chiffre devient un argument à lui seul.
Santé Publique Et Eau Potable : Une Distinction Fragile
Le rapport du parquet parle d’un risque significatif pour l’environnement et la santé publique. Les autorités sanitaires affirment que l’eau potable à Gospic restait potable. Les deux phrases coexistent. Elles ne se neutralisent pas. Elles obligent à lire l’affaire sans simplification. Contamination des sols, oui. Propagation hors du site, oui. Eau encore déclarée potable, également oui, selon les autorités sanitaires.
C’est précisément dans cet entre-deux que la citation de Katarina Kenda prend son poids. Elle ne dit pas seulement qu’elle veut une Croatie belle. Elle parle d’une eau que l’on puisse boire à n’importe quel robinet du pays. Autrement dit, elle refuse que la confiance dans l’eau devienne une question locale, limitée à un communiqué sur Gospic.
Les organisateurs ont choisi d’inscrire cette inquiétude dans un calendrier. Vingt jours pour un plan. Trois mois pour l’enlèvement. La justice ensuite, ou plutôt en parallèle, contre ceux qui sont soupçonnés d’avoir organisé l’importation et le dépôt illégal. Le gouvernement, de son côté, a avancé la mi-octobre pour la couverture du site. Le débat public, samedi, a consisté à mettre ces dates les unes à côté des autres.
Pourquoi Le Centre De Zagreb A Compté Autant
Marcher à Zagreb plutôt que seulement près du site, c’était déplacer le dossier. La Lika est loin, géographiquement et parfois politiquement, des regards quotidiens de la capitale. En remplissant le centre-ville, les organisateurs ont rendu visible une région dont on parle d’ordinaire pour ses paysages. Les parcs nationaux, les forêts, les rivières et la plus longue chaîne de montagnes du pays sont devenus, le temps d’une journée, des arguments de manifestation.
Le soutien du président, de l’opposition, de personnalités publiques et d’ONG a renforcé cet effet de bascule. Une affaire d’enfouissement illégal à Gospic s’est transformée en journée nationale. Les drapeaux agités dans le cortège allaient dans le même sens. Ils disaient que le sujet n’appartenait plus seulement aux riverains.
C’est un incident très grave et il faut l’arrêter maintenant, avant que toute la Croatie ne se retrouve ensevelie sous les déchets.
Katarina Kenda
La formule est volontairement large. Elle ne décrit pas un mécanisme technique. Elle décrit une peur de contagion, non seulement environnementale, mais politique : l’idée qu’un site non traité puisse devenir un modèle, ou du moins un précédent. Les organisateurs ont répondu à cette peur par des délais chiffrés.
Importation, Enquête, Responsabilités
Dix personnes et quatre entreprises. Tel est le périmètre actuel de l’enquête évoqué publiquement. Les soupçons portent sur l’importation de déchets depuis trois pays — Slovénie, Italie, Allemagne — puis sur leur déversement ou leur enfouissement illégal. Le mélange avec des déchets médicaux croates ajoute une couche nationale à une affaire déjà transfrontalière.
Cette dimension internationale explique le slogan « Halte à l’importation de déchets ». Elle explique aussi pourquoi la marche n’a pas voulu parler seulement d’un dépôt local. Un déchet qui voyage, puis disparaît dans une région préservée, pose une question de contrôle. Les manifestants ont choisi de la poser dans la rue, avec un calendrier, plutôt que de la laisser dans le seul langage judiciaire.
Le parquet, en confirmant la contamination des sols et la propagation au-delà du site, a fourni un socle factuel à cette pression. Sans ce rapport d’août, la journée de samedi aurait manqué d’un document officiel auquel se raccrocher. Avec ce rapport, les organisateurs ont pu dire que le risque n’était plus une hypothèse militante.
Ce Que La Journée Laisse Ouvert
Samedi n’a pas refermé l’affaire. Il l’a rendue plus difficile à ignorer. Des dizaines de milliers de personnes ont marché. Un président a apporté son soutien. L’opposition aussi. Des ONG et des personnalités publiques également. Les organisateurs ont fixé vingt jours et trois mois. Le Premier ministre avait déjà parlé d’une couverture du site d’ici la mi-octobre, puis d’un enlèvement.
Reste le cœur matériel du dossier : des milliers de tonnes, dont 35.000 environ évoquées depuis le début de 2025, des déchets électroniques et médicaux, un sol contaminé à Gospic, une propagation hors du site, une eau encore déclarée potable, une enquête en cours. Rien de tout cela n’a disparu à la fin du cortège. La marche a seulement rendu public le refus d’attendre sans plan.
La Lika demeure cette région de forêts, de rivières, de parcs nationaux et de montagnes. Gospic demeure le nom du site. Zagreb, samedi, est devenu le lieu où l’on a exigé que ces deux réalités ne coexistent plus comme si de rien n’était. Les prochaines semaines diront si le plan demandé arrive, si l’enlèvement suit le calendrier réclamé, et si l’enquête sur les dix personnes et les quatre entreprises aboutit à des poursuites.
En attendant, une phrase simple continue de résumer l’état d’esprit du cortège. Une Croatie belle, propre et saine. Une eau que l’on puisse boire à n’importe quel robinet. Un nettoyage qui ne reste pas une promesse lointaine. C’est avec ces mots, et avec des drapeaux, que des dizaines de milliers de personnes ont occupé le centre de Zagreb pour la Lika.









