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Tableau Nazi Restitué En Argentine À L’Héritière Du Galeriste

Un tableau disparu depuis des décennies réapparaît sur une photo immobilière à Mar del Plata. La justice argentine vient d'ordonner sa restitution. Ce que révèle l'accord change tout.

Comment un simple cliché immobilier, publié pour vendre une maison au bord de l’Atlantique, peut-il rouvrir un dossier fermé depuis des décennies ? C’est pourtant ainsi qu’un tableau du XVIIIe siècle, longtemps recherché, a ressurgi à Mar del Plata. Vendredi, la justice argentine a ordonné sa restitution à l’unique héritière d’un galeriste juif néerlandais. L’huile sur toile, identifiée l’an dernier, quitte désormais le cercle privé où elle était détenue pour retrouver le fil d’une histoire interrompue par la spoliation nazie.

Une décision fédérale qui clôt une année de procédure

Le juge fédéral Santiago Inchausti a indiqué que la restitution du tableau à l’héritière va être ordonnée. Cette mesure s’applique en vertu d’un accord conclu entre les parties. Un an s’est écoulé depuis que l’œuvre de Giuseppe Ghislandi, peintre italien né en 1655 et mort en 1743, a été reconnue sur une photographie d’annonce immobilière. Le tableau, intitulé Portrait d’une dame, n’était plus une rumeur de catalogue : il était là, accroché dans une demeure de la côte est argentine.

L’œuvre était détenue par Patricia Kadgien, fille de l’ancien dignitaire nazi Friedrich Kadgien. Elle et son époux, Juan Carlos Cortegoso, ont été inculpés pour recel en septembre dernier. Ils ont été placés en détention à domicile. L’affaire n’est donc pas née d’une enquête patrimoniale classique. Elle est née d’une image destinée à séduire des acheteurs, et d’un regard extérieur capable d’identifier ce que d’autres voyaient comme un simple décor.

Ce que retient la décision
Restitution à l’héritière, accord des parties, renonciation aux revendications, donation locale, œuvre authentifiée et en bon état.

Une annonce immobilière comme point de départ

Tout a commencé avec la publication d’une annonce immobilière concernant la maison des Kadgien à Mar del Plata, à l’est du pays. Un journal néerlandais a relevé la présence de l’œuvre disparue sur une photo. À partir de là, la justice argentine a été saisie. Des perquisitions ont été diligentées. Le tableau a été retrouvé. La séquence est brève à raconter, longue à mesurer : une image de vente, une identification, une saisie judiciaire, une authentification.

Rien dans ce récit n’a besoin d’être romancé. Le cadre est celui d’une maison privée. Le déclencheur est public. L’objet est une huile sur toile recherchée depuis des décennies. Le peintre est Giuseppe Ghislandi. Le titre de l’œuvre est Portrait d’une dame. Le lieu de découverte est Mar del Plata. Le fil judiciaire passe ensuite par un tribunal fédéral, un procureur, un accord, puis la Cour suprême argentine pour les démarches de restitution effective.

Qui était le propriétaire d’origine

L’œuvre appartenait au galeriste Jacques Goudstikker. Sa collection a été pillée par l’occupant nazi aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale. Le galeriste a fui son pays quelques jours après l’invasion en 1940. Il a laissé derrière lui une multitude d’œuvres. Celles-ci furent réparties entre de hauts responsables allemands. Portrait d’une dame faisait partie de plus de 1 000 œuvres d’art volées dans cette collection lors de l’occupation nazie des Pays-Bas.

Après la guerre, l’État néerlandais en a récupéré quelque 300. La plupart ont ensuite été restituées aux héritiers du galeriste. Le tableau retrouvé en Argentine s’inscrit dans ce qui n’avait pas suivi ce premier mouvement de retour. L’unique héritière concernée aujourd’hui est Marei von Saher, belle-fille de Jacques Goudstikker. C’est à elle que la restitution est ordonnée, selon l’accord retenu par le juge.

La restitution du tableau à l’héritière va être ordonnée.

Santiago Inchausti, juge fédéral

Le contenu précis de l’accord

L’accord entre les parties prévoit que le couple accepte la restitution du tableau à la belle-fille et unique héritière de M. Goudstikker, Marei von Saher. Le couple renonce à toute revendication judiciaire. Il prévoit également une donation de 4,8 millions de pesos, soit environ 2 200 euros, à des hôpitaux locaux. Le procureur fédéral Carlos Martinez a expliqué que les mis en cause se sont essentiellement engagés à renoncer à tout droit sur le tableau qui va être restitué à la famille du galeriste.

L’œuvre, a-t-il ajouté, est en bon état de conservation. Les expertises ont confirmé son authenticité. Ces deux points ferment une partie du débat matériel. Il ne s’agit plus seulement d’une ressemblance photographique. Il s’agit d’un objet expertisé, conservé, identifié, puis intégré à un accord. La donation aux hôpitaux locaux accompagne la restitution sans se substituer à elle. Les deux mouvements restent distincts : l’un concerne le tableau, l’autre une somme versée à des établissements de santé de proximité.

  • Restitution acceptée au profit de Marei von Saher.
  • Renonciation à toute revendication judiciaire par le couple.
  • Donation de 4,8 millions de pesos à des hôpitaux locaux.
  • Authenticité confirmée par les expertises.
  • Conservation jugée bonne.

Prescription invoquée, imprescriptibilité retenue

Dans un premier temps, la défense des Kadgien avait tenté de faire valoir que le délit était prescrit. Cette ligne n’a pas emporté la décision finale telle qu’elle se présente désormais. Les crimes commis dans le cadre d’un génocide sont imprescriptibles, conformément à la législation argentine et au droit international. Le texte de l’affaire rappelle donc un principe, non un détail de procédure secondaire : le temps écoulé ne suffit pas, dans ce cadre, à éteindre la discussion juridique.

Le couple a été inculpée pour recel en septembre dernier et placé en détention à domicile. Patricia Kadgien est la fille de Friedrich Kadgien. Friedrich Kadgien a été conseiller financier du criminel de guerre allemand Hermann Göring. Durant le régime nazi, Göring avait amassé une fortune colossale, notamment par la spoliation de biens juifs. Ces éléments situent le tableau dans une chaîne de détention qui traverse la guerre, puis l’après-guerre, puis l’Argentine.

L’Argentine, terre d’arrivée après 1945

Des milliers de nazis ont traversé l’Atlantique après la guerre, passant ou se réfugiant en Argentine et au Chili notamment. Cette phrase de l’affaire n’ouvre pas un inventaire. Elle replace le lieu de découverte. Mar del Plata n’est pas un hasard géographique isolé dans le récit. C’est un point d’arrivée possible dans une trajectoire déjà documentée à l’échelle du continent. Le tableau s’y trouvait. L’annonce immobilière l’a rendu visible. La justice fédérale l’a fait saisir.

Le tableau a ensuite été confié à la Cour suprême argentine. Auprès d’elle, les représentants de l’héritière devront effectuer les démarches pour sa restitution effective. L’ordonnance de restitution et la remise concrète de l’œuvre ne se confondent pas. L’une dit le droit applicable entre les parties. L’autre exige encore des formalités. Le chemin administratif reste donc ouvert, même si le principe est tranché.

Une œuvre qui pourrait encore rester exposée

Le tableau retrouvé en Argentine pourrait rester encore un peu dans le pays à des fins de sensibilisation. L’intention de la famille est qu’il soit exposé à Buenos Aires pendant au moins un an. C’est ce qu’a déclaré Guillermo Brady, avocat de Mme Saher. L’exposition n’efface pas la restitution. Elle la précède éventuellement, dans le temps et dans l’espace public. Buenos Aires deviendrait alors un lieu de présentation temporaire avant le départ effectif vers l’héritière.

L’intention de la famille est qu’il soit exposé à Buenos Aires pendant au moins un an.

Guillermo Brady, avocat de Marei von Saher

Cette perspective change la lecture immédiate du dossier. Le public argentin pourrait voir Portrait d’une dame avant que l’œuvre ne quitte le circuit local. La sensibilisation évoquée n’est pas un programme détaillé. Elle est une intention familiale relayée par l’avocat. Elle s’ajoute à la donation aux hôpitaux locaux comme second geste tourné vers le pays où le tableau a été retrouvé.

Ce que l’on sait de l’œuvre elle-même

Portrait d’une dame est une huile sur toile. Son auteur est Giuseppe Ghislandi, également connu dans le récit comme peintre italien du tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, 1655-1743. Le tableau était recherché depuis des décennies. Il a été identifié l’an dernier sur une photo d’annonce immobilière. Il a été retrouvé lors de perquisitions. Il est en bon état de conservation. Son authenticité a été confirmée par des expertises. Voilà le socle matériel, sans ajout.

Le titre de l’œuvre dit peu du visage représenté. Il dit assez pour la suivre dans les catalogues de recherche. Dans la collection Goudstikker, il n’était pas isolé. Plus de 1 000 œuvres d’art volées sont mentionnées. Environ 300 ont été récupérées après-guerre par l’État néerlandais. La plupart de ces 300 ont ensuite été restituées aux héritiers. Celle-ci, elle, a réapparu bien plus tard, loin des Pays-Bas, dans une maison de Mar del Plata.

Les acteurs du dossier, un par un

Jacques Goudstikker est le galeriste juif néerlandais propriétaire d’origine. Marei von Saher est sa belle-fille et unique héritière. Giuseppe Ghislandi est le peintre. Patricia Kadgien détient le tableau au moment de la découverte. Juan Carlos Cortegoso est son époux. Friedrich Kadgien est le père de Patricia, ancien dignitaire nazi, conseiller financier de Hermann Göring. Santiago Inchausti est le juge fédéral. Carlos Martinez est le procureur fédéral. Guillermo Brady est l’avocat de Mme Saher.

Chacun de ces noms correspond à une fonction précise dans le récit. Le juge ordonne. Le procureur commente l’accord et l’état de l’œuvre. L’avocat exprime l’intention d’exposition. Les mis en cause acceptent la restitution et renoncent aux revendications. L’héritière est la destinataire de l’œuvre. Le galeriste est le point de départ de la propriété spoliée. Le dignitaire nazi relie la famille détentrice à l’appareil financier du régime.

Chronologie resserrée des faits connus

En 1940, quelques jours après l’invasion des Pays-Bas, Jacques Goudstikker fuit son pays et laisse derrière lui une multitude d’œuvres. Pendant l’occupation nazie, sa collection est pillée. Les œuvres sont réparties entre de hauts responsables allemands. Après la guerre, l’État néerlandais récupère quelque 300 pièces, dont la plupart reviennent ensuite aux héritiers. Des milliers de nazis traversent l’Atlantique, passant ou se réfugiant en Argentine et au Chili notamment.

L’an dernier, le tableau est identifié sur une photo d’annonce immobilière à Mar del Plata. La justice argentine diligente des perquisitions. L’œuvre est retrouvée. En septembre dernier, Patricia Kadgien et Juan Carlos Cortegoso sont inculpés pour recel et placés en détention à domicile. La défense invoque d’abord la prescription. Le cadre retenu rappelle l’imprescriptibilité des crimes commis dans le cadre d’un génocide. Vendredi, le juge fédéral indique que la restitution va être ordonnée en application de l’accord.

Repères

1940 : fuite du galeriste. Occupation : pillage de plus de 1 000 œuvres. Après-guerre : environ 300 récupérées. Année dernière : identification photographique. Septembre dernier : inculpation pour recel. Vendredi : restitution ordonnée.

Ce que dit, et ne dit pas, l’accord financier

La donation s’élève à 4,8 millions de pesos, environ 2 200 euros. Elle est destinée à des hôpitaux locaux. Elle ne constitue pas le prix du tableau. Elle n’est pas présentée comme une estimation de l’œuvre. Elle est un volet de l’accord entre les parties. Le couple accepte la restitution et renonce à toute revendication judiciaire. La somme versée aux hôpitaux s’ajoute à cette renonciation. Le procureur souligne l’essentiel : le renoncement à tout droit sur le tableau restitué à la famille du galeriste.

Cette distinction compte pour lire le dossier sans le déformer. L’héritière recouvre l’œuvre. Les hôpitaux locaux reçoivent une donation. L’État judiciaire argentin encadre la restitution et conserve l’œuvre auprès de la Cour suprême le temps des démarches. Les représentants de Mme Saher devront y accomplir les formalités. Tant que ces démarches ne sont pas faites, la remise effective n’est pas achevée, même si l’ordonnance est prononcée.

Pourquoi l’identification photographique a suffi à ouvrir le dossier

Le tableau était recherché depuis des décennies. Une photo d’annonce immobilière l’a rendu visible. Un journal néerlandais a relevé sa présence. La justice argentine a ensuite agi : saisine, perquisitions, découverte. Les expertises ont confirmé qu’il ne s’agissait pas d’une copie incertaine. L’œuvre est authentique. Elle est en bon état. Le lien avec la collection Goudstikker est celui que retient le récit judiciaire : appartenance au galeriste, pillage sous occupation, disparition, réapparition.

Mar del Plata n’était pas un musée. C’était une maison. L’annonce n’était pas un inventaire d’art. C’était une mise en vente immobilière. Le contraste explique la surprise, pas le droit. Le droit, lui, s’est exercé ensuite : inculpation pour recel, détention à domicile, discussion sur la prescription, accord, ordonnance de restitution. Le juge Inchausti a fixé le cap. Le procureur Martinez a précisé la portée de l’engagement des mis en cause.

La collection Goudstikker, au-delà d’un seul cadre

Plus de 1 000 œuvres d’art volées dans la collection de Goudstikker : ce chiffre donne l’échelle. Portrait d’une dame n’est qu’une pièce de cet ensemble. Après-guerre, quelque 300 œuvres reviennent dans le giron de l’État néerlandais. La plupart de ces 300 sont ensuite restituées aux héritiers. Le tableau argentin n’appartenait pas à ce premier lot retrouvé. Il a suivi un autre trajet, jusqu’à la maison des Kadgien, jusqu’à la photographie, jusqu’au tribunal fédéral.

Le galeriste a fui en 1940. Les œuvres restantes ont été réparties entre de hauts responsables allemands. Hermann Göring apparaît dans le dossier via Friedrich Kadgien, présenté comme son conseiller financier. Göring, durant le régime nazi, avait amassé une fortune colossale, notamment par la spoliation de biens juifs. Ces faits relient la fortune, la spoliation et la présence ultérieure d’une œuvre dans une famille liée à cet entourage.

Le recel, la détention à domicile, l’accord

L’inculpation vise le recel. Elle date de septembre dernier. La détention est à domicile. Elle concerne Patricia Kadgien et Juan Carlos Cortegoso. La défense a d’abord parlé de prescription. Le cadre juridique rappelé est celui de l’imprescriptibilité des crimes commis dans le cadre d’un génocide, selon la législation argentine et le droit international. L’accord final déplace le centre de gravité : restitution acceptée, droits abandonnés, donation aux hôpitaux, œuvre rendue à la famille du galeriste.

Le procureur fédéral formule l’essentiel sans détour. Les mis en cause se sont essentiellement engagés à renoncer à tout droit sur le tableau. Le tableau va être restitué à la famille du galeriste. L’œuvre est en bon état. Les expertises confirment l’authenticité. Ces phrases, déjà publiques dans le dossier, suffisent à tenir l’information. Elles n’ont pas besoin d’être enrichies d’hypothèses sur des intentions non exprimées.

Buenos Aires, parenthèse possible avant le départ

L’avocat de Mme Saher indique une intention : exposition à Buenos Aires pendant au moins un an. Le tableau pourrait donc rester encore un peu dans le pays à des fins de sensibilisation. Cette phrase ouvre une fenêtre, elle n’impose pas un calendrier muséal détaillé. Elle dit le souhait familial. Elle situe la capitale comme lieu pressenti. Elle fixe une durée minimale d’un an. Elle ne décrit ni le musée, ni les dates d’accrochage, car ces éléments ne figurent pas dans les faits communiqués.

Entre la Cour suprême, où l’œuvre a été confiée, et une salle d’exposition à Buenos Aires, le récit laisse une étape possible. Les représentants de l’héritière doivent d’abord accomplir les démarches de restitution effective. L’exposition, si elle a lieu, s’inscrit dans l’intention déclarée. La restitution, elle, s’inscrit dans l’ordonnance et dans l’accord. L’une relève du souhait. L’autre relève de la décision.

Ce que le public peut retenir sans se perdre

Un tableau du XVIIIe siècle. Un peintre italien. Un galeriste juif néerlandais spolié. Plus de 1 000 œuvres volées. Environ 300 récupérées après-guerre par l’État néerlandais, puis pour la plupart rendues aux héritiers. Une fille d’ancien dignitaire nazi. Une maison à Mar del Plata. Une photo d’annonce. Des perquisitions. Une inculpation pour recel. Un accord. Une donation de 4,8 millions de pesos à des hôpitaux locaux. Une ordonnance de restitution. Une Cour suprême pour les formalités. Une exposition possible d’au moins un an à Buenos Aires.

Ces éléments tiennent dans une liste. Ils tiennent aussi dans un récit continu. Le risque, en allongeant le propos, serait d’ajouter ce qui n’est pas établi. Le choix inverse s’impose : répéter clairement, ordonner les faits, nommer les acteurs, distinguer l’ordonnance et la remise, distinguer la donation et la restitution, distinguer l’intention d’exposer et la décision de rendre. C’est ainsi que l’information reste fidèle.

Le rôle du juge, du procureur et de l’avocat

Santiago Inchausti, juge fédéral, indique que la restitution va être ordonnée en application de l’accord. Carlos Martinez, procureur fédéral, explique la renonciation aux droits sur le tableau et confirme l’état de conservation ainsi que l’authenticité. Guillermo Brady, avocat de Mme Saher, déclare l’intention d’une exposition à Buenos Aires pendant au moins un an. Trois voix, trois fonctions. Aucune ne remplace l’autre. Le juge tranche le sort de l’œuvre entre les parties. Le procureur décrit l’engagement pénal et matériel. L’avocat porte la parole de l’héritière sur la suite publique possible.

Cette répartition évite de fondre le dossier en une seule déclaration. L’accord n’est pas une interview. L’ordonnance n’est pas une exposition. L’expertise n’est pas une donation. Chaque pièce a sa place. L’huile sur toile de Ghislandi circule désormais dans ce langage juridique avant, peut-être, de circuler dans une salle de Buenos Aires, puis vers l’héritière.

Une histoire de regard : voir le tableau dans une vente de maison

La maison était à vendre. La photo montrait l’intérieur. L’œuvre disparue s’y trouvait. Le regard qui l’a reconnue n’était pas celui d’un visiteur immobilier ordinaire. Il venait d’une attention néerlandaise portée sur un objet longtemps cherché. Sans cette identification, le tableau pouvait rester un ornement de salon. Avec elle, il redevenait une pièce de la collection Goudstikker, une huile recherchée, un objet judiciaire.

La suite appartient déjà au droit argentin. Perquisitions. Découverte. Inculpation. Détention à domicile. Discussion sur la prescription. Rappel de l’imprescriptibilité dans le cadre d’un génocide. Accord. Donation. Ordonnance. Dépôt auprès de la Cour suprême. Démarches à venir des représentants de Marei von Saher. Intention d’exposition. Autant d’étapes qui découlent d’une seule image trop parlante pour rester anodine.

Sensibilisation, restitution, mémoire des spoliations

Les mots employés dans le dossier pour la phase argentine possible sont nets : le tableau pourrait rester encore un peu dans le pays à des fins de sensibilisation. L’intention familiale vise Buenos Aires et une durée d’au moins un an. La sensibilisation, ici, n’est pas définie comme un programme pédagogique. Elle est le motif avancé pour une présentation publique temporaire. Elle se tient à côté de la donation aux hôpitaux locaux, autre geste tourné vers le pays d’accueil de l’œuvre au moment de sa redécouverte.

La restitution, elle, vise l’unique héritière. Elle s’appuie sur l’accord. Elle s’appuie sur l’ordonnance du juge Inchausti. Elle s’appuie sur la renonciation du couple à toute revendication judiciaire. Elle s’appuie sur les expertises. Elle s’appuie sur le bon état de conservation, qui rend le retour matériel possible sans que le récit n’ait à décrire une restauration. L’œuvre peut être rendue telle qu’elle a été trouvée, authentifiée.

Ce que change l’imprescriptibilité dans ce dossier

La défense a parlé de prescription du délit. Le principe rappelé est autre : les crimes commis dans le cadre d’un génocide sont imprescriptibles, conformément à la législation argentine et au droit international. Ce rappel relie le recel d’une œuvre spoliée à un cadre plus large que le seul calendrier pénal ordinaire. Il explique pourquoi le temps écoulé depuis la guerre, depuis la fuite de 1940, depuis le pillage, depuis l’installation en Argentine, n’a pas clos à lui seul la discussion.

Le dossier ne développe pas une théorie générale. Il applique ce principe à une situation concrète : un tableau identifié, des personnes inculpées pour recel, un accord, une restitution. L’imprescriptibilité n’est pas un ornement du texte. C’est la réponse opposée à l’argument du temps qui aurait tout effacé. Le temps n’a pas effacé l’œuvre. Il ne l’a pas non plus, dans ce cadre, effacée du droit.

Friedrich Kadgien, Göring, et la fortune issue des spoliations

Friedrich Kadgien a été conseiller financier de Hermann Göring. Göring, criminel de guerre allemand, avait amassé une fortune colossale durant le régime nazi, notamment par la spoliation de biens juifs. Patricia Kadgien est sa fille. C’est chez elle, avec son époux Juan Carlos Cortegoso, que le tableau se trouvait à Mar del Plata. Ces liens familiaux et historiques sont ceux que le récit public retient. Ils ne sont pas étendus au-delà.

Le passage de milliers de nazis vers l’Argentine et le Chili après la guerre fournit le décor migratoire. Il n’inventorie pas les itineraires individuels. Il explique la plausibilité géographique d’une telle redécouverte. Une œuvre de la collection Goudstikker pouvait se trouver là. Elle s’y trouvait. La photo l’a montré. La justice l’a repris. L’accord la rend à Marei von Saher.

Après l’ordonnance, les démarches auprès de la Cour suprême

Le tableau a été confié à la Cour suprême argentine. Les représentants de l’héritière devront y effectuer les démarches pour la restitution effective. Cette phrase évite de croire le dossier clos au moment où le juge s’exprime. L’ordonnance dit que la restitution va être ordonnée. La remise concrète passe encore par des formalités. L’œuvre n’est plus dans le salon de Mar del Plata. Elle n’est pas encore, pour autant, dans les mains de Mme Saher.

Entre les deux, il y a l’institution. Il y a l’accord. Il y a éventuellement l’exposition d’un an à Buenos Aires. Il y a la donation déjà prévue pour les hôpitaux locaux. Le public peut suivre ces couches sans les confondre. La maison, le tribunal, la Cour suprême, la capitale, l’héritière : quatre lieux successifs possibles pour le même objet, Portrait d’une dame de Giuseppe Ghislandi.

Pourquoi cette affaire capte l’attention au-delà du cadre

Parce que le déclencheur est banal et que l’objet ne l’est pas. Une annonce immobilière. Une photo. Un tableau recherché depuis des décennies. Parce que le propriétaire d’origine est un galeriste juif néerlandais dont la collection a été pillée. Parce que plus de 1 000 œuvres manquent à l’appel dans ce pillage, et que celle-ci réapparaît. Parce que la détentrice est la fille d’un conseiller financier de Göring. Parce que la justice argentine ordonne la restitution et que l’accord inclut une donation locale.

Parce qu’enfin l’héritière unique est identifiée, Marei von Saher, belle-fille de Jacques Goudstikker, et que son avocat évoque une présentation publique à Buenos Aires. Le dossier relie ainsi le salon privé, le droit fédéral, la mémoire des spoliations et un geste possible vers le public. Rien de plus n’est nécessaire pour comprendre l’enjeu. Rien de moins ne serait fidèle.

Synthèse factuelle pour ne rien omettre

Vendredi, la justice argentine a ordonné la restitution à l’unique héritière d’un galeriste juif néerlandais d’un tableau du XVIIIe siècle volé par les nazis et retrouvé l’an dernier dans une maison de Mar del Plata. Le juge Santiago Inchausti s’appuie sur un accord entre les parties. L’huile sur toile de Giuseppe Ghislandi, 1655-1743, recherchée depuis des décennies, avait été identifiée sur une photo d’annonce immobilière. Portrait d’une dame était détenu par Patricia Kadgien. Elle et Juan Carlos Cortegoso ont été inculpés pour recel en septembre dernier et placés en détention à domicile.

L’œuvre appartenait à Jacques Goudstikker, dont la collection a été pillée par l’occupant nazi aux Pays-Bas. L’accord prévoit la restitution à Marei von Saher et la renonciation à toute revendication judiciaire, plus une donation de 4,8 millions de pesos, environ 2 200 euros, à des hôpitaux locaux. Le procureur Carlos Martinez confirme la renonciation aux droits, le bon état et l’authenticité. La défense avait invoqué la prescription. Les crimes commis dans le cadre d’un génocide sont imprescriptibles selon la législation argentine et le droit international. Friedrich Kadgien fut conseiller financier de Hermann Göring, lequel amassa une fortune colossale notamment par la spoliation de biens juifs. Des milliers de nazis ont traversé l’Atlantique après la guerre vers l’Argentine et le Chili notamment.

Le tableau a été confié à la Cour suprême argentine. Les représentants de l’héritière devront y faire les démarches de restitution effective. Portrait d’une dame faisait partie de plus de 1 000 œuvres volées. Le galeriste a fui en 1940, laissant des œuvres réparties entre de hauts responsables allemands. Après-guerre, l’État néerlandais a récupéré quelque 300 œuvres, dont la plupart ont été restituées aux héritiers. L’intention de la famille est une exposition à Buenos Aires pendant au moins un an, selon Guillermo Brady.

Voilà l’affaire, tenue dans les limites de ce qui a été établi. Un tableau. Une photo. Un juge. Un accord. Une héritière. Une possible année à Buenos Aires. Puis le retour, enfin, vers celle qui en est aujourd’hui l’unique destinataire légitime dans ce dossier.

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